CHAPITRE XIII
Des directeurs et confesseurs.
Comme nous avons plusieurs membres en notre corps, et qu'ils n'ont pas tous une même fonction : de même les grâces sont différentes que produit le Saint-Esprit dans les membres du corps mystique de Jésus- Christ. Mais certainement i) faut reconnaître que la grâce des directeurs et confesseurs pour leur ministère, est l'un des dons les plus parfaits, comme parle l'Apôtre (Ephes. m, 7), pour arriver et persévérer à la haute sainteté de leur état. Elle doit être grande et sublime pour ne contracter rien des bassesses et de la souillure des liaisons imparfaites avec les créatures. Le besoin, la confiance et la dépendance où se trouvent celles qui s'adressent à euxr est une occasion très-dangereuse de ces sortes de liaisons, particulièrement entre les personnes de différent sexe, surtout quand la jeunesse se rencontre et les dons de la nature. Car, comme remarque très-bien sainte Thérèse, les inclinations se portent vers ceux qui en sont les mieux partagés. C'est un mal, dit encore la même sainte, parlant de ces amitiés qu'on appelle honnêtes, qui ne s'aperçoit pas par des âmes grossières, mais qui entraîne bien
des maux et qui met quelquefois les âmes dans un grand danger. Elle enseigne de plus que le diable y tend plusieurs pièges qui demeurent quelquefois longtemps cachés, mais où à la fin on se perd malheureusement. Mais le danger en est d'autant plus grand parmi les directeurs, confesseurs et leurs pénitentes, que leur amitié est couverte du prétexte du bien, de la vertu, de la reconnaissance et du besoin : et particulièrement quand les sens y ont part, quoiqu'il n'y ait rien contre la pureté, ce qui serait abominable; et qu'il s'y glisse de certaines libertés, que l'on prétend justifier par la droite intention. Mais enfin, il faut tout craindre, et l'aveuglement en cela devient quelquefois plus grand que l'on ne pense. Il est vrai qu'il y a eu des amitiés particulières entre des saints de sexe différent ; mais ces saints étaient très-éloignés du mélange de la nature et dans un entier oubli d'eux-mêmes, n'aimant que Dieu seul et ne voyant que Dieu seul, et dans un parfait détachement de tout l'humain. Ils étaient animés et soutenus par une grâce d'une pureté extraordinaire qui, les tenant toujours séparés de l'être créé, les unissait saintement à Dieu seul.
Il faut donc bien se donner de garde que, sous ce prétexte, les directeurs ne se lient pas trop avec les personnes qu'ils dirigent ou confessent. Oh I combien ont été pris par cette illusion qui ont fait de tristes naufrages ! Ils doivent veiller extrêmement à n'en pas donner les moindres occasions, comme de se voir et se parler fréquemment, de se donner beaucoup de témoignages d'amitié, soit par parole ou autrement, de marquer de la tendresse, de se faire des présents. Si quelques saints en cela n'y ont pas, en certaines rencontres, apporté toutes les précautions possibles, c'est en quoi il ne les faut pas imiter. L'on doit savoir qu'il y en a eu qui ont tenu des conduites extraordinaires, qui ne sont pas pour les autres, et il ne faut pas s'y tromper.
Les directeurs et confesseurs doivent garder un air sérieux et exceller dans la modestie, qui est une vertu qui compose avec bienséance tous les mouvements extérieurs, le parler, le marcher, les regards, la posture et généralement tout ce qui regarde le maintien du corps; et cette vertu les doit accompagner tous : elle est fort recommandée à tous les ecclésiastiques par le saint concile de Trente. Les actions puériles, les paroles, les gestes, les regards trop libres, les grandes familiarités sont indignes de ceux qui sont les coadjuteurs de Jésus-Christ, dans le soin qu'ils prennent des âmes : ils doivent éviter les longues et fréquentes conversations , et ils ont plus besoin de prier que de parler. Je sais des maisons religieuses où le confesseur ne va jamais à la grille et où il ne parle que dans le confessionnal, pour empêcher les entretiens inutiles.
Ils doivent travailler à détacher les âmes d'eux-mêmes aussi bien que d'elles-mêmes et des autres créatures, pour les attacher uni-
ŒUVRES COMPLETES DE BOUDON
quement à Jésus-Christ. Il ne faut irien s'y approprier, dit excellemment saint "Bernard ; ut c'est une haute tromperie à ceux qui les conduisent a leur fin, de les arrêter dans le moyen. C'est un désordre intolérable dans quelques-uns, qui tiennent tellement captives une multitude de femmes et de filles dévotes, qu'elles n'oseraient presque avoir la pensée de consulter qui que ce soit, en étant plus jaloux que les hommes mariés de leurs femmes ; c'est comme parle le bienheureux P. Jean de la Croix. Aussi, parmi eux, c'est un crime capital si quelques-unes de ces personnes parlent de leur conscience à d'autres : aussitôt ils entrent en humeur, ils se fâchent, et s'ils n'osent en témoigne» rien de paroles, ils le marquent assez par les effets, les rebutant ou ne leur parlant qu'à force, et quelquefois même ne leur voulant plus donner d'avis. Ils couvrent leurattachement et leur jalousie du prétexte que la différence des avis est dommageable : et nous ne nions pas qu'il ne faut point légèrement en prendre de différentes personnes et en consulter tantôt l'une et tantôt l'autre par inconstance, par légèreté ou par curiosité, ce qui peut nuire à l'âme. Mais avec tout cela, dit le grand Maître des voies intérieures, le bienheureux P. Jean de la Croix, c'est ce qui n'est point excusable dans ceux qui, conduisant les âmes, ne les laissent jamais sortir de leur pouvoir et direction, avec leurs intentions qui ne demeureront pas impunies. Ce saint, si détaché et si plein de lumière, assure que Dien s'irritecontre ces directeurs et qu'il les punira. Comment, dit-ils, peu: vent-ils savoir s'ils n'ont pas besoin d'aller à d'autres? et de vrai, toutes les lumières sont-elles renfermées dans une personne?
11 ajoute que l'on doit donc laisser la liberté, et même quelquefois conseiller en de certaines occasions d'aller à d'autres.
Le P. Balthazar Alvarez , religieux de la Compagnie de Jésus , homme de Dieu, et très-expérimenté , dont sainte Thérèse, qui l'a eu pour directeur, assure que Notre-Seigneur lui avait révélé qu'il n'y avait personne en son temps qui le surpassât en perfection, dit que les confesseurs doivent accorder volontiers, et à cœur ouvert, la permission de se confesser à d'autres qu'à eux, encore que cela vienne de faiblesse, et éviter la trop grande affection de leurs pénitents , et au contraire être portés à les faire changer prudemment de confesseurs en quelques rencontres, de n'être pas excessifs à vouloir que toutes choses se fassent par leurs avis.
Il est certain que le défaut de liberté à l'égard de la confession est une source de grands maux; ceux. qui vont en mission le peuvent savoir, et c'est un mal de notre siècle , \ ayant quantité de pasteurs et de confesseurs qui, ne facilitant pas assez cette liberté,. sont cause de la damnation éternelle des âmes. J'en ai su qui, après avoir reçu l'extrème-onction, et s'être confessés au moins pour la dernière fois à ce qu'ils
pensaient, s'en allaient en enfer, ne pouvant se résoudre de dire de certains péchés à des personnes qu'elles voyaient souvent ; mais la divine Providence leur en ayant présenté quelque autre à qui ils se confessèrent avec liberté, ce fut une occasion heureuse de leur liberté. Qui . considérera bien que les Pères assemblés dans le dernier concile général, ont ordonné qu'on donnerait plusieurs fois l'année des confesseurs extraordinaires aux religieuses , entendra bien cette nécessité; car après tout, les religieuses ne manquent pas de lumières pour savoir l'obligation très-étroite de s'accuser simplement de tous les péchés mortels dans le tribunal de la confession ; et d'autre part celles sont fortifiées par des secours puissants qui leur sont singuliers; et de plus, ordinairement leurs confesseurs sont pesonnes de probité et de capacité. Et si après tout cela le concile général veut qu'on leur donne des confesseurs extraordinaires, que doit-on faire à l'égard des pauvres gens de la campagne, qui souvent sont dans l'ignorance , ou au moins ont peu de lumières de Dieu et des vérités de la religion , et qui ont quelquefois des confesseurs vicieux?
Je sais un diocèse où le prélat, ayant bien considéré ces choses, avait publié une or* donnance par laquelle il permettait quatre fois l'année, à tous ses diocésains, de choisir tel confesseur qu'ils voudraient de ceux qu'il avait approuvés. J'en sais un autre où en de certains lieux, les curés invitant plusieurs de leurs confrères le jour de la fête de leur patron, au lieu de faire des festins pour les traiter, se contentaient de leur donner un repas fort médiocre, et ils réservaient la dépense qu'ils auraient faite à l'employer durant plusieurs jours, comme pendant une semaine, à les nourrir. Durant ce temps-là ils s'abstenaient de confesser , pour donner une entière liberté à leurs paroissiens , leurs confrères s'acquiitant de ce devoir à leur place, prêchant tous les jours et faisant de bons catéchismes. Je suis témoin des grands biens qui en sont arrivés aux âmes , et ce qui est entièrement considérable pour la gloire de Dieu, il y a eu de ces pasteurs qui m'ont a voué que leurs paroissiens avaient entièrement besoin de ces confesseurs extraordinaires , quoiqu'ils fussent d'une vie exemplaire et d'une grande douceur, ce qui attire la confiance. Il serait à désirer que les fêtes de patrons se célébrassent de la soi te, elles seraient pour lors des solennités agréables à Dieu, et la chose n'est pas difficile à exécuter. Hélas! l'on fait bien d'autres dépenses pour le plaisir, pour ses commodités et pour le monde.
La confession a quelque chose d'assez pénible; il n'est pas à propos de la rendre plus diffiieile , et de donner occasion aux hérétiques de la regarder comme intolérable. Le docte et pieux Gerson, chancelier de l'université de Paris, invective fortement contre ceux qui en ôtent la liberté, et il assure au'ils en répondront devant Dieu. Je
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DE LA SAINTETE DE L'ETAT ECCLESIASTIQUE. — CHAP. XIII
prie tous ceux qui en usent de la sorte, de considérer devant Dieu et avec attention , s'ils voudraient qu'on les traitât de cette manière , et quelle peine peut-être ils auraient si on leur imposait cette obligation ; si par exemple un évêque donnait à un curé un confesseur particulier, à qui il fût obligé de se confesser, et pour qui il eût de la difficulté. Il faut prendre garde de lier des fardeaux pesants, et en charger les épaules des autres, comme l'enseigne notre divin Maître, que l'on ne voudrait pas remuer du bout du doigt.
L'on objecte que la liberté des confessions a aussi ses maux, qu'elle est une eause;'que plusieurs pécheurs demeurent dans leurs habitudes criminelles, sans faire une véritable pénitence. Mais l'on pourrait remédier à ce désordre, en proposant à ces sortes de personnes plusieurs confesseurs à leur choix, qui fussent des personnes de zèle et de capacité. Après tout, il y a des inconvénients en la plupart des choses; mais à l'égard de la confession , le défaut d'une liberté réglée, judicieuse et chrétienne, est cause de maux incomparables, par tes sacrilèges auxquels elle donne occasion. Le savant Gerson, que nous venons de citer, exhorte beaucoup les prélats à y veiller. L'on peut remarquer ici que les directeurs ne doivent pas être faciles à recevoir les vœux d'obéissance de leurs pénitents , et beaucoup moins à les y porter. Il est vrai que ce renoncement de propre volonté est une vertu très-chrétienne , très-louable , et pleine de bénédictions ; mais il faut que ce soit l'esprit de Dieu qui y engage, et les personnes qui font ces vœux, doivent être d'une vertu éprouvée. C'est pourquoi les saints et désintéressés directeurs ne l'ont pas permis qu'après beaucoup d'épreuves et une longue expérience ; autrement il en arrive des suites très-fâcheuses.
De plus, il faut considérer extraordinairement les directeurs à qui l'on fait ce vœu ; car s'ils n'ont pas les qualités requises pour conduire dans les voies de la perfection, cet engagement y est un étrange obstacle : et cependant, selon la doctrine des saints, il s'en trouve très-peu qui aient ces qualités. De là vient qu'Avila, cet homme apostolique, disait qu'il en fallait choisir un entre mille; saint François de Sales, entre dix mille. Sainte Thérèse assure, qu'ayant cherché l'espace cie vingt ans un confesseur qui l'entendît bien, elle ne l'avait point trouvé ; ce qui lui avait apporté beaucoup de préjudice, pour retourner souvent en arrière, et encore pour la perdre: quelle a connu des âmes qui ne savaient que devenir par la faute du directeur. Cependant dans notre siècle, plusieurs ecclésiastiques s'érigent facilement en directeurs, et le nombre en est très-commun partout.
Ils doivent être doctes, parce qu'ils sont obligés de discerner entre la lèpre et la lèpre, le péché et le péehé, le bien et le bien ; le bien d'avec le mal, et le mal d'avec le bien. Mais ils doivent être savants dans la
science des saints, et expérimentés dans les voies de la perfection. Sans cela, dit saint Bernard, l'intelligence n'y comprend rien: comme celui qui ignore le grec, n'entend pas celui qui le parle. Gerson enseigne la même doctrine , et l'éminentissime cardinal de Richelieu , qui était docteur et trèséclairé, a laissé ses sentiments sur ce sujet, dans son livre De la perfection, avec beaucoup d'humilité, par ces dignes et humbles paroles: Je laisse un plus long examen à faire de la théologie mystique, a ceux qui la connaissent par une sainte et longue expérience, et qui en savent aussi bien tous les replis , que ceux qui me ressemblent les doivent révérer avec humilité sur la simple connaissance générale qu'ils en ont; laquelle, bien que vraie, les laisse néanmoins dans une telle obscurité de circonstances particulières qu'ils ne sont pas plus savants en ce qui est de leur détail, que les aveugles en la distinction des couleurs, la pratique étant la seule théorie de cette haute théologie.
Us doivent être grandement patients, l'expérience faisant voir tous les jours lé grand besoin que l'on a dans la conduite des âmes, dont il faut supporter les défauts avec une charité très-grande : autrement on les rebute, et quelquefois on est cause de leur perte. Ils doivent avoir une grande douceur à l'imitation de notre débonnaire Sauveur, et particulièrement dans le confessionnal ; car la douceur attire la confiance, et elle ouvre le cœur. Plusieurs pécheurs , qui par timidité, ou par d'autres motifs, avaient celé leurs péchés dans leurs confessions, ont fait une véritable pénitence, et se sont convertis ayant trouvé des confesseurs qui les traitaient avec bénignité. Il s'en est trouvé même qui, étant venus dans le dessein de continuer leurs sacrilèges, en ne disant pas leurs crimes, tout à coup se sont trouvés changés, et se sont découverts entièrement, avouant ingénument à ceux à qui ils se confessaient, qu'ils avaient été gagnés par leur douceur ; car enfin tout est possible à la douceur. Les confesseurs ne doivent pas paraître étonnés quand Ion s'accuse de grands crimes, de peur que cela n'ôte la liberté de s'en accuser; mais il faut qu'ils écoutent tout en patience, et ensuite y apporter le remède.
Or la douceur dont nous parlons, n'est ni molle ni lâche dans l'administration du sacrement de pénitence, faisant que l'on donne l'absolution indifféremment , sans faire distinction des personnes qui la reçoivent ; ce qui est cause de la damnation éternelle d'un grand nombre d'âmes. Ainsi plusieurs vieillissent et passent leur vie dans le crime, parce qu'ils ne trouvent pas de confesseurs qui y apportent de véritables remèdes. Us sont les médecins spirituels des âmes , et ils doivent leur donner des remèdes propres à leurs maladies : autrement ils sont cause de leur mort éternelle, et ils en répondront au jugement de Dieu.
C'est un spectacle digne de larmes , de
voir tant de Chrétiens, qui sont les membres de Jésus-Christ, qui doivent être animés de son esprit et vivre de sa vie , se laissser aller h leurs passions déréglées, comme les gentils qui ne connaissaient point Dieu. Leur vie est semblable à celle de ces infidèles , dont l'esprit est obscurci de ténèbres , qni parleur ignorance née de l'aveuglement de leur cœur, sont éloignés de la vie de Dieu. De voir des Chrétiens, dont la vie doit être une imitation du Père qui est dans les cieux; et si pure, et si sainte, que le grand Apôtre (Ephcs. v, 3) ne veut pas qu'on entende même parler du péché de fornication, d'impudicité, d'avarice, ni de folie, ni de raillerie, ni d'extravagance, comme il est bienséant parmi des saints : de les voir, disje, abandonnés à toutes sortes de dérèglements, et quelques-uns passer leur vie dans les blasphèmes, les impudicités, l'injustice, les inimitiés et les excès du boire et du manger.
La plupart de ces Chrétiens ne laissent pas néanmoins de s'approcher du sacrement de pénitence de temps en temps ; et ils demeurent toujours dans leurs habitudes criminelles. Combien y a-t-il de ces gens qui se confessent à la fête de Pâques ? mais combien y en a-t-il qui meurent véritablement au péché, pour ressusciter avec Jésus-Christ, marchant dans une nouvelle vie? Car, s'écrie le grand Apôtre, si nous sommes morts au péché, comment vivrions-nous encore pour le péché? (Rom. vi, 2.) N'est-ce pas encore contre nature qu'un mort revive ; il faut donc que tout se renouvelle en nous : et néanmoins les impudiques après la sainte fête de Pâques n'en sont pas plus chastes ; les dames mondaines moins coquettes, plus modestes dans leurs vêtements; les ivrognes plus sobres, les vindicatifs plus miséricordieux, les injustes plus équitables: les blasphémateurs, plus retenus dans leurs paroles ; le péché règne à l'ordinaire.
Certainement l'on peut dire que plusieurs eonfesseurs sont en partie cause d'un dérèglement si déplorable. 11 semble qu'il suffise de leur faire un narré des crimes. Ah ! quel soin apportent-ils dans une affaire de telle importance? 11 s'agit de réconcilier un chétif néant avec un Dieu, un criminel de ièse-majesté divine. O mon Seigneur et mon Dieu 1 s'il était question de iaire paraître un malheureux qui aurait attenté à la vie d'un monarque, et à qui ce souverain voudrait bien pardonner son crime, que serait-on, et que ne ferait-on pas? Mais disons plus, quelles mesures ne prend-on pas pour réconcilier des gens de peu de considération avec d'autres ? N'y a-t-il qu'avec Dieu que Von doive se comporter avec hâte et avec lâcheté ? D'où vient que l'on ne prend pas au moins quelque teuips à l'égard de ces pécheurs habitués dans le péché, pour voir s'ils désisteront de plus insulter à une Majesté suprême , s'ils travailleront, s'ils s'efforceront avec le secours de la grâce, de se défaire de leurs habitudes ; s'ils quitteront les occasions du péché, s'ils restitueront le
bien d'autrui, s'ils vivront dans une vraie charité avec ceux avec qui ils étaient mal. L'on se contente de leur demander s'ils ont regret de leurs crimes, s'ils sont en dessein de mieux faire; et quand ils disent qu'ils ont de la douleur, et qu'ils ne veulent plus pécher , on leur donne l'absolution. C'est cependant ce qu'ils ont dit les vingt, les trente années ; et ce sont des paroles qu'ils démentent un jour après par leurs actions. Ah ! que souvent, disait le P. Suffren, religieux de la compagnie de Jésus, homme apostolique : Quand le confesseur dit à ces gens, je vous absous, Dieu dit dans le ciel, je vous condamne !
L'expérience fait assez connaître, qu'il est nécessaire de différer l'absolution à ces pécheurs, leur en faisant voir la nécessité avec prudence et une grande charité. C'est pourquoi la probité de la vie, le zèle de l'intérêt de Dieu, et le parfaitMésintéressement, sont nécessaires aux confesseurs, afin que, sans respect humain et sans considération d'aucun intérêt, ils soutiennent lacausede Dieu. Ils commettent beaucoup de lâchetés, comme il est remarqué dans les Méditations ecclésiastiques de messieurs de Saint-Nicolas du Chardonnet, parce qu'ils sont dans les maximes du monde aussi avant que leurs pénitents ; ou de ce qu'ils ont peur d'en être disgraciés, parce que leur fortune dépend de ces personnes ; ou bien qu'ils en attendent du profit temporel; ou de ce qu'iis n'ont jamais bien examiné les maximes de l'Evangile; ou bien parce qu'ils cherchent des inventions d'accommoder le monde avec Jésus-Christ ; ou bien, parce qu'ils ne comprennent pas assez Ja grièveté des péchés commis contre Dieu après le baptême. 11 y en a aussi qui entrent dans le ministère par avance, ou par vanité, ou par curiosité. 11 y en a qui ont plus d'acception des riches que des pauvres, contre la maxime et l'exemple du Fils de Dieu, qui a choisi les pauvres, à qui il est venu principalement prêcher. Il y en a qui portent envie aux autres confesseurs qui ont plus de pénitents, plus nobles ou plus riches. Il y en a qui retirent les pénitents des autres pour les faire venir à eux. 11 y en a qui sont dans un empressement secret de s'en procurer, qui se produisent facilement pour venir à bout de leurs fins, et quelquefois ils ont des intentions bonnes et ils sont même personnes de vertu ; mais ils ne s'aperçoivent pas de l'esprit de nature qui les fait agir ; aussi souvent ils jettent leurs rets parmi les personnes de qualité, ou celles qui éclatent en estime de piété.
Bienheureux ceux qui seront à Dieu seul, et qui ne regarderont que Dieu seul ; qui laisseront agir son esprit, qui ne s'introduiront à rien par eux-mêmes. Les vocations sont différentes ; il y en a de destinés dans l'ordre de la divine Providence, pour de certaines personnes, et d'autres pour d'autres, 11 y en a qui ontgrâce pour de certains états, et "non pour d'autres voies; et il est rare d'en trouver dont la lumière et la .grâce soien»
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pour toutes sortes de personnes. Nous .ivons traité plus amplement de cette matière dans le livre Du règne de Dieu en l'oraison mentale, en plusieurs chapitres, dont nous avons rapporté quelque chose dans eelui-ri: et nous avons appris que l'on en a fait un traité particulier séparé du reste du livre, quia été traduit en italien.