‹ Œuvres complétesChapitre 304 sur 397 · I.IV. H · texte numérisé non relu

I.IV. H

raient devant une personne du siècle, le traitent sans respect et avec irrévérence.

Notre-Seigneur ne permettait pas que personne transportât aucun vase par le temple, et nos églises servent souvent de lieu de passage. Il chassait du parvis du temple ceux qui y vendaient et achetaient [Marc. xi, 15, 16) ; il renversait les tables des changeurs, et les chaises des vendeurs de colombes (Joan. H, 15) : il jetait par terre leur argent, et il faisait ces choses le fouet à la main.

11 faut remarquer néanmoins, que ce qui se vendait et achetait, était destiné pour offrir à Dieu dans le temple, et pour le sacrifice, et que ce n'était pas dans le temple que cela se pratiquait, mais dans le r arvis. Que faisons-nous, mes frères, s'écrie ici saint Augustin? Ce temple n'était que la figure des nôtres; si cependant le Fils de Dieu n'a pas pu souffrir que dans le parvis de ce temple, on y commît aucune irrévérence ; comment peut-on supporter, s'il y a des maisons à vendre, des marchés à faire, des ordonnances séculières à publier, que toutes ces choses soient, affichées aux portes delà sainte maison de Dieu? On voit, dans l'une des plus grandes villes du royaume, les murailles de nos églises servir à y attacher des peaux de cuir pour les y faire sécher : on y voit les marchands y tenir leurs boutiques, les bouchers y tenir la boucherie et y faire leur négoce. Ah ! si le Sauveur des hommes n'a i>as pu souffrir que l'on vendît à l'entrée de l'ancien temple, qui n'avait que les ombres de la réalité que possèdent les nôtres, ce qui était destiné pour le sacrifier è Dieu, qui est la plus sainte action de la religion, comment peut-on supporter le négoce profane dont nous venons de parler?

Les seigneurs des paroisses en plusieurs lieux font servir les cloches des églises, que l'on bénit avec des cérémonies si saintes, pour appeler leurs sujets à leur justice. En combien de lieux ai-je vu nos églises profanées par les personnes qui y sonnent ces cloches à la mort des personnes décédées, ou pour le service divin, y commettant mille insolences; ce qui se fait souvent aux processions des Rogations dans les campagnes et autres semblables, par plusieurs, qui [(recèdent lesdites processions, se saisissant des cloches, et quelquefois en se battant, commettent des indignités contre la révérence due à la majesté d'un Dieu. N'est-ce pas encore profaner la sainteté de sa maison, d'y tendre des tapisseries, non-seulement qui représentent des choses profanes, mais des histoires païennes, mais des faux dieux de l'antiquité, mais des nudités honteuses?

Peut-on voir sans soupirer les curés publier dans leurs prônes des affaires purement séculières, dans un temps où, le prêtre du Ssigneur va crier à haute voix, que lescœurs s'élèvent vers le ciel, pour les préparer au redoutable sacrifice qu'un Homme-Dieu y va faire ? Est-il possible que les hommes le croient ? Dans ce temps-là même on leur remplit l'esprit et l'imagination des choses

de la terre : si on voulait remplir l'esprit dr> distractions et l'attacher à la terre, dans le temps qu'on l'exhorte d'être par pensée au ciel, pourrait-on mieux s'y prendre?

On voit les femmes apporter leurs enfants dans les églises, qui n'ont pas encore l'usage de la raison, et y passer le temps à badiner et à jouer avec eux, et ensuite nonseulement ne pas assister dignement autressaint sacrifice de la messe, mais de plus empêcher les autres de s'en acquitter dignement, par les distractions que ces enfants leur donnent. Il ne faut pas s'étonner après cela si, étant devenus plus âgés, ils-y commettent tant d'immodesties et d'insolences. Elles disent quelquefois qu'elles n'ont personne pour les garder à la maison, et elles trouvent bien le moyen de ne le pas porter avec elles quand elles vont aux marchés ou travailler dehors ; toujours devraient-elles les tenir entre leurs bras, sans les laisser courir et badiner, et jouer avec eux.

Continuons à soupirer sur les profanations de la maison de Dieu, et représentons ici ce que nous avons déjà dit. S'il y a quelque belle voix, qui chante dans les offices divins, il y a de l'empressement à l'entendre ; et dans le temps qu'elle chante, quelque foule de monde qui s'y rencontre partout ; vous remarquerez un profond silence : cesset-elle de chanter, aussitôt il se fait un murmure pitoyable, chacun parle; et il est trèsvrai que l'on ne donnera point à la présence de son Dieu et de son juge, ce que l'on donne à une belle voix qui chante. L'infidélité est si grande parmi les fidèles, que cela se fait même dans le temps où l'on célèbre la mémoire de la passion et de la mort douloureuse du Sauveur de tous les hommes, que nos péchés ont crucifié. Je laisse à juger si, parmi ces désordres, l'on doit continuer ou faire cesser ces musiques.

J'ai vu de grandes églises, dans lesquelles les irrévérences étaient si communes, que de tous côtés on ne voyait, que des personnes causer et s'entretenir, et cela parmi les personnes de toutes sortes de qualités et d'états, des magistrats, gentilshommes, dames, de moiseiles, marchands, artisans et les derniers du peuple. O mon Dieu 1 quel spectacle 1 quand particulièrement ceux qui y devraient remédier, y tombent eux-mêmes.

C'est ce que l'on peut remarquer particulièrement quandjl'on s'assemble pour entendre le sermon, dont les grandes vérités ont si peu d'effet ordinairement ; maison doit-on être surpris, si l'on fait attention à la préparation que l'on apporte à la parole de Dieu ? Ah 1 quelle disposition de s'y préparer par des irrévérences ? L'on dit que l'on ne célèbre pas pour lors les offices divins ; mais le corps adorable d'un Dieu fait homme n'y est-il pas très-présent ? Faut-il que du peu de temps que l'on donne au service de Dieu, l'on en retranche eneore une partie, comme si l'on avait peur de lui en trop donner, pendant que les jours, les mois et les années se passent dans l'occupation des affaires périssables de la terre

Il y a plus, le saint sacrement exposé quelquefois , ce qui arrive plus souvent d'ans les églises des religieux et religieuses, pendant que Ton s'assemble pour le sermon, n'est pas capable de faire de l'impression dans les esprits de plusieurs. Les loueurs de chaises, les laquais qui les retiennent, plusieurs de ceux pour qui on les réserve, ne gardent aucun respect. Je me suis étonné bien des fois, de ce que l'on permettait l'exposition du corps adorable du Sauveur durant ce temps-là , et j'ai su des diocèses, où dans la permission que l'on en donnait, on l'y exceptait; et de vrai si l'on voile le sacrement adorable pendant que le prédicateur prêche, quoique pour lors tout le monde soit dans le silence, el quoique le prédicateur ne parle que pour la gloire du divin Sauveur, comment peut-on comprendre qu'on le laisse exposé dans un temps où la plupart de ceux qui sont présents parlent et s'entretiennent de toutes sortes de choses !

Ceux qui sont admis à l'audience des rois s'y préparent, se tiennent propres, donnent beaucoup d'application à ce qu'ils ont à leur dire. L'on se présente devant la majesté infinie d'un Dieu, on y va sans y penser. Ah î si on faisait réflexion quand on va à l'église, à la grandeur incompréhensible d'un Dieu qui y habite ! Il avait ordonné dans l'ancienne loi , de trembler de frayeur à la vue de son sanctuaire (Levit. xxvi, 2), qui n'était qu'une figure de la sainteté de nos temples î Quelle crainte donc devonsnous avoir quand nous allons à nos églises? Jacob, après avoir eu une vision dans une terre où il avait dormi, s'écria en tremblant : Que ce lieu-ci est terrible! En vérité c'est la maison de Dieu. (Gen. xxix, 17. j La foi nous fait bien voir une autre vision. Disons avec Moïse : J'irai et je verrai cette grande vision. (Exod. m, 3.) C'est la demeure d'un Dieu incarné avec nous dans nos églises; mais l'on y va sans aucune réflexion, sans penser à ce que l'dn y va faire, et à ce qu'on y doit faire.

Jamais nous ne devrions nous présenter à la prière, en quelque lieu que ce puisse être, sans rentreren nous-mêmes, sans une véritable contrition de tous nos péchés, mais spécialement quand nous allons prierdansnoséglises en quelque temps que ce soit, et très-particulièrement quand nous y allons pour assister au divin sacrifice. Nous lisons dans Y Exode (Exod. xix, 10, 11, 12, 13) les ordres donnés au peuple d'Israël , lorsque l'ange qui représentait Dieu, donna le Décalogue à Moïse sur le mont de Sina. On leur fixa des bornes, au delà desquelles ils ne pourraient approcher de la montagne : on leur commanda de laver leurs vêtements, et de ne pas approcher de leurs femmes : on ordonna à Moïse de dire au peuple, qu'il prît bien g.irde de ne pas toucher même la montagne, avec menace que si quelqu'un seulement la touchait, quand ce ne serait qu'une bête, il serait lapidé ou percé de flèches. Après cela que ne devons-nous point craindre, non-

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seulement entrant dans nos temples avee si peu d'attention, mais avec si peu de respect.

Que ces messieurs et ces dames qui se pincent tout contre les autels où l'on renouvelle la mémoire de la passion de Notre- Seigneur, qui ont des sièges ou des bancs qui ne sont pas dans une distance raisonnable, fassent réflexion sur les ordres de Dieu, dont nous venons de parler et qu'ils soient saisis d'une sainte frayeur. Nous parlons ici par notre propre expérience; quelques ordres que nous ayons donnés dans nos visites pour remédier à ce dérèglement, on y a résisté fortement, on a appelé même de nos sentences; on a fait des procès pour se maintenir dans l'insolence contre le respect dû à la majesté infinie d'un Dieu. Nous avons trouvé des sièges si proches des autels, que les dames qui y étaient assises, si elles se fussent penchées, auraient touché la sainte table des vains ornements de leurs têtes. Après la résistance qu'elles ont faite à nos ordonnances, de retirer leurs sièges dans une distance juste, nous avons été obligé d'interdire lesdils autels ; et la dureté et l'aveuglement de ces femmes sont si extrêmes, qu'elles ne so mettent pas en peine de voir , pour ainsi dire, un Dieu fait homme exilé de ses autels, pour satisfaire à leur orgueil et à leur présomption.

C'est sur ces autels qu'un Dieu qui s'est fait homme dans les entrailles de la trèspure Vierge, se trouve tous les jours autant de fois que l'on y célèbre les divins mystères; mais s'il fallait que le peuple d'Israël fût sanctifié auparavant que d'approcher de la montagne de Sina , comme nous venons de le dire, dans quelle pureté devons-nous assister à la sainte Messe ? Toutes choses, nous enseigne l'Apôtre, se passaient en figure dans l'ancienne loi. (ICor. x, 11.) L'ordre de Dieu qui portait qu'on lapiderait la moindre bête qui toucherait la montagne, nous apprend que nous devons renoncer à nos passions brutales pour entendre la sainte Messe. Plût à Dieu que les Chrétiens en connussent les mystères I

La messe est un traité d'alliance avec Dieu, fait par le précieux sang de son Fils. Nous demandons par cet agneau qui ôte les péchés de monde, le pardon de nos offenses et de tous ceux pour qui nous prions. Mais comment faire porter à Dieu les paroles du repentir de nos péchés, sans en avoir de la douleur, et sans désirer de s'en corriger; loin de nous présenter en sa présence, couverts de honte et de regret, criminels de lèse-majesté divine ? Dans quelle confusion seraient les criminels de lese-majesté envers les rois de la terre, s'ils paraissaient devant ces monarques? Et que ne feraientils pas pour obtenir le pardon de leurs crimes, s'ils savaient que leurs souverains voulussent bien le leur accorder? Peut-on se figurer que ces malheureux insulteraient encore les personnes de ces monarques ? Loin, dis-je, que les Chrétiens dont les pé-

chus ont fait mourir le souverain du ciel et de la terre, entrent dans un véritable esprit de pénitence en sa divine présence; ou ils y demeurent dans une grande indifférence, ou ils y persistent dans leurs péchés.

Ce n'est point exagérer de dire que nous devrions laver le pavé de nos églises de nos pleurs et l'arroser de nos larmes ; que les voûtes devraient retentir de nos gémissements et de nos cris, et néanmoins les cœurs demeurent glacés et sans sentiments ; mais voici ce qui est incompréhensible : Il y a des églises où le Dieu de toute majesté sert de rendez-vous aux coqueis et aux coquettes; pour ce sujet on appelle en ces lieux-là le plus redoutable de nos mystères, la belle messe qui se célèbre vers les onze heures ou midi; tout ce monde dont le diable est le prince, se servant de cette heure pour pouvoir paraître orné et paré de ses vanités ordinaires. Je ne comprends pas comment un prêtre peut offrir le divin sacrifice devant ces malheureux, quand il en connaît les profanations. 11 y a des églises

3ui servent de rendez-vous pour y parler e nouvelles, pour s'y assembler, pour convenir du teinps que l'on doit prendre pour le jeu et les autres divertissements; mais u'est-ce pas voir l'abomination de la désolation dans nos temples (Matth. xxiv, 15), dans le lieu saint, lorsque de misérables créatures y paraissent les bras nus, les gorges découvertes ? N'est-ce pas aller faire la guerre à Dieu jusque dans sa propre maison, lui disputer la conquête des cœurs, vouloir l'emporter par-dessus son amour, qui est consommé dans le mystère du très-saint sacrement de l'autel?

Est-il possible que les Chrétiens non-seulement oublient le respect dû à un Dieu, mais qu'ils lui insultent même? C'est dans le saint sacrifice de la messe que Dieu est considéré dans ses plus hautes perfections, en sorte que son Fils qui lui est égal en toutes choses, ne s'y présente que sous le mystère de sa mort et de son anéantissement. 0 anges, ô chérubins, ô séraphins, étonnez-vous des anéantissements d'un Dieu fait homme en la divine Eucharistie 1 Son corps demeure sous les petites particules de l'hostie consacrée, et celui que les cieux et la terre ne peuvent comprendre, y est renfermé ; et comme il s'en détache souvent des saintes hosties, elles tombent par terre et. sont foulées aux pieds. Nous avons parlé dans plusieurs des livres que la divine Providence nous a fait donner au public, de ces anéantissements infiniment surprenants du Fils de Dieu, et particulièrement dans le livre De la Sainteté de l'état ecclésiastique, où nous avons remarqué la nécessité qui se trouve d'approcherle saint ciboire au-dessous de la bouche de ceux qui communient sans y laisser d'intervalle, pour empêcher que les particules sacrées ne tombent par terre, l'usage présent de la nappe n'y remédiant pas. C'est ce qui doit aussi obliger de mettre dans les grilles de la communion des re-

ligieuses, des plaques d'argent dore pour le même sujet.

Mais, pendant que l'Eglise offre le Seigneur de 'la gloire purifié au Père éternel, publiant avec lui, qu'ayant voulu mourir pour lui offrir tout ensemble, et un recueil et un excès de toutes sortes d'honneurs et de respects; il se présente encore sous l'imago de la mort, pour faire connaître que ce n'est pas seulement l'univers qui devrait lui être sacrifié, n'étant qu'un néant en sa présence, mais qu'il n'y a que son Fils qui est Dieu comme lui, qui en marque dignement la souveraine puissance : souvent les Chrétiens font paraître plus d'orgueil par la dispute des préséances, des bancs et des sièges. O mon Seigneur et mon Dieu ! comment se peut-il faire que l'homme qui n'est rien veuille s'élever lorsque vous qui êtes le grand tout, qui êtes l'Etre infini, vous vous anéantissez vous-même! 0 hommes, rentrez en vous-mêmes, pensez, mais pensezy bien, que le Dieu d'immense majesté se renferme sous une petite particule de l'hostie consacrée, qui à peine est vue, pour rendre témoignage qu'il n'y a que Dieu qui doive être considéré; que c'est à lui seul que l'honneur et la gloire doivent être rendus dans tous les siècles des siècles. (/ Tint. i, 17.) C'est cependant devant Jésus anéanti que souvent l'on fait paraître plus d'orgueil.

L'adorable Jésus s'est caché durant trente ans avec sa bienheureuse Mère et saint Joseph. Saint Jean-Baptiste, dont cet aimable Sauveur a déclaréTju'entre les enfants des hommes, il n'y en avait point eu de plus grand, a demeuré caché dans un désert durant trente ans, de telle manière que l'on ne savait pas s'il était au monde. Le Fils de Dieu continue jusqu'à la fin du monde à se cacher dans le très-saint sacrement de l'autel, pour nous déclarer hautement que tous les êtres devant Dieu ne sont que des néants; que nous devons sans cesse nous anéantir en esprit en sa présence, confessant qu'il surpasse toute adoration, toute louange; qu'il est au-dessus de son amour; et après ces anéantissements d'un Dieu fait homme, nous voulons toujours être quelque chose I

Je ne m'étonne plus ensuite de ces anachorètes qui ont mené une vie si retirée ; d'un saint Paul ermite, qui a demeuré quatrevingt-dix ans dans un désert, inconnue tous les hommes; de toutes les humiliations que les saints ont portées, qui les ont anéantis dans l'esprit et dans le cœur des créatures; de tant de choses qu'ils ont laites pour n'y avoir aucune place et pour en être méprisés, afin qu'il n'y eût que Dieu seul. Répétonsle, car c'est ce qui ne peut jamais être assez médité. Un Dieu immense, renfermé sous une petite particule d'une hostie consacrée ; où tous les hommes se mettront-ils? Ya-t-il quelque abîme assez profond pour y demeurer cachés? L'on a admiré un saint Benoît, qui, étant tout jeune, se retire dans une caverne, dans laquelle il demeure plusieurs années entièrement inconnu, avec un tel

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amour de la retraite, qu'il ne veut pas même ni parler, ni converser avec le saint moine romain qui lui portait du pain ; et ce qui est plus admirable est, que c'est une jeune personne qui, à peine était sortie de l'enfance, et qui commence à être à Dieu par une séparation si entière ; et une jeune personne élevée dans la maison de son père, qui était un seigneur, au milieu des belles compagnies, dans l'une des premières villes du monde : ce qui augmente encore l'admiration c'est qu'il n'avait pas porté de livres. De quoi donc s'occupait-il? De quoi se sont occupés les Paul, les Onufre et les autres anachorètes dans une si grande et si longue solitude? Un seul des anéantissements d'un Dieu -Homme est capable d'occuper durant toute la vie ; les plus sublimes esprits du ciel ne pourront assez l'admirer durant toute l'éternité. Malheur à nous dans nos ténèbres, qui en sommes si peu touchés, lorsqu'ils s'opèrent même en notre présence, quand nous assistons au divin sacrifice.

Repétons encore ici ce que nous avons dit dans le onzième chapitre du premier livre. Mais, comme l'adorable Jésus peut lui seul donner une louange accomplie à' son Père, c'est lui seul aussi qui peut reconnaître ses grâces, ses bienfaits, son amour. Disons avec le Prophète : Que rendrons-nous au Seigneur pour tous (es biens qu'il nous a faits ? (Psal. xiv, 3, 4.) Nous prendrons le calice du salut et nous invoquerons le nom du Seigneur. Nous trouverons dans le saint sacrifice de la messe de quoi remercier Dieu dignement; il Je faut aussi remercier*pour toutes les grâces et la gloire de la sainte'tmmanité du Sauveur, l'offrant lui-même en actions de grâces et prenant plus de part à ses divins intérêts qu'aux nôtres propres.

Enfin, on emploie le divin sacrifice de la messe pour obtenir toutes sortes de faveurs, comme la plus sainte et la plus grande prière de l'Eglise, par laquelle nous rece^ vons ce que nous ne sommes pas dignes seulement de demander en notre nom. 11 n'est pas seulement la plus efficace des oraisons, il est l'oraison universelle, par laquelle nous demandons tout ce qui concerne la gloire de Dieu et nos besoins en Jésus ; nous avons tout ce que nous pouvons posséder, tout ce qui se peut souhaiter pour l'honneur de Dieu et pour notre avantage. Se peut-il faire, s'écrie l'Apôtre, {Rom. vm, 32), que le Père éternel en nous le donnant, ne nous ait pas aussi donné toutes choses? Après cela nous demandons si la grâce du christianisme est connue, si la plupart des Chrétiens assistant au saint sacrifice de la messe, font connaître par leurs dispositions qu'ils en ont quelques lumières ?

Disons encore, quelle foi ont-ils de la communion vivifiante de son sacré corps? Personne des catholiques ne doute que dans la sainte communion on ne reçoive ie corps et le sang d'un Dieu, son âme et sa divinité. C'est donc un bien infini qui nous y est donné et qui vaut mieux que tous les empires, toutes les couronnes, tous les biens du

monde ensemble. La terre, par la divine Eucharistie, est devenue un ciel, les trésors du S'aint des saints nous y étant accordés par avance; que fait-on cependant pou?

a voir ces trésors divins? que l'on compare les soins que l'on prend pour les chétifs biens de la ferre? et ce sont les soins continuels des hommes de toutes sortes d'états et de conditions; c'est pour quoi l'on s'empresse, que l'on emploie tant de travaux et dans les villes et dans les campagnes, que les marchands fiassent par les mers, qu'ils vont jusqu'aux extrémités du monde, exposant leurs vies à tant de dangers et se privant des satisfactions qu'ils pourraient avoir dans leurs pays, et avec leurs proches et leurs amis; pour gagner quelque argent, l'on quitte une femme, ses enfants et ce que l'on a de plus cher.

Je demande ensuite s'il y a quelque proportion entre le bien infini que nous possédons par la divine communion et les chétifs biens de la terre que l'on prétend. Je demande si la raison, si le bon sens ne nous font pas connaître que nous devons donner nos soins aux choses selon leur valeur, selon leur prix et leur excellence ? Après cela que l'on considère ce que l'on fait pour recevoir le sacré corps du Sauveur; si on le médite avec une sérieuse réflexion , on ne concevra pas que l'on croit ce que l'on croit. Dites aux grands et aux petits qu'il y a quelque trésor caché, où il y a des sommes d'or et d'argent, sera-t-on dans l'indifférence dans laquelle l'on se trouve à l'égard de la divine communion?

Nous l'avons écrit autre part; je ne comprends pas, et je mourrai sans le comprendre, comment il est possible de se priver une seule fois de la communion par sa faute ou par sa négligence. Je conviens qu'on le peut par un saint respect, par obéissance au directeur, par impuissance ; mais de ne pas communier une seule fois par sa faute, c'est ce qui me paraît incompréhensible à celui qui a la foi. Je conviens qu'il faut apporter les dispositions nécessaires; qu'il faut renoncer au péché, aux désirs du siècle, mortifier ses passions, entrer dans les sentiments de Jésus-Christ; que cela ne se fait pas sans peine; mais y a-t-il peine que l'on ne doive prendre, que l'on ne doive souffrir pour un bien infini?

Le royaume des deux, dit notre grand Maître [Mat th. xiii, W), ressemble à un trésor caché dans un champ, que celui qui Ta trouvé, de joie qu'il en reçoit, vend tout ce quil a et achète ce champ. Ah î son précieux corps n'est-il pas un trésor caché sous les voiles du sacrement ? Y a-t-il rien que nous ne devions quitter, dont nous ne devions nous détacher pour posséder ce trésor? Que celui qui a des oreilles pour entendre, qu'il entende. C'est encore comme parle noire Maître (lbid.,k3); nous l'avons assez remarqué, l'on est sourd à sa voix. 11 dit à ses disciples, après leur avoir parlé de cette parabole et de quelques autres : Avez-vous bien compris toutes ces choses? Oui, lui dirent-ils. (Ibid., 51.) Que

nous serions heureux si nous coaiprenions bien le don de Dieu en la divine Eucharistie! Hélasl il ne faut pas passer les mers pour le recevoir; il ne faut pas exposer sa vie, il ne faut que l'aimer et haïr le péché ! C'est ce que l'un ne fait pas.

Sainte Thérèse rapporte dans sa Vie (c. 39), qu'elle se sentait si pressée de la communion, que quand on lui aurait présenté d<*.s lances devant la poitrine pour l'arrêter elle aurait passé outre ; c'est qu'elle en avait une vive foi animée d'une véritable charité. O choses admirables 1 chante l'Eglise dans la prose de la même messe de la Fête du très-saint sacrement; le pauvre, l'abject, aussi bien que le riche, reçoivent cette divine nourriture s'ils le veulent, et chacun la néglige. Quel aveuglement dans les campagnes, où la plupart ne reçoivent qu'une fois l'année, et encore parce qu'on les y oblige très-étroiteruent: peuples dont les ténèbres ne peuvent être assez déplorées, ne s'en trouvant pas qui négligeassent quelque médiocre profit temporel, pendant qu'ils sont insensibles à un bien infini; c'est ce qui mérite des larmes à l'égard des autres personnes qui font si peu d'usage d'une grâce inestimable. Oh! qu'il est vrai que les hommes aiment peu le Dieu d'amour! Il n'est dans nos tabernacles que pour venir dans nos cœurs : Le ciel est mon trône, dit le Seigneur : Quelle maison me bâtirez-vous tt où me donnerez-vous un lieu de repos? (Isa lxvi, 1.) Sans doute que c'est l'âme qui vit dans sa crainte et dans l'obéissance de ses divins commandements. S'il habite dans nos temples de pierres et dans nos tabernacles de bois, c'est afin de demeurer dans nos âmes.

Mais ce n'est pas seulement pour demeurer en nous (Joan. vi, 57), il veut encore que nous demeurions en lui, et non pas seulement comme un hôte qui fait habiter en sa maison ceux qu'il loge; mais c'est pour nous uniraussi étroitement à lui, que la vigne est unie à son cep (Joan. xv, i, 5), que les bras sont unis à la tête. Le terme dont on se sert quand on participe à la réception de son sacré corps, exprime bien cette vérité, mais c'est une chose rare de l'entendre. On l'appelle la communion, c'est-à-dire une union commune entre le Fils de Dieu et l'âme qui le reçoit ; il se donne tout entier à nous, nous nous devons donner entièrement à lui. Il nous communique dans ce sacrement adorable son esprit, sa vie, ses dispositions, nous y devons donc recevoir son esprit, n'agir plus que par ses divins mouvements, ne vivre plus que de sa vie, avoir tous les mêmes sentiments. Notre tempérament se forme selon notre nourriture ; elle est divine, il faut être tout divin.

Après cela, c'est avec grand sujet que l'Apôtre nous déclare ( Coloss. ni, 11 ) : Que Jésus-Christ est toutes choses en tout. Dans cette vue, l'un des prodiges de la grâce de nos jours, le P. de Condren, avait intention

en communiant, qu'il fît en lui tout ce que ses droits divins demandaient (7-V) ; et que l'amour-propre cessant de faire le souverain, devînt parfaitement sujet. Il ne connaissait point de plus puissant moyen pour détruire en lui l'empire de Satan et du péché, pour crucifier les vices et les passions de la chair, pour s'imprimer l'esprit de mort au regard de tous les dérèglements du vieil homme. Il se rendait à ISotre-Seigneur, ainsi qu'un même corps, un même pain, une seule victime et un seul sacrifice (/ Cor. x, 17), une même louange, une même charité, une même reconnaissance, une même aversion du péché, une même oraison pour les intérêts de Dieu et de l'Eglise. Il se rendait un même esprit avec lui, il demeurait dans son cœur divin, il entrait dans toutes ses dispositions et tous ses des seins, il ne mesurait pas les fruits de sa communion, par la satisfaction qu'il en recevait, c'est à quoi il pensait le moins, il regardait la gloire de Dieu.

Dans la sainte communion le Sauveur nous apporte ses divines satisfactions, ses mérites, son corps, son âme, son cœur, les bons sentiments dont il est rempli; tout est à nous puisqu'il nous est donné; nous y avons donc de quoi satisfaire pour nos péchés, de quoi aimer Dieu, le remercier, le glorifier; nous avons de quoi louer Dieu selon les grandeurs de Dieu, ce que nous ne pourrions jamais faire de nous-mêmes. Le Sauveur ne se contente pas de nous y communiquer sa vie pendant que nous sommes sujets à la mort, il nous y donne des gages même de l'éternité.

Le P. de Condren, dont nous venons de parler, tenait que la bonne communion était Je règne de Dieu en l'âme ; qu'il faut nous en approcher, afin qu'il règne en nous avec pleine puissance; qu'il ne souffre en nos pensées que ses pures vérités; qu'il enflamme nos cœurs de son amour ; qu'il nous retire dans sa sainteté ; que seul il suffise à nos désirs ; qu'il prenne tout pouvoir sur nos corps, sur nos âmes, et qu'il établisse en jious son empire, ses mœurs et sa paix ; qu'il apprivoise nos humeurs rudes et sauvages par sa douceur ; qu'il convertisse l'avarice de notre esprit en sa libéralité ; qu'il affermisse nos résolutions par sa constance; qu'il anéantisse nos faiblesses et nos défauts par la présence de son être inûniment parfait. Pour ce sujet il faut s'abandonner à lui comme une cire molle, afin qu'il fasse en nous tout ce qu'il lui plaira, toutes les impressions qu'il voudra.

Voilà la fin de la communion, voilà ses effets; mais c'est ce qui est peu entendu, peu compris par la plupart de ceux qui communient, on se contente de l'extérieur .-chacun dit la communion, très-peu entendent ce qu'ils disent, qu'elle tend à être une même chose avec Jésus-Christ, par une union commune de sentiments, d'affections, de dispositions; mais si la foi de ce divin

(71) Voy. sa Vie par le P. Amelotte.

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mystère est rare parmi les séculiers, il le faut dire à notre confusion, elle n'est pas commune parmi les prêtres.

Je parle ici à moi-même, ayant la grâce d'être de ce nombre. Je suis étonné comme la terre ne s'ouvre point pour m'abîmer, quand je pense à la grandeur divine et terrible de mon état, et à l'éloignement où je suis de la sainteté qu'il demande. Un ange du ciel en ayant fait connaître quelque chose à saint François d'Assise, jamais il n'osa entrer dans le sacerdoce, ce saint, le miracle des saints, l'image vivante de Jésus- Christ crucifié ; et l'on peut dire que Dieu en cache la grandeur de l'état pour en faciliter l'accès; comme au contraire, selon le sentiment de l'homme apostolique Avila, le démon y pousse plusieurs, ou qui n'y sont pas appelés , ou dont les mœurs n'y sont pas conformes ; et c'est une chose épouvantable, qu'un méchant prêtre fera plus de profanations des divins mystères en une seule année, les célébrant souvent, que les séculiers criminels s'en approchant rarement durant toute leur vie.

C'est aux prêtres que s'adressent particulièrement ces paroles de l'Ecriture ( Levit. xi, 4, 15) : Soyez saints, dit Dieu, parce que je suis saint ; ce qu'il répète dans le verset suivant : Vous serez saints parce que je suis saint. Leurs fonctions divines qui les approchent si près de sa Majesté infinie, ne permettent pas qu'il y ait rien de souillé en eux. Ils doivent détruire les péchés des peuples, ils sont dans le lieu saint, chante l'Eglise dans l'office de la Dédicace des temples, pour y prier pour leurs fautes et leurs péchés. Si le Fils de Dieu même qui en est le médiateur, ne se présente à son Père dans la sainte messe, qui est un traité d'alliance fait avec lui par son précieux sang, que sous le mystère de sa mort et de son anéantissement, dans quelle sainteté les prêtres qui entrent ou qui participent à sa médiation, doivent-ils être? J'ai bien des fois pensé à la perfection requise dans les personnes qui communient tous les jours ? et à plus forte raison dans les prêtres qui tous les jours offrent le divin sacrifice, et qui ne sont pas seulement à l'autel pour apaiser la colère de Dieu par l'innocente victime qu'ils lui présentent pour leurs péchés, mais pour les péchés de tout le monde.

Mais on ne rentre pas en soi-même ( Isa. xxxiv, 19), on ne fait point réflexion sur l'obligation indispensable à la sainteté où nous engage notre état. Ce n'est pas assez, écrit saint François de Sales, pour la communion journalière, que l'exemption du péché mortel, lu détachement de tout péché véniel, il faut encore la pratique héroïque des vertus. Jugeons par les sentiments de ce saint dont le zèle a été si modéré, de la nécessité où iious sommes d'exercer la vertu dans un degré éminent ; mais le malheur est que l'on ^n connaît, que l'on en comprend peu de chose.

..Il faudrait méditer la loi du Seigneur le jour et la nuit (Psal. i,2), et si le saint évê-

que dont nous venons de parler, demande des séculiers parmi leurs embarras, d'y donner tous les jours une heure pour servir Dieu; en vérité, que doivent faire les ecclésiastiques, qui ne comptent les jours que par les fériés, selon l'ordre de l'office divin, c'est-à-dire dont tous les jours sont des jours de fêtes, devant les employer dans la désoccupation des choses de la terre, et l'occupation de ce qui regarde le service de Dieu? Mais loin de s'employer dans l'exercice de la sainte oraison, plusieurs n'ont pas même de livres spirituels, afin au moins de faire quelque lecture réfléchie sur les grandes vérités chrétiennes.

Lsaïe prophétisant de l'Eglise, dit : Que Dieu y fera venir, comme dans sa maison, qui est la maison de prière. (Isa. lvi, 7.) La prière est donc propre à l'Eglise, et tous les tidèles en sont autant de temples ; chacun d'eux doit être une maison de Dieu, une maison de prière : a plus forte raison, ceux qui en sont les sentinelles, comme les appelle le même prophète ( Ibid., 10 ); mais il ajoute que ce sont des sentinelles aveugles qui sont dans l'ignorance, qui n'eut aucune intelligence ; ainsi chacun se détourne dans sa voie, chacun suit ses intérêts, depuis le plus grand jusqu'au plus petit.

Les prêtres ne comprennent point les merveilles que Dieu fait en eux et par eux ; ils n'en demandent point l'intelligence, et ne les examinent point ; plusieurs ne connaissent point les voies de Dieu ; comment les enseigneraient -ils aux autres? Ah 1 si nous pénétrions l'élévation sublime de notre état ! Tous les siècles depuis l'incarnation du Verbe ont admiré qu'il a été soumis à la très - glorieuse Vierge et à saint Joseph; mais comment n'admirons-nous pas l'obéissance qu'il rend aux prêtres tous les jours? Us ne prennent pas seulement son heure, il se rend entre leurs mains quand il leur plaît; aussitôt qu'ils ont prononcé quatre ou cinq paroles, il leur obéit en même temps, et avec une telle exactitude, que depuis tant de sicclés, il n'y a pas manqué une seule fois, et en autant dé lieux que l'on a célébré les divins mystères. Quel sujet de méditation pour nous ! Si nous le considérions bien, auparavant de le célébrer, et en célébrant le trèssaint sacrifice de la messe, dans quel abîme d'admiration devrions-nous nous perdre?

Dans quel état nous trouverions-nous, si nous considérions avec attention, quand nous approchons du saint autel et lorsque nous y sommes, que le même Dieu qui s'est incarné dans les entrailles de la pure Vierge, qui s'est immolé pour nous sur une croix, va nous obéir et se rendre entre nos mains ? Nous disons hautement que les puissances des cieux tremblent en sa présence; mais pensons-nous bien à ce que nous disons? Vers de terre, poussière et cendre que nous sommes, entrons-nous dans de saints mouvements d'une divine frayeur? Ceux qui se précipitent en célébrant la messe, que les

mondains appellent habiles à dire la messe, pourraient-ils agir de la sorte, s'ils pensaient sérieusement à la grandeur infinie de Dieu a qui ils parlent, et dont ils célèbrent les mystères redoutables? Un prélai a été obligé de leur ordonner de parler au moins à Dieu, comme ils feraient à un honnête homme.

Si l'on entretenait unechétive créature avec la même précipitation, on passerait pour insensé. Quelle illusion de ceux qui, pour s'excuser, disent que c'est pour éviter les distractions 1 En vérité c'est bien être dans une distraction perpétuelle de l'infinie majesté de Dieu, de la traiter de la sorte 1 Quel défaut de respect à ceux qui célèbrent devant ies giands de la terre , qui , pour leur plaire et de peur de les ennuyer, traitent un Dieu avec tant d'incivilité et d'une manière si surprenante! mais que deviendrontils, quand ils le verront dans sa grandeur à son redoutable tribunal ? C'est ce qui passe toute pensé. Sainte Thérèse parlant de ce qui lui était montré dans ses ravissements, assure que quand on emploierait toute s'a vie pour se figurer quelque chose de pareil, on ne le pourrait pas ; mais à là mort ce sera bien une autre connaissance ; il n'y a point de prêtre qui ne doive être consumé de crainte , quand il n'aurait célébré qu'une seule fois la sainte messe. 0 mon Seigneur et mon Dieu, que les hommes ne vous connaissent-ils !

En vérité ce n'est guère le connaître que de le traiter avec si peu de respect, et en célébrant les divins mystères, et en y assistant et se trouvant dans ses temples. Les infidèles s'élèveront au jugement et ils nous condamneront. (Matth. xn, h-i.) Les Turcs n'entrent dans leurs temples qu'après avoir quitté leurs souliers, ils n'oseraient pas même y cracher; ils ordonnent la peine de plusieurs coups de bâton à ceux qui dans les rues mêmes ne descendent pas de cheval ou de carrosse quand ils passent devant leur mosquée. Que diront ici tant de Chrétiens qui se comportent si peu respectueusement dans nos églises? Ils sont cause que Je nom de Dieu est blasphémé parmi les infidèles ; c'est ce qui a donné quelquefois sujet à des Turcs qui avaient pris le dessein de se faire chrétiens, de changer de sentiment, alléguant pour raison qu'ils ne pou-

vaient croire que la religion des Chrétiens fût véritable, après avoir remarqué si peu de respect dans nos églises. Mais non-seulement ceux qui n'y gardent pas le uespect sont pires que les infidèles, mais encore pires que les démons mêmes. Le Saint-Esprit, parlant par saint Jacques en son Epître catholique (h, 18,19), nous apprend que les démons croient, et que cette foi ies fait trembler. Les Chrétiens disent qu'ils ont la foi ; mais comment la peuvent-ils montrer sans les œuvres? C'est ce que nous enseigne encore le Saint-Esprit dans la même épitre. Que peut-on dire, écrit saint Augustin, de plus vrai, de plus fort et en moins de paroles?

Mais comment se peut-il faire, que ces choses se passent à la vue de tout le monde» et que l'on garde le silence? 11 est très-vrai, si dans une église on marchait sur le manteau, sur la jupe d'une dame, on ne manquerait pas d'en avertir; on traite avec irrévérence un Dieu, et on n'oserait pas dire un mot. Nous l'avons remarqué, on rougit d'un Dieu, on a honte de soutenir ses intérêts. Je sais une cathédrale dans laquelle on députe des ecclésiastiques pour empêcher que l'on n'y causev que l'on y commette des irrévérences; d'où vient que cela ne s'observe pas dans les autres églises? J'ai vu des pauvres gens de la campagne donner des gages à de certaines personnes pour veiller les jours et les nuits pour empêcher que leurs blés ne soient mangés ou gâtés paF les bêtes. Le corps de Jésus-Christ est le froment des élus ; n'y aura-t-il personne qui fasse quelque fondation pour empêcher qu'il ne soit déshonoré. Un pauvre public, qui à peine a de quoi vivre, fournira des gages pour de chétifs intérêts, et des villes riches, des seigneurs qui gagent des gens pour être à leur porte, et même les ministres saerés de la maison de Dieu, n'auront pas le zèle de rien faire pour eu ôter les honteuses profanations. Ce défaut de zèle touchait si vivement saint Jeau Chrysostome, qu'il s'écrie, qu'il est dans l'étonnement de ce que les foudres ne tombent pas sur ceux qui commettent des irrévérences dans les églises, et sur ceux qui ne font pas ce qu' ils peuvent pour les empêcher.

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