‹ Œuvres complétesChapitre 267 sur 397 · ECCLESIASTIQUE. — CHAP. XII · texte numérisé non relu

ECCLESIASTIQUE. — CHAP. XII

des choses curieuses, vaines et inutiles. Us parlent la langue des anges dans leurs sermons, et dans les compagnies à peine y parlent-ils en hommes véritables? Il y a plusieurs lieux où les prédicateurs de l'avent et du carême prennent leur repas tous les jours en maisons différentes, les uns après les autres leur donnant h manger. Ce serait un moyen puissant à ceux qui ont l'esprit apostolique, d'établir le règne de Dieu partout ; si dans toutes ces maisons ils y évangelisaient ce règne divin par leurs entretiens particuliers ; s'ils prenaient soin que les enfants et domestiques fussent bien instruits; s'ils s'appliquaient à y détruire le péché et tout ce qui peut faire obstacle à l'intérêt de Dieu; s'ils y établissaient la prière tous les soirs; s'ils y conseillaient la lecture des bons livres, la pratique de l'oraison mentale; s'ils tâchaient d'y mettre toutes choses dans l'ordre de Dieu. Mais, hélas! souvent c'est de Dieu dont l'on parle le moins et dont même l'on ne parle point du tout ; toute l'occupation est des créatures et des choses du siècle.

Malheur aux prédicateurs" qui , 'après avoir déclamé contre l'esprit du monde, en sont eux-mêmes tout remplis; qui rendent leur ministère méprisable, parce qu'ils disent en particulier, parlant avec estime des honneurs, des richesses, des plaisirs, et ce qui est encore pis, par la recherche et la poursuite qu'ils en font. Ainsi on les verra dans l'empressement pour les biens temporels, pour avoir des bénéfices, pour avoir des pensions, pour s'enrichir en toute ma^ nière. Après cela, quelle impression peuvent-ils laisser quand i-ls en prêchent les mépris? On les verra dans l'amusement des créatures, des familiarités avec les femmes, n'oublier rien pour s'introduire dans le beau monde, y paraître quelquefois en habit court, s'ils ne sont pas religieux, avec des ajustements plus propres aux personnes du siècle, qu'à ceux que leur état en doit saintement séparer. On les verra mener une vie commode et aisée, aimant les divertissements, se plaisant dans la bonne chère. Quel rapport de toutes ces actions aux ser^ mons qu'ils font du dégagement du monde, de l'amour de la mortification et de la croix de Jésus-Christ. Us seront sensibles au point d'honneur; car il n'y a pas, dit la séraphique sainte Thérèse, jusqu'aux prédicateurs qui le combattent, qui ne s'en piquent et n'en soient touchés : sensibles aux moindres humiliations qui leur arrivent, inquiétés dans leurs pertes, chagrins dans leurs maladies ou d'autres peines, troublés dans les contradictions, et enfin pratiquant tout le contraire de ce qu'ils disent.

Il y en a qui prêchent leurs pensées, et non pas celles de Dieu, s'appuyant sur leur éloquence, sur leur science, sur les choses curieuses qu'ils disent et qui plaisent, sur les subtilités de leur esprit : ne faisant pas réflexion que ces moyens humains sont un roseau sur qui ils s'appuient , qui se brisera entre leurs mains, et qui, au lieu de les.

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