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CHAPITRE XL Des pasteurs

Jésus Dieu fait homme est le bon pasteur, et la règle de tous les autres pasteurs. C'est sur ce divin modèle que leurs yeux se doivent arrêter pour y prendre de dignes mesures de leur zèle pour les âmes. Ils en sont les véritables coadjuteurs, étantappelés avec lui, afin que les brebis aient la vie, et qu'elles l'aient avec plus d'abondance. Ils ne sont pas les coadjuteurs de ces gros et amples bénéfices qui ont de revenu les trente, les quarante, les cinquante mille livres de rente, dont l'esprit du monde fait tant d'estime, qui sont recherchés avec tant d'ardeur, qui souvent sont la cause d'une damnation éternelle: mais ils sont les coadjuteurs du divin emploi de Jésus-Christ, et de son sang précieux , dont la moindre goutte vaut plus qu'un million de mondes. C'est sur cet auteur et consommateur de la foi, qui présentement est assis à la droite du trône de Dieu, qu'ils doivent jeter les yeux; qui, au lieu de la joie qu'il pouvait goûter, a souffert la croix, méprisant l'ignominie. C'est ce Dieu-Homme expirant sur le Calvaire, qui doit faire le sujet de leurs considérations; c'est sur cette sainte montagne qu'ils doivent étudier aux pieds de ce bon pasteur les divines leçons qu'il leur donne du zèle des âmes. Voilà le lieu de leur école: voilà le livre où il faut qu'ils apprennent leur science, et les obligations de leurs charges.

Qu'ils ne se contentent pas seulement de la science des écoles des hommes; qu'ils écoutent un Dieu qui leur parle par autant de voix qu'il a de plaies sur le corps qu'il a pris de la très-pure et tout immaculée Vierge sa glorieuse Mère; dont le sang qu'il donne jusqu'à la dernière goutte , leur crie bien haut ce qu'ils sont obligés de faire et de souffrir. O divine voix d'un Homme- Dieu 1 qui vous faites obéir par les venls et la mer, parla mort, et qui appelez les choses qui ne sont point comme celles qui sont; faites-vous entendre partant de pasteurs qui demeurent endormis , pendant que l'ennemi sème de l'ivraie au milieu de leur champ, et que le larron égorge les brebis. S'ils se rendaient assidus a l'école du grand Maître, et qu'ils y étudiassent soigneusement les leçons qu'il y donne par le fréquent usage de l'oraison mentale, s'ils s'appliquaient fortement à la lecture de ce livre de vie, et qui est la

OEUVRES COMPL. DE BOUDON. 1

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vie môme, ôh 1 que ne feraient-ils pas , et que ne souffrit aient-ils pas , pour des âmes qui lui ont coûté tout son sang? Sans cette élude, qui se fait par l'oraison mentale, la science des écoles servira de peu : et l'expérience l'ait voir tous les jours plusieurs docteurs en des cures, qui s'acquittent très-négligemment de leur devoir. Il est vrai que les curés doivent avoir de la doctrine ; mais sans la science des saints, elle sera bien inutile. Ce n'est n'est donc pas toujours aux plus savants qu'il faut donner les bénéfices ; mais à ceux qui , avec la science ont plus de piété et de dévotion. Quand le Fils de Dieu choisit saint Pierre pour être le pasteur des agneaux et des brebis, et pour être le premier de tous les pasteurs, il lui demanda s'il l'aimait, pour apprendre qu'en commettant ses brebis à celui qui l'aimait le plus, on doit imiter son exemple. 11 ne suffit donc pas aux patrons des bénéfices de les donner à des personnes doctes, si d'autre part elles n'ont beaucoup d'amour pour Notre-Seigneur Jésus-Chrisl; ce qui se voit par leur dégagement des choses du siècle, par leur attachement aux intérêts de Dieu, par les vertus qu'elles pratiquent, et la vie exemplaire qu'elles mènent. Quand ces conditions se trou vent dans un ecclésiastique avec la science nécessaire pour s'acquitter de ses devoirs , quoique d'autre part il ne soit pas un si grand docteur, Dieu tout bon en sera beaucoup glorifié.

Car c'est une grande vérité que la charité de Jésus-Christ [tasse toute science. [Ephes. m, 19.) Son pur et divin amour fait tout faire, fait tout souffrir. Oh! quelle différence, dit le saint livre de ['Imitation de Notre-Seigneur, entre la sagesse d'un homme pieux et éclairé de l'esprit de Dieu, et d'un ecclésiastique, personne d'étude et de lettre. H est écrit dans les prophètes, dit notre Maître céleste, ils seront tous enseignés de Dieu : quiconque a ouï le Père et a appris de lui, vient à moi. Ces admirables hommes apostoliques, qui ont parcouru une partie de la terre, qui ont passé les mers, dont les uns ont été lapidés , crucifiés ou brûlés , et iea autres mis à mort, après avoir enduré des tourments inexplicables, et en toute sorte de manières pour l'établissement du règne de Jésus-Christ dans les âmes, et la destruction de l'erreur et du péché, avaient été enseignés de la sorte. Ils n'avaient point d'autres affaires que celles dont sont chargés tous les curés. Les âmes rachetées du sang du Fils de Dieu qu'ils allaient chercher au bout du monde, se trouvent dans les paroisses à nos portes. Il n'est pas nécessaire de faire de longs et pénibles voyages, de s'exposer aux tempêtes et aux orages, et à la fureur des tyrans pour les assister; il n'en coûte guère" pour les secourir, et néanmoins quelle négligence d'un grand nombre de pasteurs 1 C'est en vérité que l'on a peu de l'esprit de Dieu. C'est que l'on a peu de foi de sa grandeur infinie et de ce qu'il a fait et souffert pour les pauvres et chétives créatures. Mais l'on a peu de son esprit et

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peu de foi, parce que l'on ne s'approche pas de lui par l'exercice de la sainte oraison mentale ; car ceux qui s'en approcheront, en seront divinement éclairés et fortifiés.

Oh ! si dans un profond silence et recueillement, nous tenant aux pieds de l'adorable Jésus crucifié, nous nous y représentions la grande contradiction qu'il a soufferte des pécheurs pour le salut des hommes 1 Si un pasteur dans ce recueillement se disait à soi-même, voilà le modèle que je dois imiter. Si, considérant les grandes et profondes plaies de ses mains, son chef percé d'épines, son corps déchiré de supplices, son Ame abîmée dans des angoisses inconcevables, toutes ses douleurs immenses, et que c'est un Homme-Dieu qui est réduit dans cet •état, il se laissait pénétrer à sa grâce, pour découvrir que ces grandes et étonnantes souffrances d'un Dieu pour les âmes sont la règle de ce qu'il a à faire et souffrir pour elles, pourrait-il épargner ses petits soins, ses pas, ses paroles? Ahî oui, c'est une vérité, une infinité d'âmes périssent par l'ignorance, ou parce qu'elles ne sont pas animées au service de Dieu par les catéchismes et exhortations ; et pour cela il ne faut que quelques paroles, et on ne les donnera pas ! Combien de villages sont sans instructions? Des personnes tombent malades, elles sont négligées d'une manière pitoyable ; il ne faut pas faire long chemin pour les visiter, l'on n'en prend pas la peine. Bien loin de les aller voir au plus tôt, pour leur donner la science du salut, il faut que l'on avertisse, et quelquefois plusieurs fois auparavant que l'on y aille. Quand il s'agit de leur donner les sacrements, on le fait à la hâte ; et l'affaire des affaires, l'affaire d'une conséquence infinie, est traitée avec moins d'attention que l'on ne [ferait la moindre qui regarderait un intérêt de rien.

Mais voici ce qui est lamentable, et ce que j'ai remarqué dans les autres royaumes, aussi bien qu'en celui-ci : quand les habitants des campagnes ont recules sacrements, on les laisse et on les abandonne , et cela est si commun, que j'ai connu de ces pauvres gens qui avaient peine à recevoir l'extrême-onction, parce que, disaient-ils, monsieur le curé ne nous viendra plus voir. Ainsi dans l'agonie où l'âme souffre les plus rudes combats, les démons agissant de leur reste, dans les derniers instants de la vie, qui décident de la bienheureuse et malheureuse éternité, elle est délaissée sans aucuns secours. Disons encore ici ce que nous savons et ce que uous avons vu plusieurs fois: des pasteurs se trouvant en campagne, y mangeant et y buvant, on vient les avertir pour aller voir les malades, et ils s'en mettent peu en peine. Ils en remettent la visite après leurs longs relias, ils les exposent de la sorte au danger de leur perte, et il y en a qui effectivement meurent sans secours ; en cela bien éloignés, comme en bien d'autres choses, de l'exemple de notre charitable Sauveur qui , ayant été invité dai.s une occasion a manger par ?s disciples, en ayant manifestement besc in,

leur répondit : J'ai une autre viande que vous ne connaissez point; ma nourriture est de faire la volonté de mon Père. (Joan iv 32, 34.)

Mais le boire et le manger est la nourriture de ces pasteurs, détruisant pour de la viande l'ouvrage de Dieu, le laissant périr pour se satisfaire, ne faisant pas de réflexion sur ce que nous enseigne l'Apôtre, que la viande est pour le ventre, et le ventre pour la viande, mais que Dieu abolira l'un et l'autre. Plût à Dieu qu'ils eussent autant de zèle pour l'établissement de son règne, qu'ils ont d'ardeur pour leurs intérêts temporels. Si dans le temps de la moisson ils apprenaient qu'on leur enlève leurs dîmes, qu'ils tarderaient peu à y courir pour l'empêcher. Après tout, non-seulement ils doivent donner leurs soins, mais encore leur vie, s'il est nécessaire. Le bon pasteur, dit notre Maître , donne sa vie pour ses brebis (Joan. x, 11), et il y en a une trèsétroite obligation, sous peine de damnation éternelle, lorsqu'il s'agit de la perte de leurs âmes. Ils sont donc obligés sans doute de s'exposer à la mort, s'il est nécessaire, pour les réconcilier à Dieu par le sacrement de la pénitence; et à plus forte raison , de ne pas épargner leurs peines, quelques incommodités qu'ils en souffrent. 11 ne faut pas qu'ils se lassont par faiblesse de courage, pour me servir des termes de l'Apôtre; car ils n'ont pas encore résisté jusqu'à répandre leur sang comme Jésus le prince des pasteurs a fait. (Hebr. xii, k.) Y a-l-il rien de plus déplorable que d'en voir (nous parlons de ce que nous savons) qui font difficulté de se lever la nuit de peur de s'incommoder, pour administrer les sacrements, et qui rebutent si rudement leurs peuples, lorsqu'ils viennent les avertir qu'ils n'oseraient plus le faire.

Cependant , le Disciple bien-aimé nous crie : Que celui-là n'est point enfant de Dieu, qui n aime point son frère (I Joan. m, 10) ; et c'est une vérité, conformément à la divine parole, qu'il est enfant du diable. Le même disciple de l'amour nous enseigne que celui qui n'aime point son prochain, demeure dans la mort (Ibid., H); que quiconque le hait est homicide [Ibid. , 15), que c'est en cela que nous avons connu la charité de Dieu envers nous», qu'il a donné luimême sa vie pour nous, et nous devons aussi donner notre vie pour nos frères. {Ibid., 1G.) Si ce devoir regarde tous les chrétiens, selon la doctrine de cet admirable Apôtre, quelle obligation ont ceux qui en sont les guides et les pères, et qui sont chargés du salut de leurs âmes , de le remplir dignement? Ah 1 si un homme en tue un autre, il est condamné par toutes les lois aux derniers supplices ; c'est néanmoins pour avoir ôté une vie périssable, et que l'on devait bientôt perdre : quelle justice fera donc Dieu de ceux qui par leur faute seront cause de la perte éternelle des âmes; la seule pensée en fait trembler.

Or, la résidence est le premier soin que la

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charge pastorale demande des curés, et il y est obligé par toutes les lois divines et humaines. Ce n'est pas satisfaire à ce devoir, que de venir de temps en temps à sa paroisse, comme par exemple les dimanches et les fêtes, ou les jours solennels, et s'en absenter le reste du temps, quoiqu'il y ait un vicaire, car enfin le vicaire n'est pas le pasteur, et on ne le sait que trop à l'égard du temporel, les dîmes et les autres revenus ne sont pas pour lui. A cet égard je n'ai point encore vu de vicaire. Mais que doit-on dire de ceux qui laissent leurs paroisses des semaines entières, et hélas 1 quelquefois encore plus longtemps sans aucun prêtre, sous prétexte que les curés voisins viendront au secours dans le besoin : car dans les maladies subites aura-t-on le temps ^l'avoir recours à eux, et s'il se trouve que la même nécessité se rencontre dans leur paroisse, comment pourraient-ils la quitter? Certainement un seul jour d'absence doit bien faire craindre, l'on ne doit point s'absenter sans une cause très-légitime. Hélas I ces pauvres bergers quittent leur troupeau durant seulement une heure , et cependant il ne s'agit qme de la perte de quelque chétif animal. Ne sont-ils pas attentifs à y veiller tous les jours incessamment depuis le matin jusqu'au soir. Si quelque brebis s'égare, attendent-ils qu'elle revienne , ne courentils pas aussitôt après?

Quel aveuglement et quelle dureté de cœur après cela d'entendre dire aux pasteurs des âmes, quand quelques-unes se sont égarées dans la voie de la perdition, soit par le défaut de l'instruction des vérités de la religion, soit par la corruption des mœurs : qu'elles viennent, si elles veulent, nous trouver, sommes-nous obligés de les aller chercher; c'est-à-dire, selon leurs sentiments, que cela est bon pour un Dieu, qui nous est venu chercher du ciel en terre : mais que pour eux ils sont trop grands seigneurs pour faire cette démarche. 11 y a plus, il s'en rencontre qui les rebutent lorsqu'elles se présentent, qui leur disent qu'ils n'ont pas le loisir de les confesser ; et il y a des paroisses dans la campagne où les peuples n'osent se présenter au tribunal de la pénitence, si ce n'est dans les plus grandes fêtes de l'année. Gens bien opposés à la charité de notre doux Sauveur, qui disait : Venez à moi vous tous qui souffrez et qui êtes chargés, et je vous soulagerai. {Mat th. xi, 28.)

Cependant c'est dans la participation de cette charité divine qu'ils doivent entrer, étant envoyés de Notre-Seigneur Jésus- Christ comme son Père l'a envoyé. Ils ne doivent jamais retirer les yeux de dessus cet adorable exemplaire; il faut qu'ils aiment les âmes comme il les a aimées. Quels soins n'en prendraient-ils pas s'ils avaient un véritable amour pour cet aimable Sauveur?

Sans cesse ne veilleraient-ils pas sur leurs besoins spirituels et temporels? pourraientils épargner quelque chose pour leur assistance? Y a-t-il peine qu'ils ne souffrissent? Ils visiteraient souvent les malades sans at-

tendre qu'ils y fussent appelés; ils les presseraient doucement de se réconcilier aver Dieu, ils ne les quitteraient pas dans l'extrémité de leur vie.

Car enfin, c'est une étrange et damnable illusion, qu'une résidence oiseuse suffise; les curés étant obligés de ne manquer à rien, et de prendre tous les soins nécessaires pour le salut des âmes. Ils sont obligés par le droit naturel, divin et ecclésiastique, de les instruire au moins des vérités fondamentales de la religion : s'ils ne le font pas, ils sont dans un état continuel' de damnation, ils font autant de sacrilèges qu'ils célèbrent de messes; car si c'est une doctrine constante de la théologie, que tous les fidèles doivent au moins savoir ces vérités principales , il est hors de doute que c'est aux curés de les enseigner. Il ne suffit donc pas de bien chanter l'office, de ne pas manquer tous les dimanches et fêtes à célébrer la messe paroissiale et les vêpres, d'administrer même les sacrements; car si on les donne à ceux qui ignorent les principes de la religion, en quel étal les reçoivent-ils? De là vient la nécessité dernière du catéchisme, dont nous avons parlé plus amplement dans le livre que la divine Providence nous a fait donner au public, sous le titre de la science sacrée du catéchisme.

Mais il faut remarquer ici quelques abus qui s'y commettent, et qui le rendent souvent inutile. Le premier est, que l'on apprend seulement les vérités par mémoire; je dis seulement, ce qui est cause qu'on les dit comme des perroquets, sans les entendre, ce qui est une grande illusion : car enfin ces vérités doivent être entendues. Ainsi l'on trouve des paroisses, ce que nous savons parfaitement par notre expérience, où les enfants, et ceux même qui sont déjà assez âgés, répondent à merveille par mémoire à toutes les interrogations qu'on leur fait, sans savoir ce qu'ils disent; et après cela l'on dit et l'on croit que les peuples de ces paroisses sont bien instruits, et dans la vérité ils sont dans la dernière ignorance. Par exemple, ils vous diront que Dieu est Je premier principe de toutes choses, le Souverain des êtres; qu'il n'y a qu'un seul Dieu en trois Personnes, qu'il a toujours été, et qu'il sera toujours ; et si vous leur demandez s'il est le Créateur de la sainte Vierge, si la sainte Vierge est Dieu, ils vous répondent que la glorieuse Vierge est Dieu, qu'ils l'aiment autant comme Dieu , qu'elle a fait Dieu; qu'elle a toujours été, et des choses pareilles et entièrement ridicules. Ils vous diront que l'on sera damné pour un péché mortel, qu'on ne le sera pas pour un véniel. Et si vous leur demandez si l'on sera damné pour un grand péché, un péché considérable, ou pour un péché léger, qui se commet en chose qui n'est pas importante, ils demeurent, ou ils vous répondent tout le contraire de ce qu'ils doivent dire; c'est qu'ils n'entendent pas ces mots : péché mortel et véniel, qu'ils récitent par mémoire. Et nous le disons avec une extrême douleur, et sans l'exagérer,

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après avoir bien répété par mémoire seulement les vérités du catéchisme, ils ne connaissent point Dieu, et ils le connaissent moins qu ils ne font les animaux de leur maison. Comment après cela pourront-ils le servir en vérité et participer aux sacrements, ce qu'ils font par pure coutume? Comment pourront-ils aimer Dieu par-dessus toutes choses, et s'abstenir de l'offenser? Cet abus néanmoins règne presque partout, et l'on n'y fait pas réflexion; c'est à quoi les prélats devraient beaucoup veiller, et tous les ordres qu'ils donnent sans cela pour le catéchisme sont inutiles. Il est vrai que l'instruction est plus commune qu'elle n'a été; mais ordinairement sans effet, à raison de l'abus dont nous parlons.

11 est nécessaire pour y remédier d'interroger en plusieurs manières, d'user de raisonnement, de se servir de comparaison, pour faire entendre ce que l'on enseigne surtout à l'égard de Dieu ; faisant bien comprendre sa grandeur et ses excellences, autant que la capacité de ceux à qui l'on parle le permet; que tout le bonheur de l'homme consiste à le servir et à lui obéir, comme tout son mal à l'offenser; qu'il n'y a rien qui lui soit égal; que la très-heureuse Vierge, dont il faut singulièrement recommander la dévotion, n'est qu'une pure créature; que c'est pour l'amour de Dieu qu'on l'aime, mais qu'on n'aime pas Dieu pour l'amour de la très-sainte Vierge, mais pour l'amour de lui-même. 11 faut en expliquer nettement la différence. Et comme l'on doit entendre les premières vérités de la religion, il faut s'appliquer beaucoup à les faire connaître, et pour cela ne pas enseigner tant de vérités à la fois, et celles dont la connaissance n'est pas absolument nécessaire pour le salut; ce que l'on pourra faire ensuite, et prendre garde qu'il ne suffit pas de bien répéter par mémoire les définitions des choses, si elles ne sont pas entendues.

Le second abus est de faire le catéchisme dans le temps que les peuples ne sont pas assemblés ; ce qui arrive dans les campagnes, lorsqu'on le fait devant ou après la messe, devant ou après vêpres, parce qu'il s'y trouve peu de personnes, et souvent celles qui en ont moins besoin; car dans ces lieux, les personnes âgées sont souvent dans une ignorance très-grossière ; et que sert de parler à des gens, ou pour des gens qui n'y sont point? C'est ce qui a obligé des prélats en quelques diocèses, comme en celui d'Evreux, d'ordonner par leursstatuts synodaux de faire le catéchisme dans les campagnes dans le temps du prône, et après l'évangile de la messe. Ce qui se doit faire d'une manière que l'on y mêle une sainte morale, et ne le faire que durant une demi-heure, afin de n'être pas ennuyeux. Mais dans les lieux où l'on célèbre une première messe le matin, il faut l'y faire exactement après le saint évangile; la plupart des peuples s'y trouvent, et comme il y en a qui assistent ordinairement à la première messe, et les autres à la seconde, il faut faire l'instruction du

dimanche à l'une, "et l'autre dimanche à l'autre : afin que personne ne périsse par le défaut de la science du salut, qui est une affaire d'une conséquence infinie, et par suite qui mérite d'être uniquement considérée, sans avoir aucun égard à de certains gentilshommes qui s'ennuient du catéchisme, ou qui veulent que l'on abrège le temps de la messe, ou qu'on la célèbre a leur commodité; et quelquefois, ce qui marque qu'ils n'ont point de christianisme, pour aller à la chasse. Que les prêtres qui ont eu pour eux une molle et damnable complaisance, les appellent à leur secours au redoutable tribunal de Dieu, et ils verront quels secours ils en recevront.

Le besoin de faire le catéchisme aux premières messes est encore grand, en ce que plusieurs paroisses n'ayant qu'un seul prêtre, les peuples de ces lieux qui sont proches y assistant presque toujours, et ne retournant pas à leur église pour y assister au très-saint sacrifice , si l'on n'y fait point d'instruction, ils demeurent dans leur ignorance.

Le troisième abus est de faire le catéchisme , nous parlons des campagnes, durant seulement l'Avent et le carême : car i! est certain que les peuples , qui sont fort grossiers , un mois après ne s'en souviennent plus. Il est donc de nécessité de le continuer durant toute l'année ; mais comme ce n'est pas assez de connaître les vérités, mais qu'il les faut pratiquer, les curés sont obligés de plus de faire des instructions morales, ou en expliquant les vérités de l'Evangile , ou prenant les sujets les plus propres pour toucher les cœurs , comme les horreurs du péché, les punitions que Dieu en fait, la crainte que nous devons avoir des jugements de Dieu, le paradis, l'enfer, les sept péchés capitaux', et les maux qu'ils causent, les commandements de Dieu, les sept sacrements, et la manière dont il les faut recevoir. C'est ce qui est ordonné par les conciles généraux et des provinces ; c'est ce que le droit naturel demande : car pourquoi leurs paroissiens leur donneront-ils des revenus pour leur nourriture et pour leur entretien, s'ils ne leur donnent pas la nourriture spirituelle? C'est à quoi ils sont obligés par le droit divin, Dieu leur commandant expressément; c'est ce que le bon sens même et la raison veulent; car à quoi servent les instructions de l'épître et de l'évangile, qui se récitent en la célébration des divins mystères, dans une langue que le peuple n'entend point, si on ne leur explique. C'est donner lieu aux reproches que les hérétiques nous font continuellement, et servir d'occasion au scandale qu'ils en prennent.

Il nous faut imiter notre grand Maître qui enseigne continuellement en public et en particulier. Les évêques et les prêtres dans les premiers siècles étaient occupés perpétuellement à instruire , et ils regardaient les sermons et les exhortations comme les fonctions les plus essentielles à leur ministère.

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On mêlait mémo des instructions durant les offices , comme l'a remarqué l'autour du livre des Mœurs des Chrétiens; d'où sont venus les petits chapitres des heures; mais durant la messe c'était lorsque l'on en faisait davantage. L'Eglise n'était pas seulement la maison de la prière, mais l'école du salut. C'est une tromperie insupportable de certains curés, qui s'imaginent s'être acquittés de leur devoir, quand ils ont chanté la messe et les vêpres : ils croiraient avoir fait un grand crime d'y avoir manqué les jours de dimanche et de fêtes, et il est vrai; mais ils doivent savoir que la nécessité est plus grande de l'instruction qu'ils ne font pas , et le crime plus grand. La raison est que l'obligation d'entendre la messe les jours commandés n'est pas d'une nécessité absolue; il y a des excuses légitimes, comme les maladies qui en dispensent; mais sans la connaissance des principes de la religion il faut être damné, et comment les apprendra-t-on si on ne les enseigne pas?

Saint Augustin , dans une de ses Lettres, remarque sur ce sujet que l'Apôtre ordonne de prêcher la parole de Dieu sans relâche à temps et à contre-temps, et il le faut bien afin que personne ne périsse par une négligence criminelle de les instruire et de les exhorter. Voici ce que Dieu dit par le prophète Ezécbiel : Si lorsque je menacerai V impie et le me'cliant de la mort, tu ne l'en avertis, et si demeurant dans le silence, tu ne lui parles afin quil se convertisse et qu'il vive, il mourra, il périra dans son iniquité ; mais tu périras avec lui, et je rechercherai son sang et sa vie de ta main. {Ezech. xxxm, 8.) Tous les pasteurs sont dans la dernière obligation de faire tout ce qui est en eux avec le secours divin , afin qu'il n'y ait pas une seule personne dans leurs paroisses qui ignore ia science du salut, et ne soit au moins instruite des vérités fondamentales; car quand il n'y en aurait qu'une seule, si c'est par leur faute , ils périront avec elle. La justice humaine ne punit-elle pas de mort un seul homicide? Pour empêcher ce mal infini, cela est bientôt dit; mais il n'est pas facile de l'entendre; outre les instructions et exhortations publiques, il faut instruire dans le confessionnal ceux qui en ont besoin; et c'est un lieu très-propre à enseigner en particulier sans faire honte ni confu>ion : il le faut faire quand on reçoit les parrains et marraines pour le saint baptême, et lorsqu'on se présente pour le sacrement de mariage. Il faut prendre . un temps commode durant l'année pour les bergers, et les autres qui gardent les bêtes, dans lequel ils puissent se rendre à l'église. On doit prendre des occasions et se servir des rencontres pour enseigner les voies de Dieu. Dans les premiers temps l'on instruisait même parles maisons, et je sais des curés qui, deux fois l'année, visitent toutes celies de leurs paroisses, pour savoir s'il n'y a personne qui ignore ce que l'on doit savoir, et d'autres qui font une liste exacte de tous les noms de leurs peuples , afin

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