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réflexion. Souvent un curé dans les campagnes ne prendra pas la peine d'aller chercher ses paroissiens dans les hameaux pour les instruire, les y faisant assembler : et on les entendra dire, qu'ils viennent à l'église s'ils veulent, qu'ils se damnent s'ils veulent, il ne prendra pas le soin d'en avoir un mémoire exact de tous, pour savoir si aucun ne périt, pendant qu'un pauvre berger compte tous les jours ses brebis quand il les ramène à la bergerie, pour voir s'il n'y en a point d'égarée. Les missionnaires apostoliques étant animés de l'esprit de Jésus, passent les mers, vont au bout du monde, s'exposent à toutes sortes de dangers , souvent ils y perdent la vie, abandonnent leurs proches et tout ce qu'ils ont déplus cher; et néanmoins ont-ils autre chose à faire que les curés des paroisses? et les pasteurs des paroisses ne doivent-ils pas avoir le même zèle?
Les Chrétiens ne doivent-ils pas aimer leurs ennemis comme notre bon Sauveur les a aimés? Nous avons amplement traité de ce {ivre dans Le premier chapitre de ce troisième livre; mais redisons ici en peu de paroles : un Dieu qui est |le grand tout, arme l'homme son ennemi, qui n'est qu'un néant. Il l'aime d'un amour si excessif, qu'il le vient chercher le premier du ciel en terre, qu'il le prévient par toutes sortes de grâces, qu'après cela l'homme l'ayant fait mourir, il continue à le combler de" toutes sortes de biens, qu'il ne cesse de lui bien faire durant tout le cours de sa vie, à même temps que le pécheur ne se lasse point de l'offenser ; qu'après toutes ses récidives , il est prêt, s'il a une véritable douleur, de lui donner son corps et son paradis pour jamais. Cependant, comme nous l'avons dit, le Chrétien doit avoir les mêmes sentiments que «Jésus a eus. {Philipp. n, 5.)
Il faut donc que le Chrétien soit miséricordieux comme lui, se sépare du monde comme lui, soit détaché des choses de la terre, humble, patient, obéissant et exerçant toutes les autres vertus. Toutes nos actions doivent être comme des actions opérées par Jésus-Christ vivant et opérant en nous comme dans ses membres. Elles doivent donc être dignes de la grandeur, et de la sainteté, delà divinité d'un Dieu-Homme, digne de ses travaux, de sa croix , de sa mort. Ce n'est donc pas assez au Chrétien, comme il a déjà été remarqué, de vivre en honnête homme, en homme d'honneur, d'aimer son père, son mari , comme un honnête enfant, une honnête femme doit faire; mais il faut agir en toutes choses en homme de Dieu, par l'esprit de Jésus opérant en nous. Grand nombre de personnes font peu de réilexions b cette vérité, peu en parlent, peu disent, c'est un homme chrétien, qui agit en homme de Dieu ; l'on dit, c'est un honnête homme, qui agit en homme d'honneur.
Mais qu'il y a peu de personnes qui soient pénétrées de ces vérités! 0 vous qui lisez ceci, les avez-vous jamais bien entendues? c'est de la manière que nous en avons écrit
dans le livre De la science et de la pratique du Chrétien : il faut quand je prie, que ce soit une prière digne de Jésus. Il faut que les prédicateurs prêchent, que les directeurs dirigent d'une manière digne de son divin esprit. II faut généralement en toutes choses que l'on puisse dire du Chrétien : ses desseins, ses paroles, ses actions sont des desseins, des paroles, des actions dignes d'un homme de Dieu, dont l'esprit en est le principe.
Il faut que l'on puisse dire, Jésus agirait de cette manière , parlerait, converserait, mangerait, dormirait de cette manière. Ouvrez les yeux ici sur tant d'applaudissements vains et trompeurs , que les créatures se donnent. On demeure dans la nature, on regarde dans le prédicateur l'éloquence naturelle, ce qui plaît à l'homme dans les amitiés, ce qui agrée dans les desseins que l'on prend , dans les affaires que l'on traite, le propre intérêt. Ah Dieu ! souvent cet homme, cette femme qui parlent si bien selon le monde; ces gens d'affaires qui réussissent si bien, ces gens qui agissent avec tant d'applaudissement selon le siècle, parlent bien maL, réussissent bien mal, en usent bien mal selon Dieu ; et au contraire, que souvent de pauvres gens, dont les paroles, les manières paraissent ridicules selon le monde, se comportant chrétiennement, parlent, agissent divinement aux yeux de Dieul
Cessons de nous étonner du zèle d'un saint Paul, d'un saint Ignace, d'un saint François Xavier» de tant d'hommes vraiment apostoliques,qui leur a fait faire et souffrir tant de choses; c'était un zèle digne de l'esprit de Jésus. Ne nous étonnons plus d'un pur amour d'un saint Philippe de Néry, d'une bienheureuse Catherine de Gênes, d'une sainte Thérèse ; c'était un amour digne de l'esprit de Jésus qui les animait. Mais ne sortons point de l'étonnement sur ce qui se passe dans un grand nombre de Chrétiens, qui en vont jusque-là, que quelquefois ils agissent moins raisonnablement que les infidèles. Est-ce de la sorte qu'ils sont revêtus de Jésus-Christ? Ah I dans tous leurs sentiments peut-on y découvrir les sentiments de cet adorable Dieu- Homme? Parlent-ils de la pauvreté, du mépris et des souffrances comme Jésus? Regardent-ils les gens de cet état comme des bienheureux? Dans leurs discours, dans leurs conversations, en parlent-ils comme Jésus? Quels sentiments ont-ils des richesses, des honneurs et des plaisirs du siècle? Estiment-ils que les riches sont malheureux? ceux qui vivent dans les aises de la vie, dans les honneurs du monde, en parlent-ils de la sorte! O mon Seigneur et mon Dieu! si l'on considère bien les sentiments de la plupart des Chrétiens, et leurs discours dans les compagnies, et dans les conversations , où trouvera-t-on des compagnies et des conversations où Jésus-Christ paraisse, où ses vérités soient reçues, soient autorisées? Ah 1 que souvent ce que l'on dit y est opposé, est-ce là continuer la vie de Jésus-Christ? . Mais quelle horreur au Chrétien de profa-
lier indignement le Dieul Nous sommes le saint baptême, et Dieu d'u-rie manière
memore d'un Hommeséparés du monde par consacrés au culte de plus noble que les ciboires et les calices. Or que diriez-vous d'une personne telle qu'elle pût être, qui ferait servir les calices et autres vaisseaux sacrés à des usages profanes ? Ne crieriez-vous pas, 6 sacrilège? Criez-le donc sur l'usage que vous faites de votre âme et de ses puissances, de vos sens intérieurs et extérieurs de votre corps qui sont consacrés à Dieu, de votre personne qui ayant l'honneur d'être l'un des membres d'un Homme-Dieu, c'est Jésus-Christ que vous profanez lui-même.
Voilà des vérités bien terribles, mais trèscertaines, mais des dérèglements lamentables qui sont ordinaires parmi les Chrétiens, et à qui l'on pense bien peu. O christianisme, que vous êtes peu connu 1