‹ Œuvres complétesChapitre 329 sur 397 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Le bonheur est la sainte jote du vrai Chrétien.

La vie du vrai Chrétien étant cachée avec Jésus en Dieu, ayant l'honneur de faire une partie du corps mystique de cet adorable Jésus par la qualité de membre d'un chef ♦ qui est vrai Dieu; il entre dans une union si intime avec Dieu parle moyen de la grâce habituelle et inhérente en ce qui le rend participant de la nature divine, qu'il devient par cette grâce consommé dans l'unité ; car t'est comme parle l'Apôtre en sa première épitre aux Corinthiens, où il dit : Celui qui s'unit au Seigneur devient un même esprit avec lui. (I Cor. vi, il.)

Or n'est-ce pas dans cette union avec Dieu que l'homme trouve sa félicité? et n'est-ce pas dans cette union qu'il la trouve uniquement? Que l'homme fasse ce qu'il voudra, il ne la trouvera jamais ailleurs. Dieu seul, qui est son principe et sa fin, est le centre où il rencontrera son repos. L'homme, à la vérité, a ses limites, ses bornes, puisqu'il est créature; mais il a une capacité intime, qui ne peut être remplie que par l'infini ; et comme il n'y a que Dieu seul qui le soit, il n'y a qu'un Dieu seul qui puisse faire sa bienheureuse plénitude. Ainsi, quand il se trouverait une personne qui jouirait entièrement de tous les biens généralement qui sont au monde, et qu'elle seule en eût l'empire, tout le monde, et un million de mondes, si Dieu les créait, ne pourraient pas remplir sa capacité, puisque tous ces mondes, quelque grands qu'ils puissent être, sciaient finis.

Il y aurait bien ici à soupirer sur les épouvantables ténèbres des enfants même de lumière, je veux dire les Chrétiens, dont un

OEcvres cosin.. de Boudon. I.

si grand nombre erre parmi la multitude* des créatures, y cherchant, dit saint Augustinree que l'on a perdu dans l'unité du Créateur. Hélas 1 à quoi pensons-nous, quand nous cherchons une chose où jamais personne ne l'a trouvée , où jamais personne ne la peut trouver? Examinez cette vérité dans tout ce que l'histoire sainte et la profane peuvent apprendre; cherchez-la dans la succession de tous les siècles, depuis la création du monde jusqu'à ces derniers temps ; consultez là-dessus tous ceux qu'il vous plaira; consultez-en votre propre expérience, et voyez si jamais le monde et les choses du monde ont pu rendre un cœur parfaitement content, ont pu faire un homme bienheureux. Toutes les satisfactions que la nature peut donner , dit furt bien saint Augustin, ne sont que des ombres de la véritable joie; mais combien ces ombres sontelles mêlées de choses qui font peine? et puis enfin elles sont passagères, et quand il serait vrai qu'elles pourraient causer quelque parfaite joie, ce qui est faux, leur perte qui est indubitable (car qu'en reste-t-il après la mort?) serait capable de nous mettre dans une tristesse accablante.

0 aveuglement donc incompréhensible de la plupart des hommes 1 car cependant tous tendent au bonheur, tous le veulent, et si peu le cherchent où on le trouve véritablement, et c'est en Dieu seul 1 Certainement le Saint-Esprit nous enseigne bien cette vérité, quand il déclare que le nombre des fous est infini. (Eccle. i, 15.) Car n'est-ce pas une folie de chercher une chose où jamais, comme il a été remarqué, personne ne l'a trouvée, et où il est même impossible de la trouver. Mais cette folie ne règne-t-elle pas de tous côtés, et, ce qui est bien déplorable, parmi même les Chrétiens ? La divine parole leur fait assez voir que toutes choses ne sont que vanité ; que ceux qui s'attachent au monde sont comme ces gens qui voudraient prendre le vent ou les ombres. Elle appelle le monde une figure, et une figure qui passe. C'est comme un tableau qu'on montrerait pour un moment, et qui dans l'instant qu'il paraît n'est qu'une peinture. 11 n'y a rien qui passe plus vite, et cependant en passant il n'a rien de réel. Ces vérités sont grandes et bien touchantes. Mais le péché rend Jes cœurs plus insensibles que les rochers , puisqu'après des instructions si divines et si infaillibles venant de l'Esprit de Dieu qui est la vérité même , on passe la vie dans 1 amusement des créatures. Le Psalmiste a divinement dit : Lorsque l'homme était dans l'honneur , il ne l'a pas compris : il a imité les bêtes qui sont sans raison, et il leur est devenu semblable. Cette conduite qu'ils gardent leur est un sujet de scandale, et cependant leur postérité les approuvera et les louera. On les a menés en enfer comme des brebis : la mort les dévorera. (Psal. xlvui , 13, 21.) Ce sont les paroles du Prophète-Roi. Mais qu'il est vrai que l'homme est devenu semblable aux bêtes, demeurant tout plongés dans la terre , et à peine s'élevant vers les -

Page 1