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CHAPITRE IV

Il faut suivre Jésus-Christ : la troisième leçon qui nous est enseignée par ce divin Maître.

Le Chrétien qui s'est engagé avec le secours divin au renoncement de soi-même et à porter sa croix (conditions nécessaires pour entrer dans l'école de Jésus-Christ), peut être heureusement de sa suite : honneur inestimable 1 bonheur qui passe toute pensée, puisque c'est à la suite de ce Seigneur de toutes choses que l'on trouve le salut éternel, que l'on y apprend le chemin qui conduit au ciel , que l'on y marche avec sûreté et avec persévérance 1

Jésus dit à ses disciples (Matth. xvi, 24) : Si quelqu'un veut venir après moi , quil renonce d soi-même , quil porte sa croix et qu'il me suive. Voilà l'abrégé de la doctrine chrétienne, de toute la vie spirituelle; abrégé qui n'est pas composé par quelque docteur en théologie, ou docteur mystique, ou quelque saint homme, mais par le maître de tous les docteurs, par un Homme- Dieu. Il faut le suivre, et à quel autre irait-on? C'est lui qui a les paroles de la vie éternelle. [Joan. vi, 69.) Le commandement qu'il lait, et qu'il a reçu de son Père, mène à la vie éternelle. (Joan. xn, 50.) Il proteste qu'il n'est pas venu pour condamner le monde , ruais pour sauver le monde. C'est [tour le sauver que le Père éternel a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais quil ait la vie éternelle. Si quelquesuns se perdent, le sujet de leur condamnation est que la lumière est venue au monde et que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumièret parce que leurs œuvres étaient mauvaises. (Joan. m, 16, 19.)

Mais celui qui suit Jésus-Christ ne marche point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. (Joan. vm, 12.) Il déclare qu'il est la lumière qui est venue au monde, afin que quiconque croit en lui ne demeure pas dans les ténèbres. Dans l'affaire du salut éternel il n'y a rien à risquer : c'est uneatlaire d*une conséquence inûnie , mais nous ne la pouvons assurer qu'en suivant l'adorable Jésus. Ses lumières sont infaillibles ; il publie hautement qu'il est la porte des brebis, et que si quelqu'un entre par lui, il sera sauvé. Ainsi ses véritables brebis le suivent, et il assure qu'il es! venu afin qu'elles aient la vie , et qu'elles l'aient avec plus d'abondance (Joan. x, 7, 9, 10) : ceux qui suivent des étrangers, le monde et ses partisans seront perdus.

Personne ne va k son Père que par lui :

ce qui lui fait nous enseigner qu'il est le chemin , la vérité et la vie. (Joan. xiv, 6.) Il est le cbemin par le mérite, par la doctrine et l'exemple. S'il est donc le chemin pour aller au ciel , et qu'il n'y ail personne qui l'enseigne véritablement que lui, c'est une nécessité indispensable de demeurer à sa suite pour l'apprendre. On a vu dans l'antiquité des trois ou quatre mille disciples dans l'école d'un célèbre philosophe. Ces philosophes prometttaient à leurs sectateurs qu'ils les rendraient bienheureux; mais ayant connu Dieu et ne rayant pas glorifié, comme dit l'Apôtre (Rom. i, 21, 22), ils se sont perdus dans la vanité de leurs raisonnements ; et leur esprit insensé a été rempli de ténèbres , car se disant sages (et ils prenaient même la qualité d'amis de la sagesse) ils sont devenus fous. Le monde est encore rempli de ces sages, qui confessent qu'ils connaissent Dieu; et ils le renoncent par leurs actions. (Tit. i, 16.) Jésus-Christ est la sagesse et la vérité, et ils le renoncent par leur folie et par le mensonge , s'attachant aux funestes maximes du siècle.

Mais, nous crie notre divin Maître (Joan. xn, 26) : Que celui qui me sert me suive ; que celui qui me sert, soit où je suis moi-même et mon Père ihonorera. Quelle gloire a une chétive créature d'être honorée par un Dieu son créateur ! quel bonheur d'être où sera Jésus-Christ dans l'éternité bienheureuse ! Mais pour être éternellement dans le ciel, il le faut suivre où il est en la terre.

Or l'adorable Jésus en cette vie y est tout dans la privation de ce que le monde estime et recherche : c'est pourquoi l'Evangile nous apprend qu'il en a toujours enseigné le détachement à ceux qui l'ont voulu suivre. Lorsqu'il marc liait par le chemin, dit saint Luc, un homme , et saint Mathieu (vm, 19) nous apprend que cet homme était un Scribe, c'est-à-dire, un docteur de la loi , vint lui dire : Je vous suivrai partout où vous irez. Il semble que ces paroles marquaient une grande résolution en ce docteur ; pour lors le Fils de Dieu lui dit : Les renards ont des tanières et (es oiseaux des nids , mais le Fils de l'Homme n'a pas où reposer sa tête : lui déclarant l'extrême pauvreté où il s'était réduit, et la nécessité par conséquent au moins du détachement des choses du siècle à ceux qui voulaient aller après lui. // dit à un autre : Suivez-moi ; ce qui marque une vocation spéciale ; et saint Mathieu (vm, 21) écrit qu'il était du nombre de ses disciples. Et celui-ci dit : Seigneur permettez-moi d'aller premièrement ensevelir mon père. Jésus lui dit : Laissez aux morts le soin d'ensevelir les morts ; et pour vous, allez annoncer le royaume de Dieu. Un autre lui dit : Seigneur , je vous suivrai, mais permettez -moi auparavant de disposer de tout ce que j'ai dans ma maison. Jésus lui dit : Quiconque a la main à la charrue et regarde derrière soi n'est pas propre pour le royaume de Dieu. (Luc. ix, 57-62. j

Que l'on fasse de sérieuses réflexions sur ce que notre Maître céleste nous enseigne au sujet de ces personnes, et l'on verra combien il a été nécessaire de donner pour première leçon à ses disciples le. renoncement à soi-même, ce qui suppose le renoncement à toutes choses pour pouvoir être de sa suite. Que les pères et les mères tremblent, comme nous l'avons dit plusieurs fois, dans les empêchements qu'ils font à leurs enfants d'entrer dans le renoncement du siècle pour suivre le Fils de Dieu dans le cloître. Que ceux qui y sont appelés s'instruisent par cette doctrine d'un Homme-Dieu, de l'obligation qu'ils ont de n'avoir aucune considération pour leurs parents ni pour quoi que ce soit, quand il s'agit de suivre les conseils d'un Dieu. Qu'un chacun considère que la doctrine et les exemples que nous venons île rapporter, ne sont pas les décisions de casuisles seulement, ou de docteurs en théologie, mais la doctrine assurée et toute certaine d'un Dieu.

Mais, nous servant toujours de 1 autorité du saint Evangile, prouvons encore ces vérités par ce qui est enseigné dans saint Luc (xvm , 18-23) . et dont, nous avons déjà parlé, où il e;>t ra pporté qu'un seigneur avant denundé à notre Sauveur Jésus-Christ ce qu'il fallait faire pour posséder la vie éternelle, et notre Sauveur lui ayant dit qu'il fallait garder les commandements; à quoi cet homme ayant répondu qu'il les avait gardés dès son enfance; pour lors l'adorable JéMis lui dit : Il y a encore une chose qui vous manque : Vendez tout ce que vous avez et le donnez aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel ; après cela , venez et me suivez. Lorsqu'il entendit ces paroles il s'affligea, parce qu il était fort riche. Alors, dit saint Marc (x, 24) , Jésus regardant autour de lui, dit à ses disciples: Quil est difficile que les riches entrent dans le royaume de Dieu. Et saint Matthieu (xix, 16) nous apprend que Notre-Seigneur, enseignant cette doctrine, se servit de ces paroles : Je vous dis en vérité ; et que les disciples ayant ouï ces paroles, en furent fort étonnés. Saint Marc nous fait connaître qu'ensuite de cet étonnement, Notre-Seigneur les leur répéta encore.

Tout cela ne prouve-t-il pas invinciblement la nécessité du dégagement des choses de la terre, pour être à la suite de Jésus- Christ? Les trois évangélistes disent tous qu'il ne dit à cet' homme riche : Tenez et me suive*, qu'après lui avoir donné le conseil de quitter tous ses biens. Nous demeurons d'accord ici qu'il faut distinguer le conseil d'avec le précepte, et qu'on ne les doit pas confondre. Cependant l'on doit remarquer combien il e^t dangereux de ne pas suivre le conseil dans l'exemple de ce jeune homme, il a;.suKe qu'il avait gardé les commandements dès sa jeunesse; et saint Marc dit (x, 21) qu'après ces paroles notre Sauveur le regardant, l'aima. Le voilà donc aimé de Dieu ; quelle est donc la cause qu'il s'en sépare , qu'il s'en va trbte et affligé ,

qu'il se retire de Jésus-Christ, si ce n'est parce qu'il ne veut pas suivre son conseil ? Saint François de Sales remarque que l'on ne sait point qu'il y soit jamais retourné, et qu'étant encore jeune , comme saint Matthieu nous le fait connaître (xix, 20), il aura peut-être vécu après la publication de J'Evangile sans le recevoir, et qu'ainsi il aura été perdu.

Nous avons connu particulièrement une religieuse d'un grand mérite, qui non-seulement pour n'avoir pas quitté le monde, mais pour être entrée dans un ordre religieux étant appelée à un autre, a souffert beaucoup de peines, comme elle nous l'a déclaré; cependant l'Ordre qu'elle avait embrassé était très-réformé et d'une étroite observance. Le Fils de Dieu ordonnant à saint Jean, son bien-aimé disciple (et cette qualité nous oblige de lui avoir une dévotion particulière, à laquelle nous exhortons de tout notre cœur dans les occasions) , lui ordonnant, dis-je, d'écrire à l'évêque de Laodicée qui s'estimait riche de toutes sortes de richesses de la grâce, eu sorte qu'il pensait qu'il ne manquait de rien , qu'il était néanmoins malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu : la raison qu'il en rend n'est pas qu'il n'ait pas gardé les commandements , mais parce qu'il est tiède, et que n'étant ni froid ni chaud, il commencera de le vomir de sa bouche. (Apoc. m , 17.) C'est que comme l'estomac relâché par les liqueurs tièdes ne les rejette que peu à peu et à diverses reprises, ainsi le Sauveur n'abandonne pas tout à coup les âmes faibles et négligentes, voulant donner lieu à leur conversion : mais enfin elles sont rejetées si elles ne font pas pénitence.

Nous devons prendre garde a ne pas endurcir nos cœurs , quand il nous fait entendre sa voix et qu'il nous appelle comme son ancien peuple (Psal. xciv,8-ll), qui pour cela a été rejeté du repos de son royaume. Nous avons des exemples puissants en la personne de plusieurs apôtres, [tour nous animer généreusement à suivre 'a vocation divine avec promptitude et fidélité. L'évangéliste saint Matthieu nous apprend (iv, 18-22) que Notre-Seigneur ayant appelé saint Pierre , et saint André, et saint Jacques, et saint Jean, dès ce moment ils laissèrent leurs filets qui leur servaient à pêcher et le suivirent; que l'ayant encore appelé, lui qui était assis au bureau des impôts publics, et lui ajant dit : Suivez-moi, aussitôt il se leva et le suivit (Matth. ix,9), et saint Luc écrit qu'il abandonna toutes choses (Luc. v, 28), ce qui est bien remarquab'e ; car on ne peut assez le répéter : il faut renoncer à soi-même et aux choses rte la terre, au moins par le dégagement, pour suivre Jésus-Christ.

Il parle du royaume de Dieu au peuple qui l'avait suivi dans le désert, il guérit ceux qui en avaient besoin, il fait un grand miracle pour leur donner à manger, il les reçoit bénignement à sa suite, c'est parce qu'ils étaient séparés des créatures. C'est

LE CTTTIETTEN WCONNU. — LIV. ÎÏI.

pourquoi, redisons-le encore, il donne pour première leçon à ses disciples le renoncement, qui, ne se pouvant faire sans beaucoup de peines, il donne pour deuxième leçon qu'il faut porter sa croix. Il faut s'engager dans ces conditions pour être de sa suite. C'est pourquoi voyant saint Pierre qui n'était pas pour lors dans cette disposition , il lui dit : Voies ne pouvez maintenant me suivre ; à quoi ie saint répondit : Pourquoi ne puis-je pas vous suivre maintenant ? je donnerai ma vie pour vous. (Joan., xm, 36, 37.) Mais peu de temps après, loin de donner sa vie, il le renonce trois fois lâchement. Ce qui doit apprendre que souvent on se trompe dans ses sentiments et résolutions. On pense que l'on fera merveille dans le service de Dieu , que l'on est prêt à tout souffrir, et dans les occasions l'on commet des infidélités pitoyables.

Mais le Fils de Dieu ayant prédit à son même apôtre (Joan. xxi, 19) qu il mourrait du supplice de la croix, il ne lui dit plus : Vous ne pouvez plus me suivre; mais après il lui dit : Suivez-moi. Il le faut suivre portant sa croix avec les saintes femmes de Jérusalem , qui pleuraient et s'affligeaient avec lui (Luc. xxm, 27), et ne le pas suivre en crainte comme ses disciples (Marc, x, 32), lorsqu'il allait en cette ville pour y souffrir. Humilions-nous cependant devant notre Seigneur Jésus-Christ; reconnaissons noire peu de foi. Saint Jean dit (xn, 37) que les peuples ne croyaient point en lui, quoiqu'il eût fait de si "grands miracles devant eux. Mais comment y croyons-nous , nous qui le reconnaissons pour notre Dieu ? Crions-lui en toute humilité avec l'aveugle de l'Evangile (Marc, x , 52) : Maître, que je voie, afin qu'étant délivrés avec lui de notre aveuglement, nous suivions Jésus par le chemin.

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