‹ Œuvres complétesChapitre 268 sur 397 · HC · texte numérisé non relu

HC

soutenir, les percera. Mais l'un des plus grands et divins prédicateurs qui fut jamais, le grand Apôtre, proteste tout au contraire qu'il annonce ^'Evangile, non avec des paroles étudiées, de peur que la croix de Jésus n'en soit anéantie. (1 Cor. n, 13.) Aussi est-il vrai que les prédicateurs humains qui satisfont l'esprit et contentent les oreilles, dont les auditoires sont remplis de troupes nombreuses, souvent après leurs sermons laissent peu de Jésus-Christ dans l'esprit et dans le cœur de leurs auditeurs. On parle, en sortant du sermon, du prédicateur, et non pas du Sauveur. L'on dit qu'il a prêché 'avec esprit, avec une belle éloquence, qu'il ne se pouvait rien dire de plus agréable. Peu pensent, et peu parlent de changer de vie et d'une véritable conversion. Ici l'on peut remarquer qu'aux yeux de Dieu, les choses se passent bien d'une autre manière qu'aux yeux des hommes. II y aura des prédicateurs qui à ses yeux divins n'auront presque rien fait, ou très-peu de choses, quoique devant les hommes ils aient éclaté avec une haute estime dans les plus grandes villes, et qu'ils aient été suivis par les personnes les plus qualifiées, parce qu'il y avait peu de l'esprit de Dieu dans eux, et peu d'effet de grâces dans ceux qui les écoutaient. Il y en aura qui paraîtront en sa présence suradorable avec approbation , quoiqu'ils aient été peu estimés des créatures , parce qu'ils ne cherchaient quesa gloire, qui s'est quelquefois plus établie parmi le petit nombre de personnes qui les écoutaient, que dans toute la grande multitude des autres.

L'Ecriture dit, enseigne encore notre grand Apôtre : Je confondrai la sagesse des sages, et je rejetterai la prudence des prudents. (I Cor. i, 19; Isa. xxix, 14.) Où sont les philosophes? où sont les docteurs delà loi ? où sont les secrets de la nature ? Dieu vCa-t-il pas changé la sagesse du monde en folie? (Ibid., 20, 2t.) Mais ce qui semble folie en Dieu, ajouteît-il, est plus sage que les hommes. Ah! ce qui semble faiblesse en Dieu, est plus sage que les hommes; et ce qui semble faiblesse en Dieu est plus puissant que les hommes. (Ibid., 25.) Mais Dieu a choisi ceux qui semblent sans esprit duns le monde, afin de confondre les sages ; et il a choisi les faibles pour confondre les puissants ; et il s'est servi de ceux qui étaient vils et méprisables dans le monde, et de ceux qui n'étaient rien, pour détruire ce qui était grand et illustre, afin qu aucun homme ne se glorifie devant lui. (Ibid., 27, 29.) Pour moi, mes frères, lorsque je suis allé vers vous, je n'y suis point allé pour vous annoncer par la sublimité de mon discours et de ma sagesse, le témoignage que Jésus-Christ nous a rendu. Car je n'ai point prétendu parmi vous , de savoir autre chose que Jésus-Christ, et Jésus- Christ crucifié. Aussi j'ai été dans l'infirmité, dans la crainte, dans le tremblement, et je ne vous ai point parlé, ni prêché avec des paroles que la sagesse humaine emploie pour persuader ce qu'elle désire; mais avec la

démonstration de l'esprit et de la puissance. {I Cor. ii, 1-4.)

Voilà la conduite de celui qui a été choisi par le Fils de Dieu même, pour prêcher son Evangile par tout le monde, et qui devrait être méditée avec soin, avec loisir, avec tremblement par tous ceux qui sont appelés au même ministère. Cet homme divin assure qu'il n'a point prêché avec des paroles de la sagesse humaine et delà doctrine séculière; mais avec la démonstration de l'esprit. C'està-dire, que ces démonstrations n'étaient pas celles des philosophes , elles étaient ses hautes vertus, et sa vie toute céleste. Il déclare de plus, qu'il ne faisait pas comme beaucoup d'autres qui altèrent la parole de Dieu, mais qu'il l'annonçait au nom de- Jésus-Christ toute pure. Il ne l'altérait pas, c'est-à-dire qu'il ne la corrompait pas par le mélange que l'esprit de nature y peut faire, comme ceux qui, par le mélange do quelque suc, corrompent les précieuses liqueurs. Mais que doit-on penser de ceux qui la profanent honteusement et ridiculement, s'en servant d'une manière qui donne une occasion de rire et de divertissement à leurs auditeurs. On va à leurs sermons comme à la comédie pour s'y divertir, l'on en fait ensuite des histoires pour la récréation. Une si impie profanation laisse assez d'elle-même l'horreur que tous les Chrétiens en doivent avoir; cependant il a fallu que le concile de Trente ait fait encore une Ordonnance qui la défende. Après cela il y a à s'étonner comment les prélats et autres supérieurs souffrent un si étrange désordre, et comment les autres personnes n'en voient pas l'horreur et y applaudissent. L'on peut remarquer ici, que c'est encore une impiété de se servir des paroles de l'Ecriture en quelque occasion que ce puisse être, pour les appliquer à des choses profanes , pour servir de raillerie , ou aux médisances et invectives, soit par paroles, ou par écrit; car enfin, l'on ne se moque pas de Dieu. Il faut aussi prendre garde quand elles sont écrites en quelques papiers, ou le nom de IS'otre-Seigneur, de la très-pure Vierge, des bons anges, ou des saints, de ne point employer ces papiers à des usages vils et ignominieux. II y a une société de religieux pieux et savants, qui en fait mettre des avis dans des lieux où cela se pourrait plus commettre. Quand l'on a de ces papiers, il les faut déchirer et les mettre au feu.

Le grand Apôtre demandait encore des prédicateurs, qu'ils fussent dans une parfaite unité de sentiments, et il les priait au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ , déparier tous de même langage; de n'être point divisés entre eux. (lit. i, 9.) 11 a éié sagement remarqué par un digne auteur, que ceux qui instruisaient dans les premiers temps, imprimaient dans l'esprit des fidèles une grande horreur de toute sorte de nouveauté dans la doctrine ; en sorte que, si quelques particuliers entendaient quelques discours contraires à leur foi, ils ne s'amusaient pas à les contredire, laissant ce soin

DE LA SAINTETE DE L'ETAT ECCLESIASTIQUE.— CIIAP. XII

à leurs pasteurs, mais ils bouchaient leurs oreilles et ils s'enfuyaient.

Les prédicateurs instruisaient et parlaient familièrement comme des pères à leurs enfants, et des maîtres à leurs disciples. Notre bon Sauveur, qui est leur exemplaire et le modèle sur qui ils devaient se former, se servait de discours simples; et s'il employait des preuves, c'étaient des raisons sensibles et des comparaisons familières. II ne donnait rien à la curiosité ; il supportait la grossièreté de ses disciples, leur ignorance et leurs défauts. Que sert de prêcher des choses relevées, où la plupart des auditeurs n'entendent rien? Mais l'amourpropre y sollicite, l'on craint de ne se pas acquérir de l'estime, ou de la perdre, ou de la diminuer. Ainsi partout l'on cherche ses propres intérêts, et non pas ceux de Jésus- Christ. On les prétexte à la vérité de son honneur; l'on dit que pour être utile, il faut avoir de la réputation.

Mais bienheureux ceux qui s'oublient eux-mêmes, pour ne se plus souvenir que de Dieu seul. Les saints ne regardaient ni honneur, ni estime : et l'un des plus grands qui fut jamais, assure qu'il a été traité comme les victimes des crimes publics , et comme les ordures de la terre; et néanmoins ils convertissaient tout le monde. Ils se réjouissaient même dans les humiliations, et parmi les opprobres; car ils les regardaient comme les plus grandes marques des grâces plus particulières que Dieu avait dessein de faire. Ils considéraient que Dieu avait voulu sauver tout le monde par l'ignominie de sa croix, et non pas par l'estime et l'amour des hommes. Dans nos temps, saint François de Sales, convaincu de ces vérités, venant à Paris où il était attendu avec empressement, le premier sermon qu'il donna au public, qui fut le jour de la. fête de saint Martin, ne fut ni un discours sublime, ni éloquent ; il ne fit presque qu'un narré simple des actions de ce grand saint. Il lui en arriva de l'humiliation à la vérité : l'on disait que ce n'était pas ce que l'on pensait. Tous ses amis en eurent de la douleur; mais il eut ce qu'il prétendait. Il crut qu'il fallait entrer dans cette fameuse ville, comme le Fils de Dieu était entré au monde : qu'il fallait se servir pour le salut des âmes, des mêmes voies que cet aimable Sauveur avaient prises ; et cette imitation de son bon Maître lui fut une source de toutes les bénédictions que le ciel versa ensuite sur ses emplois. Que le monde, s'écriait-il, frémisse, que les sages du siècle inventent tant de prétextes qu'ils voudront, que la prudence de la chair crève de dépit, il faut que les maximes de l'Evangile demeurent. Mais, nous dira la prudence humaine, à quoi voulez-vous nous réduire ? Quoi ! qu'on nous foule aux pieds, qu'on se joue de nous, et que nous ne disions mot? Oui, il est vrai, je veux cela, mais ce n'est pas moi qui le veux, c'est Jésus-Christ qui le veut en moi; et l'Apôtre de la croix s'écrie : Jusqu'à présent nous avons faim, nous jvons soif, nous sommes nus, et enfin nous

sommes comme la balayure du monde. (I Cor. iv, 11.) La prudence de Dieu consiste dans la très-sacrée folie de la croix. Les habitants de Babylone n'entendent point cette doctrine, mais les habitants du Calvaire la pratiquent. O mon Père, dites-vous, il écrivait ces vérités à une personne, vous voilà bien sévère tout à coup. Ce n'est pas tout à coup certes, car depuis que j'eus la grâce de savoir un peu le fruit de la croix, ce sentiment entra dans mon âme et n'en est janaais sorti.

C'est de la sorte que parlait ce saint prédicateur, c'est de la manière qu'il agissait; et chacun sait qu'il n'était pas emporté dans son zèle : mais quelque douceur que l'on puisse avoir, il faut marcher comme Jésus- Christ a marché. Comme il ne cherchait pas sa gloire, mais celle de son Père, c'est l'unique gloire de Dieu seul qui doit être le motif de tous les prédicateurs dans leurs fonctions. Il y aurait bien ici à soupirer, de voir que plusieurs se servent de la parole de Dieu pour des tins mondaines, pour être connus et estimés, pour être honorés, pour se faire de belles habitudes, comme ils disent, et pour ensuite avoir de gros bénéfices, et arriver aux premières dignités de l'Eglise; et comme cela ne se fait point par l'esprit de Dieu, Dieu ne se trouve point dans les emplois qu'ils se procurent. Il y eu a qui prêchent pour le lucre, et qui font une espèce de commerce sordide de leurs sermons. Ils sont attentifs à obtenir les bonnes stations, c'est-à-dire celles où il y a beaucoup d'argent à gagner : et quelquefois même il y a de certains religieux qui s'en servent une grande partie pour leur propre usage et commodité. Il est vrai que c'est avec la permission du supérieur ; mais il faut bien que le supérieur le permette, autrement il y aurait grand bruit. Cependant les autres religieux de la communauté où ils sont, et qui n'ont pas de talents pour se produire au dehors, sont dans de grands besoins, et souffrent beaucoup de ces particularités, qui sont très-éloignées de l'esprit des premiers fidèles, qui avaient toutes choses en commun, et dont la vie régulière doit être une parfaite imitation.

Ces motifs intéressés font que l'on emploie toutes sortes de personnes pour avoir de bonnes stations. L'on s'y comporte à peu près comme pour les bénéfices ; et souvent comme les bénéfices on les donne à la recommandation. 11 s'agit pourtant dans les uns et les autres du prix du sang de Jésus- Christ; il s'agit de ses divins intérêts, dont le moindre degré, comme nous l'avons déjà remarqué, est plus considérable que tout le monde ensemble. Hélas I que ferait-on, nonseulement pour toutes les grandes affaires de la terre, mais pour ses propres affaires ! Les abandonnerait-on de la sorte ? Oh 1 quelle différence d'un prédicateur apostolique qui entre dans une station par la seule vue de Dieu seul, et d'un autre que des vues humaines y engagent ! Ne serait-il pas a désirer que ceux qui les donnent en fissent un

Page 1