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CHAPITRE V

Ceux qui suivent le monde ne suivent point Jésus-Christ.

Ce chapitre est une continuation de plusieurs vérités dont nous avons déjà parlé en différents lieux , et particulièrement que les Chrétiens ne sont point du monde, qu'ils y sont morts, et que Notre-Seigneur n'y ayant point eu de part, nous n'y en devons point avoir. Comment pourrait-on donc suivre le monde et suivre Jésus-Christ ? Ce divin Maître nous assure (Joan. xvm , 36) que son royaume n'est pas de ce monde, et il veut si fortement que les hommes le sachent, qu'il le répète deux fois. Ceux donc qui sont du monde ne sont pas ses sujets, loin d'être de sa suite. Ce débonnaire Sauveur dit aux Juifs : Vous êtes de ce monde et je ne suis pas de ce monde; et à ses disciples, vous n'êtes pas du monde. (Joan. vin, 23; xv, 19.) Le véritable caractère donc des disciples de Jésus-Christ, qui le suivent, est de n'en être pas , et c'est ce qui les distingue d'avec les Juifs et les infidèles. Le Fils rie Dieu nous déclare encore que le diable est le prince du monde (Jonn. xn, 31j ; cette

expression peut-être pourra sembler dure à. quelques-uns; cependant ce sont les propres paroles de Jésus-Christ, et on ne doit pas trouver étrange que l'on parle comme Dieu parle, et que l'on écrive comme les apôtres et les évangélistes ont écrit. Il est même comme le père du monde pécheur; car le Saint-Esprit nous enseigne dans la /** Epltre de saint Jean (m, 18), que celui qui pèche est enfant du diable. Et l'Apôtre nous apprend (/ Tim. n, 26) que dès cette vie présente les démons tiennent les pécheurs captifs selon leur volonté. Vérité terrible I le monde pécheur est sous la captivité du démon , qui le mène suivant sa volonté. Il ne faut pas être surpris, après cela, s'il tombe d'abîme en abîme , de péché en péché. Ainsi quand on lui parle de quitter ses vices et ses passions, il dit qu'il ne le saurait, ce qu'il pourrait néanmoins en la vertu de Jésus-Christ, en qui nous pouvons tout. Ohl si les braves du monde, qui se piquent de courage et de force, savaient l'effroyable esclavage du démon dont ils sont les captifs l Ohl si ces beaux messieurs, ces belles dames du monde . qui s'étudient avec tant de soin à vivre en leur liberté, savaient la misérable servitude où ils sont réduits ayant le démon pour tyran , qui les mène comme il veut l Si Dieu ouvrait les yeux pour découvrir ce qui se passe dans le monde , que l'on y verrait d'épouvantables choses î

Cependant la lumière est venue au monde, et les hommes ont mieux aime' les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises ; car quiconque fait mal, hait la lumière. (Joan. m. 19.) Or le Saint-Esprit nous enseigne que tout le monde consiste en malice (I Joan. v, 19), ce sont les propres paroles de l'Ecriture ; donc le monde aime mieux les ténèbres que la-lumière. 11 ne suit pas Jésus-Christ; car, comme nous l'avons dit, celui qui le suit ne marche point dans les ténèbres; et. celui qui y marche, nous dit cet adorable Sauveur, ne sait où il va. (Joan. vin, 12.) Grande vérité peu considérée : le monde ne sait où il va, parce qu'il est dans le chemin de perdition, et qu'allant dans la maison de son éternité (Eccle. xn, 5), il s'en va dans le feu éternel. Il passe ses jours dans les satisfactions de la vie , et dans un moment il descend dans les enfers. (Job xxi, 13.) Le monde passe et la concupiscence aussi, nous enseigne le disciple bien-aimé (J Joan. h, 17) ; la mort ne tardera guère; en ce jour-là tous ses desseins et ses entreprises s'évanouiront ; est-ce la peine de s'en embarrasser, de s'en inquiéter? et à des choses qui passent si vite pour ne revenir jamais! Hélas 1 nous restera-t-il rien des faux biens de la terre, de ses honneurs trompeurs, de ses malheureux plaisirs ? Nous mourons tous les jours, nous approchons de notre dernière heure, et l'enchantement où le démon et le péché nous mettent est si étrange , que nous vivons comme si nous ne devions jamais mourir.

Le monde passe et sa concupiscence dans la

CEUVRES COMPLETES DE BOUDON

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volupté des sens, le désir des honneur?, et la curiosité de savoir. (1 Joan. n, 16.) C'est de ce monde que le Fils de Dieu assure qu'il n'est point, ni ses disciples; et il n'entend pas par ce monde l'univers, les éléments, la terre, ni ia société civile des personnes dans les différentes conditions et étals qui s'y rencontrent ; c'est ce qui nous donne Heu de considérer ici ce que nous avons remarqué dans le livre du Malheur du monde, que la divine Providence nous a fait donner au public, où nous avons traité amplement du malheur déplorable du monde corrompu; qu'il y a des personnes dans le siècle qui ne sont point de ce monde, et qu'il y en a qui en sont véritablement et qui en ont tout l'esprit, quoiqu'elles en soient séparées par le cloître, comme les personnesreligieuses, ou par la sainteté de leur état, comme les ecclésiastiques.

Combien y a-t-il eu de personnes qui au milieu des embarras du siècle ont usé du monde comme n'en usant point? (1 Cor. vu, 31.) Que l'iniquité se ferme la bouche, que le pécheur ne s'égare point en cherchant des excuses dans ses péchés. (Psal. cxl , i.) Les rois et les princes sont ceux, sans doute qui sont plus dans le monde; et il y en a plusieurs qui y ont été comme n'y étant point : comme un saint Henri empereur, le grand dévot de la Mère de Dieu, saint Louis, roi de France, saint Edouard, roi d'Angleterre, et saint Etienne, roi de Hongrie.

Mais d'autre part il y a des personnes séparées du monde par leur état et par leur profession, qui y sont bien plongées en esprit et par leurs attachements. Un religieux est un mauvais riche en esprit, qui après avoir fait vœu de pauvreté, a encore l'esprit de propriété en se réservant des choses particulières. Car parmi les personnes religieuses, tout, à l'imitation des premiers Chrétiens (Act. H, 45; iv, 32), doit être mis en commun, et on doit distribuer ce qui est nécessaire à un chacun selon son besoin. L'usage des pensions que l'on a introduit, et qui n'entre point entièrement dans le commun, est la cause d'un grand relâchement dans les communautés régulières, d'autre part fort réglées, quand on en laisse la disposition aux particuliers. Si l'on considère l'esprit et la vie de tous les saints fondateurs de chaque Ordre, et de tous leurs premiers religieux, on verra qu'elle horreur ils auraient eue de ce dérèglement.

Certainement saint François de Sales dans ces derniers temps, où la concupiscence du monde règne , quoiqu'il ait donné à ses religieuses des constitutions d'une douceur admirable, comme les appelle l'Eglise, a bien pensé à remédier à ce désordre, lorsqu'il veut même que l'on change aux religieuses leurs chapelets de temps en temps, de peur que la propriété ne s'y glisse ; mais s'il ne veut pas qu'une religieuse garde un chapelet d'un prix si modique, comment aurait-il permis d'avoir une pension, que les gens du siècle disent être accordée, pour les .menus

plaisirs, à des personnes qu'il a voulu porter toutes extérieurement une croix, pourleur faire souvenir que leur vie doit être crucifiée.

Les ecclésiastiques, qui sont séparés du monde par la sainteté de leur état, en même temps qu'ils reçoivent, en prenant la tonsure^e saint habit de la religion du clergé (car c'est ainsi que l'Eglise l'appelle), en conservent-ils l'esprit, lorsque s'étant dépouillés de l'habit séculier (c'est encore comme l'Eglise parle), ils le portent dételle manière, qu'à peine les peut-on distinguer d'avec les personnes séculières ? Comment pourrait-on même penser que ces ecclésiastiques ne sont pas du monde, qui sont tous pleins de désirs des biens temporels, de ses honneurs, de ses plaisirs, après cependant qu'ils ont déclaré aux pieds des autels, devant l'évêque, et à la face de l'Eglise, qu'ils ont pris le Seigneur pour leur portion el héritage. (Psal. xv, 5.)

Ce n'est donc pas assez de sortir extérieurement du siècle, pour n'être pas du monde: le dégagement en est nécessaire pour être à la suite de Jésus-Christ, dont la vie doit paraître visiblement sur notre corps, comme nous l'enseigne son Apôtre (// Cor. iv, 19) ; qui veut encore que la modestie des Chrétiens soit connue à tous les hommes, parce que le Seigneur est proche. (Philip, iv, 5.) Vérité bien certaine, vérité bien peu connue. 11 faudrait ici crier à tous les Chrétiens avec le même Apôtre : Dieu est si proche de nous, que nous vivons, que nous nous remuons, que nous sommes en lui. (Act. xvn, 28.) On a écrit de saint François de Sales, qu'on le voyait toujours dans une modestie admirable, et même quand il était seul : ce que l'illustre évêque de Bellay écrit lui être arrivé, ayant eu dessein par une pieuse curiosité de le considérer, quand il pensait n'être vu de personne ; et ce grand évêque dit que c'est parce qu'il était toujours en la présence de Dieu.

J'avais, dit le Prophète-Roi (Psal. xv, 8), le Seigneur toujours présent devant moi, parce qu'il est à ma droite de peur que je ne sois ébranlé. C'est le grand moyen pour n'être pas ému du respect humain, à la présence des personnes du monde, pour ne pas s'embarrasser de plaire aux créatures. Le monde réprouvé en portera la privation pour jamais dans l'enfer, ce qui sera leur peine. Dieu seul sera toutes choses en tous dans le ciel, ce qui fera le bonheur inexplicable des bienheureux.

Est-ce aux hommes, s'écrie l'Apôtre (Galat i, 10), que je désire de plaire ! Si je cherchais encore de plaire aux hommes, jene serais pas serviteur de Jésus-Christ. C'est l'un des grands malheurs du monde, de vouloir plaire aux hommes, et c'est ce qui l'empêche d'être véritablement à son service et à sa suite. Mais ce dérèglement domine particulièrement dans les femmes, quoiqu'il se trouve aussi parmi les hommes, et c'est d'une manière spéciale dans les habi-ts.

Le stand serviteur de Dieu, le P. de Con.

LL Ullifcilr.A INCONNU. — LIT. III.

flren, considérant ce désordre, le qualifiait de folie ; la raison est que l'on convertit la matière de notre déshonneur en instrument de vanité. Mais l'insensé ne connaît point ces vérités, et le fou ne les pourra comprendre. {Psal. xci, 7.) Dans la justice originelle nous eussions été revêtus de la grâce de Dieu, et d'une parfaite pureté; nous eussions porté l'image de Dieu. L'homme s'en étant privé est devenu semblable aux botes, et Dieu l'a revêtu de leurs dépouilles. C'est en qualité de pécheurs que nous en sommes -vêtus ; nos habits sont les livrées d'un criminel, ils sont la peine du péché. C'est à quoi les Chrétiens devraient penser dès le matin en les prenant, et ne les regarder que comme la matière de notre confusion, et n'y trouver autre chose ; mais quelle horreur, comme nous l'avons déjà dit, de voir des femmes porter la figure de la croix de Jésus-Christ, sur laquelle il à souffert des opprobres incompréhensibles, sur laquelle il est mort pour le salut de tous les hommes, et s'en servir à la vanité, et par les ornements qu'elles y attachent, d'occasion de tentation, et de la perte des âmes. Pourrait-on jamais se représenter une insulte pareille, si l'expérience ne nous ôtait le lieu d'en douter?

Après tout, ce n'est pas seulement quelque casuiste, mais le Saint-Esprit qui parlant par la bouche de ses apôtres, veut que les femmes soient modestes dans leurs habits. Saint Pierre parlant aux femmes (IPetr. m,2- 5), et, ce qui est considérable, à des femmes mariées, il leur dit que leurs maris considéreront la chasteté qu'elles gardent dans leur conduite ; que méprisant ce qui paraît au dehors, elles ne frisent point leurs cheveux, ni ne se parent point d'or nide riches habits ; mais qu'elles ornent ï homme du cœur au dedans, par la pureté incorruptible d'un esprit tranquille et modeste, qui est très-riche devant Dieu : car c'est ainsi qu'autrefois les saintes femmes qui espéraient en Dieu se paraient.

L'Apôtre saint Paul écrivant à Timothée (/ Tim. ii, 9, 10), veut que les femmes soient vêtues de robes décentes, et parées avec pudeur et modestie, sans se friser et sans porter ni or, ni perles, ni habits somptueux ; mais comme il est bienséant à des femmes, qui par de bonnes œuvres font profession de piété.

Dieu a toujours déclaré l'horreur qu'il a des ornements de la vanité du siècle. Il dit par le prophète Isaïe : que les filles de Sîon se sont élevées; qu'elles ont marché la tête haute, en faisant des signes des yeux et des gestes des mains; quelles ont mesuré tous leurs pas, et étudié toutes leurs démarches : c est pourquoi le Seigneur rendra chauve leur tête, il arrachera tous leurs cheveux, il leur ôtera leur chaussure magnifique, leurs croissants d'or, leurs filets de perles, leurs bracelets, leurs rubans de cheveux, leurs jurrelières, leurs chaînes d'or, leurs boîtes de parfums, leurs pendants d'oreilles, leurs bagues, les pierreries qui leur pendent sur le

front, leurs robes magnifiques, leurs écharpes, leur beau linge, leurs poinçons de diamaritsjeurs miroirs, leurs chemises de grand prix, leurs bandeaux et leurs habits légers contre le chaud de l'été; l'esprit de Dieu ajoute : que leur parfum serachangéen puanteur, leur ceinture, d'or en une corde, leurs cheveux frisés en une tête nue et sans cheveux, et leur riche corps de jupe en un cilice. {Isa. m, 16 et seq.)

Mais si l'esprit de Dieu nous publie si hautement son aversion pour les ornements de la vanité du siècle , quelle horreur n'aura-t-il pas pour les infâmes nudités des femmes ? Autrefois Tertullien a dit : que c'était une marque d'unechasteté prostituée; et qu'il avait de la peine à croire qu'une femme fût chaste, qui découvrait ce qui était en elle de plus capable d'allumer les feux de la convoitise, comme son sein, sa poitrine et ses épaules, et.il qualifie ces choses des soufflets pour le feu de l'impureté. Saint lérôme a cité l'exemple des filles de Phidon l'Athénien, qui aimèrent mieux se jeter dans un puits que paraître découvertes. Et Pline sur ce sujet remarque le soin de la nature, pour conserver la pudeur des femmes noyées, en ce que leur corps, au contraire de celui des hommes, nage sur l'eau la face en bas.

Saint Cyprien et saint Paulin remarquent que souvent les démons n'oseraient découvrir indécemment les femmes possédées.

Ne peut-on pas dire après cela, avec justice, que celles qui se découvrent sont pires que les démons? Mais pourrait-on croire jusqu'où leur effronterie les porte, si on ne le voyait ! 11 y en a qui se font voir dans cet infâme état jusque dans nos églises, et aux pieds de nos autels. Certainement c'est bien là l'abomination de la désolation dans le lieu saint. Malheureuses créatures, qui viennent disputer à Dieu , jusque dans sa propre maison, la conquête des cœurs, et lui ravir des âmes pour lesquelles il a donné jusqu'à la dernière goutte de son sang. Il y a même des églises où ces mondaines se trouvent à la célébration des dernières messes, avec leurs partisans, pour y faire une cruelle guerre à Jésus-Christ. O prêtres du Seigneur, comment pouvez-vous célébrer les mystères redoutables devant une telle assemblée !

L'Apôtre nous déclare que toute femme qui prie Dieu sans être voilée se déshonore elle-même. (ICor. xi, 5.) Et il traite cela comme une vérité qui ne peut être contestée. C'est pourquoi il en fait juges ceux à qui il en écrit. Après, il ajoute (ICor. xm, 16) : Que si quelqu'un soutient le contraires je lui déclare que ce n'est pas notre coutume, ni celle de l'Eglise de Dieu. Que les mondaines entendent ces paroles du grand Apôtre, qui tâchent de se défendre par les faux prétextes que la nature corrompue et les démons leur suggèrent. Disons dans l'esprit de vérité , comme il est écrit dans f Apocalypse ( xvi, 15 ) : Heureux celui qui conserve ses vêtements , afin qu'il

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