XII
c'est
anges gneur
(/■ Thess. m), à Timothée (1 Tim.
à Tite ( iv ) , à Pliilémon ( m ) ; la paix que toute la multitude des
a publiée à la venue de Notre-Sei- Jésus- Christ; c'est la paix que notre divin Maître ordonne à ses disciples, en saint Luc chap. x, de dire d'abord en quelque maison qu'ils arrivent, que c'est la paix qu'il leur laisse comme à ses héritiers, comme leur partage; en saint Jean, au chap. xiv, avant que de mourir, c'est la paix, après sa glorieuse résurrection qu'il leur donne par plusieurs fois, réitérant le don qu'il leur fait d'une faveur si précieuse.
C'était dans le temps de la glorieuse résurrection (Act. i), qu'il entretenait beaucoup ses disciples du royaume de Dieu; mais ce royaume, nous dit l'Apôtre ( Rom. xiv, 17), consiste dans la justice, dans la paix et dans la joie du Saint-Esprit. La justice qui nous fait obéir à Dieu, qui nous la fait adorer en esprit et en vérité, est comme la source de la joie du Saint-Esprit , de la paix qui passe tout entendement , comme nous l'enseigne le même Apôtre (Philip. i\y 7), paix intérieure , au moins dans la suprême partie de l'âme qui compatit avectoutes les douleurs extérieures et peines, même intérieures, les plus grandes qui puissent arriver dans la partie inférieure, comme il se voit en Notre-Seigneur Jésus- Christ (Matth. xxvi, 38), dont l'âme a été saisie d'une tristesse mortelle , quoiqu'elle jouit de la vision de Dieu.
C'est ce qui s'est vu d'une manière admirable dans tant de martyrs à l'égard dos peines intérieures, qui pendant qu'ils souffraient des tourments dont la seule idée fait trembler de frayeur, étaient parfaitement paisibles et plus contents mille fois que les mondains au milieu de tous les plaisirs de la vie. C'est ce qui a paru dans un grand nombre de saints au milieu de leurs peines intérieures, des désolations, des tentations, des délaissements effroyables qu'ils ont portés , dont la partie supérieure du l'âme possédait une véritable paix, quoique souvent elle ne leur fût pas connue, pendant que toute l'inférieure était absorbée dans une merde douleurs ; car enfin dès lors que l'âme est unie à Dieu, quoi qu'il lui arrive, elle est dans son centre, et par conséquent dans le repos; et dans cette bienheureuse union, elle ne veut que ce que Dieu veut, et elle veut tout ce que Dieu veut ; elle veut donc ce qui lui arrive, toutes les croix intérieures et extérieures , et les voulant bien, elle demeure paisible parmi tous les tourments, également contente dans la privation et dans les souffrances , comme dans les jouissances et les consolations sensibles.
Cette vérité nous est encore enseignée par notre très-grand et divin Maître, lorsqu'après avoir déclaré à ses disciples , qu'ils seraient bien heureux lorsqu'on leur ferait souffrir dés affronts, qu'ils seraient perse-
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eûtes tt même qu'on aurait dit faussement toute sorte de mal contre eux ; il leur dit que non-seulement ils doivent s'en réjouir, mais en être transportés de joie (Joan, xv, 20); c'est ce dont l'exemple du grand Apôtre ne nous lnisse pas lieu de douter. Il raconte en plusieurs lieux de ses Epîtres (Il Cor. i, 8 ; 11 Cor. vu, 5), les tourments qu'il a endurés en son corps ; il assure qu'il n'a eu aucun repos; qu'il a éprouvé toutes sortes d'afflictions; qu'il a eu des combats au dehors et des craintes au dedans ; il assure que l'affliction qu'il a soufferte a été si excessive, qu'elle a passé ses forces, de sorte même que la vie lui était ennuyeuse, et cependant il nous apprend qu'il était rempli de consolation, que son cœur était comité de joie parmi ses peines.
// n'en est pas ainsi des impies (Psal. i, 4), il n'en est pas ainsi; mais ils seront semblables à la poussière que le vent emporte de la terre. (Isa. xm'W, 22.) // ri y a point de paix pour les impies, dit le Seigneur; ils ont beau dire, la paix, la paix, et ils ri auront 'jamais la paix (Jer. vi, 14), car ils la cherchent où elle n'est pas. Nous l'avons dit , on ne la peut trouver qu'en Dieu seul , le monde a peau se h promettre , Dieu déclare hautement par son prophète Isaïe (Isa. m, 14), à son peuple, que ceux qui le disent bienheureux le séuuiseut, et qu'ils rompent Je chemin par où il doit marcher, le faisant aller par des routes égarées dans les plaisirs du siècle, et les vains honneurs , et le tirant de la voie étroite qui conduit à la vie. Disons donc avec le Prophète-Roi (Psal. lxxii, 27), que notre bien est de nous tenir unis à Lieu. Oh ! si les hommes savaient ce bien, être bienheureux dès ce monde, par un vrai contentement, dont l'on jouit dans la partie supérieure de l'àme, où l'on possède une paix, un repos, que tous les démons de l'enfer, tous les hommes de la terre, tous les tourments intérieurs et extérieurs ne peuvent ôter. Ceux qui sont véritablement unis à Dieu, n'qnt point de jours mauvais; leurs jours sont de ces jours que le Seigneur a faits (Psal. cxvn), dans lesquels on trouve l'allégresse et l'on est ravi de joie. Après cela s'en aller en la maison de Dieu, y régner avec Jésus-Christ pour y être inondé d'un torrent de délices (Psal. xxxv, 9.) O iiiori Seigneur et mon Dieu! Ah! si les hommes savaient ce que c'est que de vous servir !
L'affliction surprendra, nous dit l'Apôtre (Rom. ii. 9, 10), tout homme qui fait le mal ; llionneur et la paix sont destinés pour tout homme qui fait le bien. Voilà le partagé que Dieu donne aux bons et aux méchants ; mais les paroles de l'Apôtre doivent bien être remarquées, qui nous disent que la gloire, l'honneur et la pais sont pour tout homme qui fait le bien. Il n'excepte aucune personne, ceux que le monde regarde comme des misérables y ont leur part; et il faut bien dire , puisque l'Apôtre écrit qu'il était traité en prison comme les victimes publiques, et comme les ordures de toute
la terre, cependant en quelque état que puissent être les amis de Dieu, non-seulement le repos est leur partage, et la joie du Saint-Esprit; mais ils sont encore beaucoup élevés dans la gloire.
Leur puissance n'a rien d'égal dans le monde. L'Apôtre que nous ne pouvons nous lasser de citer, dit (Philip. îv, 12) : Je sais porter la privation et l'abondance, je suis instruit pour toutes rencontres et pour toutes choses, soit qu'il faille souffrir la faim, ou être rassasié, soit qu'il faille être pourvu de biens, ou endurer la pauvreté. Et après cela il assure qu'il peut tout en celui qui lui donne la force. Où est le monarque qui puisse parler de la sorte? Aussi le Saint- Esprit nous déclare par le Psalmiste (Psal. cxliv, 20), que Dieu fera la volonté de ceux qui le craignent. Que ne peut donc pas faire le juste, qui a un Dieu tout-puissant qui fait sa volonté? C'est pourquoi le Prophète-Roi proteste qu'il ne craindra point quand la terre serait ébranlée (Psal. xlv, 2.)
Quand il a été nécessaire, les amis de Dieu ont fermé la gueule des lions (Hebr. x, 33), ont éteint l'ardeur des flammes, ont échappé le tranchant de l'épée, ont été guéris de leurs maladies, ont mis en déroute le camp des ennemis, ont ressuscité les morts , ont transporté les montagnes de leurs places, selon la promesse du Fils de Dieu ( Marc. xvi, 17), ont commandé à tous les éléments.
Enfin les Chrétiens étant unis à Notre- Seigneur, sont participants de ses grandeurs et de sa vie; et comme le Père éternel a donné la souveraine puissance à son Fils au ciel, en la terre et dans les enfers, il fait part de cette puissance à ses serviteurs. C'est pourquoi, quoiqu'il n'y ait point de force en la terre qui égale celle des démons (Job, xli, 24), elle est ici domptée par les Chrétiens, qui les mettent en fuite par le seul signe de la croix , qui n'est qu'une iiûnge, et dont ils seront les juges. (/ Cor. vi, 3.) 11 faut même dire de plus, que les Chrétiens, et dans les temps où nous vivons, parleront de nouvelles langues, ne tenant pas les discours que l'on tient dans le monde ; qu'ils feront mourir les serpents, en chassant le péché, qui comme un serpent fait des morsures mortelles par la médisance , ou par les mauvais conseils; qu'ils imposeront leurs mains sur les malades (Marc, xvi, 17), et leur rendront la santé, assistant les pauvres dans leurs maladies, ou les guérissant des maux du péché par leurs avis , leurs prières et leurs soins. Enfin la puissance du Chrétien est si grande, qu'elle se voit audessus de tout pouvoir humain , et est cachée avec celle de Jésus-Christ en Dieu, Jésus-Christ est en tout (Col. ni, 11) et en tous les Chrétiens.
Après cela je me sens pressé de m'écrier ici avec le grand saint Léon Pape, et l'Eglise qui se sert de ses paroles dans son office : O Chrétiens, connaissez la dignité à laquelle vous êtes élevés. Nous sommes obligés de le répéter souvent, la plupart des Chrétiens ne savent ce que c'est d'être Chrétien. Que l'on
considère ce qui se passe parmi les hommes, l'on verra généralement parmi toutes les nations dans toute la terre, une sensibilité extrême à l'égard de la qualité que l'on tire de la naissance ; c'est où l'on met le haut point d'honneur, c'est ce dont l'on se glorifie. On fait, on n'oublie rien , on plaide, on donne des combats, on s'expose à tout pour soutenir cet honneur.
iMais quelle estime faisons-nous de la qualité glorieuse de Chrétien, nous qui, pour parler le langage de l'Ecriture (// Petr. ii,, 9), sommes la race choisie, la nation sainte, le peuple que Dieu s'est acquis, qui sommes des rois, dont la royauté surpasse incomparablement celle des plus grands monarques du monde, dont les grandeurs finissent avec la vie, c'est-à-dire bientôt, à la différence du royaume des Chrétiens, qui n'aura jamais de fin. Nous qui sommes de la race de Dieu , comme parle l'Apôtre , qui sommes les membres d'un Homme-Dieu (1 Cor. vi, 15), alliés avec les trois personnes divines de la suradorable Trinité, participants de la nature divine, comme nous l'avons montré dans ce chapitre. O l'insensibilité de la plupart des Chrétiens, qui ne sont non plus touchés de ces grandes et glorieuses qualités qui nous sont révélées par l'Esprit de Dieu même, que si c'étaient de pures fables l Ah '.que fait-on pour les soutenir dignement, et pour n'en pas dégénérer honteusement, et d'une manière tout à fait indigne de l'excellence de notre état? Qu'il serait aisé de mépriser facilement le point d'honneur du monde , si l'on connaissait la véritable gloire de la noblesse chrétienne ! c'est de cette noblesse que le Chrétien se doit glorifier, qui ne doit pas prendre part à la gloire du monde, sa qualité divine l'élevant incomparablement au-dessus. Un roi ne se glorifierait pas d"être artisan.
Cependant on rougit souvent d'une qualité si haute et si glorieuse. Les écoliers tiennent à honneur de soutenir la doctrine de leur maître, quand c'est une personne de réputation et considérable ; et dans une compagnie on n'osera pas défendre celle de Jésus-Christ ; le respect humain l'emporte audessus de celui qui est dû à Dieu ; on craint plus les hommes que Dieu. On avancera des maximes tout opposées à celles de Jésus- Christ; on y applaudit ; on fera état avec les mondains des richesses, des Yains honneurs et des plaisirs ; on parlera avec une haute estime de ceux qui les possèdent ; la pauvreté, la douleur, l'humiliation, sont traitées comme des choses qu'un chacun doit éviter. Cependant on écoute parler de la sorte, personne ne s'y oppose : ceux mêmes qui font une profession plus spéciale de piété gardent le silence, on raille de la dévotion et des dévots, l'insolence même en va quelquefois jusqu'à tenir des discours qui l'approuvent. Si l'on disait, si l'on faisait la moindre chose qui choquât nos intérêts , ou ceux de notre famille, ou de nos proches , on ferait du bruit ; on ne dit mot quand on blesse les intérêts de Dieu. O
monde, que ton aveuglement est funeste et déplorable 1 Dieu est si peu considéré, que si quelqu'un prend son parti, on dira souvent, mêlez -vous de vos affaires , comme si celles d'une Majesté infinie ne regardaient pas ses créatures; ou comme si les affaires d'un Dieu ne méritaient pas d'être considérées !
Mais, ô mon Seigneur et mon Dieu 1 vous connaîtra-t-on dans les ténèbres, et votre justice dans la terre d'oubli? (.Psa/.LXXxvii,13.) Certainement c'est une vérité toute palpable, pour ainsi parler, que la vérité même nous a publiée, que le monde ne connaît point Dieu. (Joan. xvii, 25.) On fait des procès pour les moindres intérêts, et des personnes les plus viles. On les sollicite avec empressement. On trouve des procureurs, des avocats pour les défendre, pendant que les affaires de Dieu sont entièrement négligée^. La convoitise du lucre a fait passer les mers aux marchands, qui ont découvert de nouvelles terres, et ont passé jusqu'aux extrémités du monde auparavant que les missionnaires apostoliques y soient allés pour prêcher l'Evangile. Si l'on nous traite mal, ou nos amis, aussitôt l'on est ému, on en veut avoir raison ; on entend blasphémer le nom de Dieu dr.ns les rues, chanter des chansons déshonnêtes ; on garde le silence, et l'on rapporte dans la vie de quelques saints comme une chose qui leur a été particulière de s'y être opposés généreusement. Les pères et les maîtres de familles ne souffriront point que leurs enfants , ni que leurs serviteurs outragent les personnes qui les viennent voir , pendant qu'ils laissent les offenses contre Dieu impunies; et souvent ceux qui sont les plus zélés, se contenteront de dire assez froidement : Cela n'est pas bien.
Chose étonnante ! il n'y a personne dont les habits, le manteau, la jupe seraient foulés aux pieds étant dans une église, qui ne prît la liberté d'en donner avis pour y prendre garde ; on y verra la grandeur infinie de la majesté de "Dieu, qui réside corporellement sur nos autels, profanée par les irrévérences qui s'y commettent, par les entretiens que l'on y a, par les postures peu respectueuses, ou par d'autres immodesties, on garde le silence. Si l'on a un chien qui suive, que l'on frappe sans sujet, on dira : Pourquoi frappez-vous mon chien? On se taira quand Dieu sera offensé.
On est donc plus touché d'un chien, d'un habit même, que de l'offense du Créateur en toutes choses. L'un des plus grands princts de notre siècle disait à ce sujet : « Si mes gentilshommes, mes officiers, mes domestiques me voyaient faire la moindre insulte , tous mettraient l'épée à la main pour me venger ; si tous ces gens me voyaient offenser Dieu, ils n'en seraient pas émus. »
La cause de ces désordres lamentables est à la vérité le peu d'amour que nous avons pour Notre-Seigneur Jésus-Christ; mais l'une des raisons est encore parce que nous ne savons pas assez estimer la grandeur de
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ŒUVRES COMPLETES DE BOLDON
la {noblesse chrétienne, et qu'ensuite nous rougissons en dégénérant honteusement , ayant plus de soin de plaire aux. créatures qu'au Créateur. Le qu'en dira-t-on du monde nous relient ; on a peur de s'opposer à ses maximes, a ses humeurs, à ses manières, et d'en être contrarié. On est disciple de Jésus-Christ, mais disciple caché : d'autre part, on tient à grand honneur d'être domestique chez le roi, on achète bien cher les charges de sa maison, on se pare des marques de la servitude ; à plus forte raison si l'on était son favori, et voici, répétons-le, que nous sommes les membres d'un Homme-Dieu, participant de la nature divine, et nous avons honte de ses livrées , de la pauvreté, du mépris et de la douleur, de donner des marques d'un véritable Chrétien dans les compagnies, de faire profession de le suivre, et son Evangile, hautement, ouvertement, et publiquement.
Nous vivons néanmoins dans un pays chrétien, où l'adorable Jésus est reconnu pour Dieu, où il n'est pas permis de le nier ; les premiers fidèles, au contraire, habitaient des lieux où il était blasphémé, où la religion chrétienne passait pour une folie. Ceux qui la professaient étaient exposés à toutes sortes de maux, à la perte de tous leurs biens, à la privation des personnes qui leur étaient les plus chères; souvent ils se rendaient leurs pères et leurs propres frères des ennemis cruels ; ils perdaient tout l'honneur qu'ils avaient dans le monde; ils souffraient toutes sortes de martyres, et tout cela parce qu'ils confessaient" hautement Jésus-Christ et sa religion et sa doctrine; et la plupart des Chrétiens présentement à peine oseraient-ils se déclarer pour ses maximes, et prennent celles du monde, s'en entretenant, les soutenant ouvertement. 11 ne s'agit pas pourtant de perdre ni les biens, ni la vie, il n'est question que de souffrir en de certaines occasions quelque raillerie, d'être appelé bigot, et cela suffit pour causer une malheureuse honte, qui oblige Dieu à retirer ses grâces de nous , et qui nous prive de celles que nous pouvions espérer de ses miséricordes infinies.
Mais voici un arrêt épouvantable prononcé par le Juge souverain de tous les hommes, (iont il n'y a point d'appel. Si quelqu'un, nous assure notre divin Maître, a honte de moi et de mes paroles, le Fils de V Homme aura honte de lui, lorsqu'il viendra avec ses saints anges en la gloire de son Père. [Luc. ix, 26.) Vérité terrible, mais dont la connaissance est si nécessaire , que plusieurs évangélistes la rapportent; vérité dont l'or ne peut douter sans être infidèle. Hélas 1 que deviendront donc au redoutable jugement de Dieu, tant de Chrétiens que le respect humain a retenus dans une malheureuse honte ; que feront-ils si le Fils de Dieu a honte d'eux en présence de ses saints anges? 11 faut bien remarquer que Noire-Seigneur Jésus-Christ ne dit pas seulement : Si quelqu'un a honte de moi, mais il ajoute, et dr mes paroles, de sa doctrine qui
enseigne que la pauvreté est à estimer, le mépris et la douleur , et que c'est un malheur d'être riche, dans l'honneur, dans les aises de la vie, et enfin de toutes les maximes de son Evangile.
C'est pourquoi l'Apôtre, écrivant à Tiraothée, lui dit [IITim. i, 7, 8) : Dieu ne nous a pas donné un esprit de timidité, mais de force ; ne rougissez donc point du témoignage que vous devez rendre à Notre-Seigncur,avec V l'évangile, selon la force que vous en avez reçue de Dieu. La grâce du christianisme est animée d'un saint courage, qui met audessus du respect humain ; et s'il faut souffrir quelque chose, il est juste de souffrir avec l'Evangile ; comme s'il disait, il n'est pas juste que vous vouliez être mieux traités que la vérité de Dieu. Et comme l'Evangile est traversé, il "faut souffrir aussi avec soumission et avec humilité toutes sortes de traverses. C'est pourquoi, dans la môme Epître à Tiinothée [IOid., 12, 13), il déclare qu'il ne rougira point pour les maux qu'il est obligé d'endurer, et il demande miséricorde pour Onésiphore qui n'a point rougi de ses chaînes, lorsque les Chrétiens d'Asie, qui étaient alors à Rome , l'avaient quitté de peur d'être enveloppés dans sa persécution. C'est ce que nous voyons arriver tous les jours aux personnes humiliées , qui sont abandonnées de leurs meilleurs amis, et d'amis même qui font une profession particulière de vertu, de crainte de participer à leurs humiliations; à peine oserait-on dire qu'on les connaît.
L'on veut plaire selon la chair, comme parle encore l'Apôtre (Gai. vi, 12, 13), c'està-dire selon la vanité et la flatterie des hommes, à dessein de n'être pas persécuté pour la croix de Jésus-Christ, en défendant et soutenant ceux qui la portent. Mais l'homme apostolique s'écrie [Ibid., 14) : A Dieu ne plaise que je me glorifie en rien qu'en Notre-Scigncur Jésus-Christ, par qui le monde m'est crucifié et je suis crucifié au monde. 11 veut dire que le momie ne peut, rien trouver en lui, | que la privation de sa vie , qui n'est, selon lui , que l'opprobre et l'infamie des personnes crucifiées. Aussi il assure, dans un autre lieu (// Cor. iv, 10), qu'il porte en tout son corps la mortification de Jésus-Christ, non-seulement les douleurs de cet aimable Sauveur dans son intérieur par les angoisses qu'il y endurait, mais de plus en son corps parles mortifications dont il l'affligeait , afin que la vie de Jésus y parût visiblement. Car enfin nous ne sommes pas à nous-mêmes, tout ce que nous sommes est à Jésus-Christ. Ce n'est pas assez qu'il soit dans notre intérieur, il doit paraître visiblement dans notre extérieur. Cest pourquoi notre Apôtre (/ Cor. vi , 19 ; / Cor. m, 2, 3 ; Philip, iv, 5) veut que notre modestie soit connue de tous les nommes; qu'en tous lieux et devant toutes sortes de personnes, nos paroles, nos gestes, nos manières d'agir, nos habitudes fassent connaître que nous sommes chrétiens ; que nous nous distinguions des infidèles
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dont les discours , les procédés , les vêtements ne marquent que vanité. Mais, mon Dieu ! qu'il y aurait ici lieu de soupirer, de voir si peu Jésus-Christ dans l'extérieur do ses disciples 1 Quelle part a-t-il dans les conversations ordinaires , dans les parties que l'on l'ait, dans les assemblées que Ton tient, dans les lettres que l'on écrit, dans les habits que l'on porte (Il Cor. x, 1) ; habits qui, pour l'ordinaire, ne respirent que la vanité, qui sont infiniment éloignés de la modestie de Jésus-Christ; il faut môme dire de plus que l'on a peur que l'extérieur fasse connaître ce que nous devons être à Jésus- Christ. On affecte de vivre, de converser, d'être habillé et suivre les modes du monde corrompu: et malgré ce que Jésus-Christ nous apprend (Joan. xv, 19) , que nous ne sommes point du monde, nous en voulons être à quelque prix que ce soit. Voilà le malheur du monde, ce que nous avons donné pour titre à l'un des livres que la divine Providence nous a fait donner au public, où nous avons traité au long, selon les vérités de la divine parole , combien le monde est misérable, et le monde qui se trouve dans la plupart desChréîiens.