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vons dire avec l'Apôtre aux Romains (ex, 8, 16) : Tous n'obéissent pas à l'Evangile. Car Isaïe dit (lui, 1): Seigneur, qui a cru les choses qu'il nous a entendu prêcher? Qui esteonvaincu de l'honneurqu'il a d'être enfant de Dieu? Qui en sait faire estime? L'on se glorifie dans le monde des moindres petits avantages que l'on peut avoir par la naissance, et à peine fait-on état d'être né de Dieu. On pourrait bien dire ici aux Chrétiens ce que notre grand Maître a reproché à ceux qui le suivaient : Avez-vous encore si peu de lumière et d'intelligence? Votre cœur est-il encore aveuglé? Vous avez des yeux et vous ne voyez pas, des oreilles et vous n'entendez pas, et vous n'avez point de mémoire. (Marc, xvin, 17, 18.)
On se ne souvient point que l'on a Dieu pour Père, et que l'on est en vérité son enfant ; on n'a point d'intelligence d'une si importante vérité. Les personnes d'une haute condition vivent conformément à leur qualité, ils prennent garde à n'en pas dégénérer, ils mettent le point d'honneur à la soutenir,pendant que les Chrétiens s'abaissent honteusement jusqu'à faire des actions tout à fait indignes de leur haute vocation. Mais nous pourrons parler de ce sujet avec le secours divin autre part.
Ils ont des yeux et ils ne voient point la grandeur de leur naissance qui, étant commune à tous ceux qui sont de la plus basse, selon le monde, étant nés de Dieu, sont plus élevés que les enfants des rois de la terre. Saint Louis, cet incomparable monarque, le savait lorsqu'il se glorifiait d'être appelé du lieu où il avait été baptisé, où il avait reçu la qualité d'enfant de Dieu. Or cette qualité si divine est possédée véritablement par unchétif laboureur, par un pauvre artisan, par un misérable mendiant, s'ils sont Chrétiens.
Mais si nous avions de la lumière, comment n'aurions -nous pas une parfaite confiance pour tous nos besoins temporels et spirituels en Dieu, puisqu'il est notre Père? Ce doux nom de Père ne devrait-il pas éloigner de nous toutes sortes d'inquiétudes? Dieu est notre Père et le meilleur des pères, et tous les autres pères, par rapport à lui, ne méritent pas d'en porter le nom ; et c'est pourquoi notre grand Maître nous dit • N'appelez personne en la terre votre père, parce qu'il n'y a qu'un seul qui soit votre Père, qui est dans les cieux. C'est un Père qui est tout-puissant, qui fait tout ce qu'il veut dans le ciel et sur la terre, dans la mer et dans tous les abîmes ; il fait venir les nuées des extrémités de ta terre, il résout les tonnerres en pluie , il tire les vents de ses trésors. (Psal. cxxxiv, 6, 7.) C'est lui seul qui fait les grandes merveilles, qui a créé les deux avec une admirable sagesse , qui a affermi la terre sur les eaux , qui a fait les grands flambeaux du monde : lelsolcil pour présider au jour, la lune pour présider à la nuit ; qui donne à manger à toute créature. (Psal. cxxxv, 5,9, 25.) C'est un Père qui est en toutes choses,
quant à l'être et à la puissance, à qui rien n'est caché, qui connaît mieux tous nos besoins que nous ne les connaissons nousmêmes; qui se souvient de nous dans notre bassesse; qui n'est pas un moment sans penser à nous; qui veille, par sa divine providence, généralement sur toutes choses, et dont notre divin Maître nous rend témoignage, qu'un seul passereau ne tombe pas à. terre sans son ordre, et qu'il n'y a pas jusqu'aux cheveux de notre tête qui ne soient comptés (Matth. x, 30) : cependant les Chrétiens qui sont enfants d'un tel Père ont de la peine à s'y confier. Nous voyons tous les jours les enfants des hommes se reposer sur les soins de leurs pères; ils dorment en repos; ils vivent sans se mettre en peine ni de leur nourriture, ni de leurs vêtements; ils jouent, ils se divertissent sans s'embarrasser de l'avenir; c'est ce qui est ordinaire aux enfants mêmes des pauvres artisans, des laboureurs, des personnes chétives, impuissantes ; mais c'est assez qu'ils soient pères. Certainement, après cela, il faut bien dire que le Chrétien est peu chrétien, qui ne connaît guère l'honneur et l'avantage qu'il a d'avoir un Dieu pour Père ; car si les enfants des hommes vivent en repos, se reposant sur les soins de leurs pères, tout méchants qu'ils sont (c'est de la manière qu'ils sont nommés dans l'Evangile [Matth. vu, 11]), comment ne mettre pas toute sa confiance en notre Père qui est dans les cieux, qui ne peut ignorer rien de tout ce qui nous regarde; qui est tout-puissant pour nous assister, dont les miséricordes sont infinies, qui nous aime plus que nous ne nous aimons nous-mêmes?
0 hommes sans jugement, revenez à vous; insensés, devenez enfin sages. Si un seul cheveu de votre tête ne se perdra pas sans que votre Père céleste y veille, pourra-t-il rien vous arriver sans ses ordres? Remettez, s'écrie le Prince des apôtres (/ Pelr. v, 7), toutes vos inquiétudes entre ses mains; car il prend soin lui-même de vous. 11 ne se peut rien dire de plus fort pour nous ôter toute anxiété et tout trouble d'esprit, pour nous dépouiller tout à fait de tous soins inquiets, pour les lui remettre, à lui qui est puissant et tout bon. Quelle douce pensée, quelle consolation de savoir que nous sommes aux soins d'un Dieul Le Prophète-Roi dans eette vue, au lieu de s'affliger, est dans là joie parmi les maux qui l'environnent. Que ceux, dit-il, qui me veulent du mal se retirent en arrière et soient dans l'ignominie. Que ceux qui m'insultent avec des paroles de moquerie, soient aussitôt dans la confusion; mais qus tous ceux qui vous cherchent, ô mon Dieu, soient pleins d'allégresse, et qu'ils se réjouissent en vous : que ceux qui aiment le salut que vous donnez, disent sans cesse : Le Seigneur soit glorifié; pour moi, je suis pauvre et abandonné, mais le Seigneur prend soin de moi. (Psal. xxxix, 15-18.) Cette pensée que le Seigneur prend soin de lui, le mettait dans la paix.
C'est pourquoi le Fils de Dieu ne veut pas
que nous nous inquiétions, même pour ce qui est de plus nécessaire en la vie, comme le boire, le manger et le vêtement. Je vous dis, nous déclare ce divin Maître, que vous ne devez point vous inquiéter pour le boire rt pour le manger dont vous avez besoin pour vivre , ni pour les vêlements nécessaires pour couvrir votre corps ; et ce qui est admirable, il nous invite ensuite à voir ces oiseaux du ciel, qui ne sèment ni ne recueillent, ni ne serrent point de blé dans les greniers; à considérer les lis des champs, qui ne travaillent ni ne filent, et dont le Père céleste prenant le soin, les oiseaux sont nourris et les lis sont vêtus.
Après cela il nous reproche notre peu de foi : car, si Dieu prend soin des oiseaux et des herbes des champs, qui paraissent aujourd'hui et demain seront brûlées au four, comment n'aura-l-il pas plus de soin d'un Chrétien créé à son image, et pour lequel il s'est fait homme et a donné sa vie? Il nous fait voir ensuite que ce sont les infidèles qui s'inquiètent de toutes ces choses; et pour nous mettre dans une entière assurance, il nous enseigne qu'il sulïit que notre Père céleste sache que tout cela nous est nécessaire, que nous cherchions premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et que toutes ces choses nous seront données par surcroît. (Mat th. vi, 25 et seq.)
Le grand Apôtre (Philip, iv, 6) ayant les mêmes sentiments que Notre-Seigneur Jésus- Christ, veut que nous ne nous inquiétions de rien ; mais que dans toutes nos oraisons, prières et actions de grâces, nous exposions à Dieu ce que nous désirons, et que la paix de Dieu, qui passe tout entendement, garde nos cœurs et nos pensées en Jésus-Christ.
Or, cet éloignement de toute inquiétude n'empêche pas le soin raisonnable dans l'ordre de Dieu, et comme Dieu le veut en douceur, et tranquillité, faisant de son côté ce que l'on doit avec justice et avec paix; mais sans empressement de nature, attendant tout le bon succès de la divine Providence, en laquelle seulement on doit mettre toutes ses espérances et sa confiance.
Mais cette confiance doit être générale et sans aucune réserve, aussi bien à l'égard des personnes qui nous touchent de plus près, comme à l'égard de nous-mêmes ; les pères et mères ne doivent donc point nonseulement s'inquiéter pour tout ce qui les touche, mais encore pour tout ce qui regarde leurs enfants : elle doit être à l'égard de l'intérieur et de l'extérieur des états différents que l'on peut porter, soit de peines ou de consolations, soit pour les moyens qui nous semblent les plus nécessaires, comme les directeurs, les confesseurs et autres secours pareils, soit pour le temps, qui nous paraît le plus redoutable, comme l'instant de la mort.
Nous devons vivre et mourir dans la paix de Dieu qui passe tout entendement, et elle doit garder nos cœurs et nos pensées en Jésus-Christ, en toutes sortes d'états, au milieu de toutes sortes de peines, parmi toutes
les contradictions des hommes et des démons; dans les épreuves crucifiantes qui viennent de Dieu, à l'égard généralement de toutes choses, de toutes sortes de personnes, en toutes sortes de temps.
Il nous doit suffire que Dieu soit notre père, et que nous soyons ses enfants ; il ne faut pas l'être seulement de paroles, ni de la langue, mais par des œuvres et en vérité. Nous connaissons par là que nous sommes enfants de la vérité, et nous aurons le cœur en repos devant Dieu. Si notre cœur ne nous reproche rien, nous avons de la confiance en Dieu. Celui qui pèche est enfant du démon : quiconque est né de Dieu ne pèche point (I Joan. v, 18), c'est-à-dire de péchés notables, sans cesser d'être enfant de Dieu. C'est en cela, dit encore le disciple bienaimé, que l'on connaît les enfants de Dieu, et les enfants du démon (I Joan. ni, 10) ; car dans l'Ecriture, être l'enfantde quelqu'un c'est l'imiter. Imitez donc Dieu, écrit l'Apôtre aux Ephésiens (Ephes. iv, 1), comme ses chers enfants. C'est pourquoi le disciple de l'amour nous déclare (IJoan., in, 10 et seq.), que quiconque pèche n'est pas enfant de Dieu, et quiconque n'aime pas son frère, l'amour du prochain étant inséparable de la justice: Mes petits enfants, nous enseignet-ii encore, celui qui vit selon la justice, est juste, comme lui aussi est juste (Ibid. , 7), c'est-à-dire, qu'il vit dans Jes bonnes œuvres et ia bonne vie, imitant Dieu son père, qui est saint, et celui qui s'abandonne au péché est l'enfant de l'esprit malin, parce que les imitateurs du démon, dit saint Augustin, naissent en quelque sorte de lui. Finissons ce chapitre faisant une réflexion sérieuse sur ces paroles de l'Apôtre de la dilection sacrée (/ Joan. m, 7) : Que personne ne vous séduise ; ce qu'il écrit auparavant que de distinguer les enfants de Dieu d'avec les enfants du démon, voulant nous apprendre qu'il ne s'y faut pas tromper ; que les véritables enfants de Dieu sont ceux qui l'imitent, comme ceux qui imitent la malice du démon sont ses enfants. Que le Chrétien donc, selon l'avis que lui donne le Saint-Esprit par son évangéliste, prenne garde à ne se pas laisser séduire, et à ne se pas séduire soi-même ; qu'il prenne garde qu'ayant recula qualité glorieuse d'enfant de Dieu par le baptême, il ne l'ait pas démentie par ses actions, et que dans 1 instant redoutable de la mort, au lieu de trouver Dieu pour père, il ne soit jugé comme un véritable enfant du démon.