CHAPITRE XV
Des vertus que les ecclésiastiques doivent pratiquer.
Tous les ecclésiastiques étant appelés d'une manière si spéciale à la sainteté, doivent sans doute être dans la pratique de toutes les vertus; si la charité divine,
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comme l'enseigne saint François de Sales, ne loge pas dans un cœur sans les autres vertus , à plus forte raison la perfection du saint amour ne s'y rencontrera pas sans les avoir. Cependant il y en a de certaines , comme le remarque encore le même saint, •^ qui nous devons nous appliquer davantage, parce qu'elles regardent plus particulièrement les devoirs de notre état. Ainsi, les ecclésiastiques doivent travailler avec le secours divin d'une manière plus singulière à acquérir celles qui leur sont plus propres, et qui peuvent contribuer à les perfectionner dans la sainteté de leur état.
Or, entre toutes les vertus les plus nécessaires aux ecclésiastiques, la dévotion est la première qu'ils doivent posséder dans un degré plus éminent. Car si la dévotion suppose l'amour de Dieu, et même n'est qu'un véritable amour de Dieu, et un amour de Dieu dans un excellent degré, qui nous fait agir avec soin et avec promptitude dans tout ce qui regarde son service, il faut demeurer d'accord que c'est la vertu la plus nécessaire à ceux que la profession engage davantage à son culte, et sans cette vertu, ils mèneront une vie bien éloignée de leur sainte vocation; et c'est une grande vérité, qu'il n'y a rien de plus lamentable qu'un ecclésiastique indévot ; car il ne faut pas s'attendre qu'il s'acquitte des devoirs de son état ; c'est ce qu'il fera le moins, et souvent il fera tout le contraire. 11 faut avoir de la dévotion pour réciter son office distinctement, posément et avec l'attention qui est due à la majesté souveraine à laquelle l'on parle, et aon pas à la hâte, par routine et avec une négligence pitoyable. Il en faut avoir pour traiter les mystères avec la gravité et la bienséance dignes d'un Dieu à qui l'on sert, et qui est le maître le plus mal servi du monde. La manière dont plusieurs ecclésiastiques s'acquittent de leurs fonctions donne lieu aux hérétiques de les mépriser, et voyant leur irrévérence, ils ne se peuvent persuader que l'esprit de Dieu y soit.
11 est vrai qu'il n'y a rien de plus saint, ni de plus glorieux à Dieu, que le divin sacrifice de la messe. Peut-être, avons-nous déjà dit, que si l'on mettait ensemble toutes les vertus, toutes les bonnes œuvres des hommes et des anges, et toutes les louanges, tous les honneurs, tous les services qu'ils ont rendus à Dieu et qu'ils rendront éternellement, tout cela n'est pas si glorieux à Dieu qu'une seule messe. C'est donc priver cette majesté suradorable d'une gloire inexplicable, que tle ne pas célébrer une seule lois ce divin mystère, quand on le peut faire dans son ordre. Mais il faut avoir de la dévotion pour ne le pas négliger et pour le célébrer dignement. Un prêtre indévot se mettra peu en peine de s'en abstenir, ou s'il offre ce sacrifice divin, ce sera souvent parce qu'il y est obligé à raison de la condition où il est, ou par habitude, ou par un esprit sordide et des vues humaines. Il est vrai que les choses saintes se doivent traiter saintement, et par des saints ; mais malheur
à celui qui n'est pas en état et qui ne se prépare pas dignement pour célébrer le trèssaint sacrifice de la messe.
Les ecclésiastiques, selon la doctrine de l'Apôtre (/ Tim. iv, 7), doivent s'exercer à Ja piété; car si c'est une parole véritable et digne d'être reçue avec grande joie, selon que l'enseigne le même homme apostolique, que la piété est utile à tous (Ibid., 8), pour nous servir encore de ses paroles, il faut dire que le mystère de la piété est grand (7 Tim. m, 16), pour savoir se conduire dans la maison de Dieu, qui est l'église, et la servir avec tout respect et diligence. Le défaut de cette vertu dans les ecclésiastiques, est une source d'une infinité d'irrévérences qu'ils commettent dans leur ministère à l'égard du culte intérieur et extérieur qu'ils doivent rendre à Dieu à l'égard de son sacré corps, des saintes reliques, des vases sacrés, des images saintes, des ornements, de la décoration des temples, et de tout ce qui regarde leurs fonctions : et il n'y en a pas une seule dont ils ne se doivent acquitter avec tous les respects imaginables. Sainte Thérèse avait une si haute estime de la moindre des cérémonies de l'Eglise, qu'elle protestait être prête à donner mille vies pour les soutenir contre ceux qui les méprisent. On a vu dans la primitive Eglise, les prêtres et les évêques tenir à honneur d'enterrer eux-mêmes les corps, et l'on compte trois cents quarante-deux martyrs que saint Eutychien Pape, avait ensevelis de ses propres mains.
Mais le peu de lumières que l'on a de la grandeur de Dieu, est cause du peu de respect que l'on porte aux choses qui regardent son service. Les respects des saints pour les moindres choses du culle de Dieu, ont été admirables, parce qu'ils étaient pénétrés vivement des excellences infinies de cet être suradorable. L'on en a vu recueillir avec soin des papiers jetés par terre et ensevelis dans des ordures, parce que le nom de Dieu y était écrit, et donner des ordres exacts que de pareils papiers ne servissent à rien d'indécent. L'on en a vu conserver une profonde vénération pour des choses qui en elles-mêmes n'étaient aucunement considérables, parce qu'elles avaient servi à l'honneur de Dieu. C'est dans cet esprit que l'Eglise ne veut pas que les vaisseaux sacrés qui sont fondus, comme les calices d'étain ou les plats et chandeliers qui ont servi aux autels, la toile ou l'étoffe des ornements bénits qui ne sont plus en usage, les pierres des édifices des églises ruinées, ne soient jamais employés en usage profane, non plus que les lieux où ils ont été bâtis; comme aussi les eimetières, où les corps des fidèles ont été enterrés ; et c'est un abus intolérable d'en voir plusieurs, qui servent de passage commun, comme les rues ordinaires, aussi bien que d'en couper l'herbe pour être vendue et donnée aux bêtes.
Mais la sagesse que Dieu donne, comme nous l'assure le Saint-Esprit dans Y Ecclésiastique (c. xliv, f 10), a ceux qui agissent
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avec piété, est refusée par un très-juste jugement à ceux qui sont dépourvus de cette vertu. Ainsi ces gens destitués de l'esprit de Dieu et abandonnés à leur propre esprit, font peu d'état de ce qu'ils doivent vénérer. Les excès de leur aveuglement va quelquefois jusque-là, que d'abuser môme des paroles de l'Ecriture sainte en choses profanes. Ils s'en serviront dans les entretiens familiers, pour leur récréation, et quelquefois en railleries. Ils en useront dans des écrits contre le prochain, ou en des applications ridicules. Le saint concile de Trente veut que ces gens soient traités comme des violateurs de la parole de Dieu, et qu'ils soient punis par l'évêque.
Il est écrit en saint Luc (c. xi, y 16), que l'adorable Jésus se leva pour lire un passage de l'Ecriture, et il le lut se tenant debout. Et dans la primitive Eglise, on se lavait les mains auparavant que de toucher les livres sacrés. C'est que l'esprit du Seigneur était sur eux. Ceux qui se rendent indignes de son onction sacrée, comprennent peu ces divins respects, et l'impiété cause un aveuglement si extrême dans quelques-uns, que tout ce qu'il y a de plus saint dans la religion leur sert d'un sujet de divertissement et de raillerie : les divins mystères, la confession, les sermons, les cérémonies de l'Eglise et la dévotion. Parmi les premiers Chrétiens, on ne parlait de Dieu qu'à ceux qui écoutaient sérieusement, et ils se taisaient dès lors qu'ils voyaient que l'on n'était pas dans le respect, pour éviter la profanation des choses saintes. Ceux-là les profanent qui se servent, par exemple, de quelque psaume ou de l'Oraison dominicale pour mesurer le temps qu'ils pensent être nécessaire pour apprêter de certaines choses qu'ils veulent manger, ou enfin pour quoi que ce soit qui ne regarde pas le légitime culte de Dieu.
Toutes ces irrévérences viennent sans doute du peu de lumière de Dieu ; et on le connaît peu, parce que l'on ne s'en approche pas par l'oraison, qui dissipe saintement les ténèbres qui nous environnent. Elle est la véritable clarté de l'âme, elle en est la nourriture, elle est le soutien de la vie surnaturelle. Les premiers Chrétiens s'assemblaient pour prier pendant le jour, de trois heures en trois heures ; car ils s'assemblaient pour laudes à six heures du matin, pour tierce à neuf heures, pour sexte à midi, pour noue à trois heures, pour vêpres à six heures; ils se levaient encore la nuit; outre cela ils priaient en particulier à chacune de leurs actions; ainsi, auparavant que de travailler, soit les laboureurs ou artisans, ils se mettaient en prière, ils commençaient toujours et ils finissaient tout ce qu'ils faisaient par l'oraison. Ils se remplissaient de la sorte de l'Esprit de Dieu, ils enavaient d'admirables lumières, et leurs mœurs étaient divines.
Si dans nos malheureux temps les ténèbres sont si épaisses; s'il y a tant de dérèglement dans les mœurs, c'est qu'il y a peu
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d'oraison ; et ce qu'on ne peut assez déplorer, c'est un mal qui règne parmi les ecclésiastiques, et particulièrement le défaut de l'oraison mentale. Saint François de Sales y exhortait si fortement les personnes même las plus engagées dans lesaffaires séculières, que leur conseillant d'y donner une heure tous les jours les matins, il veut, si pour des affaires pressantes elles ne l'ont pu faire en ce temps-là, qu'elles réparent ce défaut l'après-dînée, à quelque heure éloignée du repas. Mais que si durant tout le jour on ne l'a pu faire, on répare cette prière par la multitude des oraisons jaculatoires, avec quelque pénitence qui empêche la suite de ce défaut. Si ce saint prélat demandait cet exercice avec tant d'exactitude des personnes séculières, à plus forte raison des ecclésiastiques, et il assurait que la piété ne se prenait que dans l'oraison.
Personne, disait la séraphique sainte Thérèse, ne se doit exempter d'une si sainte pratique ; et il n'y a point d'état ou condition où l'on ne puisse s'y appliquer. L'on a vu des empereurs, des rois et d'autres personnes les plus occupées, y donner des temps considérables. Nous avons écrit autre part que la sérénissime infante Claire-Eugénie, princesse des Pays-Bas, se levait toutes les nuits pour faire l'oraison mentale, et outre cela, qu'elle y donnait plusieurs heures durant le jour. Nous savons présentement des généraux d'armée, illustres par leurs victoires et leurs conquêtes, qui s'y appliquent fidèlement. Nous savons des reines, des princes, des princesses, des personnes qui vivent dans les cours des grands de ce monde, et qui y sont occupées dans les premiers emplois, qui s'en acquittent avec une dernière exactitude. Après cela, quelles excuses pourront apporter les ecclésiastiques, pour ne pas pratiquer un si saint exercice : cependant il est rare parmi la plupart; et voilà la cause de tous leurs désordres et de leur peu de piété.
Il est vrai que l'on tâche d'y remédier, les élevant dans les séminaires, où on leur apprend ce saint exercice; mais à peine en sont-ils sortis, qu'ils le laissent avec un oubli lamentable. Oh! combien vivent et passent quelque temps dans ces écoles de piété, parce qu'ils y sont purement obligés, et s'acquittent des exercices que l'on y fait, parce qu'il faut faire comme les autres! Ainsi, ils en sortent tout pleins d'eux-mêmes et de l'esprit du siècle. Saint Charles, cependant, veut que les ecclésiastiques enseignent de temps en temps à faire l'oraison. Mais comment instruiraient-ils les peuples d'une chose qu'ils savent si peu? Les prêtres devraient se souvenir de la prière que l'évêque a faite à Dieu dans leur ordination, qu'ils eussent à méditer dans la loi du Seigneur et le jour et la nuit, pour pouvoir enseigner dignement la doctrine de ra foi aux autres, et pratiquer fidèlement ce qu'ils auraient enseigné. Ils devraient considérer noti-e bon Sauveur, qui, non-seulement priait le. jour, mais passait les nuits entières dans l'orai-
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il. S
son et à découvert et sur les montagnes.
C'était l'ordinaire de ce divin Maître de se retirer en des lieux écartés et déserts; et lui qui n'était venu au monde que pour en être la lumière, n'a pas laissé de passer trente ans dans l'obscurité de la retraite. Cet exemple est infiniment pressant, et nous doit convaincre entièrement de la nécessité de la retraite. Nous devons imiter celle du Fils de Dieu, autant que nous le peut permettre notre élat, sans manquer à nos devoirs et vivre séparé des créatures, ainsi qu'il l'a été. La facilité que l'on a de converser fréquemment avec elles, nous prive de l'honneur de la conversation divine : et c'est une vérité que la grande occupation dos créatures est une grande désoccupalion du Créateur. Les ecclésiastiques, particulièrement, doivent ménager, chaque jour, un temps pour la retraite ; et ils en devraient faire une tous les ans dans quelque séminaire pendant huit ou dix jours.
Ils doivent beaucoup veiller à éviter les compagnies qui ne sont pas nécessaires; car, ils doivent fuir comme la mort celles qui sont mauvaises ou dangereuses. Oh! combien se sont perdus, malheureusement, par ces fiinotes conversations! Vous en verrez qui, ayant vécu dans l'innocence, tombent dans les derniers désordres par les liaisons cruelles qu'ils contractent avec les vicieux; car peu à peu l'on s'accoutume à ne pas regarder le vice avec tant d'horreur; l'on prend de certaines petites libertés qui se terminent à de très-méchantes. On se laisse aller à des paroles un peu libres, à des actions trop familières, à des discours trop hardis, et enfin l'on tombe dans le crime. Il y en a d'autres qui ne vont pas dans ces excès, mais qui quittent leur première ferveur, leurs exercices spirituels, et qui ne pensent plus qu'à faire comme les autres, à se divertir, à visiter, à être visités, et puis ils tombent dans une tiédeur terrible d'où ils ne reviennent jamais. S'ils ont une prébende, ils veulent faire comme ceux avec qui ils demeurent ou conversent; l'on va au chœur assez négligemment, souvent pour y gagner les distributions; l'on en sort durant les offices pour s'entretenir ensemble : l'on joue après l'office, et l'on est lotit occupé dans le divertissement. Si l'on a quelque cure à la campagne, l'on n'y est pas longtemps que l'on n'imite ses voisins; c'est-à-dire, que l'on ne devienne tout terrestre, tout occupé dans les soins de la terre ou dans l'oisiveté, ou à se donner des repas les uns aux autres d'une manière toute séculière, et quelquefois pire que celle qui s'observe dans le siècle.
Notre conversation, dit l'Apôtre, est dans les cieux; elle doit être sainte, quand on y est obligé, et de telle sorte, dit saint Augustin, que l'on puisse dire des ecclésiastiques, ce sont des hommes de Dieu. L'on doit s'y comporter d'un air gai, mais sérieux, qui n'ait rien de rebutant, mais exempt d'une ruolle complaisance : Que votre modestie, s'écrie l'Apôtre, soit connue à tous les hommes. (Philip, iv, 5,J II parle à tous les fidèles.
Quelle doit être donc celle des ecclésiastiques qui doivent être la bonne odeur de Jésus-Christ en tout lieu. Saint François de Sales leur recommandait de se bien observer dans toutes leurs actions, et particulièrement dans leurs paroles, afin que leur entretien ne laissât aucun soupçon de leur conduite; et il leur redisait souvent qu'ils pouvaient faire beaucoup de bien par leur modestie, qui est une vertu qui compose avec bienséance tous les mouvements extérieurs, le parler, le marcher, les regards, la posture, les gestes, et généralement tout ce qui regarde le maintien du corps.
Cette vertu, en plusieurs saints, a merveilleusement touché les cœurs, et les infidèles même en ont ressenti de grands effets : comme au contraire l'immodestie, soit dans les regards trop libres, soit dans les gestes et dans les paroles, a causé beaucoup de mauvaise édification, et a été un sujet de tentation. 0 mon Dieu! quel désordre de remarquer ce dérèglement en des personnes toutes consacrées à votre service; par leurs gestes de suffisance ou trop libre, et spécialement à l'égard des femmes, ce qui est intolérable; par des paroles de dispute ou de raillerie, ou de médisance; des paroles à double intelligence ou manifestement libertines. Leur bouche, qui reçoit si souvent le Saint des saints, ne doit s'ouvrir que pour parler de choses saintes. Mais, ô malheur qui ne peut être assez déploré! souvent, parmi les conversations des ecclésiasliques, quand il ne s'y dit rien de mauvais, ce ne sont que des entreliens de choses vaines ; de repas, de manger, de boire, de jeux, de divertissements ou de nouvelles. Hélas! quelle part Dieu y a-t-il? Il arrive même quelquefois, si quelqu'un, dans ses conversations y veut mêler quelque discours de choses saintes, c'est assez pour y faire garder le silence à toute la compagnie. Il semble que les paroles de Dieu soient un langage inconnu; et il arrive que l'on trouve plus de dispositions dans les personnes les plus séculières pour recevoir ces divines paroles, que parmi plusieurs ecclésiastiques. Saint Charles leur demande néanmoins justement que dans leurs entretiens ils parlent de l'autre vie, et de ce qui y doit arriver, pour donner un saint mépris des choses périssables. Que les jeunes clercs prennent bien garde avec qui ils fréquentent; car souvent la bonne ou mauvaise vie dépend de la bonne ou méchante conversation.
Le bon emploi du temps est très-nécessaire pour éviter les conversations inutiles, dangereuses, ou mauvaises; et pour ce sujet il faut régler les différentes occupations de la journée, comme l'heure de se lever, de se coucher, l'exercice du matin, l'oraison mentale, la prière vocale ; les heures où l'on doit réciter son bréviaire, selon l'esprit de l'Eglise, que l'on doit célébrer Je trèssaint sacrifice de la messe, faire sa lecture spirituelle, étudier, prendre ses repas, ses récréations, faire des visites, et particulièrement celles des pauvres et des malades,
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faisant chaque chose au temps que Ton s'est prescrit. 11 y a des diocèses, dans lesquels les statuts synodaux règlent toutes ces choses.
Surtout après l'oraison mentale il ne faut pas manquer à faire tous les jours la lecture spirituelle; et pour celte fin on doit avoir des livres de piété et de dévotion. Nous pensons l'avoir déjà dit, c'est une chose déplorable de voir plusieurs ecclésiastiques sans livres, et grand nombre entre ceux qui ont beaucoup de doctrine, n'en avoir presque point qui traite des voies du saint amour et de la perfection. De là vient que plusieurs, qui d'autre part sont doctes, sont si peu instruits de la vie spirituelle, et en pratiquent si peu les exercices. Pendant qu'ils s'évanouissent dans leurs pensées avec toute la doc rine, ils sont et ils vivent dans une profonde ignorance de la science des saints. Il faut, disait saint François de Sales, que les ecclésiastiques soient savants, mais non pas d'une science spéculative et orgueilleuse, qui enfle le cœur; mais de celle qui peut servir à nous instruire, et les peuples dans les voies de Dieu et de son saint amour. Le grand saint Charles avait ordonné pour ce sujet, que les examinateurs de ceux qui se présentent aux ordres, tiendraient la main à ce qu'ils eussent des livres de piélé et de dévotion; et il avait bien donné le même ordre dans les familles des séculiers.
La grande étude des ecclésiastiques est d'acquérir avec le secours divin, les vertus dont la chasteté est l'une des plus nécessaires. C'est pourquoi l'Apôtre exhorte son cher disciple Timothée à se conserver dans cette vertu. (ITim. n, 2.) Sans la chasteté il n'y a rien de plus horrible qu'un ecclésiastique, rien de plus horrible que les crimes qu'il commet. Il doit veiller sur toutes choses à éviter les moindres occasions qui peuvent faire tomber dans le vice contraire. C'est pourquoi saint François de Sales, que nous ne pouvons nous lasser de citer , comme il avait remarqué que les plus grands désordres des ecclésiastiques venaient de la liaison, ou de la fréquentation avec les femmes, renouvelait souvent la défense d'en tenir, selon les anciens canons. Il les priait d'éviter leur compagnie; que leurs discours ne contribueraient guère à conserver la vertu; que les débauchés se faisaient un plaisir de les voir mêlés dans des intrigues avec elles, afin d'autoriser leurs désordres; et il les faisait souvenir que la pureté était singulièrement leur vertu.
Mais cette vertu doit être accompagnée de la sobriété; c'est pourquoi l'Apôtre exhorte Timothée à être sobre (/ Tim. ni, 2), et ce grand évêque l'était beaucoup, puisque notre même apôtre est obligé de lui ordonner de ne plus boire d'eau pure, mais d'user d'un peu de vin à cause de son estomac et de ses fréquentes maladies. Ce saint prélat avait donc accoutumé, nonobstant ses fréquentes infirmités, de ne boire que de l'eau, quoiqu'il prêchât et travaillât incessamment.
Saint Augustin se nourrissait ordinairement
d'herbes et de légumes : plusieurs evêques ont vécu de la sorte, et depuis peu d'années l'on a vu en notre France, dans le diocèse de Cahors, feu monseigneur Alain de Solminiac, qui en était le digne évêque, nonseulement s'abstenir de viande et d'œufs, mais encore de poisson et se contenter d'un peu de légume. Toujours est-il certain qu'il est ordonné par plusieurs canons aux prélats d'avoir une table médiocre.
La miséricorde est une vertu dans laquelle les ecclésiastiques doivent exceller, soit à J 'égard des nécessités corporelles, soit à l'égard des spirituelles. Leur vocation le demande absolument, et sans cette vertu il leur est impossible de s'acquitter de leurs devoirs. L'obéissance est inséparable de leur état : car comme le remarque dignement le savant et pieux M. Beuvelet dans ses Méditations, sans cela l'Eglise ne peut subsister : d'autant que, comme sa beauté et son établissement consistent dans l'ordre et la dépendance des inférieurs des supérieurs, là où cette dépendance ne se trouve point, il faut par nécessité que tout aille en confusion et en désordre. Or cette dépendance consiste à honorer ses supérieurs, et à leur rendre obéissance. Certainement le concile de Trente déclare très-bien, que comme les inférieurs qui obéissent véritablement à leurs supérieurs, auront Dieu qui saura bien les récompenser; de même ceux qui leur désobéissent, en ressentiront la juste vengeance, et saint Clément Pape assure qu'ils seront punis éternellement dans les flammes éternelles. Mais la corruption du péché est si étrange, et l'orgueil si enraciné dans les âmes, qu'on a de la peine à être dans la dépendance. Vous diriez qu'il suffit qu'une personne soit en charge pour en même temps trouver de la contradiction dans les inférieurs, qui quelquefois avoueront qu'ils auront du respect pour la (personne, mais qui n'en pourront supporter la supériorité, et qui feront des ligues et s'uniront pour s'opposer à ce qui regarde son autorité : et, ce qui est plus étonnant, c'est que souvent il arrive que les oppositions les plus grandes viennent des personnes cïii, d'autre part, font profession d'une probité plus particulière; ne voyant pas que leur procédé est une illusion manifeste du diable : et il est très-assuré que jamais les saints Pères n'ont discerné avec plus de certitude, qu'une personne était menée du malin esprit, que par le peu de respect et d'obéissance à ses supérieurs.
Car enfin la divine parole nous enseigne hautement que l'esprit de Dieu repose sur l'humble, et jamais dans tout? la doctrine des Pères et des saints, qui en cela est la doctrine de l'esprit de Dieu, qui nous est manifestée dans les saintes Ecritures, jamais il ne faut rien attendre de solidement bon d'une personne qui n'est pas véritablement humble : et le véritablement humble est toujours soumis sincèrement et avec un profond respect à ses supérieurs. Reconnaissons donc, que si l'humilité est absolument
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nécessaire à tous les Chrétiens, elle l'est encore incomparablement davantage aux ecclésiastiques. Mais comment est-il possible qu'un ecclésiastique soit suffisant et élevé, à qui un Dieu obéit si souvent, et qui voit ce Dieu infiniment grand, anéanti entre ses mains en la divine Eucharistie.
Le dégagement est encore l'une des principales ve'tus des ecclésiastiques, et premièrement à l'égard des biens périssables de cette vie. Nous lisons dans l'ancienne loi, que la première parole que Dieu dit à Abraham fut de sortir de sa terre; et nous apprenons de l'Apôtre (Hebr. xr, 9), que ce saint patriarche demeura dans la terre promise, comme dans une terre étrangère, habitant sous des tentes. Et cependant c'était une terre la plus belle et la plus fertile du monde, et dans un temps où les ténèbres étaient si grandes; et néanmoins il ne pensa qu'à y acquérir un lieu pour y être enterré.
Dans la loi nouvelle le dégagement est la première leçon que notre divin Maître faite tous ses disciples ; et ce Dieu de toute majesté se faisant homme, a voulu naître, a voulu vivre et mourir pauvre. Il disait même qu'il n'avait pas où reposer la tête; c'est-àdire qu'il ne logeait que par emprunt chez ceux qui le voulaient bien; et à la mort il n'avait pour toutes choses que ses habits. Il n'a donné pour tout revenu aux premiers qui ont gouverné son Eglise, les bienheureux apôtres, que les soins de son aimable providence. Us avaient pour tous biens une parfaite pauvreté. Ensuite dans les premiers socles tous les clercs, jusqu'aux évêques, vivaient pauvrement. Le glorieux saint Martin, évêque de Tours, et nous écrivons cpci le jour de sa fête, était vêtu pauvrement et il faisait ses visites monté sur un âne. Saint Paulin se servait d'écuelles de bois et de vaisseaux dt terre.
Mais si dans la suite des temps les ecclésiastiques ont eu des biens temporels, ils ne sont pas pour cela dispensés de l'esprit de pauvreté et du dégagement qu'ils en doivent avoir. Leur royaume, aussi bien que celui de leur Maître, n'est pas de ce monde-; ils y doivent être comme s'ils n'y étaient pas; leur cœur doit être aussi pauvre au milieu des biens de la terre, comme s'ils n'y possédaient rien. Ils doivent en avoir l'usage avec regret, avec confusion dans la vue de leur divin exemplaire. Ce leur doit être un tourment de se voir riches à la vue d'un Dieu pauvre ; et en vérité dans cette vue il faut avoir une grande patience pour supporter les richesses.
Dans ce dégagement ils n'en prendront purement que le nécessaire ; et ils donneront tout le reste aux pauvres. Pour ce sujet ils doivent régler leur dépense avec beaucoup de modération. Les saints canons recommandent aux évêques, que leur table soit frugale, et que leurs meubles soient vils. Saint Chrysostome trouvait bien à redire aux ecclésiastiques qui portaient de la soie. Il faut donc, et dans leurs habits et leurs meu-
bles et dans leur table, qu'ils se servent des choses les plus communes, et qu'en toutes choses ils évitent lasuperfiuité.
Cependant, et c'est l'horreur des horreurs, on remarque une sordide avarice dans plusieurs ecclésiastiques, qui entassent richesses sur richesses, et qui sont tout occupés à amasser du bien. Souvent après leur mort on leur trouve des amas d'argent, et plus ordinairement que dans les séculiers. On les voit durant leur vie s'épargner presque le nécessaire. Ils font des procès pour un rien, ils exigent leurs droits avec des rigueurs excessives; s'ils ont des fermiers, sans considérer leur perte, et quelque pauvres qu'ils soient, ils les traitent avec des exactitudes cruelles. Disons ici quelque chose de ce que nous savons : Nous avons connu plusieurs curés qui avaient très-peu de revenu, qui sont morts très - riches , parce que pour épargner ils se plaignaient durant leur vie le nécessaire; et après leur mort on a trouvé leur or et leur argent cachés misérablement Mais, ô mon Dieu ! oserons-nous le dire : mais disons publiquement ce qui a été public, pour en donner de l'horreur : L'on a trouvé des trésors cachés de ces misérables prêtres, sous le pavé de leurs églises, où ils allaient de prime abord, en y entrant, se mettre à genoux, sous prétexte d'y offrir des prières à Dieu ; mais dans la vérité, pour y offrir des vœux à leur idole, pour voir si l'on n'y avait pas touché. L'Apôtre déclare nettement, que l'avarice est une servitude d'idoles. (Col. in, 5.) L'on a trouvé jusque dans le tabernacle même, l'argent de ces prêtres caché, en faisant comme leur dieu, et mettant ce faux dieu de la sorte avec Je véritable. Nous en avons vu faire des cris terribles et pour ainsi dire des hurlements, nous n'exagérons nullement, pour y a\oir perdu quelques écus : et il y a eu de ces gens qui ont expiré avec leur argent à la main, ou dans leur lit.
On aurait de la peine à croire ce que l'expérience fait connaître sur ce sujet, et particulièrement si l'on considère pour qui ces gens thésaurisent, pour des gens souvent qui se moquent d'eux après leur mort, et qui ordinairement dissipent en peu de temps tout ce qu'ils ont amassé avec tant de peines. Nous avons connu de ces héritiers, qui par une délibération générale, ont résolu au bout de l'année de la mort du bénéficier, qui leur avait laissé des sommes incroyables d'argent, de ne lui pas procurer le service annuel que l'on fait pour l'ordinaire.
Ohl qui pourrait dire les effets funestes de ce vice monstrueux ! Saint François de Sales disait, qu'il persuaderait facilement toutes choses aux ecclésiastiques qui en seraient exempts et de l'ambition. Nous avons cependant sujet de louer les miséricordes de Dieu sur son Eglise, en ce qu'il s'en trouve de vraiment dégagés de tous les biens temporels , n'en faisant usage que pour la pure gloire du Maître à qui ils servent. Dieu en suscite même quelques-uns de temps en temps qui vivent dans une entière pauvreté,
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s'abandonnant sans réserve à la divine Providence. Notre siècle en a vu plusieurs; et tout récemment feu M. le Y'acher, assez connu à Paris, y est décédé saintement dans une entière pauvreté de toutes les choses de la terre.
Cet ecclésiastique d'un rare mérite, que nous avons eu la grâce de connaître familièrement, avait quitté la maison paternelle assez jeune pour pratiquer la sainte pauvreté. Il s'était habillé en pauvre pour aller en dévotion à Notre-Dame de Lorette, lieu saint et célèbre par les grands miracles que la toute-puissance de Dieu y opère en faveur de son immaculée Mère, et par la multitude nombreuse de toute sorte de personnes qui y viennent de tous les endroits de l'Europe. Ce fut dans ce saint lieu que le glorieux saint Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus, se consacra à Dieu si solennellement sous la protection de la très-pure Vierge, et s'offrit à lui pour vivre dans une rigoureuse pauvreté. Feu M. le Vacher fit ce pèlerinage demandant l'aumône, et souffrant de grands besoins, n'ayant pas quelquefois de pain. 11 a vécu plusieurs années dans cette pauvreté, ne vivant et ne s'habillant que des aumônes qu'on lui faisait. Après la mort de son père il ne voulut posséder rien de ce qui lui pouvait appartenir; et depuis qu'il a été honoré du sacerdoce, il n'a rien relâché de l'amour qu'il avait pour une vertu qui lui était si chère. 11 a vécu durant bien des années sans avoir aucun logement assuré, ni aucun lieu arrêté pour prendre ses repas, demeurant et mangeant comme l'aimable providence de Dieu en disposait. Enfin ayant eu une retraite au dehors du couvent de la célèbre communauté des religieuses hospitalières de Saint-Gervais, il n'a pas voulu cependant y être nourri, comme cette charitable communauté le souhaitait beaucoup, voulant toujours être dans la dépendance entière de la meilleure et de la plus fidèle des mères, la divine Providence. Qu'elle soit à jamais louée, adorée, aimée , remerciée et glorifiée pour tous les soins, qui sont bien plus grands que l'on ne pense, qu'elle prend de tous ceux qui s'y abandonnent sans réserve.
11 est vrai que ce dégagement, par une actuelle privation de tous les biens temporels, est rare, et tous n'y sont pas appelés : mais Dieu tout bon demande sans réserve le détachement intérieur de tous ; et en parlant de ce renoncement évangélique, nous nous sentons pressés de parler en particulier du détachement que les ecclésiastiques doivent avoir de leurs parents ; et en cela nous suivons les sentiments des saints conciles, qui enseignent que l'amour trop humain des parents est la source de plusieurs maux dans l'Eglise, et entre autres c'est de là que vient un grand empressement pour amasser des biens, pour les faire riches, ou pour leur procurer des honneurs : et dans les paroisses de la campagne on y voit les curés réduits, pour ainsi dire, dans une misérable servitude de leurs parents, en étant quelquefois honteusement dominés, et disposant du
revenu du bénéfice, comme si c'était un bien qui leur fût en propre, ce qui souvent leur cause des affaires avec leurs paroissiens, et leur est un sujet de scandale. Saint François de Sales en reconnaissait bien le mal; ainsi il déclaraitfortement, que les ecclésiastiques n'eussent pas à s'enrichir du bien de leurs bénéfices, et encore moins de le donner à leur parents, parce que ce bien est consacré à Dieu, et destiné pour les pauvres ; et néanmoins l'aveuglement sur ce point est si terrible, qu'il s'en trouve qui en disposent par testament en faveur de leurs familles, ce qui leur [iorte une espèce de malédiction, et ils meurent dans un si déplorable état. Notre bon Sauveur, qui a voulu en toutes choses nous apprendre par ses exemples le dégagement qu'il nous a enseigné par ses divines paroles, a témoigné en des rencontres ne connaître pour mère et pour parents, que ceux qui faisaient la volonté de son Père, nous montrant par là que la chair et le sang ne doivent avoir aucune part à nos affections.
Enfin les ecclésiastiques doivent veiller avec beaucoup de soin sur tous les devoirs de leur état, pour les remplir en vérité, et ne pas seulement s'en acquitter extérieurement et en apparence. Nous avons considéré dans ce traité les devoirs des clercs, des bénéficiers, de ceux qui sont dans les ordres, des pasteurs, des confesseurs, des prédicateurs et des visiteurs. Chacun pourra examiner s'il y satisfait devant Dieu, et devant les hommes. Par exemple un curé pensera bien remplir sa charge, parce qu'il réside continuellement, qu'il assiste avec fidélité aux offices divins, qu'il célèbre le très-saint sacrifice de la messe, qu'il prend soin que son église soit bien ornée; et que d'autre part ses mœurs sont assez bonnes, et ensuite que son peuple est fort satisfait de sa personne. Et de vrai tout cela a une grande apparence devant les hommes : mais devant Dieu sa résidence sera oiseuse s'il n'instruit pas ses peuples, s'il ne les exhorte, s'il n'a pas soin de les réconcilier avec Dieu, et entre eux, quand il y a de la division, s'il ne les assiste pas dans l'extrémité de leur vie, lorsqu'ils en ont plus de besoin, quoiqu'il leur ait administré les sacrements.
Mais pour dignement s'acquitter de ses obligations, il le faut faire dans l'esprit de l'Eglise; et faire bien tout ce que l'on fait. La négligence, ou pour mieux dire l'oubli des fonctions ecclésiastiques, est-ce qui fait le sujet des reproches et des railleries des hérétiques. Et de vrai, que peuvent-ils penser, et que peuvent-ils dire, quand un évoque donnant la tonsure, exhorte tous les assistants à offrir leurs prières avec les siennes à Dieu, afin qu'il lui plaise faire la grâce au tonsuré de porter l'habit de !a sainte religion du clergé jusqu'à la fin de sa vie; quand c'est un jeune enfant de neuf à dix ans qui le doit quitter dans une heure, et que 1 on verra jouer et badinerdès le même jour dans les rues avec ses compagnons. Or pour s'acquitter de ses fonctions dans l'esprit de
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ŒUVRES COMPLETES DE BOUDON
l'Eglise, il les faut bien faire : il faut bien dire son bréviaire, par exemple, dignement célébrer le très-saint sacrifice de la messe ; confesser,prêcheravecun esprit apostolique; visiter les paroisses dans la plénitude de l'esprit de Dieu, faire toutes choses avec un esprit vraiment intérieur, et ne pas garder seulement les apparences. Ce n'est pas quelquefois un moindre mal, de ne pas bien faire ses fonctions, que de ne s'en pas acquitter du tout; car en s'en acquittant mal, l'on se trompe malheureusement s'imaginant satisfaireja ses devoirs, et l'on tombe dans un endurcissement d'où l'on ne revient guère, et qui ordinairement dure jusqu'à la mort. Ce fantôme qui remplit l'imagination de s'être acquitté de ses devoirs, fait que l'on ne s'en accuse pas, que l'on n'en a pas de contrition, et ainsi l'on meurt dans l'impénitence finale.
Après tout les ecclésiastiques doivent se souvenir qu'ils doivent êtredes exemplaires de toutes les vertus. C'est ce qui leur a été dit par l'évêque dans leur ordination.
Les pères ont enseigné que tout doit prêcher dans les clercs; tout ce qu'ils disent, tout ce qu'ils font doit être une puissante exhortation h l'amour de Dieu; tout ce qu'il y a en eux doit instruire le reste des hommes. Dieu dans l'ancienne loi a donné une excellente figure de cette vérité, dont l'application est bien capable de faire trembler les plus assurés. 11 avait ordonné au grand prêtre de faire entendre le bruit des sonnettes d'or de sa robe lorsqu'il entrait dans le sanctuaire; ce qui était une figure des saints exemples de la bonne vie des ecclésiastiques, dont le bruit d'une vertueuse réputation annonce la gloiredu maître qu'ils servent ; mais en mèmetempsil avait ordonné que le grand prêtre mourrait s'il manquaità ce devoir; ce qui nous marque assez sa juste colère contre les clercs, dont la vie n'est pas exemplaire.
Mais nous venons de rapporter le sentiment des Pères qui enseignent que tout cequi est en eux, et tout ce qui les regarde, doit édifier beaucoup les peuples, qui pour l'ordinaire arrêtent assez leurs yeux sur eux. Surtout ils doivent bien gouverner leur famille, c'est-à-dire, dans le sens des saints Pères,qu'ils doivent veillera tenir leurs domestiques dans la vertu; car s'ils ne le font pas, comment, dit l'Apôtre seront-ils vigilants pour l'Eglise de Dieu? (Col. iv, 1.) Mais le même Apôtre mu de l'esprit de Dieu, qui le faisait parler et écrire, a prononcé hautement dans sa /" Epîlre à Timothée (c. v, y 8), que si quelqu'un na pas soin de ceux qui demeurent dans sa maison, il renonce à la foi, il est pire qu'un infidèle. 11 a voulu donc, cet .homme de Dieu, et Dieu a voulu par lui, qu'on laissât par écrit à toute la postérité, une déclaration si terrible, afin que toute l'Eglise dans la succession des siècles, jusqu'à la fin du monde, apprît que c'est une apostasie, que la négligence que l'on a des domestiques, pour les tenirdans la vertu.
Or si cette grande vérité regarde tous les
fidèles, quel lieu n'aura-t-elle pas parmi ceux qui en sont les guides et les exemplaires? Que deviendront les ecclésiastiques, qui n'ont pas soin que leurs serviteurs soient instruits, et l'on en rencontre quelquefois qui ignorent les principes de la religion chrétienne; et ce qui est abominable, qui par une funeste et fausse complaisance et lâcheté, s'atfectionnanttropà des gens qui les servent, les souffrent dans leurs maisons, quoiqu'ils soient d'une vie scandaleuse ? L'on en voit qui font servir ces maisons, qui doivent être des sanctuaires de piété, aux plus infâmes commerces, y commettant toute sorte d'impuretés. L'on y trouve des jureurs, d^s ivrognes, des joueurs, qui font un scandale perpétuel aux peuples ; et néanmoins on les garde, et l'on croit beaucoup faire de leur dire assez lâchement, qu'ils s'abstiennent de leurs vices, dans lesquels souvent ils continuentsans donner aucune marque au public, qui est beaucoup scandalisé, d'une véritable pénitence. Je demande à ces messieurs si leurs domestiques avaient fait un outragea un roi, à un prince, mais même à une personne un peu considérable, s'ils en useraient de la sorte. Qu'ils considèrent ce qu'ils feraient pour apprendre ce 'qu'ils doivent à Dieu. Après cela, cessons de nous étonner si le Saint-Esprit, par l'Apôtre, les déclare des apostats, et pires que des infidèles. Car s'ils ne renoncent pas à Dieu par leurs paroles, ils le font bien par leurs actions, donnant sujet de blasphémer contre la foi. Mais comment peut-on penser qu'ils en aient une véritable, laissant traiter Dieu de la sorte par leurs serviteurs ? Oui ils sont pires que des infidèles ; car ils se soucient moins de l'honneur de la religion chrétienne, que ces pauvres aveugles, de l'intérêt de leur secte.
Les ecclésiastiques doncdoivent beaucoup veiller sur les actions de leurs domestiques, savoir où ils vont, où ils hantent, leur façon de parler, de converser. S'ils ont de grands bénéfices, prendre garde qu'ils ne fassent point d'exactions, qu'ils ne soient pas immiséricordieux, qu'ils n'aient aucun vice notable. Et de plus ils doivent prendre le soin de les tenir dans la piété et dans les exercices de la vertu, donner ordre qu'ils s'approchent de temps en temps des sacrements de la pénitence et de la communion, leur donner de bons livres, les faire prier Dieu tous les matins et les soirs, et faire l'examen de leur conscience ; les faire assister au trèssaint sacrifice delà messe tous les jours avec un profond respect, prenant bien garde qu'ils ne parlent dans les églises, et n'y commettent pas la moindre irrévérence, ce qui serait d'une très-mauvaise édification, ne les pas laisser dans une vie oisive, mais leur donner quelques bonnes occupations.
Or, l'un des moyens les plus efficaces pour pratiquer tout ce qui a été dit, est de prendre direction de quelque personne ; mais il faut qu'elle soit savante et expérimentée. Elle doit avoir une grande probité et beaucoup de zèle, accompagné d'une prudence vraiment chrétienne, et selonl'esprit de Dieu,
DE LA SAINTETE DE L'ETAT ECCLESIASTIQUE. - CHAP. XVI
opposée a la prudence de la chair et du siècle, qui esi une vraie mort. Surtout il faut qu'elle soit désintéressée; et sans cela il n'y aura point de bénédiction. Le propre intérêt remplissant de ténèbres le directeur, en fera un aveugle ou au moins un misérable complaisant.