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CHAPITRE VIII

Tous les Chrétiens sont appelés à l'observance des règles du saint Evangile.

Le Prophète-Roi, prédisant les qualités de Jésus-Christ et de l'Eglise son épouse, dit (Psul. xliv,6, 11) que la puissance de sa droite lui fera faire des actions admirables; que la reine, c'est-à-dire l'Eglise, s'est tenue à sa droite, avec un habillement d'or, étant environnée d'une variété d'ornements. Or l'on peut dire que la variété de ces ornements sont les ordres religieux qui relèvent beaucoup la beauté de ses admirables vertus; mais tous ne sont pas appelés à se renfermer dans le cloître. La seule religion chrétienne est celle que tous les fidèles sans aucune réserve doivent professer, et c'est ce qu'ils ont tous fait en recevant le saint baptême.

Tous Jes Chrétiens ne portent pas l'habit de saint Benoît, de saint François, de saint Dominique, et des autres saints fondateurs des ordres réguliers; mais il n'y en a pas un seul qui n'ait été revêtu de Jésus-Christ, habit tout saint et tout divin. C'est une vérité de foi que le Saint-Esprit nous apprend par l'Apôtre aux Galates ( m, 27 ), où il dit : Vous qui avez reçu le baptême de Jésus-Christ, vous avez été tous revêtus de Jésus-Christ.

Tous les Chrétiens ne sont pas obligés de garder les conseils du Fils de Dieu : l'état de la virginité a des excellences qui sont si rares, si particulières, que si elles étaient connues, chacun désirerait y entrer. Et l'Apôtre dans cette vue nous assure, qu'il voudrait que tous fussent comme lui; mais c'est une grâce singulière. Tous ne sont pas appelés à vendre leurs biens, et à les donner aux pauvres (Matth. xix, 21); mais il n'y a pas un seul Chrétien qui ne soit appelé à la pratique des règles du christianisme.

Tous ne sont pas religieux de saint Augustin, de l'ordre du Carmel, et des autres ordres réguliers ; mais tous sont de la religion de Jésus-Christ ; il n'y en a pas un seul qui n'ait été appelé à l'état de la religion chrétienne, et par suite à la pratique de ses règles. C'est une vocation commune et gé-

nérale à .tous les Odèles : aès lors que le Chrétien est entré dans la religion de Jésus- Christ, il a quitté le monde, c'est-à-dire, tous les attachements à ses honneurs, à ses plaisirs, à ses biens. Pour ce sujet, ce qui a été déjà remarqué, auparavant que d'y être admis par le saint baptême, le prêtre lui a demandé plusieurs fois s'il ne renonçait pas au diable et à ses pompes, c'est-à-dire, aux choses vaines du monde corrompu, dont le diable est appelé le prince par le Fils de Dieu ; et l'entrée ne lui a été accordée qu'à cette condition. C'est pour lors que l'habit du vieil.homme lui a été ôté, et qu'il a été revêtu glorieusement du nouveau, ce qui lui a été marqué par le vêtement blanc qui lui a été donné par le prêtre dans la cérémonie du baptême, en lui disant ces paroles : Recevez cette robe blanche, et la portez devant le tribunal de Jésus-Christ.

Ainsi tous les Chrétiens sans aucune réserve ont pris le saint habit de la religion chrétienne, et cet habit est pour tous les fidèles de tout âge, de tout sexe, de tout état, de toute dignité. Il est vrai que tous ne portent pas l'habit de personnes renfermées dans le cloître, et qu'ils ne sont pas obligés d'en observer les constitutions ; mais il n'y a pas un Chrétien qui, ayant reçu l'habit de Jésus-Christ , n'ait contracté l'obligation de garder les lois et les règles du christianisme.

Nous avons parlé de ces lois et de ces règles , qui sont renfermées dans les deux grands commandements [Marc. xn,28), d'aimer Dieu de tout son cœur, de toute sou âme, de tout son esprit , de toutes ses forces ; et son prochain comme soi-même, dans le renoncement à soi-même, dans la croix qu'il faut porter à la suite d'un Homme- Dieu par son imitation , dans le détachement du monde et des désirs du monde, dans l'obligation d'agir et de souffrir surnaturellement, dans la continuation de la vie de Jésus-Christ. Il faut lire les sept chapitres précédents dans lesquels nous avons traité de ces règles, et se souvenir et prendre bien garde à un abus déplorable d'un grand nombre de Chrétiens, qui, dans l'ignorance coupable où ils sont de ces règles données par leur divin fondateur Jésus- Christ, les renvoient aux personnes du cloître ; comme s'il n'y avait que ces personnes qui fussent véritablement chrétiennes; comme s'il y avait pour elles un autre Dieu, un autre paradis à gagner, un autre enfer à éviter.

Mais ces règles sont communes à tous les Chrétiens, à ceux qui vivent dans le mariage, dans les charges, dans tous les différents emplois et embarras du siècle, avec les prêtres et les religieux. C'est pourquoi les saints Pères ont remarqué avec beaucoup d'attention, que non-seulement le Sauveur a dit à ses disciples , mais à tous , comme il est écrit en saint Luc ( ix, 23) : Si quelqu'un veut venir après moi, quil renonce a soi-même, quil porte tous les jours sa croix, et qu'il me suive. 11 le dit à tous ; c'est donc

ŒUVRES COMPLETES DE BOL" DON

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l'Apôtre aux Calâtes ( m, 1,2) : 0 sensés ! qui vous a charmes, pour ne pas c

aux plus grands princes, comme aux personnes de la plus basse condition : aux personnes qui vivent dans la société civile, comme à celles qui en sont séparées par «la retraite, dans le cloître; aux magistrats, à ceux qui commandent dans les armées, aux soldats, aux doctes, aux ignorants, aux artisans, aux laboureurs : qui dit à tous n'excepte personne.

Davantage, ce qui ne peut jamais être assez médité, c'est que le Fils de Dieu assure que sans cela on ne peut pas être son disciple : et ce qui est terrible , il se sert de comparaisons fortes pour nous en convaincre, et pour nous enseigner, que sans ces conditions, il'ne laut pas s'engager à être Chrétien. II nous déclare (Luc. xiv, 28, 31, 33) donc, que comme un homme serait la risée de tout le peuple, qui voulant entreprendre un bâtiment, n'aurait pas de quoi fournir à la dépense et l'achever; ou comme un roi qui, n'ayant | as des troupes suflisantes pour s'opposer à un autre roi qui lui déclare la guerre, ne lui demande pas la paix : De même quiconque ne renonce pas a tout ce qu'il possède, ne peut pas être son disciple. 11 est aussi ridicule que ces gens dont il vient de parler.

Je me sens pressé ici "de m'écrier avec

inobéir à la vérité? et de crier à tous. les Chrétiens avec le même Apôtre : Je ne veux savoir qu'une seule chose de vous : Reconnaissezvous Jésus-Christ pour votre Dieu, pour votre Maître? reconnaissez-vous que vous êtes ses disciples? Si vous le reconnaissez, comment vous rendez-vous rebelles à la vérité qu'il vous enseigne ? comment n'apprenezvous pas qu'il faut renoncer à tout par le dégagement? et que sans cette condition, l'on ne peut pas êire son disciple.

// n'y a donc plus de Juif, dit l'Apôtre, ni de Grec, ni de libre, ni d'esclave, d'homme, ni de femme ; car vous êtes tous en Jésus- Christ. (Ibid., 28.) C'est comme il est écrit aux Galates (in, 28), et aux Colossiens (m, 11 ) : Dans Jésus-Christ il riy a ni gentil, ni Juif, ni circoncis, ni incirconcis, ni barbare, ni Scythe, ni esclave, ni libre; mais Jésus-Christ est tout en tous; c'est-à-dire, qu'il n'y a plus de diversité de condition qui exempte des lois du christianisme. Jésus-Chiist doit remplir la condition et les devons de tous.

C'est pourquoi l'Apôtre enseigne (I Cor. n, 7, 29, 30, 31), qu'il faut désormais que ceux qui sont mariés vivent comme ne l'étant point; ceux qui pleurent , comme ne pleurant point ; ceux qui se réjouissent, comme ne se réjouissant point; ceux qui achètent, comme ne possédant point ; ceux qui usent de ce monde, comme n'en usant point. Il est aisé de remarquer que le Saint-Esprit par l'Apôtre ne parle pas aux personnes retirées dans la solitude et dans le cloître, par ces paroles. 11 parle aux personnes les plus engagées dans le monde par le mariage, par les aises de la vie, fur le commerce,

c'est à ces personnes qu'il prêche le dégagement de toutes ces choses ensuite de la doctrine de notre commun Maître : dégagement bien grand, puisqu'il veut que ceux qui sont mariés soient comme ne l'étant point; ceux qui achètent, comme ne possédant point; ceux qui usent de ce monde, comme n'en usant point. Ces vérités sont de l'Ecriture, certaines et infaillibles.

Mais ô mon Dieu 1 qu'elles sont peu entendues et peu pratiquées! Certainement à les bien considérer, et à ce qui se passe communément parmi les Chrétiens, on voit bien que le christianisme est bien peu connu ; mais entin l'heure est venue qu'il faut sortir de notre sommeil. La nuit est passée (Rom. xiii, 11, 12), le jour est avancé; laissons les œuvres de ténèbres, et prenons les armes de lumière. La véritable lumière est venue (Joan. i,9), qui éclaire tous les hommes venant en ce monde. N'attirons pas davantage le sujet de notre condamnation, aimant mieux les ténèbres que la lumière (Joan. m, 19, 20, 21), parce que nos œuvres sont mauvaises; car quiconque fait mal, hait la lumière, et celui qui agit selon la vérité parait à la lumière.

Le Prophète-Roi nous avertit (Psal.

xciv, 11 ) , si nous écoulons la voix de Dieu, de ne point endurcir nos cœurs ; et voici que ce Dieu l'ait homme nous prêche que le temps est venu,etque le règne de Dieu s'approcha ; que nous fassions pénitence et croyions à l'Evangile. N'endurcissons point davantage nos cœurs, croyons à l'Evangile et aux vérités qu'il nous enseigne, et faisons pénitence, et du peu de foi que nous avons eu par le passé, et de la vie que nous avons menée qui a été si peu chrétienne. La pénitence est la médecine que notre divin Médecin nous donne dans nos maladies qui sont extrêmes. C'est une médecine qu'il ordonne à tous, parce que tous sont malades, qui est si nécessaire, qu'il déclare en saint Luc ( xin, 3), que tous périront s'ils no font pénitence.

Mais, ô les ténèbres des Chrétiens 1 les saints et les personnes les plus innocentes sont ceux qui pratiquent avec plus de lidélité ce qui est ordonné par notre Sauveur, qui font davantage de pénitence; et les mondains et les mondaines n'en font point, la renvoyant à ceux qui sont dans le cloître, comme si les malades renvoyaient la médecine à ceux qui se portent bien.

C'est ce qui oblige notrii grand Maître à s'écrier [Matth. xu, kl) : Les Niniviies s'élèveront au jugement avec cette nation, et ils la condamneront, parce qu'ils firent pénitence à la prédication de Jonas , et il y a ici un plus grand que Jonas. Cependant ceux à qui Jouas prêchait, étaient des intidèles qui ne connaissaient point Dieu, et nous le connaissons. Us n'avaient entendu que la voix d'un homme, et nous entendons un Dieu qui nous parle, et que nous reconnaissons pour tel. Ils pouvaient douter que Jonas ne lût quelque homme trompé ou trompeur; nous n'oserions dire que l'adorable Jésus ne soit {'as

la vérité même : et après tout dans la grande ville de Ninive, tout le monde depuis le roi jusqu'au dernier du peuple, prirent le sac et la cendre, jeûnèrent et firent pénitence.

Or, la ville de Ninive avait vingt lieues de tour, l'une des plus grandes villes qui fût jamais; et dans une ville si peuplée, Je roi ordonne un jeûne si rigoureux, qu'il n'était permis à personne de manger, aux enfants mêmes, ni aux bêtes : les mères ne donnaient pas la mamelle aux enfants, et tout cela à cinq ou six paroles que Jonas leur disait, sans être soutenues de raisonnements, sans même leur promettre miséricorde s'ils se convertissaient. Jésus est plus grand que Jonas, et infiniment plus grand, et l'on n'est point ému des vérités qu'il nous prêche; l'on en fait moins d'élat que des moindres choses temporelles : il ne s'agissait dans la prédication de Jonas que de la ruine d'une ville, il s'agit dans la prédication de Jésus de la perte de nos Ames, d'un malheur qui durera pendant toute l'éternité. Les Ninivites néanmoins, dans la crainte de la perte de leur ville, font une pénitence très-rigoureuse, et l'une des plus grandes qui se soit faite jamais ; et nous, pour éviter l'enfer et rentrer dans l'amitié de Dieu, la voix d'un Dieu-Homme ne nous touche point, quoiqu'il nous promotte miséricorde dans l'excès de ses bontés infinies, si nous nous convertissons, et changeons de vie.

Finissons ce chapitre par les avis du Prince des apôtres , qui nous avertit (/ Petr. 1,8-11) que nous ne laissions pas la connaissance de Jésus-Christ en nous inutile et infructueuse ; au lieu que celui à qui la pratique des vertus manque est aveugle ; mais ayons grand soin d'assurer notre vocation par de bonnes œuvres, et par ce moyen une porte spacieuse nous sera ouverte pour entrer dans le royaume éternel de Noire- Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. ♦

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