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enflé par la science, dont les yeux sont élevés, qui marchent en des choses grandes, comme parle le Roi-Prophète (Psal. cxxx, 1), qui sont au-dessus d'eux, qui n'ont pas de bas sentiments d'eux-mêmes, comme ils le devraient, dont l'esprit est élevé, qui passent leur vie dans une vaine curiosité des sciences et un pitoyable attachement aux choses de l'esprit. Nous savons que les prêtres sont les dépositaires de la science de Dieu; qu'ils la doivent étudier; que Dieu a mis des docteurs en son Eglise, que l'on doit révérer ; que c'est de leurs bouches que les peuples la doivent apprendre ; qu'il y en a de saints : et combien l'Eglise célèbre-telle de fêtes en leur honneur?
C'est donc contre les abus de la science que nous parlons, et nous disons avec le pieux livre de Y Imitation de Notre-Seigneur Jésus-Christ (c. i), qu'il servirait de peu de savoir toute l'Ecriture sainte sans son divin amour; c'est pourquoi l'Apôtre nous enseigne (Ephes., m, 19), que la charité de Jésus-Christ passe toute science. Disons donc encore, avec le livre de V Imitation de Notre- Seigneur : « Vanité des vanités, toutes choses ne sont que vanité, hors l'amour de Dieu et son service. »
Hélas! il nous faut tous mourir, et les doctes et les ignorants; celui qui aura fait des livres, comme celui qui ne sait pas lire ; mais celui qui aura plus aimé Dieu, sera plus savant en l'autre monde, la lumière de la gloire étant donnée selon la mesure du divin amour. Nous serons jugés sur ce que nous aurons fait, et non pas sur nos pensées seulement. Qu'importe d'être savant pour quelques années? Le paradis n'est pas accordé au bel esprit, mais à la bonne volonté qui aime Dieu; et Dieu fait si peu d'état du grand esprit et des sciences, qu'il les laisse aux démons ses ennemis, qui dans l'enfer auront ces choses pour jamais, qui est le lieu de toutes les misères. Ce qui a fait dire à l'un des plus savants hommes de notre siècle, à qui l'on applaudissait sur ses hautes connaissances : Ah! devons-nous nous glorifier de ce que les démons possèdent, et dans un degré plus éminent incom- Earablement que les plus doctes d'entre les ommes? Combien de pauvres idiots et de simples femmes surpasseront durant toute l'éternité des savants qui auront moins aimé Dieu?
Il est vrai que naturellement l'éloquence charme les oreilles; qu'il est fort humain que la beauté des sciences plaise à l'esprit, et plusieurs qui méprisent les grandeurs temporelles du siècle, demeurent pris par les spirituelles; mais tout cela ne va qu'à l'homme. Or ce n'est pas assez d'immoler les plaisirs du corps, il faut lui faire un sacrifice de ceux de l'esprit. Picde la Mirande écrivant à l'un de ses amis, lui disait : Considérez la folie où nous sommes : nous pouvons plus aimer Dieu en cette vie que le connaître ; en l'aimant noua y trouvons plus notre bien, nous avons moins de peine, nous lui sommes plus agréables; et cepen-
dant, nous aimons mieux, en cherchant toujours par ta connaissance, ne point trouver ce que nous cherchons, que de posséder en aimant, ce qu'il serait fort inutile de trouver sans amour.
Mais admirons et adorons la conduite de Dieu qui, laissant les savants et les sages uu siècle, a choisi des personnes aussi simples que des pêcheurs pour convertir tout le monde; il n'a pas pris des hommes éloquents et puissants en raisons humaines, mais de pauvres gens sans éloquence, ni science ; ce sont ces personnes sages que le Seigneur a instruites, et à qui il a enseigné sa loi (Psal. xcm, 12); et ces personnes, viles et abjectes aux yeux du monde, ont porté la véritable lumière par toute la terre, à ceux qui étaient ensevelis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort. (Luc, i, 12.) Que n'ont point fait douze pauvres personnes, dit un saint Père ? Elles ont converti tout un monde, pendant qu'un si grand nombre de prédicateurs savants et éloquents, en tant de lieux de la terre, ont si peu d'effet de leurs sermons. C'est que plusieurs prédicateurs s'appuient trop sur les moyens humains, et ceux qui les écoutent s'attachent trop à leurs qualités naturelles. Si l'on parle d'un prédicateur, d'un écrivain, on en loue le beau langage, la politesse du style, les belles pensées, c'est ce dont l'on fait état; peu de gens considèrent si l'on parle, si l'on écrit par l'Esprit de Dieu ; si les prédicateurs, si les écrivains sont bien remplis des maximes de Jésus-Christ, et s'ils lui sont unis par le dégagement du siècle et par l'amour de ses divines vertus.
On s'arrête à l'homme , soit dans les lectures que l'on fait, soit dans les sermons que l'on entend; on ne reçoit pas la saine doctrine comme venant de Dieu ou des hommes enseignés par l'Esprit de Dieu, comme les Chrétiens de Thessaionique à qui l'Apôtre écrit (/ Thess. u, 13) : Nous rendons grâces à Dieu incessamment de ce qu'ayant ainsi ouï la parole de Dieu que nous avons prêchée, vous ne favez pas reçue comme la parole des hommes, 7nais comme étant, ce quelle est en effet, la parole de Dieu ; on ne la médite pas, et on ne la conserve pas dans son cœur.
Cependant l'Apôtre s'écrie (/ Cor. i, 20, etseq.), que le royaume de Dieu ne consiste pas dans Jes paroles, mais dans Ta force et dans la puissance; et il déclare que Jésus- Christ l'a envoyé pour annoncer 1 Evangile, non avec des paroles étudiées , de peurque la croix de Jésus-Christ n'en soit anéantie; que les Grecs cherchent la science, mais qu'il prêche Jésus-Christ crucifié , qui est un sujet de scandale aux Juifs, et semble une folie aux gentils; mais lui et les autres apôtres prêchant de la sorte convertissent le monde. Ils ne veulent pas se servir des moyens humains , de peur que la croix de Jésus-Christ ne soit anéantie, leur attribuant la conversion des peuples.
C'est la conduite que la divine Providence a tenue; et dès le commencement de la ro»
ŒUVRES COMPLETES DE BOUDO.N
Jigion chrétienne, et dans la succession des siècles, les hommes apostoliques ont prêché l'Evangile aux nations infidèles et destituées des secours sur lesquels les hommes peuvent s'appuyer, s'exposant en de longs et pénibles voyages, à toutes sortes de périls, dans les villes et les solitudes, en péril sur la mer, en péril sur la terre, dans l'affliction et dans la douleur, dans les veilles, dans la faim , dans la soif, dans beaucoup de jeûnes, dans le froid et la nudité (/ Cor., xi 26); et enfin les preuves de leur apostolat, aussi bien que celles du grand Apôtre, ont paru par une continuelle patience. Lorsque Noire-Seigneur a voulu réformer les mœurs des Chrétiens, ou Jes Ordres réguliers relâchés, il a suscité des hommes ou pauvres , ou qui ont embrassé une étroite pauvreté, annonçant la pénitence en la puissance de l'Esprit de Dieu dans une séparation extrême de ce que le monde estime et recherche, comme il se voit en saint François, en saint Dominique , etdans ces derniers temps, dans saint Ignace , saint Cajétan et plusieurs autres.
Les hérétiques au contraire ont répandu leur doctrine parla force de l'éloquence, par la vanité des sciences et par la curiosité. Comme ils étaient sans l'Esprit de Dieu et qu'ils n'en avaient pas la vertu, ils se sont établis par toutes sortes de moyens, humains, par des intrigues et des cabales, s'insinuant auprès des personnes riches et puissantes dans le siècle; en recherchant la faveur, gagnant les personnes par de l'argent, par des promesses, intimidant les autres, invectivant contre ceux qui leur étaient opposés, méprisant ceux qui n'entraient pas dans leur parti, louant excessivement ceux qui leur étaient favorables et qui entraient dans leurs sentiments, entretenant des correspondances en différents pays ; et enfin n'oubliant rien de ce que l'homme p.eut faire.
Mais considérez , mes frères , dit l'Apôtre aux premiers Chrétiens, ceux que Dieu a appelés parmi vous, il n'y en a pas beaucoup de sages selon la chair; il n'y en apas beaucoup d'élevés en dignité et en puissance ; il n'y en a pas beaucoup de nobles ; mais Dieu a choisi ceux qui semblent sans esprit dans le monde , afin de confondre les sages ; et il a choisi les faibles pour confondre les puissants, et il s'est serti de ceux qui étaient vils et méprisables dans le monde, et de ceux qui n'étaient rien, pour détruire ce qui était grand et illustre. (I Cor. i , 26.) J'ai dit au ..rigueur, déclare le Psalmiste (Psal. xv, 1) : ) ous êtes mon Dieu, vous n'avez nul besoin de mes biens; il n'a nul besoin des talents et îles qualités naturelles de ses créatures. C*est pourquoi l'Apôtre dit dans la lLEpître aux Corinthiens (x,8, k ) : Les armes de notre milice ne sont pas charnelles, mais puissantes pour Dieu pour détruire les plus forts, pour renverser les conssils des hommes, et toute hauteur qui s'élève contre la vérité de Dieu, rendant tout esprit captif pour le service de Jésus -Christ; nous ensei-
gnant par ces paroles, qu'il ne combattait pas l'infidélité, le péché, le démon, selon la chair, c'est à-dire, selon les maximes de la sagesse charnelle; mais que ses armes qui n'étaient pas charnelles, étaient puissantes pour détruire les places fortes , les choses en quoi les faux apôtres mettaient leurs forces , comme les sciences séculières, l'éloquence, tout ce qui paraît grand et sublime aux hommes dans la parole et dans la doctrine.
Mais n'aurait-il pas semblé à l'esprit humain que Notre-Seigneur qui renfermait tous les irésors de la sagesse et de la science de Dieu, ne devait parler qu'avec une éloquence infiniment élevée et avec des pensées au-dessus des hommes, et néanmoins il n'y a point de prédicateur qui se soit plus abaissé : celui qui était Dieu s'abaisse jusqu'au néant pour sauver tout le monde , dit un pieux auteur, et les hommes qui prêchent et qui tâchent de s'élever, ne sauvent presque personne. Ce Dieu de majesté infinie s'attachait a instruire les pauvres; et après avoir lu la prophétie d'Isaïe (Isa. lxi, 1) : L'Esprit du Seigneur est sur moi; il m'a sacré de son onction, afin de m'envoyer an~ noncer l'Evangile aux pauvres; il dit que cette Ecriture s'était accomplie en lui (Luc. iv, 21) : il donne ordre aux disciples de saint Jean-Baptiste [Luc. vu, 22) de lui dire, de sa part, que l'Evangile était prêché aux pauvres. Et un interprète sur ces paroles remarque que l'instruction des pauvres est une des grandes merveilles que Jésus- Christ a faites, et qu'il a inspirées à ses serviteurs, et que les novateurs se portent aux riches.
C'étaient les simples peuples qui recevaient sa doctrine. Une foule de peuple le suivait, écrit saint Marc (in , 7) ; ce qui a fait dire aux Pharisiens : Y u-t-il quelqu'un des magistrats ou des Pharisiens qui ait cru en lui? (Joan. vu, 4-8.) Les premiers des Juifs, loin de recevoir sa doctrine céleste, disaient qu'il était possédé du démon , et qu'il était hors de sens, joignant l'accusation de la fureur et de l'aliénation d'esprit ayee celle de la possession du démon; mais ce qui est bien étrange , c'est que ses parents (Joan. x, 20) vinrent pour se saisir de lui, disant qu'il avait l'esprit aliéné : cependant parmi toutes ces humiliations extrêmes , il souffrait que les hommes disputassent contre lui, et il leur répondait avec une douceur et une patience admirable.
C'est pourquoi lsaïe avait prédit de lui qu'il annoncerait le jugement aux nations (Isa. xlu, 1, 2) , c'est-à-dire , l'Evangile, sans contester ni crier.
Mais afin de vivre selon l'Evangile , et en véritable disciple de ce grand Maître , sa doctrine doit être imprimée dans notre cœur, dans nos paroles et dans nos œuvres , de même que la figure du cachet se marque et s'itnprilne dans la cire ; ce qui n'arrive que par un véritable anéantissement de nousmêmes, nous' tenant toujours bien bas, et ne cherchant pas notre Dropre gloire. Car, corn-
ment, dit notre divin Maître, pouvez-vous vous dire Chrétiens, vous qui recherchez la gloire les uns des autres, et qui ne cherchez pas la gloire qui vient de Dieu seul ? Aussi est-il vrai que le désir de l'estime des créatures est un grand empêchement à Ja vie chrétienne, à laquelle on ne parvient que par l'humilité et le mépris de l'honneur du monde.
Mais à quoi pensons-nous? Après qu'un Homme-Dieu a dit qu'il ne cherchait pas sa gloire, se peul-il l'aire qu'un Chrétien qui fait profession d'être son disciple , qu'une vile et chétive créature la cherche? Le Fils bien-aimé du Père éternel a eu pour son partage en ce monde les mépris et les opprobres ; il y vient néanmoins pour nous apprendre la voie du ciel : il y vient non pas pour nous délivrer de quelque mal temporel, mais de l'enfer ; et cependant, disait Je père de Condren, il n'y a point de maître qui y soit si maltraité, comme il a été déjà remarqué, et ee qui est surprenant, de ceux mêmes qui font plus de profession de le servir. Il nous donne mille grâces auxquelles nous résistons, ou que nous ne recevons qu'à demi, mille inspirations que nous n'écoutons pas; il nous dira cent fois une chose devant que nous la fassions : nous serons en sa présence en recevant ses grâces, et nous regarderons d'un autre côté. Voilà ce qui arrive à ceux mêmes qui s'appliquent à le servir: mais pour les personnes du monde, c'est une honte qui ne se peut expliquer, que la manière dont ils le servent. Le diable les entretenant dans leurs [tassions, ils le suivent et ils l'écoutent , et c'est là la cause pour laquelle ils n'entendent pas la voix du véritable pasteur. Vous ne pouvez écouter ma parole , dit notre Maître (Joan. vin, 43, k\), vous êtes les enfants du diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père.
O malheur des hommes, qui n'y font pas de rétlexion! il ne faut pas se tromper, on ne se moque pas de Dieu , le mépris des paroles de Jésus-Christ sera sévèrement puni. C'est pourquoi notre Apôtre dit aux
Hébreux ( n , 1,2
server d'autant plus exactement les choses que nous avons entendues, de peur (pie nous ne périssions ; car si la parole qui nous a été annoncée par les anges a eu tant de force, que quiconque Va violée a reçu la punition que sa désobéissance méritait; comment Véviterons-nous si nous méprisons une alliance si salutaire ?