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ŒUVRES COMPLETES DE BOUDO*

ne marche point nu, et que fon ne voie point sa honte !

La vanité du monde se manifeste encore dans les danses, et c'est dans les bals qu'elle paraît avec plus d'éclat. Nous ne prétendons pas dire que les danses d'elles-mêmes soient mauvaises, pour ne fias outrer les choses; mais comme les saints Pères ont invectivé fortement contre, nous pensons au moins qu'elles sont très-dangeureuses et souvent pernicieuses, à raison des occasions qu'elles donnent de pécher dans les bals où se trouvent les personnes de condition; ordinairement les femmes s'y font voir découvertes, et c'est le malheur que nous avons déploré. Dans les danses des personnes du commun, on y chante des chansons pleines de paroles équivoques au sujet de la pureté, ce qui donne liea aux mauvaises pensées : et de plus, les libertés que les personnes de différent sexe y prennent les unes avec les autres, servent d'occasions à l'offense de Dieu.

C'est ce qui a obligé le m* concile d'Arles de les défendre : et les conciles de Sens, d'Agde, le canon 53 du concile de Laodicée, et le 62 du 111e concile de Constantinople. Saint Jean Chrysostome (nom. 42 in Act.) les appelle des danses du démon, et ceux qui y sont, des fous et des bêtes. Saint Au-

f;ustin dit [Lib. de nuptiis) que la danse est e propre de la tille d'Hérode, et non pas d'une personne chrétienne. Il faut, disent les saints, que la danse soit quelque chose de bien terrible, puisqu'elle a renversé si étrangement le jugement d'Hérode, qu'il a fait mourir le plus grand des prophètes, quoique d'autre part il le craignît, et sût qu'il était un homme juste et saint. (Marc. vi, 20-22.)

Mais ne peut-on pas dire encore présentement, que le jugement est étrangement renversé de ces personnes qui profanent la lête de ce grand saint par des danses publiques? N'est-ce pas en quelque manière vouloir lui insulter? Désordre néanmoins qui est très-commun parmi les peuples, et particulièrement dans les peuples de la campagne, qui s'assemblent les jours des fêtes des patrons des paroisses poury danser et chanter des chansons, et qui finissent par une grande folie, par la chair, ce qui a commencé par l'esprit. La plupart des foires et des assemblées se tiennent ou le jour de quelque mystère qui est honoré particulièrement eu ces lieux-là, ou le jour de la fête du saint qui en est le patron; et elles ont leur origine de la dévotion que l'on a eue aux mystères ou aux saints. Comme l'on V venait de plusieurs lieux différents pour y adorer Dieu dans la célébration des fêtes, et pour les célébrer en esprit et en vérité, on fut obligé ^y apporter du pain et quelque autre chose nécessaire pour les besoins des personnes qui y venaient. Or l'on a passé du besoin à la superfluité; et, ce qui est digne de larmes, on a donné au corps, à la vanité et au démon ce que l'on donnait à Dieu.

Si Dieu crie contre ceux qui font leur volonté au jour qui lui est consacré, qui ne le regardent pas comme le jour saint et glorieux du Seigneur, dans lequel on lui rend l'honneur qui lui est dû en ne suivant pas ses propres inclinations, en ne faisant point sa propre volonté, et en ne disant point de paroles vaines, c'est comme il parle par le prophète Isaïe (Isa. v, 8, 13) : que doit-on donc dire de ceux qui viennent à ces foires ou assemblées les jours consacrés au Seigneur pour en faire des jours de trafic, de négoce, non-seulement pour y dire des paroles vaines, mais des chansons, et pour y faire des danses publiques.

Certainement l'on doit être bien persuadé que le monde ne connaît point Dieu. Le Prophète-Roi nous l'a enseigné par ces paroles (Psal. xiii, 3) : Le Seigneur a jeté les yeux du ciel sur les enfants des hommes, pour voir s'il y en a quelqu'un qui connaît JJieu, et qui le cherche: ils se sont tous égarés ; mais après même qu'il s'est rendu visible se faisant homme, le inonde ne l'a point encore connu. (Joan. 1, 10.) On ne croit pas en lui, on ne croit pas à Jésus- Christ. Le monde lui est tellement opposé, que si uns personne étrangère venait dans le pays des Chrétiens, et que d'autre part un ange lui eût révélé la doctrine de Jésus-Christ, elle ne les pourrait pas discerner, si elle s'arrêtait seulement à leurs sentiments. Ceux que le Fils de Dieu déclare bienheureux , le monde les dit et les regarde comme des malheureux. Ceux qui sont appelés par Jésus-Christ malheureux, le monde les publie hautement bienheureux; on ne peut rien voir de plus opposé.

Mais à qui s'en doit-on rapporter? Ou il faut que le Verbe incarné, la sagesse du Père éternel se trompe, ou le monde : mais il est impossible que Dieu se trompe : donc le monde est dans l'erreur. Qu'il emploie tant de raisons qu'il voudra contre les maximes du Fils de Dieu, ces raisons l'emporteront-elles? Mais celui qui ne croit pas au Filscîe Dieu, dit l'apôtre de la dilection dans sa première Epitre (Joan. x, 10), le fait menteur; vérité terrible si elle est bien méditée 1 Dieu dans l'excès de sachante infinie, ne se contentant pas de nous avoir parlé par ses prophètes, a encore voulu nous instruire par son propre Fils (Hebr. 11, 1), et nous n'écoutons pas ses paroles, non-seulement en pratiquant le contraire, mais étant pleins de sentiments tout opposés, comme si nous voulions protester hautement que ses paroles sont autant de mensonges.

Que le Chrétien rentre en soi-même, pour considérer avec attention son opposition au Fils de Dieu; n'entendons-nous pas tous les jours des gens qui se disent fidèles, dire fortement que les riches, les personnes de plaisirs et dans l'estime du siècle sont bienheureux, quoique le Fils de Dieu enseigne tout le contraire ? Parlant à ses disciples, il leur dit en saint Luc (Luc. vi, 20) : Vous êtes bienheureux vous qui êtes pauvres, vous qui souffrez maintenant la faim, vous qui uleu-

r^z maintenant; vous serez bienheureux, lorsque les hommes vous haïront, qu'ils vous diront des injures. Mais au contraire : malheur à vous, riches, parce que vous ayez votre consolation ; malheur à vous qui riez maintenant. Que le Chrétien, dis-je, réfléchisse sur ses pensées, sur ses paroles ; qu'il examine, s'il pense, s'il parle comme Jésus- Christ; ou au contraire si ses sentiments et ses discours ne lui sont pas entièrement opposés. Quoi que nous ayons déjà parlé de ce malheur du monde, nous avons cru devoir encore remarquer un mal plus grand qu'il ne se peut dire et que l'on ne peut jamais assez dire.

Le grand apôtre nous crie ici (tiebr. n, 1), que nous devons observer d'autant plus exactement tes choses que nous avons entendues, de peur que nous ne périssions; car si la parole qui a été annoncée par les anges a eu tant de force, que quiconque l'a violée, il a reçu Ja punition que sa désobéissance méritait ; comment 1 éviterons-nous si nous méprisons une alliance aussi salutaire, qui ayant été proposée premièrement parle Seigneur, nous a été confirmée par ceux qui l'ont ouï annoncer, et Dieu l'a attestée par des signes et des prodiges, par différents miracles, par divers dons du Saint- Esprit ! C'est de la manière qu'écrit l'Apôtre aux Hébreux, nous instruisant que le mépris des paroles de Jésus-Christ sera plus sévèrement puni, que celui de la parole des anges, c'est-à-dire de la loi qui fut donnée par Je ministère des anges. (Act. vu, 53; Galat. m, 19, 3.)

Quelle confusion au jour du jugement d'avoir donné tant de démentis à un Dieu 1 Que deviendront pour lors ces sages, ces prudents du siècle, ces fortes têtes que l'on a regardés comme les oracles du monde, qui y ont été tant estimés, qui ont si bien su leur monde, qui y ont si bien su faire une haute fortune? Quels reproches les démons ne leur feront-ils pas ? Que leur servira d'avoir eu le nom et la qualité de Chrétiens, d'avoir honoré Jésus-Christ extérieurement et d'avoir vécu dans des sentiments et des pratiques toutes contraires ? Pour suivre Jésus-Christ, il ne faut pas suivre le monde, et ceux qui n'auront pas suivi Jésus-Christ en celte vie ne le suivront jamais en l'autre.

C'est pourquoi le disciple bien-aimé crie aux Chrétiens : N'aimez pas le monde ni ce qui est dans le monde. (/ Joan. n, 15.) Si quelqu'un aime le monde, la charité du Père n'est pas en lui, c'est-à-dire qu'il n'aime pas Dieu. Ces deux amours ne peuvent compatir l'un avec l'autre. Et l'apôtre saint Paul nous dit : Ne vous conformez pas au siècle. [Rom. xn, 2.) Nous devons donc penser et agir tout d'une autre manière que le monde, loin de s'inquiéter de son estime et de dire : Mais que pensera, que dira le monde? Mais que pensera Dieu, que dira Dieu et ses saints anges à notre sujet durant l'éternité? Finissons ce chapitre avec l'Apôtre, qui écrit aux Corinthiens : Que nul ne se trompe soi-même; si quelqu'un d'entre

Œuvres compl. de Bouuon. I.

vu ux se croit sage selon le monde, qu il devienne fou pour être sage; parce que la sagesse de ce monde est une folie devant Dieu. (I Cor. ni, 18.)

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