CHAPITRE XVI
Des vices que les ecclésiastiques doivent principalement éviter.
Comme la sainteté est inséparable de l'état ecclésiastique, tous ceux que la divine Providence y a saintement appelés , doivent mener une vie innocente ; et dans la primitive Eglise l'on prenait garde de n'y admettre personne qui fût taché de quelquecrime. Us doivent avoir une horreur générale de toute sorte de péchés, et ne rien oublier en la vertu de celui en qui nous pouvons tout, pour s'exempterdes moindres choses qui déplaisent à la majesté souveraine à laquelle ils ont l'honneur de servir d'une manière si spéciale.
Cependant il y a de certains péchés qu'ils doivent éviter, avec le secours divin, avec une application très-particulière ;dont le premier, qui est le plus incompatible avec la sainteté de leur profession, est l'impureté. Nous dirons ici, que quand une personne parlerait la langue des anges et des hommes, il ne lui serait pas possible de déclarer les maux et les suites funestes de ce crime, spécialement dans les ecclésiastiques. Il les fait tomber de l'état sublime et divin où ils sont élevés pour les précipiter dans un abîme de toute sorte de malheurs qui sont inexplicables ; et à l'égard de ceux qui sont dans le sa-r^rdoce, il leur fait commettre des crimes qui les rendent pires mille lois que Judas, et plus horribles que les diables.
Il n'y a donc point de mal imaginable qu'ils doivent fuir comme l'impureté; et les plus légères occasionsde ce maudit vice, les doivent faire trembler; car ils doivent se souvenir qu'il a été cause de la chute déplorable de ceux qui marchaient dans les voies les plus éminentes de la perfection, et qui semblaient en être les plus éloignés. C'est pourquoi le concile de Nicée ne leur permet d'avoir des femmes en leurs maisons, à l'exception de la mère, de la sœur, de la grand' mère, ou delà tante. Le grand saint Augustin ne voulait pas même qu'elles logeassent chez lui, à raison des autres femmes qui les venaient voir. Mais l'on peut ajouter, à raison des autres ecclésiastiques qui y viennent è qui elles ne sont pas parentes, ce qui y cause quelquefois de grands désordres. Il faut ici remarquer, que si les conciles ont permis aux ecclésiastiques d'avoir dans leurs maisons leurs sœurs, ou leurs tantes, c'est lorsqu'elles ne sont pas mariées, pour les suites qui en arrivent, puisque ce serait une chose très-indécente de voir des femmes grosses dans ces lieux consacrés uniquement au culte divin, et qu'elles y fussent en couche. C'est ce que saint Jérôme ne pouvait tolérer; mais ily a des conciles, et snéciale-
ment le dernier tenu en la province de Normandie, qui défendent absolument de tenir des ménages dans les maisons presbytérales.
Saint Cyprien invectivait fortement contre ceux qui s'y servent de servantes, quoique beaucoup Agées, parce que, disait ce Père, le crime s'y commet avec d'autant plus d'assurance, qu'il s'y fait moins connaître. C'est aussi ce qui est défendu par les saints conciles; et il serait à désirer que cet abus ne fût pas toléré dans plusieurs diocèses où il se rencontre. Les prétextes du besoin que l'on a de ces servantes ne sont pas recevables, puisque l'on s'en passe bien dans tous les diocèses où elles ne sont pas tolérées ; mais quand il y aurait quelque peine à en souffrir, n'est-il pas bien juste que chacun porte celles qui sont attachées à son état : et combien s'en trouve-t-il parmi les séculiers, qu'il faut bien qu'ils souffrent. Après tout, il suffit que la sainte Eglise dans ses conciles ne le veuille pas; et de vrai, c'est une occasion très-dangereuse de péché à un ecclésiastique, particulièrement à ceux qui demeurent dans la campagne, et qui souvent y sont seuls avec leurs servantes, de voir toujours devant ses yeux une femme, et de converser toujours avec elle; ou il ne faut pas croire à l'Ecriture, ni aux saints Pères, •ni à l'expérience de tous les siècles, ou il faut trembler dans un péril si évident.
Il serai t beaucoup à souhaiter que ces abus ne fussent plus tolérés; et il est aisé, puisque l'ordonnance que Ton en peut faire, est selon les sainjs canons, et qu'il n'y a point de justice où l'on puisse ordonner le contraire. De plus les ecclésiastiques doivent éviter la familiarité avec les femmes, les amitiés trop tendres; et enfin l'on ne peut jamais assez apporter de précaution à l'égard d'un vice qui fait damner la plupart du monde. Notre saint Père le Pape Innocent XI a défendu aux religieuses d'apprendre des hommes à chanter, ou à toucher des instruments de musique; et sans doute que ce n'a pas été sans sujet. C'est une chose digne de larmes, de voir des ecclésiastiques chanter des chansons trop libres, user de parole^ à double intelligence, se trouver aux bals, ou être présents aux danses, où très-souvent, s'il ne s'y commet pas de grands péchés, l'occasion y est tout entière d'y tomber ; c'est pourquoi plusieurs prélats les ont justement défendues dans leurs diocèses. L'expérience fait voir tous les jours dans les campagnes les désordres qui en arrivent, et dans les villes aussi, où eu dansant, la plupart et presque toutes les chansons qui s'y disent, sont remplies de paroles trop libres, et qui remplissent l'imagination de pensées peu honnêtes, et qui donnent lieu aux hommes particulièrement, de dire et de faire plusieurs choses contre la modestie et la pureté. Mais ce qui est absolument intolérable, est de trouver des personnes consacrées à Dieu, dans la galanterie et des conduites infiniments éloignées de leur état.
Le vice de l'impureté dans ces personnes
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ŒUVRES COMPLETES 1)E BOEDON.
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est accompagné d'un aveuglement terrible et d'un entier endurcissement. La frayeur me saisit de toutes parts, quand je pense à ce que je sais, à ce que j'ai vu arriver sur ce sujet. Après avoir réitéré plusieurs fois des avis que je tâchais de donner en la vertu de Notre-Seigneur à ces personnes; après leur avoir fait connaître ce que les saints, ce que l'histoire ecclésiastique en apprend; après les avoir menacés qu'ils feraient une fin funeste, je les ai toujours trouvés insensibles comme les rochers; et j'ai su qu'ils ont fait une mort terrible. Il y en a eu même qui ont persévéré dans leur crime en leur dernière maladie, sans vouloir se confesser, ni donner aucun signe de pénitence. Mais combien y en a-t-il qui en donnent en apparence, et dont le cœur est impénitent aux yeux de Dieu. Ohl qu'il n'est pas aisé de passer d'une extrémité à l'autre. Comment voulez-vous, disait une de ces personnes à la mort, que je haïsse présentement ce que j'ai toujours aimé. Les hommes de Dieu qui ont eu de véritables lumières du crime de ces personnes, l'ont regardé comme une otfense si énorme contre Dieu, que saint vGrégoire le Grand, Souverain Pontife, avait ordonné qu'uti prêtre qui y tomberait, n'approcherait plus jamais le reste du sa vie du saint autel.
Comme l'intempérance dans le boire et dans le manger donne la matière au crime de l'impureté et l'entretient, les ecclésiastiques doivent beaucoup s'en donner de garde. Nous avons dit, dans le chapitre précédent, que la sobriété était l'une de leurs principales vertus. Cependant*il s'en rencontre (Jont la grande occupation est de faire grand'chère ; et j'ai vu des pays, où à peine prenait-on d'autre divertissement. Les premiers Chrétiens bannissaient les grands repas et les viandes exquises dans leur vivre ordinaire; et dans le ive siècle on défendit aux ecclésiastiques d'assister aux ntfces et encore aux festins. Saint François dé Sales leur conseillait de les éviter; et il disait que l'on y prend d'ordinaire la liberté de dire beaucoup de mots indignes de la présence des prêtres ; qu'étant avec les séculiers, on entre avec eux dans une familiarité nuisible, qui souvent leur fait perdre le respect qui est dû a leur caractère. Mais eeux qui aiment à faire grand'chère, les invitent même à leur repas, oïl quelquefois les libertins sont les bienvenus, qui ont plus de hardiesse à dire plusieurs choses contre l'honnêteté et Thonneur de Dieu, qu'ils ne l'ont à soutenir les intérêts de leur divin Maître : car dans ces occasions ils sont muets et ils n'oseraient rien dire ; si ce n'est qu'ils sont les premiers à dire le bon mot. Il y en a qui ont toujours l'esprit dans les pfctis, qui à peine ont-ils dîné, qu'ils s'occupent du souper, qui passent une partie delà nuit à boire, et qui dès le matin le lendemain ne font pas de difficulté de s'approcher du saint autel. Ils rompent les jours de jeûnes par leurs trop grandes collations, ou par l'excessive longueur du dîner, y pas-
sant des trois et quatre heures. C'est de la sorte que les ministres de Jésus crucifié, et qui ne doivent se glorifier que dans sa croix, en deviennent les ennemis. Ce sont eux dont l'Apôtre ne parle qu'en pleurant, de qui la fin sera la perdition (Philip. 1, 28), qui font leur Dieu de leur ventre (Philip, m, 19), qui mettent leur gloire en ce qui les devrait confondre : car 'ils se glorifient dans les excès de la bouche; et parmi eux, ceux-là sont les plus estimés qui savent mieux boire, et qui font plus de dépense à bien traiter, dont ils devraient plutôt rougir; mais ils n'ont le cœur qu'aux choses de la terre.
L'on peut considérer ici, que l'oisiveté donne un grand lieu à ces excès de bouche, aussi bien qu'à l'impureté ; c'est pourquoi nous avons parlé dans le précédent chapitre du bon emploi du temps. C'est une chose lamentable du mauvais usage que plusieurs en font, l'employant en des choses bien indignes de leur profession : comme à la lecture des comédies et des romans, ou en d'autres choses purement profanes. Les premiers Chrétiens s'occupaient simpjement dans le travail, pour éviter l'oisiveté, la mère de tous les vices ; et notre bon Sauveur a exercé le métier de charpentier durant trente ans. Ceux-ci ne pensent qu'à se divertir, et même en ce qui ne leur est pas permis; comme à la chasse qui se fait avec bruit, et qui leur est défe'ndue par les conciles. 0 grand Dieu des éternités ! que ne savons-nous combien le temps est précieux, que votre divine providence nous donne pour ménager des choses d'une très-grande conséquence ; et qu'il n'y a pas un seul moment, où l'on ne puisse plus gagner, ou plus perdre, que tout le monde ensemble, et les millions possibles du monde ; nos yeux ne s'ouvriront-ils jamais à ces grandes vérités? Mais comment les pourrons-nous croire, et employer si mal le temps comme nous h1 faisons? Faut-il que nous négligions de la sorte ce qui nous a été acheté par le pr.'x infini du sang d'un Dieu? mais à peine ces vues entrentdans l'esprit. On passe le temps, dit-on; et l'on ne pense pas que l'on passe avec le temps pour entrer dans l'éternité, qui ne passera jamais. Ahl pour lors nos yeux seront ouverts, mais trop tard.
Quel compte auront à rendre ceux qui emploient une chose si précieuse, comme le temps, à composer ou lire des galanteries, ou qui se divertissent à avoir des images où il y ait quelques nudités, ou qui peuvent inspirer quelque mauvaise pensée !
Quel jugement les ecclésiastiques peuventils attendre, qui conservent ces images ou statues dans leurs maisons, et qui font quelquefois gloire de les montrer ; ou s'ils ont de proches parentes avec eux, qui les souffrent paraître avec ces nudités, ou qui n'ont pas le courage de reprendre avec force les autres qu'ils remarquent dans cet état 1
Saint François de Sales défendait aux ecclésiastiques'de joueraux jeux de hasard, et même aux jeux permis dans les places pu-
DE LA SAINTETE DE L'ETAT ECCLESIASTIQUE. — CHAP. \M
jliques; ce qui est condamné par les statuts synodaux du diocèse d'Evreux : parce qu'il disait qu'il était peu édifiant pour le peuple de leur voir faire des agitations de corps, et souvent de les entendre crier et se mettre en colère; ce qui arrive aux plus retenus dans les jeux innocents. Mais les jeux de hasard condamnés par les saints Pères et par les hérétiques mômes, par toute sorte de lois, sont défendus aux ecclésiastiques sous de grandes peines. Et par ces.jeux de hasard, l'on n'entend pas seulement des jeux de dés, de cartes, mais tous les autres. Non-seulement ils leur sont défendus, mais il leur est défendu de voir jouer les autres ;à plus forte raison, il leur est défendu de permettre que l'on s'assemble dans leurs maisons pour y jouer, comme il ne leur est pas licite d'entrer dans les maisons où cela se fait. Mais tous ces lieux où l'on fait de pareilles assemblées, sont condamnés par les édits et déclarations de nos rois, par les arrêts des parlements, par les conciles et synodes. Après cela il faut qu'il y ait un aveuglement étrange de les voir si communs, et un de certains lieux chez les magistrats même; de voir en tant de villes chrétiennes un désordre si sévèrement condamné, et qui est si ordinaire; d'y remarquer tant de messieurs et de dames, qui en font une occupation de leur vie; qui y perdent malheureusement leur temps et leur argent, et tant de suites malheureuses qui en arrivent. J'ai su, ohl l'horreur, une ville où les dames s'assemblaient dans la maison de Dieu pour y prendre les heures du jeu, en profanant de la sorte l'église et la majesté de Dieu qui y réside corporellement. Ces gens ne laissent j:as quelquefois de s'approcher des sacrements ; mais hélas 1 est-il croyable qu'ils s'accusent comme il faut de leurs dérèglements? Comment recevoir l'absolution dans cet état, et avec quel esprit de pénitence.
Les ecclésiastiques ne devraient pas jouer avec des femmes, quoique à des jeux permis, et seulement pour une simple récréation, sans intérêt ni attachement; et ils doivent se souvenir que l'argent de leurs bénéfices n'est pas à eux pour le jouer, mais aux pauvres ; et c'est à quoi ceux qui jouent doivent penser. La comédie leur est aussi défendue ; le soin des affaires séculières, comme les commerces sordides , par exemple, acheter du blé, du vin ou des chevaux, pour les revendre après plus chèrement; être procureurs, solliciteurs de procès, pratiquer des mariages , facteurs, receveurs ou commissionnaires d'autrui. Se donner aux grands pour leur servir de domestiques, ou à qui que ce soit pour leur servir aux choses temporelles et aux ménages de leurs familles , quand ce seraient leurs proches ou leurs parents. Saint Jérôme veut que l'on fuie ces ecclésiastiques comme la peste. Saint François de Sales ne voulait pas qu'ils s'engageassent au service des grands, parce qu'il était fâcheux de voir les ministres de Dieu dépendants des gens du monde , qui communément n'ayant pas beaucoup d'estime ni
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pour leurs personnes ni pour leur état, les traitent souvent comme des domestiques ordinaires; qu'ils étaient exposés non-seulement à leur caprice, mais jusqu'à leur rendre des services indignes de leur profession ; que les emplois qu'ils avaient chez eux les engageant avec toutes sortes de personnes, les mettaient dans une infinité d'occasions de perdre leur vertu; et Ton sait assez les chutes pitoyables de plusieurs de ces genslà.
Ce grand saint voulait encore qu'ils évitassent les procès, étant obligés à mépriser les biens de la terre par les paroles qu'ils ont prononcées en se consacrant à l'Eglise, qu'ils ne veulent que Dieu pour leur héritage. Mais combien ont dit ces paroles sans les avoir dans le cœur, sans peut-être y avoir jamais réfléchi, ayant vécu continuellement dans l'état le plus saint de l'Eglise , c'est-à-dire le plus séparé de l'amour du siècle et des biens de la terre, sans en avoir connu ni la sainteté ni les obligations ; ainsi ces gens souvent sont plus attachés aux procès que les plus mondains; d'où arrive une dissipation entière de l'esprit ecclésiastique, une nécessité de quitter les fonctions de son ministère, et des occasions d'aigreur, de haine et de scandale. Comment exhorteront-ils à la paix que notre bon Sauveur est venu apporter en terre, eux qui sèment lu trouble partout.
Quand le grand Apôtre parle aux Corinthiens du procès , il leur assure que c'est une action pleine d'audace ; mais après, il en parle comme d'un péché. Déjà , dit cet homme de Dieu, vous commettez un péché de plaider les uns contre les autres. (1 Cor. vi, 1,7.) Peut-être même, dit saint Jean Chrysostome, triple ou quadruple, parce que l'on plaide rarement sans avarice , à rause de la contention et du trouble de la paix , à raison du scandale, et parce qu'un frère, qui est un même corps avec son frère, commet cette faute. Que ne souffrez-vous plutôt, s'écrie encore l'homme apostolique, de l'injustice ? que n'endurez-vous plutôt de la tromperie? (Jbid.) Cette onction du Saim- Esprit, qui s'adresse à tous les Chrétiens, ne sera-t-elle point reçue de ceux qui en sont les guides, et qui en sont les docteurs? Comment l'enseigneront-ils aux autres, s'ils sont les premiers à la violer, et quelquefois \es plus opiniâtres? Est-il possible que ce dérèglement aille jusqu'à une telle extrémité, que l'on voie des clercs vivre avec les personnes qui sont commises à leur conduite, dans une guerre perpétuelle, à raison des procès ; et de voir ensuite les âmes périr par les haines qui en arrivent ; et ensuite ces pasteurs leur servir d'occasion à leur damnation éternelle, sans s'en mettre seulement en peine , faisant plus 'd'état d'un peu d'intérêt, ^que du prix du sang d'un Dieu qui a racheté cessâmes. S'ils disent qu'ils plaident pour les choses de la vie, parce qu'ils prétendent qu'elles leur sont nécessaires , qu'ils écoutent encore l'homme apostolique, qui leur répond : Tout m'est permis, mais il
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n'est pas expédient de tout faire. (Ibid., 12 ) il entend de plaider, disent les interprètes; car encore qu'en de certaines occasions il soit permis,toutefois, pour les -raisons qui ont été dites,ilfauts'en abstenir. Z,<mYmtfe,ajoute-t-il, est pour le ventre, et le ventre pour la viande, mais Dieu abolira l'un et l'autre [lbid., 13) , c'est-à-dire que l'usage en cessera , et qu'il ne faut pas s'attacher à ces choses qui périssent , quoique nécessaires. Si cependant les droits du bénéfice obligent de plaider, il le faut faire avec beaucoup de charité et à regret, faisant voir dans tout le procédé, que l'on garde son dégagement, recherchant par toute sorte de voies la paix , et tâchant, si cela se peut , de trouver des arbitres qui terminent toutes choses avec douceur, prenant garde de ne s'emporter jamais contre les parties, avant pour elles une vraie charité, qu'il faut leur faire paraître dans toutes ies occasions.
Enfin les ecclésiastiques, qui, par la sainteté de leur état sont séparés du siècle , ne doivent pas s'y conformer; mais ils doivent faire paraître par tout ce qu'ils font, et par tout ce qu'ils disent , combien ils en sont détachés. Us doivent donc saintement mépriser les honneurs, les plaisirs et les biens de ce monde périssable, et c'est une chose très-indigne de leur profession, de les y voir arrêtés avec affection. 11 s'en rencontre même quelquefois qui les recherchent avec plus d'ardeur que les séculiers, qui n'oublient rien, et qui font tout pour être élevés dans les charges et dignités , pour avoir des bénéfices, pour mener une vie molle, aisée et sensuelle, et pour avoir de l'argent. 11 s'en trouve dont les conversations sont remplies de railleries, de bouffonneries , et comme s'ils n'étaient pas Chrétiens même; car l'Apôtre crie à tous les fidèles : Que parmi vous on n'entende pas même parler de fornication, ni d'aucune impudicité, ni d'avarice, comme il est biense'ant parmi les saints, ni de choses déshonnétes, ni de folie, ni de raillerie, ni de ce qui ne convient pas. (Ephes. v, 3.) Or certainement il ne convient guère à ceux qui, parmi les saints, en sont les guides et les docteurs, de s'entretenir de choses profanes, et bien moins de celles qui portent au mal ou qui sont mauvaises.
Les excès même de quelques-uns en vont jusque-là, qu'on les prendrait plutôt pour des cavaliers, pour des marchands, pour des courtisans, que pour des ecclésiastiques. C'est ce que déplore saint Bernard; car ils intriguent comme des courtisans, ils trafiquent comme des marchands, ils font ménage comme des laboureurs; ils sont suivis de chiens, d'oiseaux, de chevaux, comme des cavaliers et des soldats.