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CHAPITRE IV

Le Chrétien a Dieu pour son Seigneur et son Roi.

La terre , dit le Psalmiste (Psalm. xxm, 1), et tout ce qui la remplit , est au Seigneur, le monde et tous ceux qui l'habitent. Toute /<* terre est pleine de sa miséricorde : il regarde du haut du ciel (Psal. xxxii, 13 et seq.) , et il considère tous les enfants des hommes du haut du tabernacle quil s'est préparé : il contemple tous ceux qui sont sur la terre, il signale sa miséricorde sur tous , et il n'y a personne qui se cache à ses bontés. 01 Seigneur, s'écrie le même Psalmiste (Psal.

cxliv, 9), vous êtes bon envers tous les hommes, et les ouvrages de vos bontés surpassent ceux de votre puissance; c'est pourquoi il invite toutes les nations et tous les peuples à le louer (Psal. cxvi, 1) : il désire que toutes les créatures le glorifient de ses ouvrages, et dit qu'elles opèrent en lui : qu'il

ouvre sa main, et qu'il remplit tout ce qui Vit de ses bénédictions.

Cependant il avait choisi, particulièrement de toutes les nations, le peuple juif pour son héritage (Psal. xxxn, 12. Psal. cxlix, '*. Psal. xxv.tii, 10} : il avait mis en lui son plaisir d'une manière singulière : il lui donnait sa force, et il le bénissait en paix. L'Ecriture est pleine de témoignages qui nous apprennent qu'il prenait plaisir d'appeler ce peuple son serviteur, et de s'en déclarer hautement le Dieu et le Seigneur. C'est pourquoi le Prophète-Roi, après avoir parlé des biens temporels et des prospérités du siècle, que les hommes dans leur illusion regardent comme un honneur : Heureux, disent-ils, parlant des mondains, le peuple qui a tous ces biens; il s'écrie : Heureux le peuple qui a le Seigneur pour Dieu.

Après cela l'Apôtre nous apprend que Dieu a voulu faire encore une nouvelle alliance, et tout autre que celle qu'il avait faite avec son ancien peuple, et qu il avait prédite par le prophète Jérémie (Jer. xxxi, 31) ; et c'est du peuple de cette nouvelle alliance qu'il assure qu'il gravera ses lois dans son esprit, et qu'il les écrira dans son cœur, qu'il sera son Dieu, et qu'ils seront son peuple. Voilà la grâce que ce Père de miséricorde et ce Dieu de toute consolation fait aux Chrétiens : heureux s'ils savaient bien l'estimer!

Leur souverain Seigneur porte écrit sur son vêtement et sur sa cuisse (Apoc. xix, 15) : le Roi des rois, et le Seigneur des seigneurs. Tout l'univers devant lui n'est que comme une goutte d'eau. (Eccli. xvin, 3.) Joignez ensemble toutes les lumières des esprits, toute la science des doctes, tonte l'éloquence des orateurs, toute la sagesse des politiques, toute la grandeur des princes, toutes les richesses de la terre, toutes les têtes couronnées, toute la puissance du monde, toutes les actions les plus admirables des saints, tout cela en sa présence n'est qu'une goutte d'eau. Figurez-vous ensuite la différence qui se trouve entre une goutte d'eau et une vaste mer; il y en a une plus grande infiniment entre l'adorable Jésus notre Souverain et tout le monde ensemble : car encore la mer, quelque vaste qu'elle soit, a ses bornes, et Dieu n'en a point. 11 faut dire plus, toutes les créatures ensemble en comparaison de Dieu ne sont rien.

Quel honneur donc, quelle gloire d'être à son service ! La condition du dernier des serviteurs de notre Seigneur Jésus-Christ est meilleure que celle des rois de la terre; car enfin leurs grandeurs et leurs prospérités finissent avec la vie, et les serviteurs de Dieu finissent avec leur vie leurs souffrances, et dans ce terme trouvent un bonheur éternel, et des couronnes immortelles. Que bienheureuses les souffrances qui passent si vite, et qui sont suivies d'une telle récompense pour jamais! Un seul jour donc passé dans sa maison et dans son service vaut mieux que mille. J'ai préfère', disait un grand roi, d'être le dernier dans la maison de mon Dieu, plutôt que d'habiter dans les

lentes des pécheurs. (Psal. lxxxiii, 10, 11.)

Que l'on découvre ici dans un grand jour lé peu de foi des Chrétiens, et combien ils ignorent l'élévation glorieuse de leur état! Il est vrai que l'on estime et que l'on aime les grandeurs, mais on ne les met pas où elles sont véritablement. On tient à grand honneur d'être au service des rois : on achète bien chéries charges de leur maison, et on fait peu d'état d'être serviteur de Jésus- Christ; et ce qui est bien lamentable, souvent on rougit des devoirs qu'on doit lui rendre. Le grand Apôtre y mettait le haut point de la gloire dans un temps où les Chrétiens étaient regardés comme la balayure du monde; et nous avons confusion souvent, quand il s'agit des pratiques de son service, dans des siècles où la religion chrétienne est dominante, et dans lesquels les plus grands monarques tiennent à honneur de la suivre.

Heureux les Chrétiens qui savent le don de Dieu dans l'honneur qu'il leur fait de les recevoir au nombre de ses serviteurs! C'est d'eux qu'il a prédit, par le prophète Jsaïe. qu'ils lui seraient comme un habillement précieux: que quand une mère n'aurait point de compassion du fils qu'elle a porté dans ses entrailles; que quand même elle l'oublierait, qu'il ne l'oubliera jamais. (Isa. xlix, 18, 15.) C'est au peuple chrétien que ces paroles du même prophète s'adressent particulièrement. (Isa. xli, 10, 11, 13.) Ne craignez point, parce que je suis avec vous : ne vous détournez point, parce que je suis votre Dieu; je vous ai fortifié, je vous ai secouru; et le juste que je vous ai envoyé, vous a pris par sa main droite. Tous ceux qui Vêtts combattront seront confondus, et rougiront de honte; et tous ceux qui s'opposeront à vous par leurs contradictions, seront réduits au néant et périront, parce que jî suis le Seigneur votre Dieu, qui vous prends par la main, et qui vous dis : Ne craignes point, c'est moi qui vous aide et votis soutiens.

Que nous avons un Dieu parfaitement bon I s'écrie ici l'un de ses serviteurs : qu'il est admirable en ses bontés ! O qu'il est magnifique en ses promesses, fidèle aux effets, et constant à bien faire ! O que notre Dieu sait aimer parfaitement et souverainement I Ses affections sont également tendres et généreuses. O qu'est heureux qui le sert et qui l'aime ! et que celui-là a fait un bon choix, qui a pris son parti ! O si tous les hommes savaient ce que c'est que d'être serviteur de Dieu, ils feraient mourir en eux tout autre désir, pour n'avoir que celui d'être du nombre de ceux qui le servent i

O quelle consolation, quand on considère que l'on a Dieu pour son Seigneur! deux, s écrie le prophète lsaïe, louez-le; terre, soyez dans l'allégresse ; montagnes, faites retentir ses louanges, parce qu'il considère son peuple. (Isa. xlix, 13.) Le Seigneur, dit le Prophète-Roi, est mon salut; qui craindrai-je? Le Seigneur est le protecteur de ma vie; dz

ŒLYHES COMPLETES DE BOÏ'DON.

qui aurui-jc peur? Les ennemis qui m'affligent sont eux-mêmes devenus faibles et sont tombés. Quand je serais assiégé par une armée campée à l'entour de moi, mon cœur ne serait point dans la crainte. Quand une guerre s'élèverait contre moi , f espérerai dans le combat. [Psal. xxvi, 1, 2, k, 5, 6.) // n'y a rien en terre, dit le saint homme Job (Job 3X1, 24), qui égale la puissance des démons, et cependant un serviteur de Dieu peut les mettre tous en fuite, et il fait trembler ces puissances de l'enfer.

On ne peut jamais assez le dire. 0 qu'il est bon, qu'il est avantageux, qu'il est glorieux d'avoir un Dieu pour son Seigneur 1 Mais quel aveuglement d'esprit, et quelle dureté de cœur des hommes ! Il est le Seigueur du ciel et de la terre, c'est lui qui a fait le monde , et le monde ne l'a pas connu (Joan. i, 10, 11) ; il est venu chez soi, et les siens ne l'ont pas reçu : il est venu pour donner le ciel aux hommes, et les hommes iui ont refusé une chambre. Les hommes s'éloignent de lui et le fuient, lorsqu'il déclare que ses délices sont d'être avec eux : il leur annonce la paix, et ils lui déclarent la guerre : il ne pense qu'à nous élever sur le trône et nous mettre un diadème sur la tête, et on lui donne une couronne d'épines, et on l'attache sur une croix : ses desseins sont de nous donner la véritable vie, et on le fait mourir cruellement.

Que ces vérités sont surprenantes, et qu'elles sont touchantes; mais qu'elles sont peu pénétrées, et que les cœurs s'v rendent peu sensibles! Est-il possible qu'il n'y ait point de maître au monde qui soit plus maltrailé de ses serviteurs que INotie-Seigneur l'est des Chrétiens mêmes? C'est une honte qui ne se peut expliquer, de voir le traitement qu'il reçoit des mondains et des pécheurs. Mais comment est-il traité de ceux qui d'autre part font une particulière profession de le servir? il leur donne mille grâces auxquelles ils résistent, qu'ils ne reçoivent qu'à demi, mille inspirations qu'ils n'écoulent pas : il dira cent fois une chose avant qu'on la fasse : on sera en sa présence, on en recevra les grâces, et on regardera d'un autre côté.

La plupart des Chrétiens pensent avoir beaucoup fait, s'ils donnent à son service un peu de temps le matin et le soir, et une demi-heure à assister au divin sacrifice. Encore un grand nombre se plaignent si une messe dure une demi-heure. Cependant, eue dirait-on d'un serviteur qui ferait compte de servir son maître une heure ou deux par jour, et encore s'il en avait la commodité, et qui le reste du temps ferait sa volonté et s'empioierait à ses propres affaires? Y a-t-il un maître qui voulût s'en servir, et lui donner ce qui est nécessaire pour les besoins de la vie ? Nous traitons un Dieu de la sorte, qui nous a donné l'être, et qui nous le conserve autant de fois que nous respirons de moments, et l'on n'y pense pas. Ses véritables serviteurs n'ont point d'autres, intentions dans tous leurs desseins,

toutes leurs paroles et toutes leurs actions, que de travailler incessamment pour sa divine gloire.

O mon Seigneur et mon Dieu ! ici mon cœur se sent pénétré d'une douleur bien amère, quand je repasse devant vous toutes les années de ma vie : bien loin de les voir toutes employées uniquement à vous servir et à vous adorer en esprit et en vérité, je suis du nombre de ces serviteurs infidèles, qui se sont servis eux-mêmes. Je confesse en voire sainte présence, et publiquement devant tous ceux qui liront cet ouvrage, devant vos saints anges, tout couvert de confusion, que je ne voudrais pas justifier une seule action de ma vie, et que toute mon espérance est en vos seules miséricordes, qui étant infinies ne s'épuisent jamais.

Cependant comme vous êtes mon Seigneur et mon roi, je vous rends le serment de fidélité pour jamais, protestant de tenir votre parti envers et contre tous, et contre moi-même, vous présentant les clefs de mon cœur, vous suppliant que rien n'y entre que vous ou pour vous, et que la porte en soit fermée à jamais au monde et à tous ses engagements.

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