ECCLESIASTIQUE. — CHAP. XL 110S
d'examiner s'il n'y en a aucun qui soit hors de la voie du ciel" Hélas ! les bergers comptent bien tous les jours leurs brebis. Celui qui est le pasteur des brebis , dit notre Maître, les appelle par leur nom, et les conduit dehors , et quand il fait sortir ses brebis il marche devant. [Joan. x.,27.)
Les instructions se doivent faire avec une grande douceur, supportant bénignement, à l'exemple de notre doux Sauveur, la grossièreté , l'ignorance et les défauts de ceux à qui l'on parle; et prenant garde à ne rebuter jamais personne, enseignant, comme lu le veut l'Apôtre, avec une entière patience. (// Tim. îv, 2.) Toutes les personnes qui ont l'usage de raison sont en état d'être damnées ou sauvées, et il ne faut pas déterminer précisément cet usage de la raison à sept ans, quoiqu'il arrive ordinairement vers ce temps la, mais examiner les enfants pour en discerner le jugeaient. Plusieurs se trompent , s'imaginant que les enfants ne sont pas encore capables de grands péchés » parce qu'ils sont fort ignorants des vérités chrétiennes , car il suffit pour en être coupable de discerner le bien d'avec le mal, autrement les infidèles ne pécheraient pas, Il est bon de leur apprendre la différence des péchés notables , et de ceux qui ne le sont pas, et que l'on n'est pas damné pour ceux qui se commettent en choses légères. Il y en a qui, faisant réflexion sur ce qu'on leur dit en général, qu'ils seront damnés s'ils mentent, le croient à l'égard de toutes sortes de mensonges , et cependant ils ne laissent pas de les commettre; et péchant de la sorte contre leur conscience , tombent dans un grand nombre de fautes nouvelles par le défaut d'instruction. On répond qu'on leur parle de cette manière pour leur donner de la crainte; mais saint Bernard 15dessus explique que Dieu n'a point besoin de mensonge pour être honoré, et l'on ne considère pas que l'on tombe soi-même dans le mensonge sous prétexte de le faire éviter. Ii y a des enfants qui, à l'âge de six ans, ont l'usage de la raison, et d'autres qui ne l'ont pas à sept.
L'ou ne doit pas se précipiter lorsqu'ils se confessent ; il faut du temps et de l'attention pour les enseigner, pour leur faire produire des actes de douleur et de résolution de ne plus offenser Dieu. C'est une louable coutume de prendre un temps séparé de celui que l'on donne à ceux qui sont plus avancés en âge, pour les faire approcher du sacrement de pénitence, afin d'y vaquer avec plus de loisir. On peut les confesser dès lu commencement du carême , ou la semaine de la Passion ; et il n'est pas nécessaire que ce soit dans la quinzaine des fêtes de Pâques à l'égard de ceux qui ne communient pas encore, le précepte de la confession annuelle n'étant pas déterminé précisémeni pour ce temps-là. Il est dangereux de les remettre après Pâques, l'expérience faisant connaître qu'ils n'y pensent plus la fête passée, à moins que le pasteur n'y veille extraordinairement, et n'ait une liste de
tous leurs noms, afin qu'il sache ceux qui manquent à leur devoir.
Il y a eu dans les temps qui nous ont précédé , des désordres effroyables et qui ont causé la perte et la damnation d'un grand nombre d'âmes à l'égard de la confession <ies personnes qui ne communient pas encore, et ce qui est déplorable , no'us savons qu'ils se continuent encore dans plusieurs lieux, où l'on nous a dit que l'on n'allaita confesse que lorsqu'on était jugé capable d'approcher de la communion du corps du Fils île Dieu. Nous nous sommes trouvé en des lieux auparavant que la divine Providence nous eût fait entrer quoique très-indigne, dans l'état ecclésiastique , où un jeune enfant demandant à se confesser à la mort avec des sentiments pleins de lumière et du christianisme , et ayant environ treize ou quatorze ans , le prêtre qu'on appela l'étant venu voir, ne le voulut pas confesser, allé.guant qu'il était encore trop jeune ; ce qui îïous obligea de donner ordre que l'on en iît venir un autre. L'on en a vu Je Fjeudi saint se trouver à l'église pour assister à l'absolution générale qui s'y donne, sans lecevoir celle du sacrement de pénitence; ^t cela était ordinaire parmi des jeunes gens déjà avancés en âge. C'est pourquoi l'on doit approuver l'usage des lieux où l'on fait venir les prêtres pour les petits enfants qui se meurent, à qui l'on donne la bénédiction , n'ayant pas encore l'usage de raison, parce qu'au moins ils ne manquent pas à ceux qui sont en état d'être confessés. Le savant et pieux prélat de Cosence , dans les ordres qu'il a donnés à ses curés pour l'administration des sacrements, veut qu'ils donnent l'absolution sous condition aux enfants dont l'on ne peut pas précisément et parfaitement^, discerner s'ils ont un entier usage de la raison, pourvu qu'il y ait un juste fondement de le présumer. C'est une pratique très-sainte de procurer qu'ils fassent une confession générale auparavant leur première communion , pour remédier aux défauts qu'ils auront pu commettre dans leurs confessions précédentes, soit par défaut de sincérité, de regret ou de résolution , afin d'empêcher que leur première communion ne soit pas un exécrable sacrilège, ce qui leur serait une étrange source de malheurs , et une criminelle profanation du corps du Fils de Dieu. Et pour cela il faut leur parler avec toute la douceur possible, pour leur ôter la crainte que plusieurs leur donnent inconsidérément, ce que jamais l'on ne devrait faire; car il y a des pères et mères qui Jes menacent de la confession , comme de quelque punition bien grande, et pour leur donner la facilité de s'accuser des péchés qu'ils auraient pu celer. De plus il est besoin de les interroger sur les fautes auxquelles ils ont pu être les plus sujets, et sur leurs habitudes; car il ne leur est pas aisé d'en pouvoir déclarer précisément le nombre dans cet âge, je dis dans une confession générale, si ce n'est de quelques péchés dans lesquels l'on tombe rarement.
Mais parlant de la confession générale des enfants, il serait à désirer que Tes personnes de toute sorte d'âge en fissent une avec soin et exactitude une fois en leur vie, dans laquelle elles feraient un examen de tout ce qui se serait passé depuis qu'elles ont l'usage de la raison, des emplois qu'elles auraient eus, des obligations de leur état et de toutes leurs affaires, de toutes les injustices qu'elles auraient rpu commettre, des restitutions qu'elles auraient à faire, de la manière qu'elles se seraient approchées du sacrement de pénitence par le passé; si elles n'auraient point celé quelque péché mortel volontairement; si elles se seraient confessées ayant des querelles et des inimitiés, ou dans l'habitude de l'impureté, des jurements, de l'ivrognerie, ne restituant pas le bien d'autrui s'il était en leur pouvoir, demeurant dans les occasions prochaines du péché, ou n'ayant pas une volonté sincère de s'en corriger; et ensuite donner un tel ordre avec le secours divin à toutes les affaires de sa conscience que l'on fût prêt de mourir avec confiance juste en sa divine miséricorde. Ce soin doit être l'un des plus grands dans la voie du salut, et nous en parlerons encore, avec la grâce de Notre- Seigneur dans le chapitre suivant.
Ils doivent encore beaucoup exhorter à fréquenter dignement les sacrements. Le grand saint Charles leur ordonne d'instruire leurs peuples de la manière d'assister véritablement au saint sacrifice de la messe ; et l'expérience, particulièrement à l'égard des peuples de la campagne, en fait voir la nécessité absolue; car plusieurs de ces gens se trouvent seulement de corps aux divins mystères. Ils se contentent, en entrant dans l'église, d'y faire une courte prière et souvent très-mal, et lorsqu'on montre la divine hostie; elle reste du temps ils demeurent comme des statues, lorsqu'ils ne causent pas. De même ils envoient leurs enfants, qui sont déjà d'un âge raisonnable, à la messe, qui y sont comme des bêtes sans raison, sans savoir ce qu'ils doivent faire, et n'y faisant aucune prière. I! y en a plusieurs qui assisteront de la sorte au saint sacrifice de la messe, presque durant toute leur vie et souvent par défaut d'instruction. On les doit donc enseigner de l'obligation qu'ils ont d'y être en esprit et d'y prier, et pour cela avoir soin qu'eux et leurs enfants aient tous des Heures,- ceux qui savent lire, et les autres des chapelets; et qu'ils doivent employer tout le temps de la célébration des saints mystères à louer Dieu.
C'est dont il les faut interroger quand ils se confessent, et donner ordre qu'ils s'acquittent véritablement de leur devoir. Mais l'une des choses qu'il faut examiner dans ce sacré tribunal avec plus d'exactitude est touchant l'obligation qu'ont les pères et mères de ^instruction de leurs enfants, et les maîtres de leurs domestiques, serviteurs, servantes, bergers et autres; car quand les pères et les mères n'auraient qu'un seul de leurs enfants qui serait dans l'ignorance des
DE LA SAINTETE DE L'ETAT
vérités fondamentales, et les maîtres un seul de leurs domestiques, et cela par leur négligence, sans doute qu'ils seraient en état de péché mortel; et l'Apôtre ne nous enseigne-t-il pas (pie ceux qui n'ont pas soin de leurs domestiques sont pires que les infidèles. Il faut donc examiner avec une grande diligence les fautes que l'on peut commettre en ce sujet, et refuser l'absolution à ceux qui n'y donnent pas ordre. C'est un moyen nécessaire, mais efficace, pour remédier à l'ignorance grossière des gens de la campagne particulièrement. C'est ce qui leur ferait ouvrir les yeux à un mal qui est une source de tous les autres. Les curés assurent qu'ils leur marquent leur obligation, et cela presque inutilement; il faut donc se servir d'un moyen efficace, et c'est de leur dénier l'absolution. Et comment la leur donner dans un état où, selon la doctrine de l'Apôtre, ils sont pires que les infidèles. On y doit faire aussi attention dans les villes. Nous avons connu un cuisinier qui avait servi dans plusieurs saintes communautés, et qui ne savait pas les principes de la religion.
C'est encore l'un des devoirs des pasteurs ne veiller à ce que le saint baptême soit bien donné dans le cas de nécessité. Pour cela il est bon d'en faire quelques instructions publiques de temps en temps, afin que tout le monde étant instruit, puisse dans le besoin donner ce sacrement. Surtout il faut avoir soin que les femmes qui assistent ordinairement les autres dans leurs accouchements n'ignorent rien de ce qu'il y a à faire dans les cas de nécessité. II faut qu'elles sachent bien la matière et la forme de. ce sacrement, et comment il le faut appliquer sous condition dans un doute raisonnable de vie ou de mort. Nous avons connu qu'il ne les faut pas intimider, mais les encourager à baptiser dans le besoin; car autrement la peur qu'elles ont d'être réprimandées les empêche de donner ce sacrement : et néanmoins c'est souvent être cause qu'une âme est privée de la vue de Dieu pour un jamais. Mais qu'y a-t-il à craindre? Si l'enfant ne meurt, pas, Ton est en état de remédier aux défauts qui auront pu être commis; s'il meurt, il ne lui peut arriver rien de pis que de mourir sans le baptême. De plus, nous avons connu que les s.ages-femmes que l'on intimide, dans la crainte d'être criées, ne disent pas quelquefois la manière dont elles ont usé, et si elles ont manqué même à quelque chose d'essentiel par promptitude ou autrement; si l'enfant ne meurt pas et qu'on l'apporte à l'église, elles disent qu'elles ont fait ce qu'elles ont dû faire, ce qui néanmoins n'est pas vrai. C'est pourquoi il y a des diocèses où les statuts ordonnent que l'on ne s'en rapporte pas seulement à leurs paroles, et que l'on baptise pour lors sous condition.
Or, parlant de ces difficultés qui arrivent au sujet du saint baptême, nous pensons que Dieu sera glorifié si nous donnons la connaissance au public d'un cas très-rare, et