EXHORTATION A FAIUE UN USAGE CHRETIEN DL TEMPS
Nous avons montré amplement que le Chrétien non-seulement doit agir en honnête homme, en homme raisonnable, mais en Chrétien, c'est-à-dire surnaturel lemenl eu toutes choses. Nous nous laissons à l'esprit de Notre-Seigneur présentement , pour faire voir que c'est à quoi il doit s'appliquer trèsparticulièrement dans le saint usage du temps; temps qui n'est considéré du grand Apôtre (77 Cor. iv, 17), que comme un moment; mais, hélas 1 moment d'où dépend l'interminable éternité; moment d'où dépend ou un bonheur infini ou un malheur infini ; moment plus précieux que s'il nous
v fallait acquérir mille mondes, puisqu'il s'y agit de se procurer des couronnes immortelles et ure gloire immense qui n'apoint de fin. Et c'est une vérité , que nous n'aurons, durant toute l'éternité, que ce que nous aurons acquis pendant ce moment
Moment dans lequel il s'agit non-seulement de tout gagner, mais de tout perdre; où il s'agit de gagner ou de perdre un Dieu. Il faut ici que tout esprit se perde; car il n'y en a point, soit angélique, soit humain, qui puisse pénétrer à fond ce que c'est que Dieu ; qui puisse comprendre l'infinité de son Etre; ainsi, comment savoir ce que c'est que de le gagner ou de le perdre? Ahl Chrétiens, à quoi pensez-vous dans l'oubli de ces grandes et étonnantes vérités?
Ahl Chrétiens, à quoi pensez-vous, faisant un si mauvais usage du temps, le passant ou en des choses mauvaises ou inutiles ? S'il était question seulement d'un chétif procès pour quelque bien temporel, et que le jugement pressât, on courrait aux juges pour les solliciter, aux avocats, aux procureurs, pour en prendre soin. Si pour lors on vous invitait à vous divertir, vous diriez que vous avez bien d'autres choses à faire ; quo vous avez un procès qui est sur le point d'être jugé : à plus forte raison , s'il s'agissait de perdre une principauté , ou une monarchie, qui ne sont rien cependant comparés aux biens immenses d'un royaume éternel ; à la possession d'un Dieu , dont la privation engage dans une perte totale do tout bien, et engage dans un malheur infini à l'enfer pour un jamais. 0 temps , qui pourrait expliquer, qui pourrait concevoir le bon ou le mauvais usage que l'on fait de vous ?
De plus, il faut remarquer que le temps appartient à Dieu, qu'il en relève immédiatement, qu'il est de son domaine, qu'il en est le Seigneur et le Maître absolu. C'est pourquoi l'Apôtre (7 Tim. i, 17) l'appelle le Roi des siècles. Et le Fils de Dieu, dans les Actes des apôtres ( i, 7), dit à ses disciples que le temps et les moments sont en la puissance de son Père. Dans cette vue il a bien voulu s'y assujettir, se privant durant sa vie mortelle de la gloire qui était due à son corps dès le moment de son incarnation. Le temps n'est donc pas à nous, pour en disposer à notre volonté.
Mais le temps n'est pas encore à nous, parce qu'Adam, notre premier père, en a du être privé par sa désobéissance à son Créateur, en mangeant du fruit qu'illui avait défendu sous peine de la mort (Gènes, u, 17) : le moment de sa désobéissance devait être le dernier moment de sa vie; mais sa punition a été changée en miséricorde, en faveur du mystère de l'Incarnation : ainsi nous devons reconnaître que tout le temps donné à Adam depuis son péché , et à toute sa postérité, est. une grâce qui vient de Notre-Seigneur Jésus-Christ , qui nous a acquis le temps de faire pénitence par le prix qu'il en a payé.
Or-, il faudrait connaître la valeur de ce prix, pour connaître combien le temps nous
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doit être précieux. !1 a coûté le sang , la vie et la mort d'un Homme-Dieu, c'est ce qui ne se peut penser; car une seule goutte de -"esang est plus que tout l'argent, tout l'or et tous les trésors de la terre, plus que toutes les couronnes, les empires, plus que tout le monde et les- millions de mondes. La vie du Sauveur est plus estimable que toutes les vies des anges et des hommes-; c'est de là qu'il nous faut juger de la valeur du temps, dont il n'y a pas un seul instant qui ne soit d'un prix infini.
Non-seulement donc , nous ne pouvons disposer du temps, parce qu'il est du domaine du Créateur du ciel et de la terre , et que ce serait une injustice de nous approprier ce qui appartient à Dieu; mais encore parce que le temps que Dieu nous donne est totalement à l'adorable Jésus qui nous l'a acheté par le prix de son sang et de sa vie. Soupirons ici sur l'aveuglement des hommes : l'on crie après un pauvre valet qui perd le temps à se divertir , au lieu de servir son maître: on dit qu'il dérobe les gages qu'on lui donne; et misérables aveugles que nous sommes , ne voyons-nous pas qu'un moment pris de notre vie à notre bon Sauveur, le rapportant à notre propre satisfaction et non pas à sa gloire, est un larcin d'une chose qui a coûté un prix infini?
Elevons ici notre esprit, et considérons que si l'on fait pendre un homme qui aura (Jérobé un cheval, quelque somme d'argent ou quelque chose de semblable, que devons-nous attendre à notre mort pour tant de moments de notre vie que nous lui avons dérobés et qui lui ont coûté sa divine vie? Hélas 1 peut-être presque toute notre vie aura été un larcin continuel. Combien de gens passent leur vie, sans parler des actions tout à fait criminelles, dans la recherche de leurs satisfactions? 11 semble que c'est faire beaucoup d'assister à une messe, de faire quelques prières le matin et le soir; et l'on emploie les jours et quelquefois une partie des nuits dans les divertissements. Les artisans et les gens de travail s'occupent à la vérité à faire ce que Dieu demande d'eux; mais la plupart, sans rapporter à Dieu leurs travaux, agissent simplement en hommes, mais non pas en Chrétiens. Les riches et les personnes de qualité font leur occupation ordinaire de leurs plaisirs, de leurs promenades, de leurs chasses, de leurs jeux, de leur bonne chère. Hélas! quelle part Dieu a-t-il dans l'emploi de leur temps?
Ah 1 que le monde est quelque chose d'affreux ! On y dit hautement qu'il faut [tasser le temps et qu'on l'a bien passé quand on s'est bien diverti ; c'est pour cela que l'on fait des assemblées, des parties, que l'on se voit, que l'on converse; c'est le sujet ordinaire des entretiens, c'est ce dont l'on parle et dont l'on parle même parmi des personnes de bel esprit, des personnes savantes, des personnes qui devraient être séparées des
amusements du siècle par la sainteté de leur état.
Cependant notre grand et divin Maître nous déclare (Matth. xu, 36) que les hommes ne diront aucune parole inutile dont ils ne rendent compte au jour du jugement. Ce n'est pas seulement un casuiste, un docteur, un Père de l'Eglise qui nous fait cette déclaration ; c'est le Fils de Dieu, c'est celui qui est la vérité même. Après cela n'a-t-il pas sujet de dire à tant de Chrétiens qui ne pensent qu'à se donner du plaisir, comme il l'a dit autrefois aux Juifs : Croyez à l'Evangile (Marc, i, loj ; car où en est la foi? C'est ce qu'il faudrait crier fortement à tant de Chrétiens dont les occupations sont si vaines. Où est la foi de ces paroles de Dieu, que nous rendrons compte de toutes les paroles inutiles au jour du jugement? car enfin il n'y a point de moment en la vie qui soit à nous. C'est pourquoi l'Apôtre, dans les actions les plus basses, comme celles du boire et du manger, veut que nous les fassions toutes pour la gloire de Dieu. (7 Cor. x, 31.)
Après cela, peut-on dire que les Chrétiens qui font leur occupation de jeux et de divertissements croient véritablement à la parole de Dieu? Les ordonnances même ecclésiastiques, celles de l'état séculier les condamnent. On ne doit jouer que pour se délasser l'esprit et le corps, et non fias à des jeux de hasard, autant que la nécessité le demande et en véritable Chrétien, c'est-à-dire d'une manière digne de l'esprit de Dieu, qui doit être le principe de toutes ses actions; et l'on joue d'une manière indigne d'un homme raisonnable, l'on s'en fait l'application de son esprit, de la conversation ; l'on est dans l'impatience du jeu, l'on y passe quelquefois une partie des nuits.
Ceux qui jouent gros jeu auront un compte terrible à rendre au sévère jugement de Dieu, par le mal qui en arrive à leurs familles, par le mauvais usage qu'ils font des biens dont ils privent les pauvres qui gémissent accablés sous leurs misères, pendant que l'on fait des dépenses au jeu, qui serviraient à nourrir grand nombre de personnes qui sont dans le. besoin. Le mal du jeu est bien grand, bien peu connu, et néanmoins présentement très-ordinaire : on verra dans de petites villes des gens d'un bien assez médiocre qui auraient de la peine à donner] vingt sous, et bien moins aux pauvres, jouer des quatre, cinq et six louis d'or; mais ce qui est effroyable, dans le temps même d'une très-grande nécessité où l'on est obligé, sous peine de damnation éternelle, d'assister les pauvres et se retrancher même pour ce sujet tout le. superflu, on ne laisse pas encore de jouer; et nous avons su des personnes qui dans ces temps- Jà ont perdu des vingt mille livres.
Mais, ô l'abomination de désolation dans le lieu saint ! (Dan. ix, 27) ces désordres mêmes se trouvent dans quelques ecclésiastiques qui jouent même un bien qui ne leur appartient pas. puisque c'est le patrimoine des pauvres, et il n'est pas permis de jouer
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de l'argent avec eux, puisqu'ils ne le [Jeuvent pas perdre légitimement. Chose étonnante, que les Turcs dans leur jeu sont plus réglés que les Chrétiens; cependant on vit dans une si malheureuse habitude, et souvent on meurt dans rattachement que l'on y a. L'aveuglement que ce dérèglement cause est si horrible qu'on ne laisse pas de s'approcher des sacrements dans cet attachement, et a peine s'en accuse-t-on. Il y a môme des maisons qui servent comme des brelans, où l'on s'assemble pour jouer.
O ténèbres des hommes, que vous êtes effroyables! C'est ainsi donc que l'on passe un temps dont il n'y a pas un seul moment qui n'ait coûté la vie d'un Homme-Dieu, «•omme nous l'avons dit, et dans lequel on ne puisse plus gagner ou perdre que tout Je monde ensemble; puisque dans tous les moments on peut mériter de nouveaux degrés de grâce et ensuite de gloire, et que le plus petit degrés de grâce vaut mieux que tous les royaumes, tous les empires, tous les honneurs, tous les plaisirs de la terre. Je ne puis m'empêcher ici de considérer encore, quoique nous ayons parlé de ce sujet, que le plus pauvre homme du monde, un pauvre vigneron, un pauvre laboureur, s'il a plus de degrés de grâce que le plus grand roi de la terre, est plus glorieux, plus noble, plus riche aux yeux de Dieu; toutes les actions les plus éclatantes de la nature, si elles ne sont produites par le Saint-Esprit, n'ayant aucun mérite devant lui; et souvent c'est où il y a plus de bassesses, parce qu'il y a plus de vivacité.
Mais chantons les miséricordes de Dieu éternellement dans l'usage du temps (Psal. c, 1) que son aimable providence nous donne. Dieu tout bon et tout miséricordieux nous accorde une grâce qui n'a pas été donnée à l'ange dans son péché; il sera damné éternelhnient, pour une seule offense commise contre sa majesté divine; c'est une grâce qui nous met en état d'être bienheureux pour jamais, en faisant un usage chrétien : c'est ce qui est refusé à tous les damnés. Ah 1 s'ils avaient un seul moment de tant d'heures et d'années que nous avons, que ne feraient-ils pas? O temps! ô temps!
combien devez-vous être précieux 1 C'est une grâce qui nous est donnée pour mériter ce qui est refusé aux âmes du purgatoire; elles ont beau soutfrir, et des peines terribles, pour lors elles ne méritent plus. C'est une grâce qui nous a empêchés de mourir dans la disgrâce de Dieu, soit par le péché originel : combien d'enfants morts sans baptême! soit par le péché actuel mortel. Écrions-nous ici avec le Psalmiste : Qu Israël dise maintenant : Si le Seigneur n'eût été avec nous ; si le Seigneur, dis-je, n'eût été avec nous, lorsque nos ennemis s'élevaient contre nous, ils nous auraient dévorés tout vifs : béni soit le Seigneur, qui ne nous a pas exposés à leur fureur. Notre âme s'est sauvée comme un oiseau qui s'échappe du filet des oiseleurs ; notre secours est au nom du Seigneur qui a fait le ciel et la (erre. (Psal. cxxm,
1, 2, 5, 6, 7, 8.) Disons encore avec ce saint roi (Psal. xcm , 17) : Si le Seigneur ne m'eût secouru , mon âme serait déjà dans l'enfer. O vérité épouvantable! nous brûlerions pour un jamais, pour un jamais dans les feux et les flammes de la justice vengeresse d'un Dieu; mais y pensons-nous?
mais comment n'y pas faire réflexion? mais comment n'être pas saisi de frayeur de toutes parts si l'on y réfléchit? mais comment n'être pas touché des miséricordes de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui nous a préservés d'un si grand mal, et qui est bien grand puisqu'il est infini?
Comment n'être pas tout pénétrés de sa longue patience, en nous donnant du temps pour faire pénitence de nos péchés qui ont mérité l'enfer? O mon âme! chante les louanges du Seigneur , chante les louanges de ton Dieu : il n a point traité de la sorte toutes les autres personnes. (Psal. cxlvii, i, 9.) Plusieurs après quelques péchés mortels ont été damnés. Un religieux de la Compagnie de Jésus, personnage d'une vertu particulière, ayant été tenté fortement par une violente tentation à laquelle il résista courageusement en la vertu de Notre-Seigneur, apprit après, par une révélation, que s'il eût succombé, le démon avait permission de le faire mourir. Combien de morts subites causées par cet esprit malin ! Et combien de fois en est-il arrêté par le ministère des saints anges dont la divine Providence se sert pour continuer ses miséricordes? Certainement on ne peut jamais assez le répéter : nous avons des obligations incroyables à ces aimables esprits. Ah ! que les hommes sont ingrats, qui en ont si peu de reconnaissance !
Mais après tant de grâces que notre bon Sauveur nous fait dans le temps qu'il nous donne, il faut être bien endurci pour n'en pas faire un usage chrétien; non-seulement ne l'employant pas en des choses mauvaises, mais l'employant en des choses indifférentes, inutiles et oiseuses. Quand il le met entre nos mains, c'est avec l'obligation de le remplir d'œuvres qui soient à son honneur, et nous devons bien prendre garde à ne les laisser pas écouler inutilement , et sans payer à Dieu comme le prix du temps pendant lequel il nous prête la vie. C'est tomber de bien haut , disait l'un des grands serviteurs de Dieu de notre siècle, feu M. de Bernières de Louvigny,de la ville de Caen , que de faire une seule action indifférente, puisque c'est quitter l'opération d'un Dieu, pour demeurer dans la simple action de l'homme : ce qui paraissait si effroyable à ce véritable Chrétien, qu'il «lisait qu'une seule action indifférente lui serait plus lâcheuse que la perte de lous ses biens qu'il a quittés dans les dernières années de sa vie, par le choix de la sainte pauvreté volontaire. Ce n'est pas si peu de chose que l'on s'imagine de ne pas glorifier Dieu par des actions inutiles : le Fils de Dieu nous l'a assez appris (Matlh. x\i , 19). lorsque voyant sur le chemin un figuier qui
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n'avait que des feuilles, il lui donna sa malédiction en lui disant: Jamais ne puisses-tu porter de fruit : et à l'heure même le figuier sécha.
Si l'on voyait dans l'intérieur d'un grand nombre de Chrétiens, combien y découvrirait-on de désirs et de desseins inutiles? combien d'inutil'tés dans leurs paroles, leurs conversations et leurs occupations? Et combien le Fils de Dieu pourrait-il dire ces paroles (Matth. xx, G) : Pourquoi demeurez-vous tout le jour à ne rien faire ? Mais, mon cher lecteur, ne nous le dirat-il point à notre mort? Ne nous dira-t-il point : Pourquoi avez-vous passé votre vie inutilement? Hélas! on dit : On passe le temps. Nous avons bien passé le temps, mais c'est le passer bien mal.
11 le faut passer en faisant du bien et en faisant le bien que Dieu demande de nous. Nous avons dit que le temps coûte le sang, la vie et la mort d'un Homme-Dieu. Il faut ijue l'emploi que nous en faisons corresponde à la dignité , à la valeur infinie de ce noble prix; il faut l'employer en actions dignes de Dieu , de sa mort et de son sang. Pour ce sujet nos actions non-seulement doivent être bonnes, mais elles doivent être dans l'ordre de Dieu, des actions que sa divine volonté nous ordonne. Nous devons donc faire le bien, et le bien que Dieu demande de nous et en la manière qu'il le veut, c'està-dire chrétiennement et saintement. Dans cette vue, il est bon de se demander de temps en temps, en agissant: Fais-je ce que Dieu veut de moi, et d'une manière digne de son infinie majesté?
Mais l'Apôtre nous crie aux Galates ( vi , 10), que nous pratiquions Je bien pendant que nous en avons le temps. Et le Fils de Dieu nous avertit (Joan. ix, k) , que la nuit viendra, dans laquelle personne ne pourra rien faire. La nuit, c'est-à-dire, la mort. Marchez, nous dit-il encore (Joan. xn, 33), pendant que la lumière vous éclaire, de peur que vous ne soyez surpris des ténèbres ; pour lors il n'y aura plus de temps. Nouvelle étrangement terrible à tous ceux qui s'arrêtent à la vie présente, au monde et aux désirs du siècle : puisqu'elle est annoncée avec un jurement si solennel par l'ange de l'Apocalypse, que saint Jean vit debout sur la mer et sur la terre , qui leva sa main au ciel et qui jura par celui qui vit dans les siècles, qui a créé le ciel et ce qui est dans le ciel, la terre et ce qui est dans la terre , la mer et ce qu'il y a dans la mer, qu'il n'y aurait plus de temps.
C'est ce qui arrivera à tous les hommes à la mort ; cependant, regardons-la comme la peine due à nos péchés; humilions-nous pour la recevoir dans cette vue. Après l'arrêt de la justice divine, il faut nous en juger dignes devant tous les saints : si nous ne sommes pas exposés sur une roue pour être le spectacle de toute une populace, nous le sommes aux yeux de Dieu et de se.-, saints anges. Nous devons entrer dans le zèle de hi justice de Dieu , qui veut punir nos of-
fenses par la mort. Il faut adorer l'arrêt qui en a été donné, inviter les saints et les bons anges, l'adorer avec nous, nous devons même l'aimer et par ce zèle désirer la mort pour satisfaire à la justice divine. Il n'y a rien de plus injuste dans le criminel que de ne pas vouloir subir le supplice dû à son crime. Si le Prophète-Roi chante la miséricorde d« Dieu , il chante aussi sa justice et il enseigne que ses jugements sont plus à désirer que l'or et toutes les pierres précieuses (Psal. cxvm, 127) ; qu'ils sont plus doux que le miel et que le rayon du miel le plus excellent (Psal. cxvm , 103) : l'âme qui aime véritablement, entrera facilement dans ces sentiments.
Cet arrêt de mort prononcé contre nous par la justice divine nous doit faire souvenir du détachement de toutes les choses du siècle; car un homme condamné à la mort par un arrêt n'a plus de droit ni aux honneurs, ni aux plaisirs du monde ; il ne lui reste que la confusion : il n'est pas étonné qu'on le méprise, au contraire, il ne doit attendre que la douleur, le mépris et l'opprobre. Voilà l'esprit dans lequel nous devons vivre toute notre vie, où nous devons nous considérer comme dans une prison , attendant l'exécution de notre arrêt, souffrant avec soumission et amour toutes les peines qui nous peuvent arriver, qui en sont les suites et qui seront toujours audessous de celles que nous méritons, puisque nous méritons l'enfer; c'est ce qui nous doit persuader que l'on ne saurait nous faire tort nous devrions être anéantis dans l'esprit et dans le cœur de tous les hommes ; mais quel bonheur en souffrant chrétiennement et dans l'amour de Dieu , d'être délivré de ces peines? O l'heureux échange 1 Mais quelle folie à des gens condamnés à la mort, de s'embarrasser pour des biens temporels, pour les vains plaisirs du monde, pour ses honneurs trompeurs 1
Le saint homme, le P. de Condren, que nous citons si souvent, dans la vue de notre arrêt de mort, adorait les soirs le Fils de Dieu comme le juge souverain des vivants et des morts, se présentant à lui comme criminel , acceptant sa sentence et se réjouissant du pouvoir de Notre-Seigneur Jésus-Christ; il l'adorait comme le grand-prêtre, lui demandant l'absolution; lui demandant part à la lumière qui nous sera donnée à la mort, dans laquelle nous verrons les véiités bien d'une autre manière que nous ne les voyons présentement. Notre aveuglement est si grand , que nous demeurons dans une grande obscurité à l'égard de nos fautes ; souvent on prend l'amournropre pour l'amour de Dieu. C'est pourquoi le Psalmiste , au milieu de toutes ses lumières, ne laisse pas de prier Dieu qu'il le purifie de ses péchés secrets et cachés , et s'écrie : Qui peut connaître toutes les fautes? La bienheureuse Caiherinede Gênes, quoique très-éclairée, dit que notre bonSauveur lui fit connaître des imperfections dans ce qu'elle pensait perfection; c'est pourquoi nous ne de-