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CHAPITRE I

Dieu inconnu dans la création.

Au commencement le lerbe était , et le Terbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement en Dieu. Toutes choses ont été faites par lui, et rien de ce qui a été fait ria été fait sans lui. (I Joan. i, 1-3.) Reconnaissez, dit le Prophète, que le Seigneur est Dieu; c'est lui qui nous a faits, et nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes. (Psal. xcix , 3.) C'est Dieu qui a créé toutes choses par la puissance de sa parole et par la souveraineté de son seul commandement. Il a établi ses ouvrages pour durer dans la suite de tous les siècles (et il leur a prescrit leur ordre et leurs fonctions par une loi toujours ferme et inviolable. Sa magnificence est audessus des cieux, et son nom admirable en toute la terre. Sa gloire reluit dans toute la terre et dans le ciel; et il n'y a que sa majesté seule qui soit grande et sublime. Sa grandeur, qui n'a point de bornes, demande des louanges infinies.

Que les hommes- lui rendent grâces pour sa bonté, qu'ils racontent ses merveilles ; qu'ils lui olfrent des sacrifices de louanges, et qu'ils publient avec joie les œuvres de sa toute-puissance. C'est lui qui fait seul les grandes merveilles, qui a créé les cieux avec une admirable sagesse, qui a affermi la terre sur les eaux, qui a fait les grands llambeaux du monde, le soleil pour présider au jour, la lune et les étoiles pour présider à la nuit. Il a créé la lune pour marquer les

temps, le soleil a su quand il devait se coucher; il a répandu les ténèbres , et la nuit s'est formée. Il a fait la mer qui est si vaste et si grande, et qui est remplie de poissons innombrables.

Il fait éclater sa gloire dans tous ses ouvrages; et le Psalmisle les invite tous, avec les trois jeunes hommes dans la fournaise, à bénir celui qui les a créés, à célébrer ses louanges et sa gloire éternellement : le soleil, la lune, les étoiles, les créatures de la terre, les baleines et les dragons , les bêtes sauvages et les animaux doux et domestiques, les oiseaux, les montagnes, les collines, les gouffres, et les abîmes des eaux. (Psal. cxLvin.)

Mais comment ces créatures, quisontsans intelligence , pourront- elles glorifier le Créateur de toutes choses, si ce n'est parce qu'elles donnentlieu à celles qui sont intelligentes, les anges et les hommes, à l'admirer, et à le bénir en tout ce qu'il a fait ? Si iyneur, dit le Psalmiste, les cieux annoncent vos merveilles, et votre vérité dans rassemblée des saints. Car qui dans les nues égalera le Seigneur? (Psal. lxxxviii, 0,7.) Les cieux annoncent la vérité de l'être de Dieu; car quelle créature pourrons-nous imaginer qui aurait pu les produire? les cieux racontent sa gloire, et le firmament publie qu'il est l'ouvrage de ses mains: ce n'est point un langage ni des paroles dont on n'entende point la voix : car le bruit en a retenti par toute la terre, et les paroles jusqu'aux extrémités du monde. (Psal. ïtih, 5.) Ils font assez voir qu'ils

DIEU INCONNU. — PART. II, DIEU INCONNU EN CE QU'IL FAIT

ne se sont pas laits eux-mêmes, et en même temps ils font connaître qu'il y a un Dieu qui les a créés.

Le soleil qui part du plus haut des cicux, et qui retourne encore jusqu'au lieu qui en est le plus élevé, comme parle l'Ecriture, sans qu'il y ait personne qui se cache à sa chaleur, qui est si admirable dans la vitesse de sa course, si réglé dans ses mouvements, s] brillant dans ses clartés, ne montre-t-il pas dans un grand jour la magnificence et la grandeur de son Créateur, et ne publie-t-il pas avec la lune et les étoiles, qu'il est le Dieu de la lumière, et la lumière même ? Qu'il est doux, à la vue de ces astres pleins de clartés, et à la vue des cieux, de se souvenir de la Jérusalem céleste, du ciel de gloire dans lequel Dieu habite, qui renferme des beautés inénarrables, et qu'il destine à tous ceux qui l'aiment en vérité. Quelle consolation et quelle joie d'apprendre de ses promesses, que nous irons dans la maison de ce Seigneur, laquelle sera notre demeure pour jamais.

La terre fondée sur sa propre stabilité, à qui l'abîme sert comme d'un manteau, ne marque-t-elle pas, par son immutabilité, qu'il est toujours de même, et le Dieu qui ne change point ?

Les montagnes qui s'élèvent, et les vallées qui s'abaissent, chacune dans le lieu où il les a placées; toute cette grande diversité, si agréable, qui se fait voir dans l'univers, qui est remplie de ses richesses, manifeste sa divine sagesse ; les feux de l'air, la grêle, la neige, les vents impétueux et les tourbillons qui exécutent ses ordres ; les flots auxquels il a marqué des bornes qu'ils ne passent point, et qui les empêchent d'inonder la terre, nous apprennent qu'il est le grand Maître qui fait tout ce qu'il veut, et que rien ne lui peut résister ; et en même temps nous doivent couvrir de confusion, nous qui n'obéissons pas à ses volontés, pendant que les créatures les plus insensibles lui sont parfaitement assujetties. Les vents et la mer obéissent à sa voix, et nos passions indomptées excitent sans cesse des rébellions contre ce qu'il nous commande.

Enfin, tous les ouvrages du Seigneur sont admirables : il a tout fait avec une sagesse infinie. Le grand saint Antoine, l'honneur des déserts, disait qu'ils étaient pour lui un livre, dans lequel les idiots et les ignorants peuvent apprendre les grandeurs et les excellences du Créateur. L'humble et glorieux saint François d'Assise était tout pénétré d'amour à la vue de toutes les créatures ; il parlait, dans les transports sacrés que cet amour divin lui causait, à celles mêmes qui étaient dépourvues de raison, comme si elles eussent eu quelque intelligence, les invitant à bénir leur Créateur. Il invitait dans les campagnes les oiseaux et les autres animaux; il invitait sur le bord des eaux les poissons à bénir le Seigneur qui les avait faits. C'est ainsi que ceux qui aiment Dieu, en découvrent, eu admirent, en magnifient les grandeurs et les bontés en tous. 11 n'y a

pas une chose, pour petite qu'el.e soit, dans laquelle on ne puisse remarquer sa bonté, sa puissance et sa sagesse.

O Seigneur, s'écrie le Prophète-Roi, vous m'avez rempli de joie à la vue de vos ouvrages, et je serai dans le ravissement en voyant les œuvres de vos mains. Que vos ouvrages sont grands, 6 Seigneur! que vos pensées sont profondes ! l'insensé ne les connaîtra j)oinl et le fou ne les pourra comprendre. (Psal. xci, 5-7.) Par la connaissance que les créatures de ce monde ont des choses qui ont été faites, nous enseigne l'Apôtre, ce qui est invisible en Dieu leur devient visible, même sa puissance éternelle et sa divinité ; de sorte que les hommes sont sans excuse, parce qu'ayant connu Dieu ils ne l'ont pas glorifié comme Dieu, et ne lui ont pas rendu grâces, mais se sont perdus dans la vanité de leurs raisonnements, et leur esprit insensé a été rempli de ténèbres : car, se disant sages, ils sont devenus fous (Rom. i, 20 et seq.) En effet, n'est-ce pas être fou que d'avoir l'esprit occupé et le cœur rempli de la terre et des choses de la terre, sans s'élever ni aimer le Créateur du ciel et de la terre ? C'est pourtant ce qui occupe la plupart des hommes, et parmi les hommes ceux qui se disent les plus sages et qui passent pour tels. Faites réflexion sur ce qui se passe dans les voyages, dans les promenades ; et nous en avons déjà parlé, à la vue de tout ce qui se présente aux yeux; et considérez combien il y a peu de personnes qui regardent Dieu dans ses ouvrages, et qui s'élèvent de la créature au Créateur. Il est dans le monde, et c'est lui qui a fait le monde, et le monde ne le connaît point ; c'est-à-dire les amateurs du siècle, qui sont les ténèbres mêmes. Comme leurs affections sont toutes terrestres, ils ne voient que la terre, ils ne pensent et ils ne parlent que de la terre ; ils ne recherchent, ils ne s'empressent que pour la terre; c'est là qu'ils tâchent en vain de trouver leurs plaisirs, ne considérant pas que la véritable joie ne se trouve qu'en Dieu seul: ainsi Dieu est inconnu dans la création, parce qu'on ne le voit pas dans ses ouvrages.

Mais il est inconnu encore dans la création, parce que les hommes savent peu les amours étonnants qu'il a pour eux dans la création de l'univers. O mon Dieu 1 qu'estce que l'homme pour être un objet de votre souvenir? Vous l'avez établi sur les ouvrages de vos mains ; vous avez mis deux choses sous ses pieds, les bêtes de la campagne, les oiseaux du ciel et les poissons de la mer. Le ciel et ce qu'il contient est au Seigneur : mais il a donné la terre et tout ce qu'elle renferme aux enfants des hommes ; c'est pour eux que le soleil, la lune et les étoiles brillent de tant de clarté; qu'il fait voler les nuées, qu'il tire les vents de ses trésors, qu'il fait couler les fleuves et les fontaines, qu'il produit les blés et les autres grains : c'est pour eux que les animaux de la terre travaillent et souffrent en tant de manières et qu'eux et les poissons des eaux

ŒUVRES COMPLETES DE BOUDON

perdent leur vie : lout leur est donné sans réserve, et à peine font-ils réflexion à celui d'où viennent tous ces bienfaits : mais qui pourra raconter toutes les faveurs dont il Jes honore ? Il leur donne non-seulement la terre, mais encore le ciel ; c'est pour les combler de ses biens qu'il fait des célestes esprits qui l'habitent, des ambassadeurs et des anges , et le grand Apôtre nous apprend qu'ils sont tous des esprits, qui le servent. 0 vérité tout à fait admirable, et capable de nous consumer d'amour !

Hé quoi, ô hommes 1 il n'y a donc pas un seul des princes du paradis que Dieu ne destine pour notre service ? après cela, comment ne pas vivre, comment ne pas mourir de son pur amour? Mais hélas 1 on ne réfléchit pas même sur une conduite si douce et si aimable de la divine Providence. Ces enfants du siècle reconnaissent leurs bienfaiteurs, il les remercient, ils en publient les faveurs : tout le monde a en horreur l'ingratitude, il n'y a que pour Dieu que l'on est insensible. Nous lisons dans l'Evangile que Notre-Seigneur ayant guéri dix lépreux, ii n'y en eut qu'un qui retourna glorifiant Dieu à haute voix; sur quoi Jésus dit : Les dix ri ont-ils pas été guéris? où sont donc les neuf? {Luc. xvn, 17.) O mon Dieu 1 élevez-nous au-dessus des cieuxl faites éclater votre gloire dans toute la terre, dans laquelle tous les hommes sans exception sont remplis de vos biens, et où il s'en trouve si peu qui vous en glorifient. O hommes sans jugement, revenez à vous; insensés, devenez enfin sages ;ouvrez les yeux à tant de faveurs dont le Seigneur vous comble: bénissez-le dans toute l'étendue de sa domination, méditez sa sagesse infinie dans ses admirables ouvrages ; que votre bouche les annonce dans la succession de tous les âges ; rendez-lui grâces à cause de sa bonté, célébrez ses louanges et sa gloire éternellement.

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