‹ Œuvres complétesChapitre 278 sur 397 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Nous pouvons dire dans celte préface ce que sainte Thérèse a écrit dans la préfaae du livre du Château intérieur, que nous devrions avoir sujet te craindre d'user de redite; et encore avec celte séraphique Sainte, en la 2e demeure de son même livre, chapitre 1er, que nous avons traité amplement autre pari de c ' que nous écrivons, et qu'il ne se pourra faire que nous ne répétions plusieurs choses- que nous avons déjà dites. Entre plusieurs livres que la divine Providence, notre toujours très-bonne et très-fidèle mère, nous a fait donner au public, il. V jeu a deux qui traitent du même sujet dont nous écrivons : l'un qui porte pour titre : De l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, où il est montré que la plupart des Chrétiens ne savent pas ce que c'est que d'être Chrétiens. Nous en avons donné un autre : De l'amour de No ire- Seigneur au très-saint Sacrement; mais celui-là regarde particulièrement l'excès de la charité denotre bon Sauveur dans ce mystère. Il y en a un autre : De la science et de la pratique du Chrétien, qui parle encore du même sujet dont nous écrivons, à qui il a plu à Dieu, seul bon et tout miséricordieux, donner une telle bénédiction, qu'il y a eu d'illustres prélats qui ont ordonné à ceux qui entraient dans leurs séminaires de l'avoir, .

Cependant comme l'élévation de l'âme dans le christianisme est admirable , sa grandeur incomparable,, sa dignité divine par l'étroite union qu'elle a en qualité de membre de Jésus-Christ avec celui qui est la grandeur même, l'on ne peut jamais assez parler de l'excellence de la grâce du Chrétien : et quoique

Majesté sachant que nous n'y prétendons autre chose

Connaissant, d'autre part , que s'il y a quelque chose de bon, il ne vient pas de nous; nous parlons encore avec la sainte : au contraire ne remarquant en nous que peu de talents et d'esprit pour pouvoir

Lions acquitter dignement de ce que nous entreprenons , si Noire-Seigneur par sa bonté ne supplée au défaut de notre ignorance et de notre incapacité.

Nous nous laissons a son Saint-Esprit pour traiter en la divine lumière, de la grâce de notre vocation : nous savons bien que c'est une grâce si admirable, que l'on ne verra point entièrement ce que c'est que d'être Chrétien, que lorsque le Fils de Dieu, qui est notre vie et notre gloire paraîtra. (Col. m, 4.)

Nous ne devons pas néanmoins ignorer ce que l'Esprit de Dieu en a révélé : il nous apprend donc par l'Apôtre (Rom. vi, 9 ; Col. in, 2), qu'être Chrétien , c'est être enseveli avec le Fils de Dieu ; que par cette sépulture nous avons été cachés avec Jésus, comme morts à la croix ; et qu'avec lui nous sommes morts au péché (Rom. vi, 11), au inonde et à nous-mêmes ; que nous ne devons donc plus goûter les choses de la terre (Col. m, 1,2), parce que nous y. sommes morts, et que notre vie est cachée en Dieu , et qu'étant sortis du tombeau, montés au ciel avec notre chef, nous ne devons vivre que comme de nouvelles créatures pour Dieu en Jésus.

Voilà ce que c'est que d'être Chrétien, qui étant uni avec Notre-Seigneur, et devenant une même chose avec lui en qualité de membre de son corps mystique, a pour vie de son âme la vie même de Jésus; ce qui fait dire à l'Apôtre : Je vis, mais non je ne vis plus , c'est Jésus-Christ qui vit en moi.. (Galal., n, 20.) Il y aurait ici un grand sujet de répandre des larmes, de voir qu'un grand nombre de Chrétiens se contentent de pratiques extérieures, comme d'assister aux offices divins et aux sermons, de réciter quelques prières le soir et le matin, de donner quelques aumônes, qui sont toutes choses bonnes, et qu'il faut faire , mais ce n'est pas l'essentiel du christianisme.

Nous venons de dire que les Chrétiens sont une même chose avec l'adorable Jésus; il ne les faut donc pas tant regarder en eux-mêmes qu'en Noire-Seigneur, et de ses dispositions, juger de celles qu'ils doivent avoir, devant vivre de sa vie, conformément à l'état divin où ils sont si glorieusement élevés. La vie du Chrétien est une continuation de la vie de Jésus, dont l'esprit est le principe de toutes ses actions, qui, par suite, toutes doivent être dignes de la grandeur et de la sainteté d'un Homme-Dieu. C'est ici que le Chrétien doit faire de sérieuses réflexions, et considérer avec beaucoup d'attention, s'il peut penser quand il agit et quand il souffre, que c'est Jésus-Christ qui agit et souffre en lui ; si cet adorable Sauveur aurait a;^i et souffert comme il agit et comme il souffre. Hélas! si nous considérons bien toutes les actions de notre vie, où en trouverons-nous de dignes d'un Dieu-Homme? Ah! quand l'examen s'en fera par cet Homme- Dieu en son terrible jugement et dans sa lumière infinie, combien s'en trouvera-t-il?

Ah ! que la sainteté de la vie des Chrétiens et leurs obligations sont peu connues ! mais quel mal de [ne pas connaître ce que l'on est, et ce que l'on ne doit pas ignorer? C'est cette ignorance qui est cause de tous les maux : car le Chrétien ne se regardant pas en Jésus-Christ, ne connaissant pas ses obligations, l'état surnaturel où il est élevé, la religion qu'il professe, les vérités de l'Evangile, qui sont ses règles, ne se conduisant pas par la foi, il s'abandonne à ses passions comme les infidèles (Thessul. iv, 5) qui ne connaissent pas Dieu, à l'impureté, aux vengeances, à l'ambition, à l'attachement aux biens temporels, à l'amour du siècle et des choses du siècle; de telle manière que souvent il est pire que les intidèles, dont la vie est plus raisonnable et plus modérée.

Ce n'est donc pas sans sujet que le grand Apôtre s'écrie, parlant aux fidèles : Prenez garde à votre vocation, car c'est ce que Ton ne peut jamais assez considérer. (1 Cor. i, 2. Il est vrai que les grandeurs de notre vocation ne paraissent pas à ceux qui regardent les choses par les yeux de la chair. La vie des Chrétiens est cachée avec Jésus-Christ en Dieu (Col. m, 3) : elle est cachée au monde, car à l'extérieur elle est humble, petite et abjecte ; elle est cachée avec Jésus, comme sa vie l'a été , et le monde ne l'a pas connu. (Joan. i, 10.) C'est pourquoi dans les premiers siècles, l'on regardait les Chrétiens comme la lie du peuple (/ Cor. iv, 13), gens sans esprit, sans conduite , qui sous prétexte de biens imaginaires (c'est comme parlaient les infidèles), se privaient malheureusement de toutes les aises de la vie et souffraient toutes sortes de maux.

Cependant si tous les artisans apprennent leurs métiers avec beaucoup d'application, les écoliers , la science dans les écoles de grammaire et de philosophie , à plus forte raison le Chrétien doit s'instruire de son état et des obligations de son état; après tout, c'est l'affaire des affaires, çt une affaire d'une conséquence infinie. Cela est bientôt dit, mais la signification ne s'en peut expliquer, elle passe même toute pensée. Ah ! être damné pour l'éternité, et ce sont les Chrétiens infidèles à leurs grâces, qui souffrent le plus en enfer, ou être sauvé pour toujours. Certainement voilà une affaire d'une étrange conséquence ; ne nous trompons pas néanmoins : On ne se moque pas de Dieu (Gai. vi, 7), nous serons jugés ; les livres (nous déclare le disciple bien-aimé dans son Apocalypse (x , 2) seront ouverts, les morts, grands et petits, paraîtront devant le trône de celui devant qui la terre et le ciel s'enfuient , sans qu'il eu reste aucun vestige (c'est l'expression dont il se sert) et les morts seront jugés sur ce qui est écrit dans ces livres, selon leurs œuvres. Notre jugement se donnera sur ce qui est écrit dans le saint Evangile et les autres livres sacrés, et non pas sur ce que le monde pense, sur les raisonnements de l'homme et les pensées des esprits forts.

La connaissance de Jésus-Christ (Salvien, De gub. Dei,l. m) ne doit pas être stérile, mais produire un amour affectif et effectif; ce qui a fait dire à un ancien , que le nom du Chrétien , sans la pratique de ce qu'il signifie, n'est rien. C'est une obligation très-étroite de vivre conformément à ce que Noire-Seigneur nous a enseigné (Luc. ix , 44) : c'est pourquoi pendant que tous les peuples étaient étonnés des miracles qu'il faisait, il disait à ses disciples : Mettez, vous autres, vos paroles dans vos cœurs.

C'est ce qui m'a pressé de donner ce petit ouvrage au public, en la vertu de Jésus-Christ de qui j'attends et espère tout, criant à tous les Chrétiens qui le liront, avec le grand Apôtre (Act. xiu, 26) : C'est à vous que la parole du salut est adressée ; et avec notre divin maître , ce que nous venons de rapporter ; Mettez, vous autres, ces paroles dans vos cœurs : que la divine lumière que vous en recevrez passe dans votre volonté. 0 mon Seigneur et mon Dieu ! la foi est si morte , que nous nous arrêtons plutôt à ce qui: nous voyons, qu'à ce qu'elle nous enseigne, c'est comme parle (mon très-adorable Sauveur) votre grande servante sainte Thérèse. (2* demeure du Château intérieur, i.)

Mais l'Apôtre crie : Réveillez-vous, justes : c'est donc à des Chrétiens qu'il parle , qui étaient appelés saints dans la primitive Egdse : car il y 311 a parmi vous qui vivent comme s'ils n'avaient aucune connaissance de Dieu, c'est comme s'exprime cet homme apostolique, et c'est ce que nous avons sujet de crjer hautement et avec force aux Chrélif s, à ce peuple qui a vu une grande lumière (/sa.ix,2; 11 Petr.u, 9 ; Luc. 1, 79)', appelée par le Prince des apôtres admirable, et qui cependant demeure assis» dans les ténèbres et au milieu des ombres de la mort.

C'est dans celle vue que nous donnons ce pelit ouvrage, au nom de Noire-Seigneur Jésus-Christ, au

{>ublic, déclarant, comme nous l'avons déjà fait dans le livre déjà dévotion à l'immaculée Yierge Mère 1I3 )ieu, que ce n'est qu'un abrégé de ce que les saints et les docteurs ont dit, et comme un recueil de co 3 ni se trouve dans les livres qui ont été composés sur ce sujet, écrivant ce que nous avons appris es autres.

Mais si la doctrine est la même, les discours en sont bien différents ; et si sainte Thérèse (2' demeure du Château ultérieur), que nous cilons volontiers, parlant sur ce sujet, dit que si elle savait apprêter la nourriture spirituelle qu'elle donne en plusieurs manières, qu'elle croit que cela ne donnerait pas du dégoût et de l'ennui , nous espérons des infinies miséricordes de notre bon Sauveur Jésus-Christ, de la proteclion de son immaculée Mère Vierge, des bons anges et des saints , dont nous implorons les puissantes intercessions, que l'on recevra en charité de ce que nous écrivons, d'autant plus que nous avons traité de plusieurs choses en particulier, dont les autres n'ont point parlé. Seulement que Dieu seul soit glorifié, Dieu seul en trois personnes, dans l'union sainte du cœur sacré de notre bon Sauveur Jésus-Christ. Voilà toutes nos prétentions. Ainsi soit-il. Ainsi soit-il. Ainsi soit-il.

Page 1