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CHAPITRE XVII

Du zèle que doivent avoir les ecclésiastiques.

Celui qui n'a point de zèle pour Dieu, n'a point d'amour; et celui qui ne l'aime pas , est dans un enfer commencé. 11 est impossi-

ble de se figurer rien de plus affreux qu'un état si terrible. Ainsi le défaut de zèle pour les intérêts de la suprême majesté de Dieu, est une véritable marque du défaut d'amour envers un être infiniment admirable : et quand il se rencontre dans ceux qui par leur profession doivent les soustraire avec plus de courage, une infinité de désordres en arrive, à qui ils devraient s'opposer fortement, et qu'ils n'empêchent pas.

De là viennent tant d'irrévérences qui se commettent tous les jours impunément dans les églises , et dans tout ce qui regarde le culte de Dieu. Comme nous en avons parlé amplement dans le Traité des profanations des saints lieux , que la divine Providence nous a fait donner au public ; nous ne répéterons pas ce qui en a été dit , et particulièrement ce que nous avons écrit de l'insensibilité étonnante de ceux qui y doivent apporter le remède ; mais nous dirons seulement que le zèle des ecclésiastiques doit être grand pour tout ce qui regarde la sainteté de la maison de Dieu , et l'honneur de l'adorable Jésus qui y demeure corporellement.

Ils doivent être zélés pour empêcher les irrévérences des temples, par la liberté que l'on y prend de parler. Dans les premiers siècles, il y avait des diacres continuellement occupés à procurer le silence et la modestie dans les églises. Us y allaient doucement de tous côtés pour prendre garde que personne ne fît le moindre bruit ni le moindre signe. 11 y en avait un en particulier qui observait les enfants ; et il est vrai que quoiqu'il y ait sans doute plus de malice dans les irrévérences des personnes âgées, néanmoins ils sont un plus grand sujet de distraction de l'attention que l'on doit à la prière, allant et courant de tous côtés, badinant et jouant, et faisant du bruit. J'ai vu en de certaines provinces des désordres intolérables sur ce sujet et particulièrement dans la Flandre , où ils sont extrêmes, et où il semble que les malheureuses mères, je les dois qualifier de la sorte , prennent à lâche d'}' mener tous les jours leurs petits enfants, où ils badinent , ils jouent avec plus de liberté que dans les rues et dans le marché, et ils prennent une coutume si abominable que lorsqu'ils sont un peu plus âgés, à peine les églises sont-elles ouvertes, qu'ils y viennent jouer; et quand elles sont fermées, ils jouent devant les portes, qui souvent servent de but à leurs jeux. Souvent aussi ces lieux servent aux femmes pour y venir travailler dans l'été, parce qu'elles y trouvent le frais et s'y mettent à 1 ombre "du suleil.

C'est bien dans ces occasions que le zèle de la maison de Dieu devrait dévorer ceux qui par leur état particulièrement sont obligés d'en empêcher les profanations. Mais malheur à nous qui devenons muets, quand il faut crier de toutes nos forces. Nous avons parlé, dans le traité que nous venons do citer , des horribles fléaux qui en arrivent. Hélas 1 nous soupirons sur tant de maux qui nous environnent, et nous n'ouvrons

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pas les yeux sur la cause de tous ces châtiments que nous nous procurons nousmêmes.

Les ecclésiastiques doivent empêcher avec une sainte générosité, que les murailles des églises ne servent à rien do profane; comme à attacher des chevaux, à y jeter de la boue, à y placer du bois, à y étendre du linge ; ce qui se doit entendre aussi des cimetières, à les faire servir d'espaliers et y planter des arbres; que l'on n'affiche aux portes rien de profane, comme il n'arrive que trop souvent par toute sorte de papiers que l'on y met ; que l'on ne badine pas aux cloches; que les chiens n'y entrent pas, et c'est à quoi il faut s'opposer avec vigueur; que les ornements ne soient pas sales ni déchirés , ce que l'on rencontre quelquefois; et ce qui est étonnant en des lieux où ceux qui en prennent le soin, sont d'autre part gens de probité. Nous parlons par notre expérience ; nous trouvons des ornements si sales , que dans le sentiment de tous les docteurs qui en ont écrit, il y a péché mortel à s'en servir. Nous trouvons des corporaux , des purificatoires, des pâlies , dans une indécence si honteuse qu'à peine se trouverait-il une personne qui voulût se servir à son usage de rien de pareil. Nous trouvons sous les vases sacrés , où repose le corps adorable d'un Dieu , des corporaux sales, troués, ou qui ont des pièces ; comme si l'on ne trouvait pas le moyen de donner à un Dieu un morceau de linge, semblable aux mouchoirs dont l'on use pour les immondices des créatures.

L'on rencontre des ciboires dont l'aiguille ou brochette qui les ferme, est simplement d'un méchant morceau de bois. O mon Dieul dans quel état vos créatures vous réduisent-elles.

11 faut avoir du zèle pour empêcher le défaut de repos quand le très-saint Sacrement de l'autel est exposé, et singulièrement quand l'on s'assemble pour entendre le sermon ; et il serait à désirer qu'il ne fût jamais exposé durant ce temps-là ; mais l'on doit y veiller encore , lors même qu'il est renfermé dans le tabernacle. C'est une chose ordinaire que la plupart des personnes, dans l'attente du sermon, y parlent les unes avec les autres. Nous l'avons dit autre part, l'on a vu un curé zélé dans ce temps aller de tous côtés dans l'église pour imposer le silence. Ces irrévérences sont communes la semaine sainte, lorsque l'on va aux Ténèbres, pour s'y donner le plaisir d'y entendre de belles voix , dans un temps où la mémoire de la Passion douloureuse d'un Homme-Dieu, nous devrait bien donner d'autres pensées. L'on doit aussi empêcher que l'on mette des armes sur les chasubles, et tout ce qui sert au culte divin. Que l'on n'orne pas les temples de tapisseries où il y ait des représentations profanes; et que les hommes ou femmes, sous prétexte de mendier aux portes de l'église pour les prisonniers ou autres pauvres, n'en fassent un beu d'une continuelle profanation, s'y

entretenant les uns avec les autres presque continuellement, et quelquefois avec assez de bruit et même durant la célébration des divins mystères. Il faudraitdonnerordreque ces gens hissent toujours au dehors de l'Eglise, et ne les pas souffrir au dedans. Si l'on objecte que l'incommodité du temps } oblige , ou il faut qu'ils demeurent dans le respect, ou il ne faut pas tolérerqu'un Dieu souffre pour la commodité d'une chétive créature.

L'on doit être zélé pour l'honneur de Dieu dans les chapelles particulières. Les défauts que nous en avons remarqués, méritent bien que l'on y veille; comme aussi afin que les cimetières ne servent pas de passage public. Mais il est difficile, dirat-on; cependant il estyrai que si le jardin ou l'enclos de la maison d'un particulier servait au même usage , l'on trouverait assez le moyen de l'en empêcher. Le quatrième concile de Milan défend que l'on s'y assemble pour y parler, et que l'herbe même coupée serve aux animaux pour leur pâture.

Mais si le zèle de l'honneur de Dieu nous manque , nous n'ouvrirons pas même les yeux à mille irrévérences qui se commettent tous les jours. On ne les verra pas, et celles qui seront connues ne toucheront pas le cœur. Oh I que la terre que nous habitons est dépourvue, et de la reconnaissance, et de l'amour de l'intérêt d'un Dieu, quoique nous vivions en des siècies tout de lumière ! Cependant comme plusieurs abus se sout glissés en ce qui regarde le culte de Dieu, et que le défaut de respect s'y rencontre souvent, c'est ce qui nous presse vivement d'en parler, priant et conjurant en toute humilité, et avec un profond respect les personnes qui y peuvent apporter le remède, spécialement les premiers supérieurs, d'y donner les ordres nécessaires.

Le Livre du parfait ecclésiastique dont nous avons parlé plusieurs fois , remarque très-bien au sujet des saintes reliques, qu'il y en a qui les portent comme pour en faire montre, et qui pensent peu à leur rendre la vénération qui leur est due. Il faut avouer que l'on commet beaucoup d'irrévérences à cet égard. Souvent on les néglige et on les perd, ou on les porte sur soi avec assez d'indécence. C'est ce qui a pressé plusieurs personnes de piété de les faire enchâsser en des reliquaires pour les mettre dans leurs oratoires, afin d'avoir lieu de les y honorer avec [dus de vénération. Mais le lieu que nous venons de citer, remarque que les églises étant des lieux destinés naturellement pour y garder les saintes reliques avec beaucoup de cérémonies religieuses, les personnes qui les conservent dans leurs oratoires pour leur dévotion particulière , leur rendraient beaucoup plus d'honneur de les donner aux églises pour y être vénérées de tous les peuples, plutôt queue Jes tenir renfermées et comme prisonnière? dans leur cabinet. II se plaint aussi d'un désordre qui arrive à l'égard de plusieurs fem-

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mes et filles qui portent ta croix sur leur sein, niais bien éloignée de leur cœur, étant peu touchéesdes souffrances de la croix du Sauveur, portant une croix d'or ou d'argent plutôt par vanité que par religion; ce qui sert davantage à fomenter la tentation ei la vanité que la dévotion.

Il serait difficile de déclarer celle des premiers Chrétiens pour les reliques des saints. Ils ne craignaient point d'exposer leur Vie pour recueillir avec des linges le sang des martyrs et le conserver en des fioles, et souvent'ils l'ont perdue pour ces actions de piété. C'est pourquoi les tyrans faisaient ce qu'ils pouvaient pour ôter les corps O.es martyrs aux Chrétiens, les faisant brûler souvent et en jetant les cendres au vent. Les tombeaux étaient en même temps le sujet de la vénération des fidèles, que les reliques des saints y reposaient. Le grand Pape saint Grégoire croyait faire de grands présents et un grand honneur aux personnes de haute qualité, lorsqu'il leur renvoyait, non-seulement de saintes reliques, mais des linges qui les avaient touchées. Mais Dieu même glorifie tellement les membres de ses saints qui ont autrefois été estimés de son divin Esprit, que saint Augustin rapporte qu'un aveugle fut guéri, pour avoir touché de son mouchoir la châsse où étaient les reliques de saint Gervais et de saint Protais , martyrs.

La dévotion encore était grande parmi les Chrétiens, pour aller visiter de certains lieux de piété. On venait de tous côtés à Rome aux tombeaux des apôtres saint Pierre et saint Paul. Les évoques mêmes et les docteurs y allaient. Saint Paulin rapporte plus de vingt noms, tant de villes que de provinces d'Italie, dont les habitants venaient tous les ans en grandes troupes, avec leurs femmes et leurs enfants à la fête de saint Félix. Ce concours de troupes si nombreuses obligea en plusieurs endroits d'y apporter du pain et des autres choses nécessaires pour la vie; mais les pèlerins n'en prenaient que le nécessaire, s'occupant entièrement à louer le Seigneur dans ses saints. Dans la suite du temps, ce qui avait commencé par l'esprit, a fini par la chair ; et l'on a pris occasion des fêtes de piété, d'en faire des jours de marchés et de foires. C'est la cause pour laquelle les foires se tiennent ordinairement les jours des fêtes de patron, ou en des temps proches de ces fêtes, ou dans les jours que l'on honorait spécialement auelques mystères.

La corruption qui s'y est glissée a été si extrême, que souvent l'on peut dire que ce sont des jours qui servent plutôt au diable qu'à Dieu. Et cet esprit d'enfer y a introduit toutes sortes de profanations, comme jeux de cartes, de dés, de quilles et de boule. L'on y voit des rôtisseurs, des charlatans et d'autres personnes qui vendent toutes sortes de choses, et quelqueiois jusque dans les cimetières, et aux portes des églises. L'on y passe les jours dans les danses, d'où arrivent souvent des querelles. Il y a des personnes qui

y chantent des chansons peu honnêtes qu'ils y vendent, et qui ensuite , distribuées par les villages, s'apprennent par les habitants, qui en font le sujet de leur divertissement, soit dans les danses, soit dans leurs maisons durant les soirs en hiver, et durant même le jour en travaillant, ce qui est une source de bien des péchés, et parmi des gens qui souvent ignorent les premières vérités de la religion 1 Ohl s'ils prenaient autant de soin de s'en faire instruire, comme d'apprendre ces malheureuses chansons ou des contes et fables ridicules , dont ils s'entretiennent; et qu'il y en a peu qui les ignorent! Certainement l'on ne peut penser à de si grands maux, et qui sont si communs, et dans un pays chrétien, que l'on ne soit outré de douleur. Que ne devraient pas faire les pasteurs pour y apporter du remède, et les magistrats pour en ôter la cause ? ce qui leur serait très-facile, défendant à tous ces chanteurs de ne plus chanter ou distribue!' des chansons. Mais c'est ce qui se fait publiquement dans les plus grandes villes; tout le monde le voit, et personne ne s'y oppose : de là vient que le mal se glisse partout, et les artisans dans leurs bouliques passent leur temps à chanter mille choses indignes d'un Chrétien.

Si ces fêtes arrivent en des temps de jeûnes, comme celle de saint Matthieu arrive souvent, outre les excès de boire qui sont fréquents, on y viole le jeûne impunément, et c'est une occasion à la plupart de ceux qui y viennent, de commettre de grands péchés; combien même n'assistent pas au très-saint sacrifice de la messe, ne pensant qu'à leur trafic et-commerce, et ces jours si solennels qui devraient être célébrés comme les plus grandes fêtes de l'année, sont les plus profanés.

C'est une profanation ordinaire de tous les autres jours de lêtes de l'année, où il y a quelque marché. Les gens de la campagne ne s'occupent qu'à vendre ou à acheter , comme les marchands des villes et des bourgs. Mais ce qui est bien déplorable, est que l'on choisit les jours de fêtes pour y charrier, pour y porter des grains ou du vin, ou pour y faire d'autres travaux; et plu^ sieurs de ceux qui sont obligés d'empêcher ces profanations défendues par les conciles, sous peine d'excommunication, comme les ecclésiastiques et magistrats les commettent eux-mêmes par un aveuglement et un endurcissement de cœur qui est inexplicable. S'ils ont quelque chose à faire charrier, ce sera ces jours-là, parce qu'ils leur sont plus commodes, ne regardant que leur détestable intérêt, et s'oubliant criminellement de celui de Dieu, qui saura bien un jour les en punir d'une manière terrible.

Mais entre toutes les fêtes, celle du grand saint Jean-Baptiste, est celle qui est l'uno des plus profanées, à l'occasion du feu que l'on y allume; et en quelques endroits, la veille aussi des bienheureux apôtres saiu'. Pierre et saint Paul, et la veille des patrons. C'est ce qui a fait dire à saint Léon, au su-

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jet de la solennité des princes de l'Eglise, que l'on donnait plus aux démons qu'aux saints apôtres. N'est-ce pas môme une chose ridicule de vouloir honorer saint Jean et les autres saints qui ont passé leur vie dans le jeûne, par des excès de boire et de manger, j'ai vu, à l'occasion du feu de la Saint-Jean, la veille où l'on doit observer le jeûne, placer des tables proche de ce l'eu, et y boire une partie de la nuit. Les danses y sont ordinaires, et à la solennité d-'un saint qui a eu la tête coupée par la danse. L'on devrait se souvenir que la danseuse qui en a été la cause, en a été punie par une mort très-tragique.

La joie qui a été prédite par l'ange au sujet de la naissance de saint Jean-Baptiste, est toute spirituelle, et le feu que l'on y allume, qui en est la marque, est une cérémonie toute sainte dont on doit bannir toutes les superstitions. Feu M. Bourdoise, dont nous avons déjà parlé, homme de Dieu et plein d'un zèle apostolique, a fait un petit livre sur les moyens de pratiquer chrétiennement une cérémonie si sainte. 11 dit qu'il faudrait célébrer un salut solennel dans l'église, puis aller processionnelîement allumer le feu, y demeurer pendant qu'il brûlerait, chantant des hymnes et des cantiques, et ce feu étant consumé ou éteint, l'on retournerait à l'église comme l'on en serait venu. C'est ce qui se pratique en plusieurs lieux avec grande bénédiction; mais pour cela il n'y doit avoir qu'un feu dans chaque paroisse.

Le grand saint Charles dans le iv* concile de Milan, veut que l'on veille aussi avec soin sur le bon ordre des processions, car c'est une chose étonnante des abus qui s'y sont glissés comme dans les autres choses. Hélas! l'on s'y trouve pour apaiser la colère de Dieu, eton l'irrite tout de nouveau par des immodesties. L'on y vient pour obtenir des grâces, et on s'attire des malédictions 1 Peut-on se figurer un aveuglement plus étrange? Combien d'irrévérences se commettent dans la campagne aux processions des rogations, par les disputes qui y arrivent , quand les processions de plusieurs paroisses vont dans un même lieu, à qui y sera les premiers, à sonner les cloches, comme nous l'avons remarqué autre part, à badiner les garçons avec les filles, à partir du lieu d'où l'on sort avant le jour; les processions, même les plus saintes, ne sont pas exemptes d'irrévérences , comme celles où l'on porte le corps adorable du Sauveur. Vous verrez une multitude de personnes qui précèdent, parlant les unes avec les autres , et plusieurs de celles qui suivent dans le même désordre. Certainement il faut bien dire que Dieu est peu connu, et qu'il est peu aimé, puisque sa divine présence en la sainte Eucharistie, mystère capable de consommer d'amour, touche si peu les cœurs. Cependant l'on portera des cierges ou flambeaux. Il y aura assez d'extérieur, mais le cœur sera bien éloigné, il serait à désirer, dans les lieux où il v a nom-

bre d'ecclésiastiques, qu'il y en eût un qui allât incessamment parmi toutes les person nés qui assistent à la procession pour y donner ordre. 11 se trouve même des pays où l'on prend exprès des gens, ou fous ou qui agissentd'une manière ridicule à la procession, faisant ainsi d'une chose sainte une véritable comédie. Et comme ces pays sont proches de ceux où l'hérésie domine, je vous laisse à penser quel sujet on leur donne de mépriser et d'avoir en horreur nos processions. La religion, dit saint Charles, y doit éclater dans l'extérieur humble, dans l'habit modeste, la vue baissée, la piété et dévotion que l'on y doit avoir, dans le silence et toutes les marques qui doivent paraître en des personnes qui demandent miséricorde, et qui ont un véritable esprit de pénitence.

Le démon a encore suggéré quantité d'abus dans les pèlerinages. Plusieurs y vont pour s'y divertir et y commettent des insolences ; l'esprit de Dieu y a peu de part, et l'esprit de la nature corrompue y règne. Je sais des lieux où l'affluence des peuples est si extraordinaire, que les hôtelleries et autres maisons ne les peuvent contenir. L'on couche pêle-mêle, les hommes avec les femmes en des cloîtres ou dans la campagne ; et il en arrive des désordres que je n'oserais nommer, et dont j'ai une connaissance assurée. Ordinairement, dans ces jours où le concours des peuples est si nombreux, il y a peu de dévotion, et à peine peut-on s'appliquer à Dieu, à raison de la foule dont l'on est pressé de toutes parts. Pour bien s'acquitter, et dans l'esprit de l'Eglise, des pèlerinages, il faudrait y apporter la sobriété, v pratiquer quelques mortifications intérieures ou extérieures, y aller avec une sincère contrition de ses péchés, s'occuper de bonnes choses, lire ou se faire lire la Vie du saint dont l'on va implorer le secours; si l'on est plusieurs, prier Dieu ensemble, réciter les litanies, dire le chapelet durant, le chemin, se confesser et communier; mai* faire ces choses dignement. Si l'on se fait réciter des évangiles, il faut tâcher d'en avoir l'esprit. Et c'est ce dont s'acquittent souvent très-mal, et ceux qui les récitent, et ceux sur qui on les lit, cela se faisant avec peu de respect et d'attention, et quelquefois ayant en vue le lucre qui en arrive. Nous ne parlerons pas des dérèglements qui s'y rencontrent parmi ceux qui y devant être en édification, y sont des sujets de scandale, et à quoi les supérieurs doivent tenir la main. Certainement, si dans ces lieux de piété, les ecclésiastiques qui y servent étaient des personnes de capacité et de saintes mœurs, il s'y ferait une mission perpétuelle; et l'on pourrait espérer par l'intercession et le secours singulier de la Mère de Dieu et des saints, et le soin exact des confesseurs , que plusieurs y feraient une véritable conversion ; mais quelquefois c'est bien le contraire, les pHis vicieux vont er. ces lieux pour s'v confesser, et y trouver deconfesseurs qui 'se hâtent de donner l'abso

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lutton, et mal à propos, soit par le défaut de science, soit de zèle, soit d'application, à cause du grand nombre de pénitents, soit par le défaut de la connaissance de leur état, car il y en a qui évitent les confesseurs qui savent mieux leurs maux ; et ainsi ils s'en reviennent plus criminels qu'ils n'y étaient allés. Oh ! que Dieu serait glorifié, si quelque peu d'âmes s'y convertissaient sincèrement ! et qu'il est déshonoré de tant de mauvaises confessions qui s'y font avec une fausse pénitence. Le devoir des ecclésiastiques n'est pas d'en confesser beaucoup, mais de dignement confesser ceux qui s'approchent du sacrement de pénitence.

Le désordre des confréries est encore considérable, soit par les fêtes qui s'y font, où l'on commet des excès à boire et à manger, soit par la dépense qui fait tort à de pauvres familles, soit par les abus qui s'y sont glissés. Il s'en trouve qui iont leurs assemblées dans l'église avec beaucoup de bruit et d'immodestie. 11 y en a où la superstition s'est mêlée ; il s'en rencontre où les hommes et les femmes se trouvant ensemble dans les repas, s'y laissent aller à des libertés peu séantes. L'on voit des confréries, appelées de la charité, et qui en sont si dépourvues, que les confrères en viennent quelquefois aux mains, et se battent pour avoir la préférence. Nous savons des villes considérables où les marchands, artisans et autres gens de métier ont pour coutume de danser trois jours de suite, quand la fête du patron qu'ils honorent arrive.

Ces solennités dont nous venons de parler, ces processions, ces pèlerinages, ces associations, qui en elles-mêmes sont si saintes, et qui sont une source de tant de bénédictions, lorsque l'on s'en acquitte dans l'esprit de l'Eglise, ne deviennent-elles pas un sujet de malédiction par les abus qui s'y commettent? Ne sont-ce pas de ces solennités, dont Dieu dit dans l'Ecriture qu'il ne peut souffrir, qu'il maudit, et dont il proteste par le prophète Malachie ( n , 8-3 ), qu'il en restera l'ordure sur le visage de ceux qui les célèbrent. Que c'est un grand crime, dit saint Charles, quand les jours consacrés à Dieu et à l'honneur dû à ses saints, se passent en choses toutes contraires 1 Ce zélé archevêque, cet homme de Dieu a autrefois excommunié un seigneur, et tous ceux de sa maison, pour des profanalions qui se faisaient dans des jours dédiés à Dieu, et en ce qui regardait son service. C'est une grande vérité, que les seigneurs et les juges auront un terrible compte à rendre à Dieu, lorsqu'ils n-'empêchent pas les désordres dont nous venons de parler : car ils peuvent et ils doivent ne pas tolérer que l'on tienne des foires et des marchés les jours de fêtes ; et il est de leur devoir de les défendre dans ces jours consacrés à Dieu : ils sont obligés d'y empêcher les dérèglements d'iceux, des danses, des ivrogneries, -les chansons qui s'y distribuent et autres désordres. Et l'on peut dire, nous rapportons les paroles du Livre du parfait eccïé-

siastique, dédié à nosseigneurs les prélats de l'Assemblée du clergé de France, qu'il y a bien des personnes possédées dn démon, et ceux qui permettent et souffrent ces abus, et ceux qui les commettent.

Mais ce doit bien être la matière du véritable zèle des ecclésiastiques, qui doivent s'appliquer avec soin à les détruire, particulièrement ceux qui ont de l'autorité, se servant des censures de l'Eglise s'il en est besoin. La cause d'une partie de ces désordres vient du défaut de zèle, qui devrait dévorer ceux qui par leur profession ont une obligation très-étroite de prendre la cause et la querelle de Dieu en main, et de défendre ses intérêts au péril même de leur vie, les ayant faits les dépositaires de son honneur dont il leur demandera un compte trèsexact, et en punira sévèrement la moindre négligence. Saint Chrysostome s'étonnait que la foudre n'écrasait pas les ecclésiastiques qui vivaient des profanations des choses saintes, sans travailler à y apporter le remède ; et il ne faut pas penser, dit saint Augustin, qu'en ce sujet, sous prétexte de charité, l'on doive avoir une douceur molle et complaisante ; car la charité n'est ni paresseuse ni négligente, et il est écrit que celui qui craint Dieu ne néglige rien.

Et ce qui nous oblige encore de parler de ce qui fait le sujet des plaintes de plusieurs personnes qui servent Dieu dans sa sainte crainte, au sujet de certains désordres qui se commettent dans les prisons ecclésiastiques des ofïicialités. Elles sont destinées pour détruire le péché, elles ne doivent donc pas servira le fomenter : ce qui arrive à cause des Allés et des femmes des concierges, de leurs servantes, dont quelques-unes étant trop libres, servent d'occasion d'impureté aux ecclésiastiques qui y sont détenus pour ce vice; comme le vin que l'on y vend donne occasion d'intempérance à ceux que l'on y arrête pour les excès du boire. Il serait à désirer que les concierges de ces lieux

ne fussent pas mariés, ou du moins qu'ils fussent d'une probité reconnue, et vraiment chrétienne, qui ne cherchassent pas leurs intérêts, et qui par une avarice sordide, ne donnassent pas à manger ni à boire avec excès, pour y gagner, ni n'y fissent aucun trafic qui servît de sujet de dérèglements; et surtout, qu'ils veillassent exactement que les femmes et filles n'eussent aucune conversation avec les prisonniers, afin qu'un lieu qui est uniquement destiné pour la correction et le rétablissement de la discipline, ne soit pas le sujet d'un plus grand relâchement et d'une plus grande corruption de mœurs.

Finissons ce chapitre, en remarquant tout de nouveau ce que nous avons fait plusieurs fois, l'état intolérable delà plupart des chapelles particulières, et la négligence qui ne se peut exprimer, de l'ordre qu'on est obligé d'y apporter. Saint François de Sales ordonna aux curés dans tout "son diocèse, de publier trois fois à leur prône, que les fon ■• dateurs des chapelles qui étaient dans l'en-

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ceinte de leurs paroisses eussent à comparaître dans un mois, pour être informé du revenu des chapelles et des moyens de les entretenir; faute de quoi elles seraient supprimées, et le revenu appliqué à l'église de la paroisse, où l'on s'acquitterait des obligations. Les ecclésiastiques jouissaient de ces chapelles sans s'acquitter des devoirs; et il voulut les y obliger, conformément aux titres de la fondation.

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