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CHAPITRE X

Le Chrétien est allié avee les trois personnes divines, et fait participant de la nature divine.

Nous pouvons dire ici avec le Prince des apôtres ( Il Petr. i, 1G), que ce n'est pas en suivant des fables composées avec l'adresse humaine, que nous faisons connaître la puissance et l'avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans la gloire admirable à laquelle il élève ses membres. Nous avons sa divine parole qui nous aifermit dans la croyance que nuus en devons avoir. Les Chrétiens, en qualité do ses membres, se trouvent alliés avec les trois personnes di-

LIY. I".

vines. Dieu nous a appelés^ dit saint P.ml ( / Cor. i, 9), à h société de son Fils Jésus- Christ; et le disciple bien-aimé nous enseigne (/ Joa». fi 3), que notre société est avec le Père éternel et avec, son Fils Jésus- Christ. L'Apôtre ( Rom. vm, 11) déclare encore que le Saint-Esprit demeure en nous ; mais Noire-Seigneur Jésus-Christ nous apprend que quiconque iéra la volonté de son Père, qui est dans les cieux, celui-là est son frère,, sa sœur et sa mère. (Mailh. xii, 50.)

Voilà une alliance infiniment glorieuse (7/ Per. v, 4 ) du Chrétien, et dans cette alliance il est participant de la nature divine, ainsi que remarque un savant interprète, le P. Amelotte; nous entrons en communion avec la nature divine, parce que Dieu nous a adoptés, non par son seul amour comme les hommes adoptent ceux qu'ils aiment; mais en nous alliant avec lui par les unions très-nobles qu'il contracte avec nous en nous animant de l'esprit du Père et du Fils, comme de la propre âme du nouvel homme, par toute la nature divine, agissant et habitant en nous, et enfin par la vision béatihque. Ensuite L'interprète cite saint Basile et saint Denis, qui appellent notre alliance une déification, c'est-à-dire un état qui nous rend comme des dieux ; c'est pourquoi le Saint-Esprit, nous parlant par le Psalmiste, s'exprime de cette manière : J'ui (lit : lous êtes des dieux. [Psal. lxxxi, G )

Or toutes ces grandeurs qui sont si admirables, sont destinées à tous les Chrétiens sans aucune réserve, et aux personnes les plus abjectes selon le monde, les plus allligées, les plus méprisées, les plus rebutées, si elles sont et persévèrent d'être effectivement et véritablement chrétiennes : il n'y en a pas une de celles qui mendient leur vie par les portes, qui n'ait pour père Dieu le père Tout-Puissant; pour frère, le Fils du Père éternel; pour père, le souverain monarque de tous les êtres. Le Fils nous appelle ses frères, tous les saints qui régnent avec lui sont autant de rois, ils sont tous nos frères; tous Jes anges bienheureux, ces princes si sublimes du paradis, nos alliés et amis. Peut-on être mieux allié, et avoir une plus noble parenté?

Cependant, pour participer à ces grandes et précieuses faveurs, le Prince des apôtres ( /) Petr. i ) nous avertit de fuir la corruption qui est dans le monde. On ne peut être participant de la nature et de la vie divine, sans renoncer à la vie qui est selon la chair : La pureté nous met près de Dieu. { Sap. vi, 20.). Dieu est esprit, et il est parfaitement pur et saint, et il faut indispensablement se séparer de tout ce qui est souillé pour lui être uni. O ténèbres de la plupart des Chrétiens qui connaissent si peu les faveurs et les grandeurs de leur état, et qui ont si peu d'application à éloigner ce qui les en rend indignes ! ils les ignorent, parce qu'ils les méditent peu, et quand ils y font réflexion, ils en sont peu pénétrés, parce que leur esprit est peu susceptible dé la divine lumière a raison de leurs impuretés; et lorsqu'ils en

sont éclairés, leurs cœurs en sont peu touchés, parce que leur attachement les en rend incapables ; et quand même ils en sont touchés, il y a peu de pratique, parce qu'il y a peu de fidélité aux mouvements delà grâce, et qu'à peine s'éiève-t-on par amour vers le ciel et le Dieu du ciel, qu'aussitôt presque l'on retombe malheureusement en terre par l'amour de soi-même, du monde et des choses du monde.

Mais que pensons-nous faire? On unirait plutôt le jour avec la nuit, qu'une âme à Dieu, qui est infiniment saint, quand elle est dans le péché; et néanmoins si elle en est séparée, la voilà dans le dernier des malheurs. Il faut ici avouer que l'aveuglement du pécheur ne se peut comprendre; et ce qui est digne de larmes de sang, est que c'est un aveuglement volontaire, c'est lui qui est la véritable cause de toutes ses misères, sa perte vient de lui-même, souvent même il ne veut pas entendre de peur de bien faire.

Pécher mortellement, c'est tomber dans la plus honteuse des confusions; puisque de grand roi que l'on était, d'enfant, de membre d'uu Dieu, d'allié avec les trois personnes divines de la suradorable Trinité, l'on devient l'esclave, l'enfant, te membre du diable par l'union que l'on a avec lui; c'est contracter une laideur qui n"a rien du pareil; c'est s'engager à des tourments qui passent toute pensée ; c'est tout perdre, corps, âme, grâces, mérites, la gloire, le paradis, un empire éternel et Dieu même.

C'est une trahison sans exemple, puisque nous trahissons celui à qui nous devons tout; c'est une perfidie inexplicable, puisque c'est fausser la fidélité que nous devons à notre Créateur; c'est une rébellion inouïe, puisque c'est prendre les armes contre le Dieu du ciel et de la terre;, c'est une ingratitude déplorable, puisqu'elle est commise à l'égard de celui à qui nous sommes redevables de tous les biens de la nature et de la grâce ; c'est une cruauté qui tient plus de l'enfer que de la terre, puisque c'est être cause de tant de peines et de supplices qu'a soufferts pour nous celui qui nous tient Heu de père, de mère, de frère, de roi, de Sauveur et qui est notre Dieu : c'est une rage exécrable, puisque c'est donner la préférence au diable au-dessus de Dieu; c'est fouler aux pieds le précieux sang de Jésus- Christ ; c'est un désespoir enragé, car c'est se prendre à celui sans lequel nous ne sommes et nous ne pouvons rien, de qui nous attendons tout ce que nous pouvons espérer; c'est une malice infinie, puisque c'est offenser une bonté qui n'a point de bornes ; c'est un parricide, puisqu'il a ôté la vie à celui qui veut bien être notre père; c'est un crime de lèse-majesté royale, car c'est donner la mort à son roi; c'est un crime inconcevable, car c'est un crime de lese-majesie divine; c'est un attentat incompréhens >ic. puisque c'est attenter à la personne ; un Dieu; c'est renoncer à l'amitié de la sainte- Vierge, de tous les bons anges, et en parti-

nous garde avec des et enfin de tous les

«ulier de celui qui bontés si étonnantes, saints.

Mais entre tous les péchés, il y en a de certains qui sont plus opposés à Dieu. Nous avons parié du péché d'impureté qui en éloigne l'âme d'une manière inconcevable, et qui étant tout dans les sens, aussi bien que le péché de gourmandise, transforme l'homme en bête, comme l'a bien remarqué l'Angélique docteur. Le péché d'orgueil qui est dans l'esprit et qui a précipité les démons dans les enfers, a une opposition spéciale à .Dieu, dont la divine parole nous apprend 'qu'il résiste aux superbes. Gomme ce péché 'est spirituel, les beaux esprits, les savants jiy tombent facilement, les personnes qui sont lidans l'applaudissement et l'estime pour leurs rares qualités ; insensiblement on se laisse aller à une secrète présomption et suffisance de soi-même ; l'on s'en fait accroire si l'on a beaucoup lu, beaucoup étudié, si l'on a le talent de bien parler, et particulièrement en public; si l'on a une bonne plume, si l'on sait beaucoup; on fait état de ses pensées, on s'arrête à sa propre lumière, à son propre jugement, on méprise facilement les sentiments des autres : l'on fait l'esprit fort, l'on décide toutes choses, l'on examine tout, l'on ne fait pas même quelquefois de difficulté de censurer la conduite et les jugements de ceux qui gouvernent l'Eglise : on traite de bagatelles les dévotions et exercices de piété que l'on n'entend pas; il semble qu'il n'y a rien que ce que l'on approuve que l'on estime.

Or, ce qui est bien déplorable, est qu'il y a de ces personnes, qui d'autre part ne se laissant pas aller aux vices grossiers, et menant une vie assez pénitente, ne s'aperçoivent pas de ce péché, qui étant spirituel n'est pas sensible. Ces gens ne le voient pas, et les autres ne l'aperçoivent pas en eux, ils vivent dans une paix trompeuse, leurcons^ cience ne leur reprochant pas les autres péchés, ils meurent dans cet état, laissant beaucoup d'estime à raison qu'ils ont fait plusieurs bonnes œuvres. Ce péché est un serpent horrible, qui demeure caché, et qui ainsi est presque incurable ; il a cela de propre, qu'il fait croire fortement à ceux qui en sont les plus infectés, qu'ils en sont les plus éloignés ; ce qui fait dire à l'apôtre des îndes, saint François Xavier, que ceux qui pensaient n'avoir point d'orgueil en avaient du plus fin. C'est une chose lamentable, et qui nous doit grandement humilier, de voir combien il est enraciné en nous; il règne et domine dans les personnes les plus abjectes, dans les pauvres gens de la campagne, dans les pauvres mendiants; et à peine trouve-t-on des personnes qui souffrent les humiliations sans s'en irriter, ce qui s'aperçoit facilement dans les personnes que l'on reprend de leurs fautes, qui entrent aussitôt eu colère, et ont de la peine à le supporter : l'excès en va jusqu'au tribunal' de la pénipitence, où l'on se trouve dans l'émotion aux corrections que l'on y reçoit.

C'est le péché le plus ordinaire, ei néanmoins le plus à craindre. On rapporte dans la vie d'une sainte personne, que Notre- Seigneur, lui découvrant les ravages des sept péchés capitaux, les lui représenta sous des formes sensibles, comme sept grands torrents qui faisaient un déluge dans le monde; mais entre tous ces torrents, il y en avait un, et c'était celui de l'orgueil, qui au milieu des six autres lui parut extraordinairement effroyable, entraînant dans la rapidité de ses eaux sales et noires, un trèsgrand nombre d'âmes, et en particulier quelques-unes de celles qui font profession de vertu, et qui se laissent aller à ce péché.

Nous nous réservons à parler dans la suite de ce traité, de quelques autres péchés que le Chrétien doit fuir particulièremeut. Cependant la sainteté de notre vocation, l'honneur que nous avons d'être les membres de Jésus-Christ, d'être alliés avec les trois personnes divines, d'être participants de la nature divine, nous oblige de remarquer que non-seulement nous devons avoir horreur du péché mortel, mais des offenses les pi us légères que l'on commet contre la souveraine majesté de Dieu. Il est vrai que le péché véniel ne nous prive pas de l'amitié de Dieu ; maisil est vrai aussi qu'il éloigne de l'âmedes plus saintes bénédictions de notre bon Sauveur ; il tarit les courants les plus doux de la grâce, il cause dans l'âme de grandes ténèbres, et il la met dans une tiédeur trèsdangereuse; la personne qui s'y abandonne, imperceptiblement quitte sa première ferveur, se relâche dans les exercices de piété, devient infidèle à la pratique de l'oraison mentale, se répand dans les choses extérieures; la solitude lui devient ennuyeuse; elle goûté la conversation des créatures, et elle les recherche ; son esprit qui auparavant n'estimait que Dieu seul, s'obscurcit peu à peu, et insensiblement se laisse aller à l'estime de l'honneur, des amitiés et des plaisirs; ensuite il les aime, il craint de ne les pas avoir, ou de les perdre, s'il les possède ; l'on s'attache à la créature par des vaines amitiés, quoique couvertes de prime abord de prétexte de piété, ou de zèle de leur salut; et ce qui est terrible, on a vu des gens qui, négligeant les petites choses et se mettant peu en peine du péché véniel, sont tombées enfin dans le péché mortel. Il y en a eu, qui, selon la remarque du pieux Grenade, sont même tombés dans l'hérésie. Il s'est rencontré des ecclésiastiques et des religieux qui ont apostasie, dont le crime n'a point eu d'autres commencements, qu'une grande négligence à se mortifier, et à se séparer des créatures.

Ces vérités sont bien capables de donner de ï horreur du péché véniel ; mais c'est assez qu'il déplaise à Dieu et qu'il l'offense : se peut-il faire que nous voulions le traiter d'une manière qui nous serait insupportable? Si une personne qui a quelque amitié pour nous en usait de laJ sorte, croirionsnous que cette personne serait fort notre ami, qui en cent et cent occasions ferait des

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choses qui nous déplaisent, qui nous ferait mille petits affronts, quoiqu eu choses légères? Ah! nous ne le pourrions supporter, et il faut qu'un Dieu le souffre.

Prenons donc garde à ne jamais penser ni dire que ce n'est pas grand'chose de commettre des péchés véniels, prenons une forte résolution de n'en commettre jamais aucun de propos délibéré, et avec une entière réflexion : un Chrétien vraiment généreux aimerait mieux mourir. Un seul péché véniel commis de propos délibéré est un grand obstacle au saint amour. Hé! quel moyen de faire une chose qui est désagréable à Dieu, si elle est bien connue et que l'on y fasse rétlexion?

Nous l'avons dit, et le Prince des apôtres nous l'a enseigné, que la grâce du christianisme nous rend participants de la nature divine : mais si nous fuyons la corruption qui est dans le monde, si nous en sommes saintement séparés, c'est pour lors que le Saint-Esprit nous annonce par le prophète Isaïe (Isa. m, 10), que tout va bien pour nous ; c'est pour lors que, comme un pieux auteur a écrit, le repos et la paix sont noire partage en cette vie. La paix vient de la vertu, dont elle est la compagne inséparable, comme les remords et les gènes font toujouis compagnie aux vices. // n'y a point de paix pour les impies, dit le Seigneur (Isa. xLviii, 22), c'est ce qu'il nous déclare par le même prophète que nous venons de citer, et il est impossible que le cœur de l'homme ne soit toujours dans l'agitation quand il est hors de son centre, qui est Dieu seul; quand il posséderait tous les honneurs, les plaisirs et les richesses de la terre, il ne serait jamais dans le repos.

Mais a-t-on jamais vu depuis la eiéation du monde, dans la succession de tous les siècles, et jusqu'à nous un cœur parfaitement content, qui ail cherché sa sa.tisfaction dans les créatures, et hors de Dieu? Le monde a-t-il jamais pu faire un bienheureux? La paix et la joie véritable ne se trouvent qu'en Dieu seul; quoi que Ton puisse faire et que l'on puisse avoir, l'âme n'ayant point d'autre centre que Dieu seul, ce n'est qu'en lui seul qu'elle trouve son repos; ainsi il nous crie parte prophète J>aïe : Oh! si vous vous fussiez appliqués à mes préceptes, votre paix serait comme un fleuve, et voire justice comme les flots de 1 1 mer! (Isa. xlviii, 18.) Et par son Apôtre: Réjouissez-vous sans cesse en- Notre-Seiyneur ; je vous dis encore : Réjouissez-vous. {Phil. iv, k.) 1 11 nous apprend donc que la joie du Chrétien est unejoie perpétuelle, et il nous répète, ce qui est remarquable, plusieurs fois celte vérité, afin que nous n'en doutions pas. La paix et la justice qui nous font rendre à Dieu ce que nous lui devons en sa divine vertu, selon saint Paul, sont inséparables, c'est pourquoi, il souhaite la grâce et la paix aux fidèles en tant de lieux de ses Epitres : dans l'Epitre aux Romains (i, 7), dans les Epitres aux Corinthiens [ICor.i, 3; // Cor, i,2), aux Galales ( i, 3),

aux Ephésiens (i, 2), aux Philippiens (i, 2), aux Colossiens (i, 3.),. aux Thessaloni-

ciens

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