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CHAPITRE IX

Le Chrétien est membre de l'adorable Jésus.-

Nous avons dit que le service de Dieu est préférable aux couronnes et aux sceptres ; mais si la qualité de serviteur de Dieu est plus glorieuse que celle des rois et des monarques, que doit-on dire de la qualité de son enfant? que doit-on penser de l'honneur que nous avons d'être ses héritiers, de la grâce qu'il nous fait de nous préparer son royaume, de vouloir nous faire asseoir dans son trône? O vérités ! ô vérités admirables, qui êtes plus certaines qne le jour que nous voyons, mais qui êtes si peu connues! El si le trône de Dieu ne peut être que lui-même, le Chrétien sera donc assis en Dieu, et s'y reposera.

Mais les excès de l'amour d'un Dieu ne s'arrêtent pas là, son amour infini le pousse encore, dans le dessein qu'il a de nous as- OKlvres compl. de Boldon. 1.

socier à sa gloire, de nous unir à soi-même, en nous faisant ses membres. O faveur qui excède toute faveur 1 Ici l'Apôtre nous crie : Nous sommes hs membres du corps de Jésus* Christ, nous sommes de sa chair et de ses os (Ephes. v, 30); parce que, disent tous les interprètes, c'est dans la chair qu'il est notre chef. Se peut-il rien dire de plus fort? Ainsi, selon la doctrine du même apôtre, celui qui s'unit au Seigneur devient un même esprit avec lui. (H Cor. vi, 17.) 11 nous crie encore : Vous êtes le corps de Jésus- Christ, et les membres les uns des autres (I Cor. xn, 27) , et non-seulement selon l'âme, mais de plus selon le corps. Ce qui lui fait encore dire : Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres de Jésus-Christ ? (/ Cor. vi. 15.) Ce n'est pas assez au Fils de Dieu de s'être fait homme, d'avoir pris un corps naturel dans les entrailles de la trèspure Vierge, il a voulu encore se faire un corps mystique composé de tous les Chrétiens : c'est pourquoi son Apôtre nous en-

seigne que le Père éternel ayant soumis toutes choses sous ses pieds , l'a établi chef de toute l'Eglise, qui est son corps.

Or la liaison est si forte entre les membres et la tête de notre corps naturel, que tout est commun entre eux, même vie, mêmes richesses, même dignité. 11 en va de même à l'égard du corps mystique de Jésus-Christ; c'est Jésus-Christ qui vit eu nous, qui y agit, qui y opère tout ce que nous faisons de bien ; si nous étions de véritables Chrétiens, on ne verrait que Jésus- Christ en nous. Nous tous qui avons reçu le baptême de Jésus-Christ, nous sommes revêtus de Jésus-Christ, dit l'Apôtre. (Gafat. m, 27.)

C'est ce que Dieu a voulu quelquefois faire connaître d'une manière miraculeuse, comme il est rapporté de sainte Catherine de Sienne , qui entretenant son confesseur de cette vérité , qui ne la comprenait pas assez, il fut tout étonné de ne plus voir dans l'extérieur de la sainte que Ja figure de Notre-Seigneur Jésus-Christ. La môme chose est arrivée à plusieurs religieuses Carmélites de la réforme de la séraphique sainte Thérèse , comme il est écrit dans l'histoire de la réforme. Le P. de Saint- Jure, religieux de la Compagnie de Jésus, personne d'une singulière vertu et d'une grande expérience dans les choses spirituelles, a écrit dans la Vie de feu M. do Renty, que sa figure extérieure disparaissait , on n'apercevait en lui que celle de Notre-Seigneur. C'est ce qui a encore paru dans le feu P. Jean-Joseph Surin, Jésuite, dont la mémoire est en vénération, et demi nous avons donné la Vie au public. Enfin le corps mystique de Jésus-Christ n'est pas une chimère , c'est l'une des grandes vérités de la religion chrétienne , et c'est pour ce corps mystique que le Fils de Dieu a sacrifié son corps naturel.

Or, comme le corps, qui n'est qu'un, a plusieurs membres , et que cette multitude de membres ne compose qu'un seul corps, il en est de même de Jésus-Christ [I Cor. x»,

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12); chacun de ses membres doit avoir, comme les membres du corps humain , ses fonctions différentes. Le corps n'est pus un seul membre, niais plusieurs : si le pied dit : Parce que je ne suis pas la main , je ne suis pas du corps, laissc-t-il d'être du corps? (/ Cor. xu, 15.) Or il y en a dans le corps mystique de notre Sauveur, qui sont comme Jes mains : ce sont ceux qui sont appliqués à l'action ; il y en a qui sont comme les épaules, qui portent les fardeaux chargés de croix ; d'autres comme la bouche , occupés à publier ses grandeurs, ou à chanter ses louanges; d'autres comme le cerveau qui demeure caché dans la tête, par leur vie retirée et solitaire ; enfin il y en a qui, comme le cœur, sont tout appliqués à l'amour divin. Mais comme Dieu a donné au corps plusieurs membres, et qu'il les a placés chacun comme il lui a plu, et que ce n'est pas aux parties du corps de se placer, mais à demeurer dans le lieu où elles ont été mises; de même ce n'est pas au Chrétien qui est membre du corps mystique de Noire-Seigneur Jésus-Christ, de choisir sa place dans ce corps , à s'introduire dans aucun état ; car comme ce serait un désordre extrême si , dans le corps humain, le pied voulait être où est l'œil, et l'œil où est Ja main , et la main où est la jambe; aussi est-ce un dérangement que l'on ne peut assez expliquer, qu'un Chrétien de soi-même veuille s'ingérer dans quelque condition que ce puisse être. Malheur donc a tant de Chrétiens quiseformenteux-mêmes leur état. Oh ! combien d'ecclésiastiques sont entrés dans le sacerdoce, dans les bénéfices, sans y être appelés de Dieu 1 oh! combien de personnes séeulièresdans les conditions qu'ils ont prises sans vocation 1 Combien de personnes s'engagent dans le mariage , dans les charges , les ollices , les magistratures et les autres emplois sans l'ordre de la divine Providence! Combien de pères et de mères et de parents y résistent , soit en empêchant leurs enfants ou leurs proches de servir Dieu dans la proitsskwi religieuse, soit en les y engageant contre leur volonté! Après cela faut-il s'étonner des dérèglements qui se trouvent si souvent dans les états, soit ecclésiastiques ou séculiers? Que pourrait-on attendre u'uu œil qui serait où est le pied, et du pied qui serait où doit être l'œil? Comment l'œil verrait-il? comment le pied pourrait-il marcher? De là vient que tant d'ecclésiastiques et tant de séculiers sont inutiles et incorrigibles; ce sont des membres hors ue leur place dans le corps mystique ue Jésus-Christ, qui se sont mis eux-mêmes dans le lieu qu'jls y occupent, et que Dieu n'y a pas placés.

Mais que tous les ecclésiastiques particulièrement se rendent attentifs à ces paroles terribles de l'Apôtre, qui doivent se faire entendre comme un tonnerre, et comme la foudre, abaisser tous ceux qui s'élèvent o'eux - mêmes : Que personne ne s'attri- Uue tel honneur (il parle du pontificat), mais il y faut être appelé de Dieu, comme

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Aaron.[Hebr.\, 4.) Aussi on lit dans V Exode. (xxvin, 1), qu'Aaron et son fils aîné, et celui de ses descendants furent choisis de Dieu. Ainsi Je'sus-Christ ne s'est point glorifié luimême pour être pontife; mais il a été glorifié par celui qui lui a dit (Psal. n, 7) : « Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd'hui. » (Hebr.\,6.) O l'aveuglement des hommes, qui passe toute pensée! Le Fils de Dieu manquaitil de qualités requises pourêtre pontife? Manquait-il de saintes intentions? et néanmoins il ne s'y est point introduit lui-même. Quoi' qu'il fût le Fils deDieu, ajoute le rrtême apôtre, il a néanmoins appris l'obéissance, et Dieu l'a appelé pontife selon l'ordre de Melchisédech -.(Jbid., 8, 10), car enfin ce n'est point aux membres à choisir le lieu où ils doivent être, mais c'est à Dieu de les y placer.

Or nos corps qui sont les membres de Jésus-Christ sont aussi les temples du Saint- Esprit ; c'est ce que l'Apôtre nous veut enseigner fortement lorsqu'il nous dit: Ne savez-vous pas que vos membres sont les temples du Saint-Esprit, qui est en vous, lequel vous avez reçu de Dieu ? (7 Cor. vi, 19) ; et dans la même Epître aux Corinthiens, il dit encore : Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Di-eu, et que le Saint-Esprit demeure en vous? (7 Cor. m, 16.) Et dans la //' Epître aux mêmes Corinthiens, il confirme cette vérité par le témoignage de Dieu même, par ces paroles ; Vous êtes le temple du Dieu vivant. ainsi qu'il le dit lui-même. (Lcvit. xxvr, 1:2.) Je demeurerai en eux, je serai Dieu et ils seront mon peuple. (77 Cor. vr, 16.)

Mais le Fils de Dieu ne nous assure-t-il pas que son Père et lui viendront en ceiui qui l'aime, et qu'ils feront leur demeure en lui; et que le Saint-Esprit consolateur sera envoyé de son Père ? (Joan. xiv, 25, 28.) Grandes vérités dont l'on est peu touché, et dont l'on a peu de foi. L'on célèbre, dit un pieux auteur, les fêtes de Noël et de la Pentecôte à raison des missions visibles du Fils et du Saint-Esprit dans le monde; pourquoi n'en être pas dans la joie, la reconnaissance, quand elles sont envoyées dans nos âmes ? Or, ces missions consistent, selon saint Thomas, en ce que le Fils et le Saint-Esprit produisent de nouveaux effets de grâce. Les personnes divines sont-elles moins dignes de respect, quand elles entrent dans l'intérieur de nos âmes que lorsqu'elles paraissent extérieurement ? Mais les hommes sensuels agissent comme si c'était une pure imagination, et comme si Dieu, qui est tout spirituel et invisible, n'était rien. Si nous savions ce que vaut l'une des visites des personnes divines parla moindre de leur lumière, ou une seule aflection pieuse de la volonté, nous en ferions plus d'état que si tous les iois de la terre nous avaient rendu quelque visite. Quel bonheur si on savait connaître cette grâce, et s'y appliquer ! Une âme éclairée préférerait un jour ue retraite pour pouvoir s'y appliquer, au gouvernement d'un empire pour toute sa vie ; vivre d'une telle

vie vaut mieux que si l'on vivait de la vie d'un million d'hommes, de ceux que l'on appelle les plus heureux de la terre. C'est pour une application si sainte que les divins solitaires fuyant la conversation du monde se sont retirés dans les déserts : mais que nous serviraient les missions visibles si nous n'en faisions un bon usage par les lumières et les affections que les invisibles produisent ? Après cela étonnons-nous de ce que le Saint- Esprit fiieu veut bien demeurer en nous, nous qui avons été la retraite du serpent infernal, la demeure des démons.

Cependant tremblons à ces paroles de l'Apôtre: Si quelqu'un détruit le temple de Lieu, Dieu le détruira ; carson temple, lequel vous êtes, est saint [1 Cor. m, 17) : rien donc de souillé ni de profane n'y doit entrer ; nous devons même glorifier et porter Dieu dans notre corps, c'est-à-dire le Saint- Esprit , dont les corps sont les temples, et nous conduire partout comme portant celte drvine majesté. C 'est pourquoi, mes trèschers frères, c'est encore l'Apôtre qui parle, puisque Dieu nous a fait, ces promesses (il entend la grâce de demeurer en nous), purifions nos corps et nos esprits de toute souillure, rendant par la crainte de Dieu notre sainteté parfaite. (Il Cor. vu, 1.) C'est la conclusion qu'il infère de ce que nous sommes les temples de Dieu, et il nous propose pour motif sa divine crainte, à raison qu'il menace de perdre celui qui profanera son temple. Les pécheurs doivent être saisis ici d'une étrange frayeur, qui le profanent si souvent et si honteusement par leurs péchés. Que peuvent-ils attendre puisque Dieu les doit perdre? Comment après des menaces si terribles peuvent-ils vivre en repos? Qu'ils considèrent eux-mêmes ce qu'ils penseraient si des Chrétiens prenaient les ciboires et les calices saints pour s'en servir à des usages profanes ; n'en auraient-ils pas horreur ? Après tout, la profanation qu'ils en feraient en s'en servant, par exemple pour boire, cette action en elle-même ne serait pas honteuse, comme l'abandonnement au péché, qui ne compatit pas avec la sainteté de nos corps et de nos esprits qui sont les temples de Dieu, qui lui ont été consacrés si solennellement dès lors que nous avons recule saint baptême.

L'Apôtre écrivant aux Thessaloniciens (1 Thess. iv, 8) nous enseigne, que Dieu ne nous a pas appelés pour vivre dans l'impureté, mais dans la sainteté ; c'est pourquoi celui qui méprise ces choses ne méprise pas un homme, mais Dieu qui même a répandu son esprit en nous. Le disciple bien-aimé nous apprend (1 Joan. îv, 12, 13) que Dieu demeure en nous, mais que nous connaissons que nous demeurons en lui, et qu'il demeure en nous en ce qu'il nous a donné son esprit; et son Saint-Esprit nous fait connaître cette heureuse demeure, si nous suivons ses maximes en nous séparant des créatures, pour nous retirer en lui, qui nous sanctifie et qui nous anime. Or le Saint- Esprit ne compatit pas avec le péché, et sur-

tout avec l'impureté, qui lui est tout à fait contraire.

C'est pourquoi Dieu protestedansl'Ecrilure (Gen.\i, 3) que son esprit ne demeurera plus en l'homme, pareequ'il estcharnel. De là vient que l'Apôtre ne dit pas seulement aux fidèles de s'abstenir de la fornication, écrivant aux Corinthiens (I Cor. vi, 18), mais de la fuir, car il n'y a rien qui lui soit si contraire, ni si opposé à Notre-Seigneur Jésus- Christ, rien de plus funeste dans ses effets, qui absorbe tant l'esprit, qui le réduise à une si grande captivité, et néanmoins c'est le fléché le plus ordinaire flans lequel il est plus facile de se laisser aller, d'où il est plus difficile de se retirer, ce qui doit faire trembler.

Comme ce péché est tout dans les sens, et que Dieu est un pur esprit, il ne peut demeurer dans une personne impure, qui devient dans cet état déplorable la retraite épouvantable des démons. El de plus il est très-ignominieux à Notre-Seigneur Jésus- Christ, souillant le Chrétien qui est l'un de ses membres d'une manière très-honteuse : ce qui fait dire à l'Apôtre (/ Cor. vi, 15) : Quoi donc ! ferai-je des membres de Jésus- Christ les membres d'une femme prostituée? A Dieu ne plaise? Ce que considérant, saint Jean Chrysoslome dit qu'il n'y a rien de plus terrible que cette parole; et de vrai, quelle frayeur ne doit-elle pas causer dans le Chrétien? Faire des membres d'un Homme-Dieu, les membres d'une infâme? Oh! qu'il est vrai que le pécheur sait peu ce qu'il fait ! Si quelqu'un, dit saint Augustin, se déshonore lui-même, et qu'il se méprise en sa personne, au moins qu'il ne méprise pas Jésus-Christ ; épargnez Jésus-Christ en vous.

Ce (léché ensuite causeen l'âmedesténèbres effroyables, en sorte qu'en voyant ellenevoit point, en entendant, elle n'entend point; il la met dans un endurcissement qui fait horreur; car il cause en l'homme une insensibilité sans exemple; ni l'enfer, ni le paradis, ni Dieu ne le touchent plus : ce qui se voit très-clairement dans ceux qui s'y abandonnent, et très-particulièrement dans ceux qui parleur état et profession sont obligés de fréquenter les sacrements; car on les voit aller souillés de ce crime tous les jours aux sacrements, et a l'auteur des sacrements, sans presque aucun remords de conscience. Et ce qui serait capable de faire mourir de peur une personne ù laquelle il resterait encore quelque sentiment de piété, devient à ces misérables comme une chose de rien. 0 abomination de désolalion dans le lieu saint ! ô l'horreur des horreurs ! oser s'approcher d'un Dieu, d'une majesté infinie, et recevoir son corps adorable, et son sang précieux dans un état si honteux, et cela sans en être presque touché ! voilà l'endurcissement infernal où ce terrible péché réduit.

Ajoutez à cela que la nature corrompue y donne une grande pente ; qu'il est facile de s'y laisser aller; qu'il est très-difficile, et plus difficile que l'on ne peut dire, de s'eu retirer; que nous en portons les occasions

en nous-mêmes, sans parler ,dcs qui se rencontrent au dehors.

Les remèdes sont de se défier beaucoup de soi-même, de ne pas se confier aux victoires que l'on aurait pu en remporter par le jwissé; de se tenir beaucoup sur ses gardes ; de combattre ce péché en fuyant, d'éviter les moindres occasions qui y portent, de ne ^e pas laisser surprendre aux ruses du démon, qui engage en des amitiés qui paraissent innocentes entre les personnes rie différent sexe, et qui, durant un long temps, n'ont rien de criminel, et qui tout à coup, et lorsqu'on y pense le moins, nous ravissent la grâce de Dieu. Eviter pour cela les familiarités, comme caresses et autres libertés, quoiqu'il semble qu'il n'y ait pas grand mal.

Résister promptement aux mauvaises pensées, car quand le maudit serpent infernal passe sa tête en quelque endroit, il lui est facile de passer tout son corps. Considérez ce que vous feriez, si un charbon rouge tombait sur votre habit ; tarderiez-vous à vous en défaire au plus tôt?Pour l'amour de Dieu, pour l'amour de votre salut, faites-le, même à l'égard de ces pensées impures, qui sont autant de charbons d'enfer. Ayez recours à la mortification, à l'oraison, à la dévotion à la très-sainte Vierge, et particulièrement à son Immaculée Conception, à sa perpétuelle virginité, et à sa divine maternité, aux bons anges qui prennent soin de nous avec des bontés qui ne se peuvent exprimer. Surtout, il faut se souvenir qu'une grande et véritable humilité en est le souverain remède. Ce péché ordinairement sert de punition aux personnes suffisantes, qui ont bonne opinion d'elles-mêmes, qui recherchent l'applaudissement du monde, qui sont superbes et orgueilleuses. Faites réllexion souvent sur l'honneur que nous avons d'être \es membres de Jésus-Christ ; ce qui nous oblige même d'avoir un grand respect pour nos corps, et considérer que celui que l'on rend aux reliques des saints, est parce qu'ils ont été les véritables membres du Sauveur, et les temples du Saint- Esprit. Hélas 1 c'est ce que nous sommes, et l'on n'y pense pas.

Mais qui pense qu'en qualité de membres de cet adorable Sauveur, nous sommes laissés à l'amour, à la conduite, aux soins du Père éternel ? Nous avons déjà parlé de la confiance que le Chrétien doit avoir en la divine Providence; mais certainement étant une même chose avec Jésus-Christ, puisque nous sommes ses membres, elle nous doit mettre dans une paix que rien ne puisse troubler, et bannir de nous toutes sortes d'inquiétudes. L'adorable Jésus demande à son Père qu'il nous aime du même amour dont il l'a aimé, étant lui-même en nous, ^ Joan. xvii, 27.) Nous voilà donc laissés à l'amouf divin, à la conduite, aux soins du Père éternel, qui prend soin de nous connue membres de son Fils, puisque nous ne faisons qu'une même chose avec lui. N'est-ce pas sur ce principe que notre Maître nous

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occasions

dit, qu'il suffit que notre Père céleste sache nos besoins ? Car comment pourrait-il ne pas prendre soin de ce qui fait une partie de son Fils, comme nous l'avons dit ? Mais quels soins a ce Dieu de toute bonté, le Père des miséricordes n'en aura-t-il pas ? Certainement c'est avec toute sorte de justice que notre Maître nous dit (Matth. xvi, 31,32) : Ne vous mettez pas en peine, disant, que mangerons-nous? Ou que boirons-nous ? ou de quoi serons-nous vêtus ? Ce»sont les gentils qui s'inquiètent de toutes ces choses, car notre Père céleste sait ce qui nous est nécessaire. Nous avons considéré ces paroles dans des chapitres précédents ; mais qu'elles sont fortes, qu'elles sont puissantes pGur nous donner une entière et parfaite confiance en la divine Providence, dans la vue que le Père céleste prend soin de nous, comme étant une partie de son Fils bienaimé, qu'il nous aime comme ses membres, que cet amour nous conduit loin! Mais ii ne nous faut pas oublier que nous. devons de notre part, avec son divin secours, chercher premièrement le royaume de Dieu et sa justice. Malheur à nous qui ne nous y appliquons pas.

De plus, étant les membres de Jésus- Christ, il nous aime de l'amour dont il s'aime soi-même, comme la tête les membres, et lui étant unis par cette liaison admirable, le Saint-Esprit est notre divine conduite. Que reste-t-il après cela au Chrétien à désirer? Quel besoin véritable pourra-t-iî avoir, ayant Dieu qui est plus que toutes choses? Que peut-H craindre? de quoi peut-il s'inquiéter? aura-t-il peur que la terre ou le ciel lui manquent, ayant à soi le Dieu du ciel et de la terre? Après cela, pensons avec de sérieuses réllexions, que pour ne nous pas rendre indignes des soins du Père éternel et de son Fils bien-aimé, il faut vivre et mourir dans une soumission entière à leurs ordres, et pour l'extérieur et pour l'intérieur. Il faut que le membre suive le chef en toutes choses, et ne s'en sépare jamais ; que nous ne voulions que ce qu'il veut, et que nous ne voulions rien de ce qu'il ne veut pas; (pue nous lui adhérions en toutes choses, renonçant à nos propres mouvements, à nos propres inclinations, à nos propres lumières, à tous nos intérêts particuliers.

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