Ï.1V. III
I'mS
peration a un uieu uaus cent* uu ia créature.
Il ne faut donc pas se tromper. Le Chrétien doit agir surnaturellement en toutes choses. Von doit savoir, dit l'Apôtre , que Jésus-Christ qui est ressuscité ne mourra plus ; et vous aussi, croyez que vous êtes morts, mais que vous vivez pour Dieu en Jésus-Christ. ( Rom. vi, 9, 1 1. ) Votre cœur se doit aussi peu portera la vie ancienne, dont vous avez été transférés, qu'un mort aux choses du monde ; le Chrétien ne vit plus que pour Dieu en Jésus-Christ. Or comme notre âme nous anime, nous vivifie en toutes choses sans la moindre réserve, soit que nous mangions, soit que nous dormions, soit que nous fassions des voyages, soit que nous demeurions dans un lieu, soit que nous soyons occupés dans de grands emplois ou dans des actions basses ; de même l'esprit de Jésus-Christ doit être le principe de toutes nos opérations en toutes sortes de temp°, de lieux et d'états.
C'est l'esprit de Dieu qui nous doit faire prier, c'est l'esprit de Dieu qui nous doit faire récréer. Nous devons agir chrétiennement, surnaturellement. En l'Eglise, nous devons nous comparer de la même manière, en la maison, dans les jours de fêtes et dans les jours de travail, dans le carême et dans le temps du carnaval. Enfin, il faut bien se persuader que nous devons toujours vivre pour la gloire de Dieu en Jésus-Christ. Et comme dans l'ordre delà nature ;nous ne vivons pas seulement en de certains temps, mais continuellement pendant que l'âme anime notre corps, de même dans l'ordre de la grâce, nous devons vivre toujours surnaturellement.
Ce n'est donc pas assez de servir Dieu dans de certaines actions particulières, il le faut encore généralement dans toutes sans aucune exception. Dans tous les états, il faut se considérer comme Chrétien ; mais comme notre faiblesse ne nous permet pas d'être dans une actuelle application, nous devons au moins toujours être dans la même disposition, porter sans cesse dans notre fond une disposition à tout faire pour Dieu ; en sorte que, dès lors que l'on fait réflexion, l'on se trouve toujours dans une volonté sincère de glorifier Dieu dans l'action que l'on fait, et de s'en abstenir si Dieu n'y était pas honoré, et dans cette vue se priver des plaisirs même les plus innocents, quand ils ne vont pas à la gloire de Dieu. Je ne veux la vie, disait un serviteur de Dieu, qu'aux mêmes conditions que le Fils de Dieu l'a reçue, pour la sacritier à la gloire de son Père.
Plusieurs prétextent ici les difficultés qui arrivent à raison des passions, de l'humeur", du naturel; mais les saints ont eu les mêmes difficultés, et souvent plus grandes que nous et ils les ont surmontées généreusement. Nous ne devons pas nous arrêter à notre impuissance : nous pouvons agir beaucoup audessus de nos forces par les influences de notre adorable Sauveur; il coule de ce divin
chef sur ses membres, ainsi que du cep dela vigne sur ses branches, une vertu perpétuelle qui prévient, qui accompagne, qui suit toutes les bonnes actions; et puisqu'il nous donne son secours en toute abondance, nous ne devons estimer rien ni de trop rude, ni de trop difficile. Certainement nous sommes sans excuse si nous ne coopérons point à sa grâce, et à qui rien ne fait d'obstacle que notre mauvaise volonté; adorons ce soin et cette application si assidue de notre bon Sauveur, et la force vitale qu'il ne cesse de nous communiquer. Ensuite, disons avec l'Apôtre : Nous pouvons tout eu celui qui nous fortifie.
Comme l'adorable Jésus est le principe de la grâce, nous le devons regarder en tout ce que nous faisons, nous donner à lui pour agir, faire toutes nos actions pour honorer les siennes. Notre mal est que nous nous arrêtons à nous ou aux autres créatures. Mais dans la doctrine de l'Apôtre (II Cor. v, 17, 16; Galat. i, 10), ne vivant plus selon la chair, nous ne devons plus connaître personne selon la chair ; tout ce qui est du viei l homme, est passé à quiconque est une nouvelle créature en Jésus-Christ : le malheureux respect humain, la source de tant de maux, doit être anéanti. Est-ce, s'écrie l'Apôtre, que je cherche déplaire aux hommes? Si je plaisais aux hommes, je ne serais plus serviteur de Jésus-Christ, paroles que l'on, ne saurait jamais assez considérer. Plût à Dieu que tant de Chrétiens qui se laissent aller au péché, à l'amour du monde, aux désirs du siècle par une lâche complaisance aux créatures, les entendissent, qu'ils sussent bien qu'en plaisant au monde, l'on n'est plus serviteur de Jésus-Christ !
Oh 1 mon Seigneur et mon Dieu, si l'Apôtre nous assure qu'il ne connaît plus personne selon la chair, non pas même Jésus-Christ, c'est-à-dire par aucune vue humaine, de ce qu'il était de même nation, de même tribu, comment pourrons-nous excuser nos complaisances à raison des qualités des personnes, quelque proches qu'elles nous soient, ou de quelque qualité et condition qu'elles puissent être, quelques intérêts particulier;-, que nous en puissions attendre? N'entretenons point le règne du péché et du monde par leur commerce : le règne de Dieu doit être établi.
Qu'il ri y ait plus en vous, écrit le prince des apôtres (/ Petr. i, 14-, 15), aucune image des passions que vous suiviez autrefois, lorsque vous étiez encore dans l'ignorance; mais soyez saints en toute votre conduite, comme celui qui nous a appelés est saint; c'est-àdire séparés du péché, du monde, de vos sens, et consacrés à Dieu et unis à lui en toute votre vie, en toutes vos actions, soit publiques, soit particulières. Car il est écrit (Levit. xi, 44) -.Soyez saints, parce que je suis saint (Ibid., 16), parlant, marchant, travaillant, mangeant, dans tous vos desseins.
Sanctifiez Jésus-Christ dans vos cœurs, dit le même prince des apôtres ( I Petr. m, io ); c'est-à-dire non-seulement bénissez-le, et
Je reconnaissez pour saint: mais n'aimez rien que lui et pour lui ; ne mêlez rien avec lui dans vos ccenrs. Nous devons prendre en Dieu notre plaisir, notre repos, notre abondance ; et nous les cherchons en nous et dans les créatures, où nous ne trouverons que misères.
Mais pour conserver la pureté de la grâce et de l'esprit chrétien, il faut veiller plus particulièrement dans les actions les plus communes, comme \es récréations et conversations, parce qu'il est plus facile d'y commettre des fautes. Nous devons prendre nos récréations pour la gloire de Dieu , comme toutes les autres choses. Nous lisons m saint Marc ( vi, 31), que notre bon Sauveur dit à ses apôtres qui avaient travaillé : Venez-vous-en à l'écart en un lieu retiré, et vous reposez un peu. On a quelquefois besoin de se relâcher l'esprit, et de donner quelque repos au corps : c'est ce qu'il faut faire, joignant une sainte modeslieavec une gaieté agréable, comme des personnes qui sont en la présence de Dieu et des saints anges ; et c'est de cette présence dont il faut se souvenir quelquefois, prenant garde de ne pas faire des récréations une occupation; car, pour lors, elles ne seraient plus dans l'ordre de Dieu, c'est-à-dire d'y donner trop de temps.
À l'égard des conversations, ce n'est pas assez de converser raisonnablement ; nous demeurerons toujours dans notre même principe : le Chrétien doit tout faire surnaturelleinent. Il faut offrir nos conversations à l'honneur de celle du Fils de Dieu, et nous unira ses dispositions. Or notre bon Sauveur a eu deux sortes de conversations ; les unes douces avec sa très-sainte Mère et saint Joseph, et les autres pénibles avec les Juifs. Les conversations douces, où la nature trouve plus de plaisir à notre égard, sont plus dangereuses : dans celles qui font de la peine, on doit supporter le prochain en charité, et offrir cette peine à Notre-Seigneur, en l'honneur de celle qu'il a eue conversant avec les Juifs. Mais dans les conversations du monde, souvent le démon y préside, il y règne ; car l'on se plaît dans les inclinations vicieuses les uns des autres ; la convoitise, la sensualité, la vanité, la médisance y dominent. 11 est bon de n'y pas trop défendre ses sentiments, ni faire trouver celui des autres mauvais. Il faut veillera éviter celles qui sont inutiles, car elles ne sont pas dans l'esprit de Notre-Seigneur, et tâcher à y mêler quelques discours de piété.
Enfin, toutes nos actions et nos paroles doivent être dirigées au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; c'est ce que nous enseigne son Apôtre [Col. m, 17; Ephes. vi, 1-9), qui, après cette doctrine, nous apprend que tous les Chrétiens, dans leur état, doivent agir chrétiennement : les femmes, par la soumission à leurs maris, comme le devant en Notre-Seigneur; les maris chérissant leurs femmes, et ne leur étant pas fâcheux; les enfants obéissant en toutes choses à leurs pères et à leurs mères, car cela plaît au Sei-
gneur; les pères ne provoquant pas les enfants à l'indignation, de peur de les décou rager; les serviteurs obéissant en toutes choses à leurs maîtres temporels, non-seulement quand ils ont l'œil sur eux, comme s'ils ne voulaient que plaire aux hommes; mais comme craignant Dieu et les servant avec, simplicité de cœur, faisant tout ce que l'on fait comme pour le Seigneur et non pour les hommes : les maîtres traitant bien leurs serviteurs, sachant qu'ils ont un même Maître dans le ciel, et que Dieu n'a point d'acception de personnes. L'Apôtre veut, par là, insinuer aux maîtres, que s'ils sont tous serviteurs d'un même Seigneur qui sera leur juge, ils doivent traiter doucement ceux avec qui ils le servent.
11 n'y peut avoir d'exception. Le marchand doit trafiquer en charité et sans avarice, ayant Dieu pour sa fin. C'est pour la même lin que le cavaiier doit aller à la guerre, un artisan doit travailler, le laboureur et le vigneron cultiver les champs et les vignes. Ici je me sens pressé de faire réflexion sur les avantages de la condition de ces personnes. Si autrefois un savant païen a écrit que les laboureurs seraient trop heureux s'ils connaissaient le bien de leur état, dans la seule vue de leur éloignement des intrigues et des embarras du grand monde, les considérant dans une vue chrétienne, on a plus sujet incomparablement de les regarder dans leur état, comme des personnes des plus heureuses.
Deux ou trois raisons nous doivent persuader invinciblement cette vérité : la première, que dans leurs occupations, ils font la volonté de Dieu; car il est certain que Dieu veut qu'il y ait des artisans, des laboureurs, ues vignerons, et leurs emplois sont entièrement nécessaires; et il n'est [tas moins vrai que la volonté de Dieu est qu ils s'occupent dans leurs travaux. Souvent, dans l'exercice même des choses saintes, l'on n'est pas assuré de la volonté de Dieu : comme par exemple dans la pratique des mortifications extérieures, et de quantité de bonnes œuvres. L'on ne doute pas qu'elles ne soient saintes, mais Dieu ne le demande pas de tous; mais il n'y a point à douter que ces personnes travaillant n'exécutent les ordres de Dieu continuellement, ce qui leur doit être une consolation indicible.
La seconde raison est que leurs travaux étant dans l'ordre de Dieu, ils n'ont autre chose à laire que ce qu'ils font : en sorte qu'un artisan, un laboureur, un vigneron travaillant dans leurs boutiques ou dans les champs, sont dans la voie du salut; ils tiennent le chemin qui conduit à la bienheureuse éternité. Heureux et mille fois heureux, s'ils savaient en laire un usage chrétien ! s'abstenant d'un côté du péché, et de l'autre rapportant à Dieu tous leurs -travaux. Dieu tout bon a voulu qu'il y ait eu plusieurs sainls de ces conditions : ils faisaient ce que les autres font; mais ils agissaient en chrétiens, et la plupart se comportent comme des gens qui ne connaissent point Dieu,
i:.ci
n'ayant point d'autre vue que le soutien d'une vie périssable.
Cependant, c'est une chose bien lamentable, qu'ils se privent de biens infinis, par le seul défaut d'une droite intention, qui, loin d'augmenter leurs peines , les adoucirait d'une manière admirable; car, quelle consolation au milieu de leurs travaux, de regarder l'ordre de Dieu, de s'y soumettre, de les rapporter à sa gloire.
De plus, sans doute, ie rapport de leurs travaux à la gloire de Dieu serait suivi d'une abondante bénédiction : c'est ce qu'il leur faudrait enseigner, mais souvent c'est ce dont on ne leur parle pas; et les instruire de la grandeur de leur état aux yeux de Dieu, quoique vil selon l'estime du monde. Sans doute qu'ils tiennent un grand rang dans le christianisme, puisqu'un Dieu l'ail homme a choisi leur état, qu'il y a passé sa vie jusqu'à l'âge de trente ans, travaillant avec le glorieux saint Joseph et menant une vie cachée aux yeux des hommes. Il n'a employé que trois ans et demi à la sanctification de l'état apostolique, pendant qu'il en a donné trente à sanctifier cet état; c'est ce qui scandalisait les Juifs, disant : N'est-ce pas le fils d'un charpentier (Mat th. xm, 55)? Et en saint Marc (Marc, vi, 3) : N'est-il pas charpentier? Saint Justin avait appris rie la tradition qu'il faisait des charrues pour labourer la terre, et des jougs pour mettre sur ie col des bœufs.
Il ne suffit pas d'avoir bonne intention dans les choses, il faut qu'elles soient dans l'ordre de Dieu. Pour le contenter, on doit se tenir dans l'ordre qu'il a prescrit, le servir en sa manière, selon ses desseins. Ce n'est donc pas assez d'avoir une bonne intention, et de dire que c'est pour Dieu que l'on agit; il faut voir si Dieu le demande de nous. Combien de personnes se trompent sous prétexte de bonnes intentions, entrant dans des états où ils ne sont pas appelés, y engageant les autres, ou ne faisant pas, dans son état, ce que Dieu ordonne ; c'est le bonheur des artisans, laboureurs, vignerons, qui, dans leurs travaux continuels, passent leur vie dans l'ordre de la divine Providence. Mais en quelque condition que l'on soit, il faut cependant avoir Dieu en vue et tâcher de s'en souvenir dans ses actions : l'amour que nous lui devons devrait nous en donner la première pensée; mais hélas 1 souvent parmi même les personnes qui font une profession spéciale de le servir, l'on se trouve occupé de prime abord de la créature ou de soi-même; et comme il a marqué, sur toutes Jes créatures, des vestiges de sa grandeur, nous ne devrions aprêter nos yeux sur aucune, sans les élever à son adoration.
Dès le matin, il faut se donner à Notre- Seigneur, pour ne faire rien dans ie jour que j^ar son esprit et ses divines dispositions, et l'adorer durant le jour, comme prêtant son concours à toutes les actions chrétiennes, et les sanctifiant par l'influence continuelle de son esprit. A notre réveil, il nous faut séparer de nous-mêmes et des
créatures; se laisser à Notre-Seigncur pour agir, pour honorer toutes ses actions par les nôtres, pour sans cesse faire l'œuvre de Dieu, ne se contentant pas'de lui offrir, par paroles, toutes nos actions; mais comme il a été dit, portant dans son fond une véritable disposition de vouloir toujours tout faire et tout souffrir pour sa gloire ; et dès lors qu'on s'aperçoit du contraire, se désister aussitôt; de même que l'on doit demeurer dans une fermeté invincible, quand on connaît que Dieu demande l'action de nous. Je m'éveillerai, dit le prophète Isaïe, dès le point du, jour, pour vous chercher de toute l'étendue de mon esprit et de mon cœur. (ha. xxvi, 9.) Dieu, 6, mon Dieu, dit le Prophète-Roi, je veille et vous cherche dès le point du jour. (Psal. lsii, 1, 2.) Mon âme est pressée d'une ardente soif pour vous : et combien ma chair sèche-t-elle dans ce désir! Ces saints prophètes ne se contentaient point de paroles, leurs expressions font bien voir combien ils voulaient Dieu, et son honneur, en vérité, en toutes choses.
Voici une pratique vraiment chrétienne pour les soirs, du saint homme le P. de Condren, que nous ne nous lassons pas de citer. Il adorait le Fils de Dieu comme souverain juge des vivants et des morts, se présentant à lui comme criminel, acceptant sa sentence, l'adorant, se réjouissant de son pouvoir. Il l'adorait comme le grand prêtre, lui demandant l'absolution, et quelque part a la lumière qui nous sera donnée à la mort. Notre aveuglement est si grand, que si le Fils de Dieu ne nous éclaire, nous demeurerons dans une grande obscurité de nos fautes. Il découvre des taches où nous ne voyons que des perfections : souvent on prend l'amourpropre pour l'amour de Notre-Seigneur. •
On rapporte sur ce sujet un exemple étonnant de la bienheureuse Catherine de Gênes, à laquelle notre bon Sauveur lit connaître que plusieurs choses qu'elle pensait être des perfections n'étaient que des imperfections. Il fit voir la même chose au bienheureux Henri de Suzo, à qui il découvrit que des austérités qu'il avait pratiquées durant plusieurs années, et ce qui est surprenant, avec beaucoup de répugnance, cependant étaient infectées d'amour-propre. Ces saintes personnes néanmoins étaient grandement éclairées; c'est pourquoi le bienheureux Jean de la Croix disait à sa mort qu'il n'aurait pas voulu justifier aucune action de sa vie , et cependant il en avait de très-divines, comme lorsque notre bon Sauveur lui demandant ce qu'il voulait pour les travaux qu'il avait soufferts pour sa gloire, iîlui demanda seulement de souffrir tout de nouveau et d'être méprisé. Nous devons tous dire avec le Prophète-Roi : N'entrez point, Seigneur , en jugement avec votre serviteur, parce que nul homme vivant ne pourra se justifier devant vous. (Psal. cxlii, 2.)
Ne regardons donc pas nos péchés scion notre lumière; mais prions Notre-Seigneur qu'il nous donne part à la sienne, et à- la haine qu'il a du péché; donnons-nous à lui
pour exercer sur nous une véritable contrition , unissons-nous à la douleur qu'il a eue «le nos péchés, entrons dans les vues qu'il a eues des intérêts de son Père , sans nous arrêter à nos propres intérêts, détestant le
i)éché, parce qu'il est l'offense de Dieu, que )ieu en est déshonoré. Si nous entrons bien dans l'union de la douleur du béni cœur de Jésus, nous détesterons aussi les péchés véniels, parce que son divin cœur les déteste tous. Il est bon de prier son bon ange de nous aider à nous accuser de nos fautes. Il est bon aussi, dans notre dormir, d'honorer le repos que Dieu a en soi-même, et celui qu'il trouve en Jésus-Christ, dans lequel ses divines perfections sont satisfaites, sa justice, son honneur, son amour. Celui qu'il prend dans la sainte Vierge, dans les !»ons anges, et dans tous les saints, qui sont les ternples du Saint-Esprit, et dans lesquels il se repose comme dans son trône; et ie repos que Notre-Seigneur a voulu prendre en terre, s'assujettissantau sommeil, et celui qu'il reçoit dans la gloire de son Père. Enfin toute la vie du Chrétien est une vie surnaturelle; elle doit toujours tendre à Dieu, toujours tout faire, tout souffrir pour sa gloire. L'homme quia l' esprit partagé, dit l'apôtre saint Jacques (Jac. i, 8), est inconstant dans tout ce qu'il fait. Qui a double pensée, un double cœur, qui a un cœur, et un cœur, dit le Saint-Esprit dans les psaumes (Psal. xi, 3), qui veut plaire à Dieu dans quelques-unes de ses actions, en de certains temps, en de certains lieux, quand il prie, quand il est à l'église, dans les jours de fêtes, de carême, et qui en d'autres veut plaire au monde, cherche sa propre satisfaction dans les compagnies, dans le boire, le manger, le dormir, dans le temps des joies du monde. Lavez vos mains, pécheurs, nous crie le Saint-Esprit par le même apôtre, et purifiez vos cœurs, vous qui avez l'esprit divisé (Jac. iv, 8), c'est-à-dire entre Dieu et le monde, vous qui voulez tantôt une chose, et tantôt l'autre.