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CHAPITRE VIII

Le Chrétien est héritier de Dieu.

C'est l'une des grandes vérités de notre sainte religion, que le Chrétien est héritier de Dieu. C'est une vérité très-certaine, et dont il n'est pas permis de douter, puisqu'elle nous est révélée par le Saint-Esprit; mais c'est une vérité peu connue : car il est vrai, comme nous l'avons remarqué, que la plupart des Chrétiens savent peu ce que c'est que d'être Chrétien. L'apôtre saint Paul, en

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plusieurs lieux de ses Epîtres, la prend de la qualité d'enfant de Dieu ; car, dit cet homme apostolique (Rom. vin, 17), si nous sommes des enfants, nous sommes donc aussi des héritiers, c'est-à-dire, les héritiers de Dieu. O qualité divine 1 ô faveur inestimable! quelle consolation pour les pauvres au milieu de toutes leurs misères 1 quel sujet de détachement et de mépris pour ce que le siècle estime à ceux qui sont riches 1

Le Chrétien est donc héritier de Dieu ; certainement c'est ce qui passe toute pensée. Ah ! non, il n'est pas seulement héritier du plus grand monarque du monde, mais d'un Dieu devant qui tous les rois ne sont qu'un peu de poussière. Ensuite il est roi, et roi dans un royaume, où la douleur et l'ombre de la moindre peine et de la crainte n'entrent jamais ; où se rencontre l'assemblage de toutes sortes de biens véritables, de telle manière qu'il ne reste rien à désirer ; la joie que l'on y possède est une joie 'parfaite, une joie pleine, à laquelle il n'y a lien à ajouter, et ce royaume si heureux ne finira jamais. Il n'en va pas de même des rois de la terre, ils sont sujets aux misères de l'homme, leurs plaisirs apparents sont souvent traversés ; ils meurent comme leurs sujets, et leurs grandeurs, comme on les appelle, disparaissent comme les ombres. L'histoire des rois que nous avons dans l'Ecriture, qui nous apprend les actions de leur vie, ne manque pas de nous apprendre leur mort.

Mais dans le bienheureux royaume de Dieu, il n'y aura plus de mort, ni de gémissements, ni de cris, ni de douleurs ; l'on y sera exempt de tous maux, l'on y sera comblé de tous les véritables biens. (Apoc. xxi, k.) Dieu y sera le soutien de ceux qui y régneront, et leur Créateur : comme il est toujours le môme, et que ses années, pour parler avec l'Apôtre (Hcbr. i, Î2.), ne finissent point, leur empire sera éternel.

Ici il me prendrait envie de crier aux Chrétiens, et aux pauvres et aux riches, gens du monde, ouest votre foi? O pauvres 1 est-il possible que vous croyiez en vérité que vous êtes héritiers du royaume de Dieu? Je vous demande, si au milieu de vos misères, vous appreniez assurément que vous allez être rois dans quelque royaume temporel dans le monde, quelle joie auriezvous? Et quelle joie dans vos pauvres familles? D'où vient donc que vous êtes si peu consolés du royaume du ciel où vous allez? Quand vous passez devant les palais (les princes de la terre, en les voyant, vous ne pouvez pas dire qu'ils sont à vous : mais si vous êtes tidèles à votre grâce, vous pouvez vous assurer que la magnilique maison de Dieu est votre maison.

Mais ce qui est d'une consolation indicible dans la religion chrétienne, est que non-seulement ceux qui y sont les plus pauvres, et les plus dénués des commodités de la vie, et les plus abjects selon le monde, ne sont pas exclus de l'empire du ciel ; mais qu'ils y ont un droit tout particulier, lors-

qu'ils savent bien user de leur état '.Vous êtes bienheureux, 6 pauvres, dit le Fils de Dieu en saint Luc (Luc. vi, 20), parce que le royaume de Dieu vous appartient. C'est donc une grande vérité, qu'un pauvre vigneron, qu'un chôtif artisan, un misérable mendiant, une pauvre femme dans la dernière désolation, une petite femmelette qui sera l'opprobre du monde, si tous ces gens sont véritablement Chrétiens, ils sont autant de grands rois et de grandes reines qui s'en vont dans leur royaume.

J'ai connu une pauvre femme toute pauvre des biens de la vie présente, mais trèsriche des biens du ciel, qui était pleine de l'esprit de Jésus-Christ, et d'un amour tendre pour la très-sainte Vierge, dont les états intérieurs avaient grand rapport avec ceux de l'admirable sainte Catherine de Gênes ; qui voyant dans la ville où elle demeurait, que l'on y bâtissait une des belles églises du royaume, se sentit pressée de porter un écu qu'elle avait au supérieur de îa maison, où l'on édifiait ce magnifique temple, pour y coopérer en sa petite manière, et d'une grande volonté; mais comme ce supérieur s'apercevant de sa pauvreté à ses habits, ne voulait pas recevoir ce qu'elle lui présentait, lui marquant même qu'il serait bien aise de lui donner quelque secours, parce qu'il voyait bien qu'elle était pauvre ; cette femme d'une grande foi, lui répondit : Pauvre, mon Père, sachez que je suis Chrétienne, et par conséquent fille d'un grand roi, et héritière d'un grand royaume. Désabusezvous , mon Père, je ne suis point pauvre. Ce supérieur surpris de la foi de cette femme, accepta pour lors ce petit don, et je m'assure avec bien de l'édification.

Les riches cependant ne sont pas exclus du royaume de Dieu, s'ils usent de ce monde comme s'ils n'en usaient point, comme parle l'Apôtre (ICor. iv,31); s'ils en usent en véritables Chrétiens, en personnes qui n'y tiennent que par un simple filet de la nécessité de leur état, et qui d'autre part n'ayant aucun attachement aux biens de la terre, les donnent avec largesse aux pauvres, et les perdent volontiers dans les occasions qui arrivent. Il est vrai que ce détachement des riches est bien rare, et c'est pourquoi le Fils de Dieu les déclare malheureux. (Luc. vi, 24.)

Mais, ô riches ! jusqu'à quand chercherezvous le mensonge? Si vous aimez les richesses, dit un Père de l'Eglise, attachezvous à celles qui sont véritables; pourquoi les perdre pour des biens qui ne sont qu'en apparence, qui passent, et dont il ne vous restera rien à la mort? C'est dans ce jour mauvais, et bien mauvais pour vous, que ces paroles du Prophète-Roi (Psal. lxxv, C) seront accomplies : Tous les riches ont dormi leur sommeil, et lorsqu'ils se sont éveillés, ils n'ont rien trouvé dans leurs mains. Travaillez à être riches dans le royaume de Dieu, dont les richesses sont immenses, royaume le plus florissant et le plus abondant en vé-

ritables biens, que l'on puisse même s'imaginer.

Grands de la terre, où est votre foi? Si vous cherchez de la gloire dans ce monde, soyez saintement ambitieux d'une gloire qui ne finira jamais : toutes les élévations en la terre ne sont que bassesses comparées à celles de la glorieuse éternité. Ah! dans la vue du ciel , si on le considère bien, qu'il est facile de mépriser les choses du siècle 1 Saint Ignace, le fondateur de la compagnie de Jésus, le regardant, s'écriait : 0 combien la terre me pue, quand je considère le ciel 1 Jusqu'à quand aurez-vous le cœur pesant? (Psal. iv, 3.) Mais prenez garde, pour parler avec le Psalmiste, que vous qui êtes montés sur les chevaux, qui êtes élevés dans le monde, ne soyez frappés d'assuupissement parlacolère et les menaces du Dieude Jacob. (Psal. lxxv, 6, 7.)

Mais ce n'est pas tout : la divine parole qui nous apprend que le Chrétien est héritier de Dieu, nous déclare qu'il est cohéritier de Jésus-Christ; c'est ce que cet aimable Dieu Homme nous révèle par ces paroles : Je vous prépare mon royaume, ainsi que mon Père me Va préparé (Luc. xxn, 29j : Quiconque aura vaincu, je le ferai asseoir avec moi dans mon trône, comme moi qui ai vaincu, je suis assis avec mon Père dans son trône. (Apoc. m, 21.) Heureux donc celui qui aura vaincu ses passions, puisqu'il sera participant de la puissance royale de Jésus-Christ ; qu'il sera roi avec lui, ne faisant qu'un seul corps avec cet admirable Sauveur. 11 sera assis dans son trône, qui est Dieu, et notre vie y sera cachée en lui.

0 vérités admirables ! qui êtes plus certaines que le jour; mais qui y pense? qui s'en occupe? qui les croit? qui les porte fortement imprimées dans son cœur? qui en est touché ?0 mon âme, ô mon âme, où en sommes-nous? Est-il donc possible, que nonseulement un empire dont les félicités ne se comprennent pas, et qui n'aura jamais de fin, nous est destiné de Dieu, si uous gardons ses lois jusqu'à la fin, mais encore que nous y régnerons avec l'adorable Jésus; que nous serons assis avec lui dans son propre trône? ô les douces et les agréables nouvelles dont l'on ne peut douter 1 Après cela le Chrétien pense-t-iJ se plaindre des combats qu'il nous faut donner, ou contre les démons, ou contre nos passions, ou contre le monde et les choses du monde; que ne fait» on pas? que ne souffre-t-on pas pour la conquête, non-seulement d'un royaume temporel, mais d'une place qui n'est qu'un peu de terre? quelles fatigues pour les soldats dans les tranchées, qui à peine ont-ils de quoi vivre ; qui à tout moment sont exposés à la mort, qui souvent y perdent la vie! Mais que les hommes ne font-ils pas pour quelques vaines grandeurs, pour acquérir de chétifs biens, pour se donner quelques malheureux plaisirs des sens? O misère inconcevable 1 on fait tout pour ce qui n'est rien, et on ne fait rien pour ce qui est tout ! Quel prodigieui enchantement ! et se peut-il com-

prendre? Cependant nous crions ici ce que l'Esprit dit aux Eglises: Que celui qui a des oreilles entende. (Matth.x.\, 15.) Mais malheur à la plupart des Chrétiens : ils ont des yeux et ils ne voient pas : ils ont des oreilles et Us n'entendent point (Psal. cxiii, 6.)

Mais ce qui est bien considérable, c'est que dans le royaume de Dieu , où le Chrétien régnera avec Jésus-Christ, notre divin Maître nous enseigne qu'il y a plusieurs demeures (Joan. xiv, 2), c'est'- à-dire, différentes en nombre et en dignité, selon le mérite de ceux qui les doivent occuper. Et son Apôtre nous apprend, que comme la clarté du soleil est autre que celle de la lune, et autre que celle des étoiles, qui ne sont pas égales en lumière, il en sera de même des morts. (1 Cor. xv, 41, 42.) Ainsi il y aura des bienheureux qui surpasseront ^autant dans la gloire les autres, que le soleil surpasse en clarté la lune et les étoiles.

Il est vrai que tous sans aucune exception, posséderont une joie parfaite, une pleine joie, en sorte qu'ils seront entièrement contents ; mais la plénitude de leur joie ne sera pas égale : un petit vaisseau qui ne peut contenir que dix pots de vin, quand il en est rempli, est aussi bien plein que celui qui en contient cinq cents, et cependant leur plénitude est bien différente. L'erreur de Calvin sur ce sujet répugne même au bon sens, quand il soutient que la gloire de tous les bienheureux sera égale; car y a-t-il la moindre apparence qu'un enfant qui meurt aussitôt après qu'il a reçu le saint baptême, ou qu'un pécheur qui aura vécu dans le crime, et qui sortira de cette vie ayant une véritable contrition de ses péchés, et par suite qui sera sauvé, jouissent dans le ciel d'une gloire égalera celle de la Mère de Dieu et des saints* apôtres? La gloire des saints sera bien différente, et plus qu'on ne le peut dire.

Les paroles de l'Apôtre que nous avons rapportées le font connaître évidemment, et c'est ce que notre bon Sauveur a voulu manifester quelquefois à des âmes privilégiées. Sainte Thérèse parlant de cette différence, après en avoir eu une lumière du ciel, en dit des choses qui marquent qu'elle est incomparable. Et le vénérable Alphonse Rodriguez de la Compagnie de Jésus ( plusieurs dans cette Compagnie ont porté ce nom, et nous parlons de celui qui a été un simple frère poriier) paraissant après sa précieuse mort, révéla qu'il surpassait autant dans la gloire l'un des plus grands rois d'Espagne, que ce monarque avait été élevé dans ce monde au-dessus de lui, .qui n'y était qu'un simple frère.

Chacun sera honoré en l'autre monde selon ses qualités chrétiennes, et non pas les séculières. La gloire sera donnée à proportion du divin amour; celui qui aura plus aimé Dieu y sera plus élevé. O combien un grand saint Isidore, qui n'était qu'un pauvre laboureur; un saint Servule pauvre et paralytique ; un saint François d'Assise qui a été si humilié en ce monde, surpasseront-ils

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au

en gloire plusieurs monarques qui seront sauvés.

Après cela une chose qui est incompréhensible, est le peu d'attention que l'on donne au divin amour. O si les hommes en savaient le prix et la valeur, s'ils faisaient bien réflexion que le moindre degré de grâce et de gloire vaut mieux que toutes les richesses de la terre ensemble, que tous les plaisirs ensemble de la vie, que tous les honneurs, que toutes les couronnes, que tous les royaumes de ce monde, et qu'il n'y a point de moments dans la vie, dans lesquels nous ne puissions avec le secours divin, mériter de nouveaux degrés de grâce et ensuite de gloire ! Si les hommes considéraient que tout le monde peut faire une si grande fortune, peut s'élever si glorieusement, peut acquérir des plaisirs si divins; qu'il n'y a point d'âge, de condition ni d'état, dans lesquels on ne puisse se procurer ces biens infinis, puisqu'on peut et que l'on doit aimer Dieu dès le premier moment de l'usage de raison, et dans toutes sortes d'emplois et d'états 1 Ainsi Dieu a disposé dans l'ordre de son aimable providence, qu'il y eût des saints dans toutes les conditions, des rois, des princes, des pauvres ; avec cette différence que les personnes les plus pauvres, les plus abjectes, les plus viles, ayant plus de rapport aux états d'un Homme-Dieu, ont plus de disposition à ses grâces, et à la participation de sa gloire.

Etonnons-nous après cela, et ne cessons de nous étonner de ce que l'on se met si peu en peine de ménager ou de faire un usage chrétien de tant de moments de la vie qui nous sont donnés. On ne voit de tous côtés, que des gens qui travaillent à s'enrichir, à avoir de faux plaisirs, et de vains honneurs; et dans tout ce que l'on fait, on se donne incomparablement plus de peine qu'il ne faudrait. Pour acquérir des biens infinis, il ne faut qu'aimer Dieu : y a-t-il rien de plus aisé? y a-t-il homme sur la terre qui ne le puisse faire? Il ne faut point passer les mers, aller au bout du monde comme les négociants, on n'a qu'à demeurer dans le lieu où l'on est ; il ne faut point travailler avec beaucoup defatigues; il ne faut point être grand seigneur; il ne faut point avoir de l'argent ; il ne faut point être savant, il ne faut qu'aimer, et les plus pauvres et les plus simples, nous venons de le dire, le peuvent; il n'est point nécessaire d'attendre beaucoup de temps, à tous les moments on le peut. Nous nous réservons à parler, avec, le secours divin, dans la suite de ce traité, de l'aveuglement incroyable des Chrétiens qui perdent le temps qui est précieux dans des occultations si inutiles, et si indignes de leur vocation, puisqu'il n'y en a pas un seul instant dans lequel, lorsqu'il n'est pas employé pour la gloire de Dieu, on ne perde plus que si tous les rois de la terre perdaient leurs couronnes et leurs royaumes. Riches du siècle ambitieux, jusqu'à quand ne penserez-vous pas aux pertes que \G%>J faiies des véritables biens, des véritables

honneurs, et aux pertes immenses que vous faites 1 Ah 1 combien en avez-vous faites? Faites ici réflexion sur toutes les années, Jes mois, les jours, les heures et les moments de votre vie. Pauvres, à quoi pensez-vous, quand vous ne faites pas un saint usage de tant de précieux moments? Aimez-y Dieu, et vous vous procurerez des grandeurs et des biens qui n'ont rien de semblable parmi les grands de la terre.

Ah 1 qu'il fait bon aimer Dieu , puisque la condition d'une âme qui l'aime est meilleure que celle de tous les rois du monde , et qu'il vaut mieux être le dernier de ceux qui sont à son service, que d'être le monarque de la terre. Ces sentiments sont les pensées de l'un de ses grands serviteurs , qui dit encore : Un seul acte d'un amonr parfait, vaut mieux que tous les emplois des hommes , depuis la création de l'univers , et que tous ceux qui seront jusqu'à la consommation des siècles, et que toutes les affaires qui y font plus de bruit n'en approchent pas. Celui-là est bien savant qui sait bien ménager les moments de la vie pour aimer Dieu; c'est être bien sage, c'est avoir un grand esprit, puisque l'on se procure, comme il a été dit, des biens infinis; la possession d'un Dieu qui nous rend participants de son propre bonheur. Voilà une grande affaire ; ne la pas savoir, c'est ignorer tout, quand on saurait tout le reste. En! que servent aux démons toutes leurs grandes connaissances? Que l'on fasse tout ce que l'on voudra, si l'on n'aime Dieu, on ne fait rien , et on se rend misérables pour jamais. Que sert aux Alexandre et aux César d'avoir conquis une partie du monde? Perdre tout le reste, et faire cette affaire, aimer Dieu, c'est tout gagner. Y a-t-il donc une affaire plus importante ? et c'est être dans la dernière des folies , de s'imaginer qu'il y ait quelque chose de plus grande conséquence. Ce doit être notre affaire dans toutes nos affaires. O l'heureux négoce que de négocier l'affaire de la bienheureuse éternité 1 ô la noble et grande application , que de s'appliquer à aimer Dieu 1 que de traiter avec sa majesté infinie, d'une affaire d'une conséquence infinie !

Mais comme, seion qu'il a été remarqué, la félicité des bienheureux qui habitent dans la maison du Seigneur est bien différente; comment, pour parler avec le Psalmiste (Psal. lxxxiii, 6), ne pas disposer dans son cœur les moyens d'avancer dans les voies du divin amour, la gloire étant donnée à proportion que l'on aura aimé , et aller de vertu en vertu pour voir le Dieu des dieux en Sion? L'on voit généralement que les hommes à qui Dieu seul ne suffit pas, sont toujours dans de nouveaux désirs, qu'ils aspirent à quelque chose de plus que ce qu'ils ont. Les pauvres désirent d'êtro riches, les riches travaillent à augmenter leurs biens temporels; les ambitieux à être toujours de plus en plus dans l'honneur; les princes voudraient être rois , les rois souhaitent d'étendre leur empire, et cepen-

dant la plupart des Chrétiens n'ont aucune ardeur pour être élevés dans le royaume du ccl; on entend dire : Je ne me soucie pas d'y être des derniers; pourvu que je sois sauvé, voilà ce que je désire. A la vérité, co sera toujours une très-grande grâce d'y avoir même l'une des dernières places, puisque nous ne méritons par nos péchés que l'enfer; mais comment s'empresser avec tant de soins pour ce que le monde estime, et qui passe avec la vie , et être dans une si grande indifférence pour les véritables grandeur de la glorieuse éternité! 11 s'agit néanmoins de biens et d'honneurs éternels. Davantage, quand notre propre intérêt ne nous toucherait point à l'égard de l'éternité, intérêt que toutes les créatures recherchent avec tant d'ardeur en cette vie ; au moins nous devrions être touchés de celui de Dieu, puisque nous le glorifierons selon notre élévation dans la gloire. Ainsi l'admirable Mère de Dieu, le connaissant et l'aimant davantage que les anges et les saints, lui rendra une plus grande gloire , et il en ira de même de tous les autres bienheureux. Mais que n'ont pas fait les saints qui étaient divinement éclairés, non-seulement pour le glorifier , mais pour sa plus grande gloire? C'était le caractère principal de la grâce de saint Ignace , le fondateur de la Compagnie de Jésus; c'était ce qu'il avait le plus dans la bouche et dans le .cœur : A la plus grande gloire de Dieu; et l'un de ses enfants , saint François de Borgia , et la séraphique sainte Thérèse , protestaient qu'ils auraient voulu souffrir les peines du purgatoire jusqu'au jour du jugement, pour un seul degré de sa gloire.

Qu'il est vrai que l'homme animal ne comprend point les choses de Dieu ! les hommes comprennent peu ce divin] zèle.

Ah 1 il ne s'agit pas d'un seul degré de gloire de Dieu , mais d'une inlinité de degrés, pour ainsi dire. Nous pouvons avec le secours de la grâce en mériter de nouveaux dans tous les moments de la vie, et les multiplier toujours de plus en plus , c'est ce que nous négligeons malheureusement.

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