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CHAPITRE VII

La sainteté de la vie du Chrétien inconnue à la plupart des fidèles.

Certainement, il le faut bien dire, si l'on considère la vie d'un grand nombre de Chrétiens, qu'y a-t-il de plus saint que leur état tout divin? Mais quel rapport de leurs actions à un état si sublime? Enfin le Seigneur a ouvert les deux, et en est descendu. (Psal. xvn, 10.) Le mystère de l'incarnation quia été caché aux siècles et aux générations passées est maintenant découvert. Dieu nous a voulu faire connaître les richesses magnifiques de ce mystère, qui est Jésus-Christ. (Col. i, 26, 27.) Le prophète Isaïe le prédisant et en parlant, dit à Dieu : Depuis le commencement du monde, les hommes n'ont point entendu, l'oreille n'a point oui, l'œil n'a point vu, hors vous seul, mon Dieu ; ce que vous avez préparé à ceux qui vous attendent, et lorsque vous ferez éclater ces merveilles, nous ne les pourrons supporter; les montagnes se

sont écroulées devant vous. (Isa. lxiv, k-3.)

Saint Bernard considérant l impression que faisait dans le cœur de ce prophète et des autres anciens Pères, la seule attente de ces merveilles de l'incarnation, assure qu'il était tout confus, et qu'il avait de la peine à retenir ses larmes, quand il comparait la foi brûlante de ces saints prophètes avec la tiédeur malheureuse de ces derniers temps.

Les cœurs de la plupart des Chrétiens, plus durs que les montagnes de pierre, demeurent inflexibles dans leur dureté. On ne comprend point les merveilles du Seigneur, l'on ne se souvient point de ses miséricordes; il n'est pas loué par ceux qui sont son héritage. (Psal. x, 2, 5.)

On comprend peu cette grande vérité que le Saint-Esprit nous apprend par l'Apôtre (I Cor. xii, 27),'que nous sommes le corps de Jésus-Christ. On aurait grand sujet de crier à la plupart des Chrétiens, avec le même apôtre (/ Cor. vi, 5) : Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres de Jésus-Christ ? Nous avons parlé de ces merveilles du Seigneur en plusieurs chapitres précédents; mais nous nous laissons à son esprit pour considérer présentement l'obligation que nous avons de vivre conformément à l'élévation sublime de notre vocation.

Dans cette vue, nous remarquerons d'abord que notre grâce n'est pas seulement une grâce surnaturelle, comme celle de l'ange ou celle d'Adam dans l'état d'innocence'; mais la grâce du christianisme est une participation de la grâce de Jésus-Christ, et nous avons tout reçu de sa plénitude, comme le saint Evangile. La loi a été donnée par Moise,mais la grâce et la vérité a été apportée par Jésus-Christ. (Joan. i, 17.) Or, notre vie doit être conforme à notre grâce ; nos actions donc doivent être plus qu'humaines, plus qu'angéliques.

Ce n'est donc pas assez au Chrétien de vivre surnaturellement, ses actions doivent être conformes à la pureté et à la sainteté du Fils de Dieu, dignes de ses travaux, de sa croix, de sa mort. C'est pourquoi l'Apôtre (Ephes. h, 1) nous supplie de vivre d'une manière digne de notre vocation. Dieu punira ou le mépris, ou l'ignorance, ou le mauvais usage d'une si grande grâce. Jésus-Christ a pris le dessein de consacrer, de s'approprier, de s'unir nos âmes, de les séparer d'ellesmêmes et de toutes les autres créatures, afin qu'il soit en nous et que nous soyons en lui, que nous vivions de lui et en lui, comme il vit en son Père et de la vie de son Père (Joan. vi, 58); et qu'ainsi il nous rende à son Père, duquel nous nous étions séparés par le péché, pour être à nous, et pour être à la créature.

Dans ce dessein ayant pris un corps naturel dans la très-sainte Vierge, pour s'unir hypostatiquement à la nature humaine, il se forme un corps mystique de toute son Eglise pour s'unir aux individus ou particuliers de la même nature, quoique d'une autre manière. Ainsi, tous les Chrétiens sont le corps mystique de Jésus-Christ,

comme nous l'avons dit plusieurs fois; mais que les Chrétiens fassent ici réflexion que ce n'est pas une qualité imaginaire, appuyée sur quelque opinion pieuse, c'est une vérité de foi; et ce qui est bien à remarquer, est que les plus grandes, les plus glorieuses, et les plus divines qualités du Chrétien sont de la même certitude. Le Saint-Esprit qui nous enseigne que le Fils de Dieu a pris un corps naturel; le môme nous déclare qu'il s'est formé un corps mystique de toute son Eglise, et que les fidèles ne sont pas seulement ses membres selon l'esprit, mais, de plus, que leurs corps sont ses membres. (J Cor. vi, 15.)

Nous avons traité de ce sujet dans un chapitre entier, mais nous parlons ici de la rie que les Chrétiens doivent mener conformément à leur qualité glorieuse de membres d'un Homme-Dieu, ce qui fait que nous ne sommes tous qu'un seul corps en Jésus-Christ. (Rom.ym, 5.) Or, chaque corps est animé d'une âme sensitive, matérielle; le corps de l'âme d'une âme raisonnable , le corps mystique de Jésus-Christ est donc animé de son esprit. L'Apôtre nous assure (Galat. iv, 6) que le Père éternel a envoyé dans le cœur des Chrétiens l'esprit de son Fils. Or, si les véritables Chrétiens n'ont point en qualité de Chrétiens d'autre esprit que celui de Jésus, ils ne peuvent vivre que de cet esprit Jésus-Christ est donc leur vie. Oh! quel don! quelle faveur ! quelle grâce, ô mon Sauveur, vous êtes donc ma vie!

L'homme chrétien ne doit donc plus'vivre de sa propre vie, mais de la vie de Jésus- Christ, étant inséparable d'avec lui, puisqu'il ne fait qu'un même corps. Ce n'est plus luimême qui vit, c'est Jésus-Christ qui vit en lui. [Galat. n, 20.) lia le droit de vivre en nous, comme notre âme vit dans notre corps. Nous sommes en lui par le baptême, nous devenons un seul homme en esprit avec lui (Rom. vi, 5), comme la branche devient une avec l'arbre dans lequel elle est entée. C'est dans ce sentiment que notre divin Sauveur parle (Joan. xv, 5) lorsqu'il dit : Je suis la vigne, et vous êtes les sarments. Dans cette union, non-seulement nous devons participer à sa grâce, mais encore à son esprit et à sa vie.

C'est pourquoi comme le tempérament se forme conformément à la nourriture que l'on prend, notre très-débonnaire Sauveur, dans l'excès de son amour, nous donne pour nourriture son corps et son sang, afin que notre vie soit divine : il nous donne une nourriture divine. Il nous assure en saint Jean (vi, 57) : Que celui qui mange sa chair et qui boit son sang demeure en lui, et qu'il demeure en celui qui le mange. Mais il dit de plus : Comme mon Père qui est vivant m'a envoyé', et que je vis par mon Père, de même celui qui me mange vivra par moi. (Ibid., 58.) O l'excès des bontés infinies d'un Dieu! Il est en nous, nous sommes en lui et nous vivons de lui.

Le Chrétien continue la vie de Jésus- Christ; et c'est ce qui fait dire à l'Apôtre

(Col. i, 21) : J'accomplis en ma chair ce qui manque aux souffrances de Jésus-Christ pour son corps qui est l'Eglise; mais non-seulement le Cnrétien doit accomplir ses souffrances, mais encore son culte, son humilité et toutes les saintes dispositions de son âme. Il est vrai que toute la plénitude de la divinité habite corporellement en Jésus-Christ (Col. n, 9); cependant l'Apôtre ne laisse pas de dire (Col. i, 19), que l'Eglise est son accomplissement et sa plénitude , qu'il acquiert, par son Eglise, un perpétuel accroissement ; toute plénitude sans réserve : nous sommes sa plénitude : Car quoiqu'il soit parfait en sa personne, il prend néanmoins de l'accroissement dans ses membres, comme une âme qui est achevée dès le commencement de sa création, s'augmente dans un enfant par la faculté qu'elle a de l'animer de plus en plus, de le mouvoir, de raisonner. Ainsi Jésus consommé en lui-même s'étend en nous, il y accomplit sa puissance d'aimer, de s'humilier et de souffrir. (Ephcs. iv, 15, 16.)

Si donc Jésus continue sa vie en nous, il faut nécessairement que ce soit sou divin Esprit qui y produise toutes nos actions : car comme le corps de l'homme dans l'ordre naturel, n'étant animé que de sa propre âme. agit uniquement par elle ; de même n'ayant que le seul esprit de Jésus qui nous anima, nous ne devons agir que par cet esprit ; et il faut savoir que cet esprit de Jésus est aussi nécessaire pour faire le Chrétien, comme l'âme pour faire l'homme raisonnable. Cette nécessité est si entière, que Notre-Seigneur n'a pas dit, que sans lui nous pouvions peu de choses, mais que nous ne pouvions rien du tout, comme sans l'âme le corps de l'homme n'a pas le moindre petit mouvement. C'est pourquoi l'Apôtre nous avertit (Il Cor. m, 5), que nous ne pouvons pas avoir Ja moindre bonne pensée chrétienne, ni dire la moindre parole sans Jésus-Christ. Comment donc pourrions-nous faire sans lui la moindre action surnaturelle? O mon Jésus, que j'ai de joie de la dépendance où je suis de votre divin Esprit ! Le même Apôtre s'écrie encore (/ Cor. xn, 13) : Se peut-il faire que Dieu nous donnant son propre Fils, il ne nous ait pas aussi donné toutes choses en nous le donnant?

Après de si grandes et si divines vérités, rentrons en nous-mêmes dans un profond recueillement, pour y considérer dans une profonde attention, quelles doivent être nos actions , qui ont l'Esprit de Jésus-Christ pour principe. Chacun convient que l'opération suit l'être; combien donc nos actions doivent-elles être divines ayant un principe si divin? Elles doivent être comme des actions opérées par Jésus -Christ vivant et opérant en nous comme dans ses membres. Nous ne devons pas seulement être îes imitateurs des saints, mais du Fils de Dieu. Nous sommes à son image, nous devons imiter sa vie ; mais de plus comme entés eu lui, nous ne devons agir eue par lui en sa divine union. [Ephcs.y, 1.)

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ŒUVRES COMPLETES DE BOUDOX

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Nous ne devons paraître qu'en étant révolus (Galat. m, 27), non comme d'une robe qui couvre l'extérieur, ce que nous avons déjà remarqué; mais comme le corps est revota de l'âme, comme le fer chaud l'est du feu, et la plénitude de Jésus-Christ est si grande dans un Chrétien, qu'il en exclut toute autre chose que lui-même; ainsi l'Apôtre dit aux Calâtes (Ibid., 12) : // n'y a plus de Juif, ni de Grec, ni d'esclave, ni d'homme, ni de femme; car vous êtes tous un en Jésus-Christ : ce sont ses propres paroles.

Le même Apôtre nous déclare que la vie de Jésus doit paraître même en notre chair mortelle : Nous portons, dit-il (IlCor. iv, 10, 11), encore par tout en notre corps, (amorti fication de Jésus-Christ, afin que sa vie paraisse aussi visiblement dans nos corps. Il faut donc que non-seulement notre intérieur, mais encore l'extérieur fasse voir la vie de Jésus en nous ; et c'est ce qui est d'une nécessité indispensable , puisque nos corps mêmes sont ses membres, comme nous l'avons déjà dit dans ce chapitre. C'est pourquoi l'Apôtre veut que notre modestie soit connue à tous les hommes. (I Cor. vi, 15.)

C'est donc une doctrine (Philip, iv, 5) de l'Apôtre et d'une vérité infaillible, puisque le Saint-Esprit nous l'enseigne par lui ; que notre modestie soit connue à tous les hommes, non pas seulement à l'égard de quelques personnes; mais de toutes, de quelque qualité et condition qu'elles soient, soit riches, soit pauvres ; que partout il portait la mortification de Jésus-Christ , non-seulement dans les lieux saints, dans Jes lieux de prières, dans des assemblées .sérieuses, mais en tout lieu, afin que la vie de Jésus parût visiblement dans son corps. Ecrions-nous ici , quoique nous avons déjà parlé de ce désordre : O l'aveuglement des Chrétiens ! qui dans leur extérieur;, dans leur manière d'agir, dans leurs habits, loin d'y faire voir Jésus-Christ, n'y font paraître qu'un luxe pitoyable, et une étrange vanité; mais répandons des larmes inconsolableinent sur la mondanité des femmes, dont l'excès en va quelquefois jusqu'à découvrir leur infâme nudité, ayant leur gorge ou leur sein découverts. Est-ce ainsi que Jésus se manifeste dans, leurs corps? femmes qui n'ont rien de véritables chrétiennes que le nom ; et qui dans la vérité en cela sont pires uae les infidèles, qui souvent sont incomparablement plus modestes, et qui loin de servir à Jésus-Christ pour le faire voir partout en leurs corps, servent au diable pour combattre cet adorable Sauveur, et lui font la guerre jusque dans sa propre maison, et aux pieds des autels. O prêtres du Seigneur, comment le soutfrez-vous?

Qu'on ne se serve pas d'une excuse assez ordinaire, de la mode du monde : car nous l'avons répété plusieurs fois, les Chrétiens ne sont pas du monde; que l'on entende l'Apôtre, que nous ne nous lassons pas de citer : Nous n'avons poiai, dit-il \J Cor. n, 12), reçu l'esprit de ce mondr, mais l'esprit

de Dieu. Que l'on apprenne du disciple bienaimé en son Evangile (Joan. i , 12), que ceux qui croient au nom de Jésus-Christ, ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair ; cor ce qui est né de la chair, dit notre divin Maître (Joan. m, 5), est chair : ils ne sont pas même nés de la volonté de l'homme, mais de Dieu; car l'homme même animal ne comprend pas les choses de Dieu, dit l'Apôtre (/ Cor. h, 14), parce qu'elles lui passent pour folie, et il n'est pas capable de les concevoir. Or, l'homme animal, dit un pieux et savant interprète, n'est pas seulement celui qui est dominé par les sens, mais celui qui ne vit pas du seul esprit de Dieu. C'est le véritable Chrétien qui, étant né de l'esprit, nous enseigne notre bon Sauveur, est esprit, c'est-à-dire tout spirituel, même quant au corps, parce qu'il est sanctifié, et agit par le Saint-Esprit. Que les mondains rentrent ici en eux-mêmes, qu'ils considèrent que c'est un Homme-Dieu qui rend ce témoignage; et qui assure ensuite, que personne ne reçoit son témoignage. O terrible vérité : Mais le Fils de Dieu nous déclare encore (Joan. ni, 31), que celui qui vient de la terre est terre, et ce qu'il dit tient de la terre. Or ce sont ces gens de la terre, et qui parlent de la terre qui sont crus, dont l'on soutient les maximes, à qui l'on veut plaire, que l'on n'oserait désavouer, qui sont écoutés dans les compagnies, qui sont suivis par le grand monde, par un malheureux respect humain. Mais l'Apôtre nous déclare (I Cor. xv, 50), que la chair et le sang ne peuvent jouir du royaume de Dieu; que le premier homme fut fait terrestre, étant tiré de la terre, que le second homme étant sorti du ciel est céleste. (Ibid., 47, 49.) Comme nous avons été semblables au terrestre, il faut que nous soyons aussi semblables au céleste, ayant été ensevelis avec lui par le baptême. [Col. ii, 12.) Nous sommes ressuscites avec lui : et comme dans le ciel Dieu sera toutes choses en tous, en cette vie, Jésus-Christ est toutes choses en tous. (Col. ni, 11.) C'est pourquoi saint Basile appelle la vie des Chrétiens une vie ressuscitée. Si vous êtes donc, dit notre Apôtre (Col. m, 1, 2, 3), ressuscites avec Jésus-Christ, recherchez les choses qui sont en haut, où Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu ; aimez ce qui est au ciel, et non pas ce qui est à la terre, car vous êtes morts, et votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ : — Vous n'êtes plus étrangers, écrit-il aux Ephésiens ( n, 19), mais citoyens avec les saints et domestiques de Dieu; et aux Philippiens ( m, 20) : Pour nous, nous avons notre conversation dans le ciel

Dieu le Père nous ressuscitant avec sou Fils, nous interdit ensuite l'amour des choses de la terre. L'esprit de sacrifice, de propre anéantissement, de la mort au vieil homme et à tout son monde, est donc l'esprit de la religion des Chrétiens, et l'union de l'esprit avec le Fils de Dieu comme victime. Chaque Chrétien est participant de son sacerdoce royal [I Petr. n, 5), afin d'offrir des

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LIT. in.

victimes spirituelles, et de donner même son propre corps en un sacrifice vivant (R0771. xii, 1), saint et raisonnable. Pour bien aimer Dieu, il faut vouloir se consacrer soimême avec son Fils, pour lui témoigner son amour. Noire-Seisneur n'était attaché ni aux hommes, ni à ses emplois, ni à ses grâces; mais à Dieu seul son Père, qui est infiniment suffisant à soi-même, et détaché de ses ouvrages. Dans cette vue le vénérable P. de Condren appelait Dieu son monde, son ciel, sa lumière, son soleil, son feu, sa terre, son père, sa vie, son repos; en un mot, il lui était tout en toutes choses. 11 s'écriait après cela : Que je ne sois rien dans l'esprit de personne; et il ne pouvait souffrir que l'on s'occupât de lui, ne voulant que ni lui-même, ni aucun autre eût rempli son cœur que Dieu seul; il ne voulait rien espérer de la créature, sa confiance était en la divine Providence qui procure ou qui permet tout ; il ne désirait jamais d'être loué, d'être honoré, d'ètrs aimé de personne; le désir du sacrifice lui faisait trouver légères toutes les attaques qui ne lui donnaient pas la mort; il sacrifiait tous ses désirs ; jamais ensuite il n'avait d'empressement pour les affaires, et pour les poursuivre; jamais d'affliction pour celles qui ne réussissaient pas , ou qui étaient fâcheuses. Nous l'avons dit, la vie des Chrétiens est une vie ressuscitée ; et si nous sommes ressuscites avec Jésus-Christ, selon la doctrine de l'Apôtre (Col. m, 2); nous devons aimer ce qui est au ciel, et non pas ce qui est à la terre.

Mais répétons ce que nous avons dit; entrons en nous-mêmes dans un profond recueillement, pour y considérer dans une grande attention quelles doivent être nos actions. Jésus-Christ est tout en tous, nous enseigne l'Apôtre ( Cotoss. ni, 11 ) : Nous sommes les membre> de son corps mystique. (Ephes. v, 30.) Or, les membres n'ont point d'autre esprit que le chef (7 Cor. xii, 27) : c'est la même âme qui est au bout de mon doigt, que celle qui est dans ma tête. Nous n'avons donc point d'autre esprit en qualité do Chrétiens que celui de Jésus, ce qui fait dire au même Apôtre (Philipp. n, 5): Vous devez avoir les mêmes sentiments que Jésus a eus.

Ce ne sont donc pas les sentiments de la vie animale, qui ne regarde les objets que par des yeux de chair. Ce ne sont pas encore les sentiments que la seule lumière raisonnable donne. Le Chrétien, dit saint Augustin, en cette qualité, n'est pas appelé raisonnable, mais fidèle. L'on voit si souvent ces savants qui étant plus philosophes que fidèles sont bien éloignés de l'esprit de Jésus- Christ , bien plongés dans l'estime de la gloire du monde. Le véritable Chrétien ne doit plus voir que par les yeux de son divin Chef; et n'est-il pas vrai que tous les membres du corps se conduisent par les yeux de la tête? Dans cette vue quelle estime devons-nous avoir de l'infinie majesté deDieu, de toutes ses conduites, de tous nos mystères, de tout ce qui appartient à la religion !

Quel respect pour tout ce qui regarde son culte, et particulièrement l'honneur qui lui est dû dans l'es églises ! Quel zèle pour empêcher les irrévérences! nous devrions bien nous souvenir avec les disciples de notre Sauveur [Joan. n, 17), que le zèle de la maison du Seigneur l'a dévoré ; mais c'est ce qui ne se peut dire qu'avec des torrents de larmes: tous les jours nos églises sont profanées, et par des gens qui se disent disciples du Fils de Dieu : ou le voit, on garde le silence, ceux mêmes qui sont les ministres de Dieu ne disent mot.

Quelle application à Dieu par la prière I L'oraison a été l'occupation de notre bon Sauveur, qu'il n'a jamais interrompue; elle a été le principe de ses miracles, de toutes ses actions et de ses paroles; et nous ne voyons rien en sa vie qui ne soit fondé sur son oraison, c'est ce qui a été dignement remarqué dans la vie du P. de Condren. S'il choisit ses disciples, et s'il les envoie, c'est après avoir passé la nuit en prières. (Luc. vi, 12.) S'il ressuscite les morts, s'il institue l'Eucharistie, c'est après avoir prié ; s'il fait paraître quelque chose de sa gloire, c'est lorsqu'il priait. (Luc. ix, 29.) Saint Luc écrit qu'il se servait de parabole pour montrer qu'il faut toujours prier, et ne se point relâcher. (Luc. xvm, 1.) 11 disait à ses disciples (Luc. xxi, 36) : Veillez et priez tn tout temps. 11 enseignait le jour dans le temple, et la nuit il sortait et demeurait sur la montagne qui s'appelle des Oliviers pour y prier (luid., 37) : dans son agonie même, loin de se relâcher de l'oraison, l'évangéliste nous assure qu'il priait avec plus d'application. Il enseignait (Matth. xvu, 20), qu'il y avait des démons qui ne se chassaient que par la prière et le jeûne. Les premiers fidèles (Act. i, li) persévéraient en oraison pour recevoir Je Saint-Esprit. L'Apôtre même exhorte les personnes mariées à la continence (/ Cor. vu, 5) durant quelque temps pour s'occuper à la prière. Et dans YEpîlre aux Romains ( xii, 12), il désire que les fidèles soient assidus à la prière; cependant grand nombre de Chrétiens s'appliquent peu à Dieu par l'oraison, et c'est une chose assez connue de les entendre se plaindre de la longueur d'une messe pendant une demi-heure.

Quelle patience dans les afflictions et les croix, puisqu'ils sont les membres d'un Chef couronné d'épines, et qu'ils doivent accomplir ce qui manque aux souffrances de Jésus- Christ 1 (Coloss. i, 2i.) Quelle charité pour le prochain, puisque nous le devons aimer (Joan. xin,35), comme cet adorable Sauveur nous a aimés! Quelle assistance pour le temporel! Que ne devons-nous pas lui donner, un Dieu fait homme ayant donné sa vie pour nous? Quel zèle pour son bien spirituel ! Un Dieu descend du ciel en terre, y porte des anéantissements incompréhensibles, y souffre des tourments qui ne se peuvent expliquer pour son salut. Ah! que faisons-nous pour le lui procurer? Souvent nous lui servons d'occasion de sa perte éternelle. Que les femmes du monde y fassent

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