‹ Œuvres complétesChapitre 285 sur 397 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le Chrétien est honoré de V amitié de Dieu.

Certainement les excès de l'amour d'un Dieu envers le Chrétien sont un abîme. O Chrétien , rentre un peu dans toi-même pour considérer les grandeurs admirables où cet amour miraculeux t'élève. Dieu, s'étant fait homme, non-seulement prend le dessein de rétablir l'homme dans une grande perfection, ou de lui donner rapport aux excellences tde l'état naturel des anges,

mais il veut encore se l'unir d'une manière surprenante. Il ne lui suffit pas de lui faire l'honneur de le souffrir en son service, comme nous l'avons considéré dans un chapitre précédent (qualité qui est préférable à mille sceptres et à mille couronnes), il lui donne de plus la qualité de son frère, il lui donne celle de son ami. Ah! cieux, étonnez-vous; quoi 1 l'homme, ce rien et moins que rien par le péché, au lieu d'en recevoir des supplices infinis que ses crimes méritent, le voilà élevé à la qualité glorieuse d'ami d'un Dieu.

On ne se peut assez étonner de ce qu'Abraham avec ses mérites ait été appelé ami de Dieu {Jac. n, 23) ; de ce que dans Y Exode ( xxxiii, 11) nous lisons que Dieu parlait à Moïse comme un homme a coutume de parler à son ami; c'étaient pour lors des faveurs rares, et qui ne s'accordaient qu'à des personnes d'un mérite extraordinaire; mais dans la loi de grâce où nous vivons, cette qualité glorieuse est donnée à tous les Chrétiens, c'est à eux à qui ces paroles de notre bon Sauveur s'adressent : Je ne vous appellerai plus mes serviteurs, mais je vous appelle mes amis. (Joan. xv, 15.)

Heureux le Chrétien s'il en sait faire un digne usage avec le secours de la grâce; si étant aimé d'un Dieu, il correspond à son saint amour ; s'il sait l'aimer en vérité. Ah ! c'est pour lors qu'on peut lui dire que tout va bien pour lui ; c'est ce que l'Esprit de Dieu ordonne de dire au juste de sa par*, par le prophète Isaïe. [Isa. m, 10.) Et le grand Apôtre nous crie [Rom. vin , 28) : Nous savons que tout conspire au bien de ceux qui aiment Dieu : c'est ce qui est prononcé sans aucune réserve, parce que les plus grands maux mêmes sont pour eux de très-grands biens.

Tout conspire au bien de celui qui aime Dieu, en la vie, en la mort, et après la mort ; en la vie, parce qu'il a la vraie sagesse qui lui fait discerner les affaires de poids, qui sont celles de l'éternité, d'avec celles qui ne font que passer; qui lui fait donner à l'avenir de sûres précautions et de sérieuses prévoyances pour ne pas manquer à son^ but. Ces pensées, dit un serviteur de Dieu, s'étendent sur les impies pour faire comparaison de son bonheur avec leurs misères; il voit qu'ils pensent à celte vie, comme s'ils ne devaient jamais; mourir; qu'ils contraignent leurs amis à ne penser qu'àleur corps ; qu'ils ne mettent jamais aucun temps à s'instruire ; que leurs ténèbres deviennent plus épaisses dejour en jour et leur dureté plus insensible, en sorte qu'ils se rendent même incapables d'être éclairés. Mais au contraire ses pensées sont éclairées des lumières éternelles ; il a la vraie sagesse de laquelle il est dit (Sap. vu, 8) que tous les trésors de la terre ne sauraient égaler son prix ; sa lumière est une participation de la lumière de Dieu, et il le bénit avec le prince des apôtres de ce qu'il l'a appelé des ténèbres à son admirable lumière. {IPetr. n, 9.)

Tf*ut va bien pour celui qui aime Dieu en

Nous devons ob-

ŒUVRES COMPLETES DL BOUDON

la vie, mais tout conspire encore à son bien à la mort; c'est du moment delà mort que dépend tout notre bonheur, et personne ne sait si dans ce terrible moment il sera digne de haine ou d'amour (Eccle. ix, 1) : c'est pourquoi leFiis de Dieu nous exhortée veiller : Car, dit-il (Marc, xiii, 35), vous ne savez quand le maître de la maison viendra, si ce sera le soir ou à minuit, ou au chant du coq, ou le matin: de peur que, venant tout d'un coup, ilnevous trouve endormis .-prenez donc garde à vous, que vos cœurs ne s'appesantissent par les soins de la vie, et que vous ne soyez pris inopinément. [Luc. xxi, 34.) Mais ce que je vous dis que vous veilliez, je le dis à tous, veillez donc et priez en tout temps (Marc, xm, 37.) O vous qui lisez ces vérités divines, et moi qui les écris, c'est donc à nous que notre grand Maître parle. Nous arriverons au Jour de notre mort, mais nous n'en savons ni lejour ni l'heure; mais nous anéantissant en sa divine présence, écoulons-le avec tout les respects dont sa sainte grâce nous rend capables, qui nous dit (Luc. xxi, 3G) : Veillez et priez en tout temps , incessamment ; donc nous devons être sur nos gardes et dans une disposition continuelle d'oraison, c'est-àdire que, lorsque nous y faisons réflexion, notre esprit et noire cœur tendent à Dieu pour en impétrer les grandes miséricordes. Servez le Seigneur avec crainte, dit le Psalmiste (Psal. u, H, 12, 13), et réjouissezvous en lui avec tremblement ; embrassez la pureté de sa doctrine, de peur qu'il ne s'irrite contre vous, et que vous ne périssiez de la droite voie. Lorsque tout d'un coup sa colère s'allumera, heureux tous ceux qui espèrent en lui. — Nos années passent comme la durée d'une des veilles de la nuit, qui ne sont comptées pour rien ; nos jours sont comme l'herbe qui fleurit au point du jour, et qui passe aussitôt ; qui tombe au soir, qui se durcit et devient sèche ; nos jours ne durent rien ; nos années sont semblables à l'araignée (Psal. lxxix, 4-6) ; cependant en ce peu de temps nous avons des affaires éternelles à ménager. Nous allons dans l'éternité, et la jeunesse dans la fleur de l'âge se Ias>e, dit le prophète Isaïe, et succombe au travail, et la vigueur de la jeunesse a sesatfaiblissements ; mais le Seigneur soutient ceux qui sont las, et remplit de force et de vigueur ceux qui tombent en défaillance; il devient leur appui, et il ne leur donne pas seulement des forces pour marcher et courir, mais des ailes d'aigles pour voler, et trouver en lui leur repos. (Isa. xl, 12, 29,31.)

Le Seigneur étant ainsi leur refuge, et s'y étant retirés comme dans leur asile, il ne leur arrive aucun mal, et la plaie n'approche point de leur retraite (Psal. ix, 10) : il donne ordre à ses anges de les garder, qui, dans le temps de la mon, multiplient leurs soins charitables ; ils les portent entre leurs mains, et il n'y a point de mère, quelque tendre qu'elle puisse être, qui égale les bontés ineffables de ces aimables esprits (Psal. xc, 11, 12): ils les environnent comme des montagnes saintes, et le Seigneur vient lui-même

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pour leur servir de protecteur. (Psal 2.)

C'est pour lors qu'il ouvre ses divines mains pour les remplir de ses bénédictions, pendant que les douleurs de la mort les environnent. 11 écoute leurs voix de son saint temple, et les cris qu'ils font en sa présence viennent jusqu'à ses oreilles (Psal. xvii, 7) :. il signale ses miséricordes sur eux, elles garde comme la prunellede l'œil, et il les couvre sous l'ombre de ses ailes (Psal. xvl, 7) : il les délivre dans ce jour mauvais, il les conserve et il ne les abandonne [tas à la volonté do leurs ennemis; il les assiste, lorsqu'ils sont couchés sur»le lit de leur douleur : et ce qu'on aurait de la peine à dire, si le Saint-Esprit ne nous en assurait pas, il remue tout leur lit dans leur maladie. (Psal. xl, 2, 4.) Ah 1 qu'il est doux d'être aimé de Dieu et de l'aimer durant sa vie et encore plus donc à la mort !

Mais toutes ces grâces ne sont que le commencement des faveurs éternelles, qui auront leur perfection dans le ciel. O Dieu, que vos amis me paraissent élevés en gloire, et que leur principauté me semble puissamment affermie ! (Psal. cxxxviii, 17.) Je vous louerai parce que vous êtes infiniment élevé : vos ouvrages sont admirables, et mon âme le reconnaît avec étonnement ; l'insensé ne les reconnaît point, et le fou ne les pourra comprendre. (Psal. xci, 5 et seq.j Vous avez tout fait avec une sagesse infinie. (Psal. cm, 24.) O Dieu ! qui sera semblable à vous ? (Psal. lxx, 19.) Vos ouvrages, ô Seigneur, sont grands, ils sont réglés selon toutes vos volontés, la magnificence et la gloire y reluisent; mais vous avez consacré particulièrement la mémoire de vos merveilles dans vos amis et vos saints : c'est dans l'assemblée de ces justes que je vous louerai de tout mon cœur ; c'est dans ces justes que je désire raconter vos merveilles et publier vos louanges. (Psal. ex, 2 et seq.j

Tous ceux qui vivent dans la grâce sont amis de Dieu ; mais parmi les amis de Dieu il y en a qui le servent et qui l'aiment dans la pratique héroïque des plus éminentes vertus, qui mènent en celte terre d'exil une vie angélique ; etees amis sont appelés les saints par excellence; voici ce qu'en écrit un pieux auteur : Quelque part que Dieu fasse aux souverains de la terre de sa puissance, toute leur royauté, quelque éclatantequ'elle puisse être, n'est qu'une ombre de sa royauté, et à le bien prendre, il n'y aurait pas grand mérite à la préférer aux diadèmes; il ne leur faut point d'armée pour exécuter leu^s desseins et leurs entreprises ; une seule pensée, un seul désir, une seule parole les rend victorieux de toutes les difficultés; leurs larmes mêmes, qui ne semblent être que les armes des faibles et des impuissants, ne trouvent rien impossible, il semble que toute la nature leur obéit : si les rois peuvent tuer les corps, ceux-ci les font revivre; pendant que leur corps est dans le tombeau, et. qu'étant mort il est capable des actions naturelles. Dieu s'en sert pour rendre la vigueur, la

santé aux malades. Combien de malades guéris par leur poussière et leurs cendres? Ce qui paraît ne pouvoir exhaler qu'une odeur mortelle, inspire un souille vivifiant ; les rois

n'ont pouvoir que sur les choses rivantes, ceux-ci sur les inanimées ; et, pendant que les hommes, tout faibles qu'ils sont, s'opposent quelquefois aux volontés des grands du monde. Dieu même se rend obéissant à leur voix ; Dieu fait sa cause de tous leurs intérêts, et il les venge avec chaleur.

Apprenons que l'honneur d'être aimé de Dieu est un bien inestimable, et apprenonsle de ce qu'il y a de plus grand au monde; voyons-en les prémices; les têtes couronnées mêmes qui vont fléchir le genou devant leur tombeau et leurs cendres, honorent en eux les plusfrêles reliques de leur mortalité; ils s'en approchent avec des soumissions respectueuses, et ils vont prendre la santé dans des restes de morts; ils croient leur nom mieux placé dans leur mémoire que dans l'histoire de tous les peuples qui en pourraient parler à la postérité.

O amour de mon Dieu, que tu es estimable , puisque tu rends les corps mêmes illustres, et les cendres un objet de vénération aux monarques qui abaissent leur grandeur devant elles ! Un villageois abaissé dans la misère, s'il est saint, le voilà honoré de ce qu'il y a de plus grand en la terre : on a recours à une simple bergère, sainte Geneviève, dans la capitale du royaume, dans tous les plus grands besoins ; et nos rois lui vont rendre leurs respects prosternés devant ses précieuses reliques. Où sont les grands du monde, s'ils ne sont pas saints, dont l'on célèbre la fête, dont l'on porte les ossements précieusement enchâs.^és, dont on demande les cendres pour les honorer?

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