‹ Œuvres complétesChapitre 27 sur 397 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Dieu inconnu dans sa providence.

La divine Providence est générale : Dieu prend soin de toutes choses sans la moindre réserve. Ses soins donc s'étendent sur nous, et sur tout ce qui nous touche. D'autre pari il a pour nous un amour infini, et sa puissance est sans bornes ; nous sommes donc aux soins d'un Dieu qui est tout-puissant, et qui nous veut du bien à l'infini. Après cela il est bien difficile de concevoir comment l'on peut s'inquiéter? Oui, il est vrai , un Dieu nous aime plus que nous nous aimons nous-mêmes . rien ne nous regarde dont il ne prenne le soin; il est tout-puissant pour faire le bien qu'il nous veut. Ces vérités bien méditées sont bien capables de nous mettre dans une paix qu'aucune chose de la terre ne puisse troubler.

De plus la qualité de père qu il veut oien prendre à l'égard de ses pauvres créatures , nous doit mettre dans un parfait repos. Je vou^ dis, nous assure-t-il, que vous ne devez-

pas vous inquiéter pour le boire et pour le manger, dont vous avez besoin pour vivre, ni pour les vêtements nécessaires pour couvrir votre corps ; ce sont les gentils qui s'inquiètent de ces choses, car votre Père céleste sait que tout cela vous est nécessaire.

Et en effet, si les pères de la terre , quoique mauvais par la corruption de la nature, ne manquent pas de donner les besoins à leurs enfants : à plus forte raison le Père céleste devant qui tous les autres pères ne méritent pas d'en porter le nom.Qu<-He confiance donc ne devons-nous pas avoir de sa divine providence? Les enfants des hommes se confient bien à leurs soins 1 vous les voyez dans leur jeunesse se jouer et se divertir sans la moindre peine du lendemain; ils dorment en repos, sans s'embarrasser ni de leur nourriture, ni de leur vêtement : il leur suffit qu'ils aient un père qui ne soit pas dénaturé, et qui ait quelque bien, ou assez d'industrie pour les assister; c'est pourquoi le Fils de Dieu nous déclare qu'il n'appartient qu'aux gentils de s'inquiéter pour les choses de la terre , c'est-à-dire , à des gens qui vivent sans la connaissance du vrai Dieu, et qui ignorent la douce qualité de Père qu'il porte à l'égard des hommes. Les véritables enfants de Dieu ne doivent point avoir d'inquiétude ; ce qui n'exclut pas les soins que l'on doit prendre dans l'ordre de Dieu : ils sont même nécessaires, et ce serait une haute tromperie , dans les voies ordinaires, d'en user autrement. Que les Chrétiens donc donnent leur attention; qu'ils s'appliquent, qu'ils fasssent de leur côté ce qu'ils peuvent et ce qu'ils doivent faire selon i ordre que Dieu a établi : mais qu'ils ne s'appuient pas sur ce qu'ils ont ou sur ce qu'ils font , mais que toute leur espérance soit au Tout-puissant, sans lequel tous nos travaux sont bien inutiles, et qu'ils se reposent doucement en son aimable providence.

Cependant on ne remarque que de l'inquiétude même parmi les enfants de Dieu, et il est rare d'en trouver qui s'y confient comme les enfants de la terre à leurs pères. Portant le nom de chrétiens ils agissent comme les gentils et les infidèles : quoique celui qui est la vérité même s'écrie que nous ne devons pas être en souci pour le nécessaire, et à plus forte raison pour le superflu.

Il demande seulement de nous que nous cherchions premièrement le royaume de Dieu et sa justice ; et il ajoute que toutes ces choses nous seront données par surcroît. Sa divine parole y est engagée : après cela, comment ne pas vivre dans une paix immuable? On se rapporte bien à la parole d'un homme d'honneur et de probité, qui se tiendrait offensé si on ne le faisait pas : un homme voyage sur une lettre de change, et un morceau de papier lui suffit pour lui faire entreprendre un voyage, et le mettre en assurance a l'égard de ce qui lui est nécessaire. Est-il possible qu'on se confie moins aux promesses d'un Dieu , et d'un Dieu qui veut les

soutenir par des témoignages invincibles qu'il apporte du ciel et de la terre 111 veut pour cela que nous voyions les oiseaux du ciel , qui ne sèment ni ne recueillent, qui ne serrent point de blé dans les greniers, et que le Père céleste nourrit. 11 veut que nous considérions les lis des champs, comme ils croissent, quoiqu'ils ne travaillent ni ne filent. Ahl si, dit-il ensuite, Dieu prend soin de vêtir de la sorte les herbes des champs, qui paraissent aujourd'hui , et qui demain seront brûlées au four, n'aura-t-il pas plus soin de vous , gens de peu de foi? il en prend bien des serpents, comment oublierait-il ses enfants? Cependant, dit le grand saint Chrysostome, et nous écrivons ces vérités la veille de sa fêle , si Dieu nous avait avertis d'être en souci , et de nous inquiéter, nous embarrassant beaucoup pour les choses de la terre, pourrions-nous nous en mettre davantage en peine?

Mais le pécheur qui cherche des excuses dans son infidélité, objecte que la confiance des véritables enfants de Dieu ne les exempte pas souvent des plus grands maux de la vie. C'est qu'ils ferment les yeux aux plus saintes conduites de la divine Providence, comme il est aisé de remarquer en Notre- Seigneur même, dans son immaculée Mère, et dans les personnes qui ont été les plus favorisées de ses grâces, qu'il a fait souffrir durant une vie d'un moment, comme parle l'Ecriture, pour les élever pour jamais à des joies incompréhensibles et à des grandeurs inénarrables.

Ces maux donc apparents qu'ils souffrent, sont les plus grands biens et les plus rares faveurs dont le ciel honore ceux sur qui il a de plus grands desseins. Davantage, comme tous les hommes , à l'exception de Notre- Seigneur Jésus-Christ et de son immaculée Mère, ont contracté le péché, ou l'ont commis, tous méritent de souffrir; et c'est un des effets les plus doux de la divine Providence de leur envoyer des maux en la vie présente, pour les préserver de ceux de l'autre monde. Mais il nous arrive comme aux enfants qui n'ont pas encore l'usage de la raison, qu'un bon père fait saigner dans leurs maladies ; ils crient, ils. pleurent, ne sachant pas que le peu de mal qu'ils endurent leur sert de remède, et leur est donné pour les préserver de la mort ; si le père en usait d'une autre sorte, il seraiî cruel et dénaturé. Disons encore : si des enfants font des insolences publiques dans une place, et que le père de l'un d'eux passe, il va à son enfant, et le châtie, et il laisse les autres ; il en est de même : Dieu châtie ceux qu'il aime le plus : ceux qu'il abandonne à leurs plaisirs portent les marques qu'ils sont des enfants illégitimes.

Ohl quelledouceur de savoirque rien n'arrive sans sa conduite, et qu'il dispose de tout pour sa gloire et pour notre bien ; et qu'ainsi les plus grands maux deviennent pour ceux qui l'aiment de très-grands biens; c'est ce qui nous doit plus assurer, que si nous en connaissions les causes, et que nous.

DIEU INCONNU. PART. I, DIEU INCONNU EN CE QU'IL EST

en vissions dans notre lumière les avantages; car après tout nous pouvons toujours nous tromper. N'est-il pas irai, dit le grand Maître, que deux passereaux ne se vendent qu'un sou : et cependant il n'en tombe pas un sur la terre sans l'ordre de votre Père : il ny a pas jusqu'aux cheveux de votre tète qui ne soient comptés; c'est pourquoi n'appréhendez pas, vous êtes bien plus considérable que plusieurs passereaux. ( Matth. x, 29, 31.) Certainement si le moindre de nos cheveux est à la conduite de la divine Providence, nous ne pouvons pas douter qu'elle ne veille avec amour sur tout ce qui nous regarde sans aucune réserve : c'est pourquoi le prince des apôtres nous crie : « Remettez toutes vos inquiétudes entre ses mains; car il prend soin lui-même de vous, c'est-à-dire le Dieu toutpuisant et tout bon.» (/ Petr. v, 7.) Il ne veut pas dire, comme nous l'avons déjà remarqué, que nous n'ayons aucun soin ; mais il veut que l'on se dépouille tout à fait de ceux qui sont inquiets, de toute anxiété et irouble d'esprit. Et c'est dans ce sens quo l'anôtre saint Paul {Philip, iv, 6) nous apprend de ne nous inquiéter de rien; mais dans toutes nos oraisons, prières et actions de grâces, à exposer à Dieu ce que nous désirons ; et que la paix de Dieu qui passe tout entendement, garde nos cœurs et nos pensées en Jésus-Christ ; état divin, qui est le propre du Chrétien, et dont la plupart sont trèséloignés, parce que Dieu leur est peu connu dans sa providence.

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