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CHAPITRE VI

Le Chrétien doit agir surnaturcllement.

Nous avons remarqué dans les premiers chapitres du premier livre, qu'il faut que le Chrétien naisse de nouveau (Joan. m, 7), et par suite, qu'il faut avoir un nouvel être et une nouvelle vie. Mourir à tout ce que l'on est pour vivre en celui qui, comme parle l'Ecriture, nous vient créer de nouveau. Or ce n'est pas assez d'avoir la grâce de cette nouvelle naissance, nous devons vivre de la vie qui la suit et entrer dans les fonctions et opérations qui la doivent accompagner. La première vie n'a que des mouvements pour les plaisirs (ï! Cor. v, 17), pour ses propres satisfactions. La seconde n'en a que pour Dieu, où elle tend toujours. Nous sommes une nouvelle créature en. Jésus-Christ ; nous devons donc changer , c'est une nouveauté qui apporte changement.

C'est le véritable esprit de pénitence; c'est cet esprit que nous devons remporter du tribunal de la confession sacramentelle; mais e'est ce qui est rare parmi un grand nombre de Chrétiens : c'est à quoi même plusieurs s'appliquent peu. Hélas 1 quel changement remarque -t-on dans leurs mœurs ! Quelle nouveauté après la solennité de Pâques, où tous les tidèles s'approchent du sacrement de la confession ? Cependant nous ne devons pas seulement recevoir le. sacrement extérieurement, mais sa réalité et son opération intérieure. Nous ne devons plus agir comme nés de la chair et du sang, mais comme régénérés par l'Esprit. Celui qui est né de la chair est chair, dit notre grand Maître (Joan. m , o) ; et celui qui est né de l'Esprit est esprit, c'est-à-dire qu'il agit toujours spirituellement, même quant aux actions corporelles, parce qu'il est sanctifié et qu'il agit par le Saint-Esprit. En un mot, dit l'Apotre aux Galates (v, 16):

Vivez selon l'esprit , et vous n'accomplirez pas les passions delà chair. Nous vivons par l'esprit, agissons aussi par l'esprit; voila la conclusion que ce grand apôtre tire de celte vérité.

Ce n'est pas par les sens que nous devonsnous conduire comme les bêtes, ainsi que les voluptueux. Ce n'est pas seulement par la raison comme hommes, mais comme dit le prince des apôtres (Il Petr. ï, 19), par la foi qui nous sert de flambeau dans ce heu d'obscurité. Disons donc avec le Prophète- Roi (Psal. cxvni , 105, 106) : 0 Seigneur, votre parole est la lampe qui éclaire mes pas et la lumière qui luit dans les sentiers où je marche. J'ai juré et résolu de garder les ordonnances de votre justice.

Mais il ne faut pas écouter les sens : l'homme animal qui ne comprend pax <>« choses de Dieu, (1 Cor. n , 14) , l'honnê'e homme seulement, mais la sagesse de Bievi?

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ses maximes, sa divine parole. C'est cette divine parole qui nous doit conduire; c'est dans sa divine lumière que nous devons voir, et de même que dans le rayon du soleil nous découvrons une multitude d'atomes, qui liors de cette clarté nous seraient cachés; nous découvrirons aussi dans cette lumière les défauts que nous ne connaissons point; nous y verrons la grandeur admirable des plus petites actions chrétiennes, dont la grâce relève incomparablement les actions les plus viles et les plus basses, car toute action chrétienne se fait en nous par l'esprit de Dieu que le Verbe incarné a apporté en terre, et qui doit s'accomplir dans les dispositions du même Fils de Dieu. C'est l'esprit de Dieu qui vivifie toutes les actions chrétiennes les plus basses.

Le Verbe incréé s'est incarné et est venu au monde non-seulement pour y donner sa grâce et nous réconcilier avec son Père, mais pour être le principe d'une nouvelle vie et d'un nouvel esprit en nous; et pour nous mettre dans des dispositions conformes à cet état, l'Apôtre nous enseigne (Galat. iv, 6) , que Dieu a envoyé dans nos cœurs l'esprit de son Fils. Nous sommes une même chose avec Jésus en qualité de ses membres. Or Jésus a honoré son Père dans les plus petites actions naturelles, qu'il a voulu sanctifier. Il est venu, dit l'Evangile (Matth. xi , 19) , buvant et mangeant; s'assujettissant par un anéantissement incompréhensible à des actions qui nous sont communes avec Jes bêtes. Le Chrétien doit dans une action si basse, comme le boire et le manger, s'y unir avec notre aimable Sauveur, unir ses repas avec les •siens, et faire divinement une chose si vile. II doit renoncer à la sensualité, considérer que par le manger le péché est entré dans le monde, ce qui est la cause de toutes nos misères ; et à même temps ce qui nous doit beaucoup humilier et nous donner l'esprit de pénitence; mais comme les ténèbres sont répandues partout, c'est à cpioi l'on pense peu. Il y a plus, c'est que non-seulement par le manger le péché est entré dans le monde, mais que souvent il se mêle dans la nourriture que l'on prend, à raison des plaisirs des sens. On prie Dieu dans le commencement du repas d'y donner sa bénédiction, pour nous délivrer de la corruption qui l'infecte et de la malignité que le démon y cause; ce qui fait que la plupart des personnes ne mangent pas chrétiennement. II faut manger pour s'assujettir aux. ordres de Dieu et non pas pour satisfaire à ses sens; il faut donner la nourriture à nos besoins et non pas à la convoitise. Saint Augustin prenait les viandes comme les malades les médecines. Le pieux homme le Père de Condren , se considérait comme indigne de toute nourriture ; il ne faisait pas le choix ûes choses agréables à son goût pour se donner du plaisir; mais il priait Dieu, que n'ayant produit aucune viande que pour sa gloire, il ne lui permit pas d'en user jamais pour d'autre intention. Il le re-

merciait de l'autorité qu'il avait donnée à l'homme sur les créatures desquelles il pouvait employer l'être et la substance pour se nourrir. Il est bon pendant ce temps-là de nourrir à même temps l'esprit par quelques réflexions spirituelles, de considérer combien il y a de personnes damnées pour avoir abusé du boire et du manger, soit à raison de l'excès qu'elles y ont commis, soit pour avoir violé les préceptes de l'Eglise. Il faut toujours remercier Dieu après les repas; mais le plus excellent moyen estde s'unir aux actions de grâces que l'adorable Jésus rendait et à toutes les actions de grâces de sa très-sainte Mère et de tous ses saints» unies à celles de cet aimable Sauveur, et les offrir au Père éternel, pour suppléera notre impuissance.

C'est une pratique que le Chrétien doit garder inviolablement, s'unir à Jésus-Christ en toutes choses, qui, étant uni à la nature humaine, s'est assujetti à nos infirmités, à l'exception de l'ignorance et du péché; et ensuite de cette union, il nous veut séparer de tout ce qui peut profaner la sainteté de notre état, pendant que nous nous en divertissons pour nous plonger dans un état tout de nature, et quelquefois même en des occupations indignes de Thomme raisonnable.

Nous venons de dire qu'il faut boire et manger pour la gloire de Dieu ( 1 Cor. x, 31), il faut dire la même chose du sommeil ; ainsi il n'en faut prendre que le nécessaire, comme de la nourriture. Les infidèles, au milieu de leurs ténèbres, n'ont pas laissé de voir que l'excès du sommeil entretenait les vices. Heureux la personne qui peut dire avec un propbète : Votre nom, ô Seigneur, et voire souvenir, sont le désir et les délices demondme. Mon âme vous a désiré pendant la nuit. (Isa. xxvi, 9.) Le P. de Condren, dont nous avons déjà parlé, et il y a plusieurs choses dans ce chapitre qui sont tirées de ses sentiments, dans son dormir, honorait le repos que Dieu a en soi-même ( Isa. xxvi, 8, 9 ), et celui qu'il trouve en Jésus-Christ, dans lequel toutes ses divines perfections sont satisfaites; celui qu'il prend dans la très-sainte Vierge, dans les bons anges et les saints, dans lesquels le Saint - Esprit se repose comme dans son trône. Il adorait le repos que Jésus-Christ a voulu prendre en terre, et celui qu'il reçoit dans la gloire de son Père.

Mon Père, dit le Fils de Dieu ( Joan. v, 17), ne cesse point d'agir, et moi j'agis sans cesse. H ne se passe pas un seul moment de la vie dans lequel Dieu tout bon et tout miséricordieux ne veille sur nous, ne nous conserve et ne nous comble de ses bienfaits. N'est-il pas de la dernièrejustice qu'en toutes choses nous agissions pour sa gloire? Ah ! si nous savions ce que nous faisons, quand nous nous laissons aller seulement à des actions indifférentes 1 L'un des grands serviteurs de Dieu de notre siècle disait que c'était tomber de plus haut que du ciel en terre, puisque n'agissant pas parle mouvement de l'esprit de Dieu, nous n'agissons

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plus qu'on homme?, et c'est tomber de l'o nération d'un Dieu dans celle de la créa

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