CHAPITRE XIV
Des visiteurs.
Que toutes vos actions, s'écrie l'Apôtre parlant aux fidèles, soient dirigées au nom de Noire-Seigneur Jésus-Christ. (Col. m, 17) Soit que vous mangiez ou que vous buviez, dit-il encore, ou quelque autre chose que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. (I Cor. x, 31.) Les Chrétiens ont reçu son esprit, car le même qui est dans le chef doit être dans les membres. Son esprit les anime et demeure en eux ; c'est lui qui les fait a^ir, et qui doit être le principe de leurs actions : il faut donc qu'elles soient toutes pour la gloire de Dieu, et qu'elles soient conformes à leur principe, c'est-à-dire, toutes divines. Mais si tout doit être divin dans le Chrétien et dans les actions même les plus viles, quelle doit être la participation de la nature divine, pour me servir de l'expression du prince des apôtres (HPetr. i, k), dans ceux qui sont appelés pour les sanctifier, et pour en ôter les obstacles à la sainteté, et dans une action des plus importantes pour l'honneur de Dieu, comme est celle de la visite ? Il faut que leur alliance avec Notre- Seigneur Jésus-Christ se contracte par les unionsles plus nobles, fuyant, comme l'enseigne encore saint Pierre, la corruption »!e la concupiscence qui est dans le monde: car on ne peut être participant de la nature et de la vie divine, sans renoncer à la vie qui est selon la chair. Ce n'est pas assez que les visiteurs aient l'esprit de Dieu, ils en doivent avoir une plénitude regorgeante, afin que ceux qui sont visités, reçoivent des épanehements de leurs grâces, et que Notre- Seigneur soit sanctifié, pour parler le langage de l'Ecriture. Ces gardes établis sur les murs de Jérusalem, ne doivent se taire jamais, glorifiant Dieu incessamment, non-seulement par leurs paroles, mais par leurs saintes actions, qui crient encore plus haut, et qui se font entendre plus puissamment.
Ce sont ceux qui marchent devant le Seigneur, et devant ses oints, les évêques de son Eglise, pour leur préparer leurs voies, et pour.donner connaissance au peuple de la science du salut. L'amour d'un Dieu qui nous a visités selon les entrailles de sa miséricorde, doit être leur modèle, et leur règle ; et si dans sa visite miséricordieuse il est appelé un soleil levant, pour éclairer ceux qui étaient dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort, et conduire nos pas dans le chemin de la paix; il îaut qu'à son exemple ils soient la lumière de ceux qu'ils visitent, pour retirer de l'aveuglement ceux qui y sont, et établir partout la paix divine que notre Maître
OEUVRES COMPL. DE BOUDOX. I
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est venu apporter en terre. La charité d'un Dieu fait homme en sa visite, sa patience, sa douceur, ses soins, ses travaux, ses souffrances,'ses croix, ses instructions, son zèle pour la gloire de son Père, sont les exemplaires qu'ils doivent imiter. C'est sur les actions et les souffrances du Sauveur des hommes, qu'ils doivent prendre leurs mesures. 0 mon Seigneur et mon Dieu ! si l'on arrête les yeux sur vous, que ne fera-t-on pas, et que ne seuffrira-t-on point ! Mais, Seigneur, que verrons-nous, si nous ne vous regardons pas? Malheur à ceux qui détournent leurs yeux de dessus vous, pour les attacher auxeréatures, pour se regarder euxmêmes et leur propre intérêt 1 Voilà la cause de tous les dérèglements, et en particulier des désordres des visites.
Les visiteurs qui regarderont purement Dieu dans leurs visites, et qui seront pénétrés de sa grandeur suprême, veilleront premièrement et principalement sur tout ce qui regarde son corps adorable, qui est un de leurs premiers soins. Ah! quel sujet d'étonnement pour eux; mais quel sujet d'amour qu'un Dieu veuille bien leur confier le soin de son corps, et son repos sur eux. Je l'ai dit autre part, mais je me sens pressé de le répéter : il faut que les glaces de mon misérable cœur soient bien étranges, puisque je vis encore, et que la douleur ou l'amour ne m'ait pas fait mourir, après avoir trouvé dans mes visites le corps d'un Dieu dans des anéantissements inexplicables. Je j'ai trouvé au milieu des toiles d'araignées ; j'ai trouvé des vers dans les espèces sacrées; j'ai trouvé les divines hosties pleines de bêtes ; et j'ai trouvé ceux dont l'effroyable négligence lui causait tous ces états humiliants, dans une entière insensibilité. Je ne dis rien des ciboires, des calices, où le corps et le sang de ce Sauveur reposent, des tabernacles que nous avons vus. Hélas lies plus chétives créatures voudraient-elles se servir de choses pareilles. C'est ce qui regarde le premier soin des visiteurs : et comme présentement on apporte quelque ordre à l'égard des ciboires et des calices, lorsqu'il se rencontre des églises très-pauvres, et dont les pasteurs le sont aussi, le divin amour, doit bien presser les visiteurs d'y suppléer, soit par eux-mêmes, soit par le moyen d'autres personnes. Les visiteurs, qui ont un revenu un peu considérable, s'ils en prenaient tous les ans seulement cent livres, ce serait pour avoir deux calices ou deux ciboires d'argent pour ces paroisses pauvres; et dans la suite des années, comme quelquefois le nombre de ces paroisses n'est pas si grand, on remédierait aux états humiliants que le Dieu de toute majesté y porte. Mais ce Dieu qui a voulu être le Fils de l'homme, venant dans nos Eglises, pensons-nous qu'il trouve de la foi sur la terre ? Je l'écris le cœur outré de douleur, le Dieu que nuusadorons est bien peu connu. Si- l'on avait un seul degré de foi vivement animée de la divine charité, comment tous ceux qui croient sa réelle présence en l'a-
ŒUVRES COMPLETES DE BOIDON
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durable Eucharistie, et qui ont quelque argent, pourraient-ils ne lui pas donner des tabernacles, des ciboires, des calices poulie loger? Comment pourraient-ils ne lui pas donner du linge pour lui avoir des corporaux, des purificatoires, des pâlies pour servir à ses autels? Comment pourraient-ils ne pas prendre soin des ornements et de la décoration de ses églises, qui sont ses maisons ?
Nous ne répéterons point ici ce que nous en avons remarqué dans le chapitre k et dans le chapitre 9, que les visiteurs pourront lire, pour connaître les désordres de la maison de Dieu, et y apporter tous les remèdes possibles : car ils doivent beaucoup veiller à tout ce qui regarde le culte de Dieu, aux corporaux, à ce qu'ils ne soient point troués ; qu'ils soient bien nets et bien blancs ; que l'on change de temps en temps ceux qui servent dans le tabernacle sous le saint ciboire , car il y en a qu'on y laisse les années entières; que l'on ne se serve pas de purificatoires sales, ce qui est assez ordinaire ; que les pâlies soient aussi nettes ; que les nappes des autels ne soient pas pleines de poussière ; et qu'on les fasse blanchir de temps en temps, aussi bien que les autels, et tout le reste du linge. 11 serait à désirer que les pâlies fussent couvertes de linge, et non pas d'étoffes, parce que dans la suite du temps elles se gâtent et se noircissent, et on n'y peut pas remédier qu'en les changeant. Il faut prendre garde que tous les autres ornements soient dans un état décent, comme leschasubles, les étoles, les manipules, les voiles, soit pour couvrir le calice, soit pour couvrir le ciboire ; que les autels portatifs ne soient pas placés loin du bord de la table; que les châssis de bois pour soutenir les devants d'autel, ne soient pas plus larges que de deux doigts, pour les inconvénients dont nous avons parlé ; qu'il n'y ait point d'images mutilées ou habillées mondainement, ou en qui l'on remarque des nudités, car en ce cas il les faut absolument ôter ; que les sièges soient dans une "distance éloignée des autels ; que les vaisseaux des saintes huiles, et ce qui sert à l'usage du saint baptême, soient bien propres; que les clefs du tabernacle, des ornements, des saintes huiles, et des fonts baptismaux, soient gardées avec la dernière exactitude, sans les laisser jamais sans être enfermées sous quelque autre clef que l'on doit emporter, et ne les laisser pas à l'église, sous prétexte qu'on les cache en quelque lieu secret; que Ton ne fasse point d'irrévérences en sonnant les cloches, selon que nous l'avons remarqué ci-devant ; que les livres de l'Eglise ne soient pas déchirés, ceux qui servent à célébrer le très-saint sacrifice de la messe, ou à chanter l'office divin; que les cimetières soient bien clos, et qu'ils ne servent jamais à aucun usage profane, comme à y faire paître des bêtes, à y étendre du linge ou du foin, ou à y causer et s'entretenir d'affaires séculières.
Ils doivent s'informer exactement des
mœurs des ecclésiastiques, des curés, des prêtres, et de tous ceux qui sont dans la cléricature; et non-seulement des ecclésiastiques habitués dans les églises qu'ils visitent, mais de tous ceux qui résident dans le lieu ; savoir, s'ils ne tombent pas en des fautes notables, s'ils ne malédifient point par leurs exemples et paroles, s'ils n'ont point avec eux, ou s'ils ne fréquentent point des personnes suspectes qui puissent scandaliser; s'ils n'ont point chez eux des femmes contre les ordonances des saints canons; s'ils ne se servent point de serviteurs qui soient vicieux; s'ils ne vont point au cabaret; s'ils ne jouent point à des jeux que les ordres do l'Eglise défendent; s'ils ne sont point chasseurs, ou occupés dans les négoces séculiers; s'ils célèbrent le saint sacrifice de la messe aux heures réglées ; s'ils chantent l'office divin posément et avec dévotion ; s'ils administrent les sacrements avec le dernier soin, particulièrement aux malades; s'ils les vont voir aussitôt qu'on les demande, et si même ils ne les préviennent pas aussitôt qu'ils connaissent leur maladie; s'ils les assistent à l'extrémité de leur maladie, et s'ils ne les abandonnent pas dans cette extrémité, sous prétexte qu'ils ont reçu leurs sacrements; s'ils ne sont point négligents à s'acquitter de tous ces devoirs; s'ils ne rebutent point leurs peuples quand ils veulent se confesser en quelque temps de l'année que ce soit; s'ils les reçoivent avec douceur et bénignité ; s'ils les y exhortent même de temps en temps; s'ils s'appliquent au salut des enfants qui ont l'usage de raison; si tous les ans ils leur destinent un temps pour les confesser tous à loisir; s'ils n'en laissent mourir aucun sans le sacrement de pénitence, sous prétexte qu'ils sont jeunes, et qu'ils n'ont pas fait encore de grands péchés : ce qu'ils ne peuvent pas savoir, et ce qui est quelquefois très-faux; s'ils ne se contentent point de leur donner une absolution générale le jour du jeudi saint; s'ils déterminent précisément l'usage de raison à sept ans, quelques-uns l'ayant plus tôt, et les autres plus tard.
Il faut qu'ils examinent si les ecclésiastiques ont de bons livres, non-seulement pour la doctrine, mais pour la piété, comme Molitia, le Chartreux, du Sacerdoce, quelques traités de Grenade, de saint François de Sales, etautres livres de dévotion. C'est une chose lamentable d'en voir un grand nombre dans les campagnes mener une vie toute dans l'oisiveté, ou toute dans une occupation semblable à celle des séculiers, toute dans le ménage comme les laboureurs et les artisans. Il leur semble, quand leur bréviaire est dit, que tout est fait; et encore, comment disent-ils le bréviaire? Us ne font aucun exercice de piété , point d'oraison mentale, point de lectures spirituelles ; et comment en feraient-ils s'ils n'ont point de livres? 11 serait aisé de remédier à ce dérèglement, si les prélats ne renouvelaient pas la permission de confesser qu'à ceux qui auraient des livres de docrine et de dévotion,
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et s'ils ordonnaient aux visiteurs d'y veiller exactement daus leurs visites, à l'égard généralement de tous les ecclésiastiques, suit curés, confesseurs ou autres.
Ils doivent s'instruire si les ecclésiastiques portent leur habit, c'est-à-dire, la soutane, à quoi ils sont obligés au moins dans les lieux de leur résidence, et partout ailleurs quand ils ne font pas voyage, comme nous l'avons montré; s'ils ont soin de faire renouveler leur tonsure de temps en temps; si tout est dans l'ordre clérical dans leurs maisons presbytérales ; s'ils ne se servent point des murailles de l'Eglise pour servir d'espalier à leurs jardins, ou pour y mettre leur bois, ou autres choses profanes. S'il y a plusieurs ecclésiastiques dans lelieu qu'ils visitent, il faut les assembler en particulier, et leur faire un entretien de leurs devoirs et obligations; ce qu'il ne faut pas omettre, quand il n'y aurait que le curé seul à qui on pût parler en plusieurs occasions qu'il est facile de trouver.
Surtout , il faut leur parler des défauts que l'on peut commettre en célébrant le trèssaint sacrifice de la messe, et très-spécialement à l'égard des irrévérences qui peuvent arriver aux particules sacrées de la divine hostie, dont nous avons traité amplement au chapitre Du sacrifice de la messe, au moins dans le chapitre 9e qui en est une suite, que l'on peut lire sur ce sujet. Mais le grand soin, la grande application doit être à l'égard de l'instruction des peuples; et pour cela il ne suffit pas de savoir en général si l'on l'ait le catéchisme; c'est ce qui est assez inutile, si l'on ne vient à examiner en particulier de .a manière qu'il se fait ; si Ton fait entendre les vérités que l'on apprend; à quelle heure il se fait; si c'est lorsque tout le peuple est assemblé, au moins dans la campagne; s'il y a une première messe, et une seconde; si on, le fait tantôt à l'une tantôt à l'autre; si par un vain respect, ou quelque crainte des gentilshommes à qui cela ennuie, on le fait en des heures où tout le peuple ne se trouve pas ; si on continue à le faire durant tout le cours de l'année, et non-seulement pendant l'avent et le carême. 11 faut lire sur cette matière ce que nous avons écrit dans le chapitre 11% Des pasteurs. Davantage si l'on fait des exhortations pour porter les âmes à la crainte et au service de Dieu : ce point est tout à fait à remarquer; car il y a des paroisses de la campagne où jamais il ne s'en est fait. Les prélats ont pensé à remédier à l'ignorance par les catéchismes, ce qui sou vent est inutile à raison de ia manière dont ils se font, comme nous l'avons montré clairement : mais la connaissance des vérités ne suffit pas pour le service de Dieu et le salut des âmes; la pratique en est nécessaire, et c'est pour cela que les peuples ont besoin d'être exhortés. C'est un devoir indispensable de tous les pasteurs, dont le silence malheureux de quelques-uns fait gémir les pauvres âmes qui leur sont commises, dans leurs langueurs et leurs faiblesses, n'ayant personne pour les en tirer par la force et là
vertu de la parole de Dieu. Ainsi l'on trouve des paroisses, où durant toutes les années l'on fera à la vérité un catéchisme «l'une manière fort sèche, où l'on répétera toujours, il y a un Dieu en trois personnes, la seconde personne s'estfaite homme, et autres pareilles vérités : mais sans rien dire qui puisse pénétrer les âmes de la grandeur infinie de Dieu, sans faire voir le bonheur de ceux qui le servent et le mal infini de ceux qui l'offensent. L'on dira, il y a un enfer, un paradis, sans faire connaître les peines inexplicables de l'un, et les joies immenses de l'autre. L'on dira que l'on est damné pour le péché mortel ; mais sans donner la crainte de ce mal qui est intolérable, sans faire voir l'abomination du péché, sans en donner de l'horreur. Ainsi il ne faut pas s'étonner si les âmes de ces pauvres peuples sont devant Dieu comme une terre sèche et sans eau, n'étant pas arrosée de la pluie céleste de sa sainte parole ; si leurs os, pour parler avec le Psalmiste (Psal. ci, 4), se sont séchés comme un foyer où le feu brûle sans cesse, parce qu'on ne leur donne point le pain de la divine doctrine. Voilà ce qui donne lieu à l'ennemi de persécuter les âmes et d'humilier leur vie jusqu'en terre. Voilà ce qui élève les iniquités par-dessus la tête, et que l'on est accablé comme d'un fardeau très-pesant. Certainement ce délaissement des âmes, pour lesquelles un Dieu est mort, est digne de larmes de sang : et on ne peut assez admirer l'aimable providence de Dieu, qui les soutient dans un tel abandonnemenL Car n'est-ce pas une chose admirable de voir des personnes subsister sans aucune nourriture; et comment ne sont-elles pas dans une totale défaillance?
Cependant cet abandonnement crie bien haut aux oreilles de Dieu, et lui demande une terrible vengeance, qui tombera aussi sur Jes visiteurs, s'ils ne travaillent de toute leur force en la vertu de celui en qui nous pouvons tout, pour y remédier efficacement, en faisant voir d'une manière puissante aux pasteurs, l'étroite obligation, et qui est indispensable, et de catéchiser et d'exhorter leurs peuples, en donnant avis aux évêques exactement de toutes les paroisses où se trouve cette abomination de désolation dans le lieu saint La négligence des visiteurs sur une affaire de telle importance, ne demeurera pas impunie ; et c'est un désordre intolérable d'en voir plusieurs qui font leurs visites sans s'appliquer à un mal si pressant, sans y penser, sans en parler; ou s'ils en parlent, c'est si légèrement, c'est avec si peu d'attention, si peu de force, si peu de soin, que c'est comme s'ils gardaient le silence.
Mais il ne faut pas penser que les visites aient seulement pour fin la réformation du clergé, ou son avancement dans le culte de Dieu; les conciles généraux et provinciaux, et les Souverains Pontifes nous enseignent qu'elles regardent encore la réformation des peuples, ou leur progrès dans la vertu. C'est la doctrine du quatrième concile de Latran, parlant des visites des évêques et de celles
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des archidiacres. C'est la doctrine du dernier concile général du saint concile de Trente, qui déclare que la fin de tontes les visites, est le soutien de la foi catholique, la correction des mœurs et l'instr\iction des peuples. L'un des célèbres conciles de Tours, que saint Charles Borromée a bien voulu citer en Italie, pour donner de l'autorité à ses visites, et par suite que nous pouvons citer avec justice dans la France, déclare que les visites sont ordonnées, non-seulement pour Ja réformation des ecclésiastiques, mais encore des laïques; c'est pourquoi il commande étroitement aux archidiacres de faire leurs visites tous les ans, et de ne les pas faire avec négligence. Un concile tenu en Gascogne, assure que, pour s'acquitter de ce qu'il doit à Dieuetaux hommes, il commande aux archidiacres, en vertu de son obéissance, d'apporter leur soin pour empêcher que le troupeau de Notre-Seigneur ne soit plus exposé à être dévoré, à raison de leur négligence, par les loups de l'enfer, les démons. Le dernier concile provincial de Normandie, conformément au saint concile de Trente, dit, que les visites ont pour fin l'établissement de la doctrine chrétienne, la correction des mœurs et l'exhortation à la pénitence ; et après avoir marqué tout ce que les évoques y doivent faire, il déclare que les archidiacres et autres visiteurs inférieurs, garderont pareil règlement.
Je ne puis ici m'empêcher de déplorer l'aveuglement de certaines personnes qui, ne pouvant souffrir que les archidiacres ou autres visiteurs agissent dans le véritable esprit de Dieu, qui est l'esprit de l'Eglise, l'ont tous leurs efforts pour empêcher que les peuples ne se trouvent aux visites. Nous parlons par notre expérience. L'on nous a dit de prime abord, que ce n'était pas la coutume d'y instruire les peuples, que les visites étaient pour voir les ornements des églises, et entendre les comptes de fabriques: et dans la suite on les a empêchés de s'y trouver, et particulièrement les personnes les plus considérables des paroisses. Nous visitons quelques villes, nous ne parlons pas de toutes, où nous entrons dans les églises comme dans un désert. Nous en trouvons même où les marguilliers ne se rencontrent pas, qui jouent ou se promènent pendant ce temps-là. Nous avons vu des marguilliers, lorsque nous commencions à exhortera la pénitence et à enseigner les vérités chrétiennes, se retirer dans un coin de l'Eglise, et s'entretenir des affaires de leurs comptes. Cependant, si dans ces lieux l'on donne le moindre avis qu'un prédicateur y doive faire quelque discours, l'on s'y assemble et ou vient l'écouter.
Nous avons montré, nous avons enseigné, nous avons rapporté en public et en particulier les sentiments des conciles généraux et provinciaux, et des Papes, qui font voirdans un jour que les ténèbres. ne peuvent obscurcir, que les visites ne regardent pas seulement les mœurs du clergé, mais encore des peuples. Nous avons fait connaître que c'é-
tait une haute illusion, et une tromperie manifeste, que de laisser les sentiments des conciles et des Papes, pour s'arrêter à ses propres pensées. Mais le démon ne peut souffrir la conduite de l'Eglise, qui est celle de Dieu. S'il pouvait, il détruirait les visites qui se font dans le véritable esprit, et pour les fins pour lesquelles elles sont destinées. Si on y allait pour y bien manger, y bien boire, on n'y trouverait aucune contradiction. Nous croyons cependant en devoir soupirer à la face de toute l'Eglise.
Mais ce qui est surprenant, est de trouver cette opposition dans la province où la divine Providence nous a établi, dans laquelle le dernier concile déclare si nettement que les archidiacres observeront les mêmes choses dans les visites, que les évoques. Or je demande s'il est seulement de sens commun de penser que les visites des évêques ne regardent pas le soin des peuples pour ce qui touche leur salut, et l'établissement du règne de Dieu dans leurs âmes? Innocent IV, Souverain Pontife, veut que les archidiacres veillent dans leurs visites sur toutes les choses dont l'évêque prend soin. Et de vrai, ils sont appelés les yeux de l'évêque, et par suite ils doivent donc voir tout ce que l'évêque voit. Hincmar, archevêque de Reims, très-savant dans la police ecclésiastique, leur commande, non-seulement de prendre soin dans leurs visites des prêtres, mais encore des laïques. Le concile tenu l'année 1564, dans la même province de Reims, dit que les archidiacres doivent avoir pour but dans leurs visites l'établissement de la sainte doctrine, le soin des mœurs du clergé et du peuple, la correction de ce qu'ils y trouveront de vicieux, l'exhortation vive et ardente du clergé et du peuple à la religion, à la paix et à l'innocence.
Fulbert, célèbie évêque de Chartres, se plaignant de Lisardius son archidiacre, donne pour l'un des sujets de sa plainte, de ce qu'il n'instruisait pas dans ses visites. Pierre de Blois, assez connu par sa profonde érudition, étant archidiacre de Londres, était bien persuadé de ce devoir, lorsque, parlant du peu de revenu de son bénéfice, qu'il dit consister en honneur, il assure néanmoins qu'il s'emploie entièrement avec des soins infatigables à l'instruction et réformation, non-seulement du clergé, mais du peuple. Les archevêques et évêques, dans l'assemblée de Melun, en parlant de la partie du diocèse, dont chaque archidiacre est chargé, ne l'ont-ils pas appelée une chose commise à la foi et aux soins dudit archidiacre ? De là vient que Denis le Chartreux a écrit qu'Us étaient institués pour le bien commun; et qu'ainsi c'était une chose trèsdangereuse de s'ingérer de soi-même dans cette charge, et qu'il fallait y être appelé du Saint-Esprit par une vocation très-spéciale, et qu'autrement l'on était en péril de la damnation éternelle, comme il a été enseigné par saint Bernard. S'ils ne s'acquittent de leurs devoirs, dit encore ce pieux et savant auteur, ils s'en vont dans une damnation
DE LA SAINTETE DE L'ETAT ECCLESIASTIQUE. - CHAP. XIV
assurée et terrible ; et il est de leur devoirde s'appliquer à préserver ou délivrer les âmes de la mort du péché, et de la gueule des loups d'enfer : et s'ils n'y travaillent pas de toutes leurs forces, ils peuvent attendre un terrible jugement de Dieu, et une condamnation épouvantable.
Mais afin de travailler à la réformation des mœurs, du clergé et du peuple, le peuple, autant qu'il se peut faire, doit assister aux visites ; car comment les visiteurs leur enseigneront-ils la doctrine de la foi, comme le veulent les conciles anciens et modernes, s'ils n'y sont pas ? Comment les exhorterontils à la pénitence ? Comment s'emploieronti's à la correction de leurs mœurs ? Comment les enflammeront-ils à l'amour de la paix et de l'innocence ? Comment réconcilieront-ils ceux qui sont divisés? Toutes ces choses leur sont ordonnées par les conciles. Comment pourront-ils savoir si les paroisses sont bien gouvernées, les sacrements bien administrés, si les peuples sont bien instruits? Les pasteurs défectueux marqueront-ils eux-mêmes tous ces défauts ? Mais quel exemple les premiers des paroisses donnent-ils au reste des peuples, si nonseulement ils n'y assistent pas, mais s'ils s'en éloignent à dessein, eux qui ont plus de loisir de s'y trouver, et dont Ja présence y est plus nécessaire, pouvant coopérer plus efficacement au bon ordre ?
De plus, comme la charité d'un Dieu visitant les hommes, est le modèle que les visiteurs doivent toujours avoir devant les yeux, il faut qu'à son imitation ils aillent chercher les brebis égarées. Si l'on rencontre despersonnes qui n'aient point reçu les sacrements à Pâques, qui soient dans des habitudes d'impureté, d'inimitiés ou d'autres crimes; il est à désirer qu'on leur parie en particulier, et qu'on aille même les chercher dans leurs maisons ; l'expérience faisant voir souvent que Dieu tout bon et très-miséricordieux y donne beaucoup de bénédiction.
Mais il faut parler avec douceur, et se servir des vérités pressantes pour faire connaître à ces pécheurs leur misérable état, leur marquant que c'est le seul intérêt de Dieu, et leur bien éternel, qui obligent de prendre ces soins. 11 est bon même, à l'imitation de Dieu, de les attendre en patience, et de ne les pas trop presser lorsqu'on ne les voit pas encore dans l'état d'une sincère conversion : car que sert de les obliger à des confessions qui seront des sacrilèges 1 Ce qui ne se fait pas dans une année, arrive heureusement dans une autre ; c'est ce qu'il faut considérer particulièrement dans les personnes qui ont des procès, ou d'autres sujets de querelle, puisque quelquefois les affaires étant terminées, les esprits et les cœurs n'ont plus les obstacles qui empêchaient l'union chrétienne. Les menaces souvent dont Ton use contre ces pécheurs, ne servent qu'à les irriter davantage ; et nous savons, par notre expérience, qu'il ne faut user des remèdes extrêmes, que dans une entière nécessité comme à regard de certains endurcis. Tl
y a des curés qui, voulant empêcher le mal, bu le détruire, l'augmentent davantage par leur manière d'agir, fière et rebutante,( et pleine de menaces, qui ne servent qu'à! s'attirer la colère et la haine de ceux à qui ils parlent, et qui les éloignent entièrement.
Ce n'est pas l'un des moindres soins de la visite , que celui des sages-femmes , pour voir si elles sont bien instruites du baptême, et des difficultés qui arrivent, que nous ne répéterons pas , en ayant parlé dans le chapitre 11% Des pasteurs. Tous les maîtres d'école y doivent comparaître , pour s'informer de leur foi et de leur doctrine, pour les instruire de la manière de faire bien le catéchisme dans leurs écoles, comme il a été remarqué ci-dessus , pour les exhorter à prendre le soin que leurs écoliers aient des livres de piété pour apprendre à lire, comme Y Introduction à la vie dévote, de saint François de Sales, ou le Pédagogue chrétien en petit volume, ces livres n'étant pas d'un grand prix; et c'est l'un des plus grands moyens d'établir le service de Dieu et la piété dans les paroisses, parce que ces enfants ayant appris à lire, peuvent faire des lectures spirituelles de ces livres le soir en hiver à leurs parents et domestiques pendant qu'ils travaillent; ce qui édifie grandement les bonnes gens de la campagne et ce qui leur est très-agréable , spécialement la lecture du Pédagogue chrétien, à cause des similitudes et des exemples qui y sont. Il y a des curés qui font des lectures de ces livres les dimanches et fêtes après vêpres , y faisant de bonnes réflexions, ce qui est suivi de grandes bénédictions. C'en est une trèssingulière dans les paroisses d'y avoir des iilles de piété pour y tenir l'école et instruire les personnes de leur sexe ; ce qui est un grand remède aux maux qui arrivent par le mélange des deux sexes dans une même école, et un secours très-particulier pour l'établissement du règne de Dieu.
Les visiteurs doivent encore s'appliquer au temporel des fabriques. Ce soin a commencé dès les premiers siècles, où les évoques avaient une entière disposition' des biens de l'Eglise, et les archidiacres le soin- 11 faut donc qu'ils en examinent les compter exactement, et non-seulement comme par manière d'acquit, s'en faisant lire tous les articles; car autrement comment en peuventils connaître la vérité et y discerner le bien et le mal? Surtout ils sont obligés à veiller, afin que toutes les fondations et legs pieux s'exécutent fidèlement. Pour cela, ou il faut qu'il y ait un coffre fermant à plusieurs clefs, dont le curé en garde une, et les marguilliers ou trésoriers les autres , en sorte que l'on n'en puisse tirer aucun papier sans le consentement de tous et sans y mettre un récépissé ; ou bien tous les marguilliers entrant en charge doivent se charger de tous les contrats et titres , et signer sur le registre de la fabrique comme ils en sont chargés , afin de les représenter à la sortie de leur charge. Autrement souvent les contrats et titres se perdent, ou par la malice,
ŒUVRES COMPLETES DE BOL DON
ou par la négligence des marguilliers : par leur malice, en retirant les contrats dans lesquels eux ou leurs parents et amis sont intéressés ; par leur négligence, les laissant entre les mains des officiers de justice, à qui ils les donnent quand il est nécessaire pour payer les revenus , et ne les retirant pas. L'inventaire des contrats et titres est entièrement nécessaire où l'on marque toutes les fondations, avec leurs charges, l'année qu'elles ont été faites, le notaire et le lieu où les contrats en ont été passés , pour y avoir recours dans le besoin. L'on doit avoir des obitoires dans lesquels soient écrits tous les obits et fondations, afin qu'ils soient célébrés dévotement.
11 y a une obligation très-étroite de satisfaire à tous les legs pieux; et pour cela il faut examiner ceux qui peuvent subsister dans leur entier, le revenu étant suffisant, et les faire observer ponctuellement sans y rien diminuer. Si l'on en rencontre dont le bien laissé soit diminué , l'on doit s'en acquitter à proportion du revenu qui reste, et >e donner bien de garde, sous ce prétexte, de les abandonner entièrement. S'il y a des charges que l'on ne puisse plus exécuter, comme par exemple si les messes doivent être célébrées avec le diacre et sous-diacre et avec des chapiers , et que le nombre des prêtres ne soit plus suffisant, Ton doit changer ces charges en quelques messes basses. Si les rentes ne peuvent pas fournir l'honoraire raisonnable pour la célébration de toutes messes fondées, il les faut régler ; et lorsqu'il y a plusieurs services qui ne se peuvent faire avec toutes les conditions que l'on a demandées, le remède est d'ordonner un nombre de messes basses pour y suppléer ; car enfin c'est la dernière injustice d'ôter le plus petit secours à de pauvres âmes qui brûlent d'une manière pitoyable dans les feux du purgatoire.
Oh ! quel compte épouvantable en rendront ceux qui en sont la cause. Mais où est la foi du purgatoire, comme des autres vérités catholiques? Oh! si les hommes entendaient bien ces vérités , que le feu qui y brûle les âmes y est allumé par la toutepuissance de Dieu , pour satisfaire à la justice vengeresse du péché ; que c'est la main d'un Dieu qui a fait souffrir les âmes pour tirer raison des offenses commises contre sa majesté souveraine; qu'ensuite leurs tourments ne se peuvent penser ni expliquer, qu'ils verraient bien la grandeur du crime qu'ils commettent quand ils les privent du secours qu'on leur a laissé. C'est néanmoins ce qui arrive trop souvent, c'est ce que nous savons par notre expérience. Si des personnes intéressées peuvent soustraire un contrat, elles le font sans difficulté, ne voyant pas , dans leur aveuglement damnable, qu'en même temps elles font une injustice qui n'a rien de pareil parmi les plus infâmes voleurs de la terre, puisqu'elles dérobent à des âmes, dont l'extrémité de peines n'a rien de semblable en ce monde, un bien qui leur aurait servi de soulagement dans leurs
maux jusqu'à la consommation des siècles ; car une fondation bien établie peut subsister jusqu'à la tin du monde. Il y en a d'autres qui se servent de l'argent qui vient des rentes acquittées pour réparer leurs églises, sans le remplacer: et quoique dans le commencement on en continue les fondations, parce qu'on en connaît l'obligation, comme dans la suite des temps l'on s'en oublie, elles demeurent. Cet argent , destiné pour les trépassés et donné des particuliers, ne doit pas être employé aux réparations de l'église, qui est une obligation commune à tous les paroissiens. Mais si cela était arrivé, les visiteurs doivent ordonner qu'il soit au plus tôt remplacé , et généralement tout ce que l'on reçoit de l'acquit des rentes des fondations;; et il faut prendre garde, dans le contrat de remplacement, que l'on y mette que le bien nouvellement acquis vient de l'argent des fondations que l'on marque en particulier avec leurs charges, autrement elles périssent. Mais si la fabrique n'est pas en état de pouvoirfaire sitôt ces remplacements, il faut passer quelque acte en bonne forme, par lequel elle soit obligée de s'en acquitter en même temps qu'elle le pourra faire, et garder cet acte dans le coffre du trésor. Les - désordres qui arrivent sur ce sujet sont si grands, que je n'ai point de paroles pour les expliquer, et dont les visiteurs rendront un compte bien sévère , dont l'un des plus considérables est celui qui regarde des âmes qui sont dans les dernières peines, et qui demanderont justice un jour de la cruauté que l'on a exercée en leur endroit; ce qui doit causer une grande crainte du jugement qui se fera à la mort : car il est écrit qu'il y aura un jugement sans miséricorde à celui qui n'aura point fait miséricorde.
Toutes ces obligations si pressantes des visiteurs devraient bien faire ouvrir les yeux pour en connaître les périls. Mais notre terre est couverte de ténèbres, et si épaisses qu'il semble que les bénéfices qui obligent aux visites, comme ceux des archidiacres en la plupart des lieux, soient comme des bénéfices que l'on appelle simples. Vous diriez, delà manière que l'on s'y engage, qu'on les résigne , qu'on les change , qu'il n'y a rien à faire. L'aveuglement est si grand en cette matière, que j'ai vu des personnes d'autre part éclairées, et qui vivaient en des communautés fort régulières, qui pensaient que l'on n'était pas obligé de les donner aux plus dignes, comme ceux où il y a charge, s'imaginant, par une erreur très-grossière, qu'il y en avait»peu.
Mais que î'on sache que si les curés ont une charge très-pesante, celle des archidiacres est d'un étrange poids, qui sont chargés de veiller sur les curés, afin qu'ils s'acquittent de leurs devoirs. Je l'ai écrit autre part, et je l'écris encore ici : la frayeur me saisit de toutes parts, lorsque je considère qu'ayant environ cent soixante paroisses qui dépendent de ma visite, si dans le grand nombre des personnes qui y sont, il y en a une seule qui ne soit pas en état de salut par
DE LA SAINTETE DE L'ETAT ECCLESIASTIQUE. - CHAP. XV
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l'ignorance ou autrement, à raison du défaut du catéchisme, ou des exhortations ou d'autres manquements de pasteurs ; et que ces défauts arrivent par ma négligence, pour n'y avoir pas veillé avec assez d exactitude dans mes visites, pour n'en avoir pas assez marqué les obligations indispensables, et en public et en particulier, pour n'en avoir pas informé mon évêque, je suis responsable de la perte de mon Ame, qui est de plus grande importance que si tout le monde extérieur périssait. Mais si au lieu d'une, il y en a cent.il yen a mille, il yen a mille et mille qui se perdent, hélas! que devenir?
Que l'on fasse des réflexions sérieuses sur tous les devoirs des visiteurs dont nous venons de parler, et que l'on apprenne ensuite le danger extrême où ils sont. Cependant il y en a qui ne font point leurs visites ou rarement. Ils obtiennent la permission d'y commettre, et quelquefois des ecclésiastiques, qui en ignorent les obligations, bien loin de s'en acquitter; des gens quelquefois qui ne font rien eux-mêmes de ce qu'ils doivent faire , et comment pourraient-ils persuader aux autres les obligations de leur état? Il serait à souhaiter que ces permissions ne se donnassent que dans une pure nécessité, et que l'on choisît des personnes pour commettre aux visites qui fussent très-éclairées, d'une vertu reconnue et d'un grand zèle. Hélas! enlrera-t-on dans le ciel par commission, et si Ton espère d'y entrer soi-même, pourquoi ne pas prendre soi-même les moyens «lui nous doiven1 servir à y arriver?
Il y en a qui font leurs visites , mais en les faisant ils ne s'acquittent nullement de leurs devoirs. Us vont à l'église, ils chantent une antienne en fin nneur du trèssaint sacrement de l'autel, ils visitent le tabernacle, les fonts baptismaux, entendent les comptes de la fabrique, encore quand ils les examinent, et voilà tout ; ils ne s'appliquent nullement à ce qu'il y a de plus essentiel aux visites, selon les conciles généraux et provinciaux. Voilà ce qui les a rendues si méprisables. Pourquoi y assisterions-nous, disent les peuples? Combien y a-t-il de paroisses où l'on ne fait point de catéchisme, ou si l'on en fait, il s'y fait mal, ou si l'on instruit d'une manièresèche des vérités, il n'y a point d'exhortation. On y fait néanmoins la visite, et sans s'appliquer fortement à y apporter le remède. Mais comment pourrait-on y donner l'application seulement nécessaire^ puisqu'il y en a qui visitent des cinq, des six paroisses, et quelquefois encore davantage tous les jours. Il semble que l'on ait pour dessein d'en visiter un grand nombre tous les (jours, et que ce soit là une des principales tins des visites, qui dans la vérité sont plutôt une course pour avoir de l'argent ou pour se promener. Cet abus a si fort éclaté dans une province, que la justice séculière s'en est mêlée à notre grande confusion, et qu'un parlement a donné un arrêt par lequel les archidiacres ne reçoivent point leurs droits s'ils font plus de trois visites par jour» et en vérité il est
très-difficile d'en faire davantage si l'on s'en acquitte dans l'esprit de l'Eglise, qui est l'esprit de Dieu.
Mais, ô mon Dieu 1 il faut vous avoir purement en vue, et ne regarder que vos seuls intérêts, et non pas ceux des malheureuses créatures. Comme en beaucoup de lieux le droit de prestation, ou synodatique ou cathédratique, qui est indépendant de la visite, quoiqu'on le reçoive en la visite, et ainsi qui se paye outre le droit de procuration, qui consiste en vivres, comme, dis-je, ce droit n'est pas dû en plusieurs diocèses, et qu'ensuite on ne reçoit pas de l'argent où l'on mange, on précipite les visites pour en faire davantage où l'on soit payé. Vous diriez à l'égard de certains visiteurs qu'ils n'ont jamais le loisir de faire leurs visites ; en les faisant, ils sont toujours pressés , ils sont toujours hâtés, et les honnes gens de campagne en sont si persuadés, qu'ils me disaient dans le commencement, nous ne vous tarderons pas, vous n'avez pas le loisir, comme si on ne le devait pas prendre dans l'obligation très-étroite de s'acquitter de sa charge. Oh! aveuglement qui ne se peut dire! On a le loisir de manger, de boirn, de dormir, de se divertir, de penser, de s'appliquer aux affaires temporelles. On fait toutes ces choses à l'aise, on en trouve le temps, et l'on n'en aura pas pour Dieu, l'on n'en aura pas pour les affaires éternelles. Oh ! que l'oubli du grand Dieu de l'éternité et de l'éternité est profond I Oh ! combien la voie est étroite, qui conduit à la bienheureuse éternité, et combien il y en a peu qui la trouvent !
Y a-t-il rien de plus lamentable que ce qui est établi si saintement pour appporter le remède aux désordres, devienne, par l'abus qui s'en fait, un très-grand désordre. Si le mal est dans le remède, hélas! que peut-on attendre? que peut-on espérer? Mais d'où vient que les personnes qui sont en pouvoir de donner l'ordre à tous les abus des visites, y pensent si peu? L'un des plus grands prélaVdu royaume a fait une ordonnance dans les états synodaux contre les archidiacres qui faisaient leurs visites sans porter l'habit ecclésiastique , et vêtus à la cavalière, et certainement c'est une chose bien ridicule de vouloir régler les autres quand l'on est soi-même dans le dérèglement. Un jour notre bon Sauveur parut à une grande sainte, une nuit de la Fête du trèssaint sacrement de l'autel, comme ayant latète toute dégouttante de sang, et il lui dit : Au lieu que ceux qui gouvernent mon Eglise doivent essuyer ce sang, et empêcher les désordres, ceux-là mêmes le répandent davantage par leurs péchés.