‹ Œuvres complétesChapitre 330 sur 397 · MI · texte numérisé non relu

MI

OIXVliKS COMPLETES DE BOl'DOX.

i'rlU

choses célestes ; ne pensant (ju'ù satisfaire ses inclinations qu'il a communes (avec- les animaux, comme si tout son bonheur se trouvait dans les plaisirs des sens 1 Et cependant ces gens qui sont tout dans la poursuite des honneurs, des biens et des plaisirs du monde, quoique ces choses leur servent de pierre d'achoppement et de scandale, sont souvent beaucoup estimés et en grande approbation parmi le monde, pendant que le diable les tient liés par leurs attaches aux choses créées, qui les mènent enfin à une damnation éternelle; et cet esprit infernal, pour les retenir toujours dans ses chaînes, fait ce que l'on rapporte de ce fameux peintre de l'antiquité qui représentait les choses avec des couleurs si proportionnées et par des figures si parfaites que l'on prenait l'image pour ce qu'elle représentait. Ainsi l'on voyait les oiseaux fondre en troupes sur une vigne que ce peintre avait représentée dans un tableau; ils s'imaginaient de trouver de véritable raisin , et n'en remportaient que le mal qu'ils se faisaient en becquetant cette peinture. C'est de la sorte que le diable amuse la plupart du monde, leur dépeignant dans leur imagination les honneurs et les plaisirs de la terre comme quelque chose de bien aimable et qui peut donner quelque véritable satisfaction; mais, après tout, comme dans la vérité ce ne sont que des apparences, on demeure vide, et il ne reste qu'une véritable peine.

11 n'y a que Dieu qui soit la véritable plénitude de l'âme. Toute abondance de quelque autre bien que ce puisse être, dit saint Augustin, est une véritable pauvreté. Je sais certainement une chose, dit encore ce Père , c'est que de quelque côté que je me tourne, et au dedans de moi , et hors de moi, je ne trouve que peine, si je ne trouve Dieu seul. Or l'âme qui s'y attache uniquement rencontre en lui une félicité achevée. Oh! quels torrents d'une pure joie coulent dans mon âme ainsi unie à celui qui est le centre de la véritable joie ! quels innocents jlaisirs ne goûte-t-elle pas, lorsqu'elle considère ces trois grandes vérités pleines d'une douceur inexplicable : La première , que le Dieu de toute majesté qui fait la gloire des bienheureux dans le paradis est véritablement en elle, et y est avec toutes ses grandeurs infinies et'tout entier comme dans le ciel ; que dans son cœur tout plein de l'immensité divine le Père éternel y engendre son Fils, que le Père et le Fils y produisent le Saint-Esprit. La seconde, que parle divin amour elle le possède ; il est à elle, elle est à Dieu, et elle jouit de Dieu en Dieu même. Figurez-vous un vaisseau entièrement rempli d'eau, et que l'on jette dans la mer : il est plein d'eau au milieu d'une immensité d'eaux qui l'environnent de toutes parts. Voilà l'heureux état d'un cœur plein de Dieu dans Dieu. N'est-il pas bienheureux, puisqu'il « tout le bien possible? Si cependant quelques bonnes âmes mêmes ne goûtent pas celte félicité dans sa pureté, c'est que leur amour n'est pas sans mélange. Elles ne di- ,

seul pas en vérité a*ec le séraphique saint François : a Mon Dieu et mon tout; » avec Dieu, elles veulent encore quelque autre chose. Dieu seul ne fait pas toute leur plénitude. C'est la raison par laquelle on voit si peu d'âmes parfaitement contentes, parmi celles même qui font profession d'une piété plus particulière. Que doit-on penser de celles qui ont des attaches grossières et tout à fait volontaires? Faut-il s'étonner de leurs inquiétudes et de leurs chagrins ? La troisième vérité est que personne ne peut ravir à l'âme ce bien infini qu'elle possède. Elle seule se peut causer ce malheur infini par ses infidélités ; et Jésus-Christ lui donne sa grâce pour n'être pas infidèle, et il ne quitte jamais le premier, comme l'enseigne le saint et dernier concile général.

Que peut craindre l'âme dans cet état, soit de la part des hommes, soit de la part des diables, étant par grâce un même esprit avec celui qui est Tout-Puissant? Quel courage ne doit-on pas avoir au milieu (Iqs faiblesses de sa propre nature, étant uni à celui qui est la force même? PossédantDieu qui est le grand et véritable tout, que peut-elle encore désirer? N'est-ce pas là cettejoie pleine dont il est parlé dans l'Evangile? Heureuse donc, et mille fois heureuse l'âme qui, étant dégagée saintement de tous les liens qui la tenaient prise aux créatures, s'élève glorieusement par le pur amour en Dieu seul, qui est un océan infini de toutes les pures j,oies et y demeure saintement perdue et éternellement abîmée. Ah 1 mon Dieu, quelle douceur d'être environné de tous côtés dans une mer infinie de joiel Ahl que le monde sans amour pour Dieu ne sait-il ce qu'il perd, lui qui recherche ses plaisirs incessamment, et avec des empressements si ardents S Ma fille, disait un jour Notre-Seigneur à une de ses plus zélés et plus fidèles amantes, sainte Thérèse, en lui découvrant dans une lumière surnaturelle ce bonheur qui lui fut montré d'une manière admirable ! Voilà ce que ies misérables mondains perdent.

Or cette joie, qui vient de l'union de l'âme avec Dieu, est une joie perpétuelle, parce que le sujet subsiste toujours si l'âme persévère avec fidélité dans l'amour. C'est pourquoi saint Paul, écrivant aux Philippi ens (iv, 4), les exhorte par deux fois à se réjouir sans cesse en Notre-Seigneur, et à ne s'inquiéter de rien. Et le grand saint Ambroise disait que le vrai Chrétien ne doit, jamais être triste. Mais ce qui est bien considérable, c'est que la joie chrétienne demeure parmi tout ce qu'il y a de plus ailligeant en la vie. C'est ce qui a paru admirablement dans les saints martyrs. Se peut-i! rien concevoir de plus cruel que le supplice d'un saint Laurent? et cependant ce généreux témoin de Jésus-Christ étendu sur un gril ardent pour y être rôti à petit feu, y parait plus content et y demeure dans une plus grande tranquillité que les personnes du monde parmi tous leurs vains plaisirs. Mais celle pure joie est si grande qu'elle va quelquefois jusque dans un saint excès,

LA SCIENCE ET LA PRATIQUE I>t CHRETIEN. - PART. t.

comme le décrit l'Apôtre lorsqu'il s'écrie : Je surabonde de joie au milieu de mes tribulations. Les croix n'ôtent donc pas la joie chrétienne, mais elles la causent et l'augmentent, parce que, comme elles séparent l'âme des créatures, elles lui donnent occasion de s'unir à Dieu, et c'est dans cette union divine, comme il a été dit, que cette joie se possède. Ce pauvre, qui, avec l'indigence où il était, souffrait encore beaucoup de douleurs, était bien d^ns l'expérience de cette vérité, lorsqu'il disait qu'il ne comptait que des jours heureux; *et [tour dire ce que je sais d'une personne qui m'est parfaitement connue et qui a passé par des peines terribles à la nature; je puis assurer que depuis plus de trente années elle n'a pas eu un moment de chagrin, je dis dans sa partie supérieure; et qu'elle a joui d'une paix continuelle au milieu des furieux orages dont elle a été battue; je dis dans la partie supérieure, parce que souvent il n'est pas en notre pouvoir d'empêcher la peine ni le trouble de la partie inférieure, qui a été quelquefois et durant de longues années beaucoup exercée dans les plus fidèles serviteurs de Dieu.

Quand je parle donc de la joie continuelle du vrai Chrétien, c'est de celle qui réside dans la cime ou le centre de l'âme, dont l'union devant être perpétuelle avec Dieu par la fidélité de son amour, le bien qui lui arrive de sa divine jouissance sera immuable si elle persévère constamment en sa fidélité, étant unie à celui qui ne change point. Or, cet état du vrai Chrétien, comme le remarque bien sainte Catherine de Sienne, lui convient bien en qualité de membre de Jésus-Christ, dont la partie supérieure de sa sainte âme* jouissant sans cesse de la vision béatitique, a toujours été dans une joie inconcevable, pendant que sa partie inférieure a été plongée dans une mer de douleurs. Le vrai Chrétien étant uni à Jésus, comme le membre l'est au chef, doit participera ses états et les honorer par une fidèle imitation : ainsi, quoiqu'il ne jouisse pas ici-bas delà claire vue de l'essence divine, l'alliance sacrée et intime que le pur amour lui donne avec elle, lui doit causer dans l'abîme de sou âme un repos tout divin, souffrant dans sa partie inférieure tout ce qu'il plaira à la divine Providence de lui envoyer.

CHAPITRE VI. Les amours immenses de l'adorable Jésus envers le Chrétien.

Il faudrait comprendre l'infini, pour concevoir les amours immenses d'un Dieu fait homme envers le fidèle chrétien, puisque les maux dont il nous a délivrés sont infinis; puisque les biens qu'il nous a donnés sont infinis; puisque l'amour dont il nous aime est infini. On peut bien parler de l'enfer qui est le grand mal dont l'adorable Jésus nous a déllivrés. On peut bien parler du paradis qui est le grand bien qu'il nous a préparé. Mais de comprendre ce que c'est que l'enfer, ce que c'est que le paradis, c'est ce qui est impossible. Toujours est-ii vrai de dire de tous les deux, que c'est ce que l'œil de l'homme

n'a jamais vu, que c'est ce que l'oreille n'a jamais entendu, que c'est ce que l'esprit dé l'homme n'a jamais su. Allez donc en esprit tant que vous voudrez dans l'enfer, le lieu de Tire de Dieu, allez y, si vous voulez, avec les plus vives et les plus pénétrantes lumières des saints les {dus éclairés ; figurezvous toutes les horreurs, tous les supplices imaginables et de toutes les manières les plus affligeantes que vous pourrez; toutes ces horreurs, toutes ces peines n'approcheront pas de la qualité de celles de l'enfer. Elevez-vous ensuite jusque dans l'empyrée par les plus nobles idées que vous pourrez vous en former; le paradis clans ses graudeurs, dans ses beautés, dans ses délices, est bien autre chose que tout, ce que vous pourrez vous en représenter. Voilà, mon âme, voilà ces maux dont Jésus ton Sauveur t'a délivrée ; voilà les biens qu'il te prépare dans l'excès de son divin amour. Mais que cela est bientôt dit, être délivré de l'enfer, où ces supplices épouvantables* où les malheureux qui y sont par leur propre faute, y sont pour un jamais. Pour un jamais, pour un jamais, pour un jamais! Ah 1 d'où vient, mon âme, que nous n'y endurons pas avec eux l'ire de Dieu que nous avons si justement méritée? L'idée de ce lieu de pures misères d'où l'on ne sort jamais, ne te fait-il pas trembler? Mais pourquoi n'y sommesnous pas? N'en cherche point d'autre origine que les amours et les miséricordes im-1 mënses de Jésus ton Sauveur.

Mais sachons bien que ces mêmes amours et ces mêmes miséricordes nous donnent droit à l'héritage du royaume de Dieu, où celui qui aura été comme ce serviteur bon et fidèle aux attraits de la grâce de Jésus, entrera dans la joie de son Seigneur même* O Dieu 1 s'écrie ici saint Augustin, nous n'apprenons pas de la divine parole que la joie du Seigneur entrera dans le cœur du serviteur fidèle, car c'est ici ce qui ne se peut pas : elle est infinie, et le cœur de l'homme est fini ; ainsi il ne la pourrait pas recevoir : mais bien que le cœur du bon serviteur entrera dans cette joie, car il pourra bien s'y abîmer glorieusement. Ah ! amour,ah! amour de Jésus où nous conduisez-vous? dans une mer d'une joie infinie* N'est-ce pas ce que vous vouliez dire, ô mon aimable Sauveur, lorsque vous disiez que vous feriez asseoir avec vous dans voire trône celui qui sera victorieux? Que de grandes et admirables vérités 1 O Chrétien, être bienheureux parfaitement, pour une éternité sans jamais de mélange de la moindre petite peine, non pas même pour un seul instant; mais être bienneureux du bonheur de Dieu, même par participation. Répétons cette vérité : être bienheureux, même du bonheur de Dieu par participation. Jusqu'où nous mène une vérité si douce, mais si étonnante? Après cela, peut-il arriver rien sur ta terre qui soit capable de nous abattre?

Ainsi, mon Sauveur, les maux dont vous m'avez délivré sont infinis. O grâces! ô miséricordes ! Mais enfin, que votre amour ne

vous fait-il j>as faire? que votre amour ne vous a-t-il pas fait souffrir? que votre amour ne vous fait-il pas donner? 11 vous fait accorder à l'homme pécheur, votre ennemi, cet ingrat, ce cruel, une rémission plénière de toutes ses fautes, s'il se convertit à vous de tout son cœur; il vous fait lui accorder des faveurs inestimables. 11 fait que vous lui avez donné vos anges, ces nobles esprits, ces esprits si aimables, si aimants, et, hélas 1 si peu aimés, pour le garder en toutes ses voies. 11 fait que vous lui donnez votre glorieuse Mère pour mère. Il fait que vous lui donnez votre Père céleste pour père. 11 fait que vous lui donnez votre Saint- Esprit pour l'esprit de son esprit ; et après lui avoir tout donné par la grâce, vous vous donnez encore vous-même par la gloire.

Mais vous vous êtes donné à l'homme pour soutfrir en sa place. Vous vous êtes fait homme pour pouvoir souffrir. Vous avez souffert en toutes sortes de manières toutes sortes de maux, de toutes sortes de personnes, dans votre intérieur, dans votre extérieur. Vous n'avez pas laissé une seule goutte de sang dans votre corps virginal que vous n'ayez donnée. Vous donnez (anges du firmament, le pourrez-vous comprendre parmi toutes vos célestes lumières?) vous donnez à l'homme votre corps à manger et votre sang à boire. Vous restez avec lui dans toutes les villes et villages et en autant de lieux qu'il se trouve d'églises où repose votre corps adorable, et cela jusqu'à la consommation des siècles. Vous faites même de l'homme une partie de vous-même par la qualité glorieuse que vous lui donnez de votre membre. Enfin, aimable Jésus, vous nous dites que vous nous aimez comme votre Père vous aime. (Joan. xv, 9.) Vous priez ce Père céleste qu'il nous aime de l'amour dont il vous a aimé. (Joan. xvn, 23.) 11 faut s'arrêter ici, mon âme et nous laisser perdre dans l'admiration et dans l'amour. De toutes les vérités dont nous venons de parler, il n'y en a pas une seule qui soit capable d'occuper pleinement un esprit pour une éternité. Il n'y en a pas une seule qui ne soit suffisante de nous faire mourir d'amour. Mais que Jésus nous aime comme son Père l'aime; mais qu'il lui demande qu'il nous aime de l'amour dont il l'a aimé, c'est un abime d'amour où il faut demeurer perdu. 0 saint, ô divin, ô admirable abîme de l'amour de Jésus 1 O mon âme, laissez-nous perdre dans ce cher, dans ce doux abime de l'amour, pour n'en revenir jamais. O mon cher abîme 1 ô mon cher abime ! après des amours si précieux, après ces amours immenses et infinis, les hommes peuvent-ils bien encore vivre d'une autre vie que de la vie du pur amour? peuvent-ils bien penser à autre chose qu'à l'amour ou pour l'amour? l'amour ne doit-il pas donner le mouvement à toutes leurs actions? l'amour de Jésus ne doit-il pas être le but de tous leurs desseins, de toutes leurs recherches? l'amour de Jésus-Christ ne doit-il pas les faire détacher de toutes les créatures? l'amour de Jésus-Christ ne doit-il pas faire tout

souffrir? l'amour de Jesus-Christ ne doit-il pas être toutes leurs richesses, tout leur plaisir? toute leur gloire?

O hommes, aimez le tout aimable Jésus.

Aimez-le souverainement, car il est le Dieu d'une grandeur infinie. Aimez-le généralement, en toutes choses de quelque nature qu'elles puissent être, dans toutes vos actions sans la moindre réserve, dans toutes vos souffrances, dans tous les états différents où la divine Providence vous fera entrer, soit états intérieurs, soit états extérieurs, en toutes sortes de lieux publics ou particuliers, à la vue de tout le monde et dans les lieux les plus retirés, en toutes sortes de temps, dans la désolation ou la consolation, dans le temps de la prière, dans le temps de la récréation, lorsque vous serez solitaires, lorsque vous serez parmi les compagnies, dans les jours les plus saints, dans les jours destinés à se récréer honnêtement et en Chrétien. Aimez toujours le tout aimable Jésus, car il est toujours le même ; il mérite toujours les mêmes amours; mais aimez- le uniquement. Que tous les autres amours soient absorbés dans son pur amour; amour pur, qui dans sa pureté, fermant les yeux à toute autre chose, ne les ouvre que pour voir Jésus, qu'il voit en tout le reste qui est aimable, dans la très-sacrée Vierge, la reine de l'amour sacré, et dans tous les saints. N'est-ce pas dans ce sens que la sainte Eglise lui chante, vous êtes le seul saint. Saint François de Sales, dans son divin livre du divin amour, met une différence entre aimer toutes choses pour Dieu, et n'aimer que Dieu seul en toutes choses. Cette différence sera mieux entendue par l'expérience du pur amour (qui est bien rare, comme le remarque en ce lieu ce grand saintdu puramour), que par tout ce que l'on en pourrait dire; et celui même qui est dans les états inférieurs du saint amour, quand après en avoir eu quelque intelligence, cet amour deviendra plus fort et plus pur en la manière que Notre- Seigneur l'accorde en cette terre d'exil, celui-là, dis-je, verra bien pour lors qu'il ne ^entendait pas d'abord.

Mais pour aimer Jésus, il faut penser à Jésus. Hé, quel moyen de ne pas pensera ce que l'on aime? Que jamais Jésus ne nous parte de devant les jeux, s'écrie l'une des plus grandes amantes, la séraphique sainte Thérèse. 11 n'y a point d'état où Jésus ne soit le digne sujet de l'occupation de l'âme, puisque Jésus est Dieu. Ainsi tous les attraits pour la divinité se trouvent remplis dans la contemplation de Jésus, qui non-seulement est homme, mais Dieu. Ainsi il ne faut pas aller seulement à Jésus comme à celui qui est la voie, mais comme à celui qui est encore la vérité et la vie. H ne faut point séparer ce qui est si uni. Disons même que pour trouver Dieu il faut aller à Jésus, car il n'y a point d'autre voie pour y aller, et toutes les autres se réduisent à celle-là. Certainement Dieu tout bon se sert de plusieurs moyens; et entre autres de ses saints dont nous recommandons singulièrement le culte.

LA SCIENCE Et LA PRATIQUE DU CHRETIEN. — PART. I.

et très-spécialement celui de la très-sacrée Vierge, la Reine de tous les saints. Et qui pourrait dire les grâces et les bénédictions qui sont données aux âmes qui lui ont une dévotion particulière? Mais tous ces moyens tirent tous leurs avantages de l'adorable Jésus.

Pour trouver Dieu et le posséder, il faut que ce soit par Jésus. Pour le trouver avec toute sûreté, avec toute bénédiction, on le doit chercher dans la contemplation ou la méditation de Jésus Homme-Dieu. J'honore toutes les voies différentes des serviteurs de Dieu. Je dis même que chacun doit marcher dans sa voie; je dis aussi qu'au sujet de plusieurs personnes, il y a lieu dedouter si leur voie est bonne , lorsqu'elles vous disent, comme plusieurs font, qu'elles ne peuvent jamais pensera Notre-Seigneur Jésus-Christ:

(3ar enfin comment ne pouvoir jamais penser à celui que le grand Apôtre appelle, et qui dans la vérité est notre tout en toutes choses? Est-ce marcher par la voie de Dieu, qui a résolu de ne faire aucune grâce que par Jésus? Est-ce suivre notre vocation chrétienne, puisque cet aimable Sauveur appelle à lui tous ceux qui sont travaillés et chargés; et où est l'homme qui ne l'est point? Ce divin Maître ne nous a-t-il pas enseigné que la vie chrétienne consiste dans la connaissance du vrai Dieu, et de Jésus-Christ son Fils? J'avoue encore une fois que les voies de la grâce sont différentes; que les applications intérieures qu'elle fait dans les âmes le sont aussi; qu'il y en a qui sont appliquées immédiatement à la divinité, ou aux attributs divins, ou à d'autres sujets : mais cet oubli si grand de Jésus-Christ rie fait peine.

Pour parler dans les sentiments de la séraphique sainte Thérèse (et ils doivent être considérables, l'Eglise qualifiant sa doctrine de céleste), elle estime que les personnes dont l'oraison est si abstraite, sont dans des moyens moins assurés; et je puis dire que beaucoup sont demeurés dans une grande lâcheté, et ont même fait des chutes pour ne s'être pas assez attachés à notre unique Sauveur. Cette grande sainte croit encore que ces personnes ne feront pas dans la solide vertu les progrès que les autres font. 11 me semble que si l'on veut bien considérer l'occupation intérieure des plus grands saints, on verra qu'elle a été grande auprès du tout aimable Jésus. Les saint Bernard, les saint François, les saint Dominique, et enfin les autres qui ont été les plus grands contemplatifs, ont tous été occupés d'une manière singulière de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Je sais que la bienheureuse Catherine de Gênes durant un certain temps était dans une occupation immédiate de la divinité, quoiqu'en Jésus-Christ et par Jésus-Christ. Mais des états pareils a celui qu'elle a porté sont très-rares, et rares même parmi les saints ; et notre siècle a eu beaucoup d'illusions, en ce que des gei.s s'imaginant marcher par des voies pareilles à celle de cette bienheureuse se sont élevés mal à propos par eux-mêmes. Bien plus , sainte Thérèse remarque encore dignement,

que Dieu s'étant fait homme, et anéanti dans des humiliations inconcevables, c'est ce me semble une grande injustice et une extrême ingratitude de ne le regarder jamais que dans les grandeurs de ses attributs, sans s'appliquer jamais aux humiliations volontaires que l'amour qu'il a eu pour nous lui a fait porter. Enfin redisons-le encore : Puisque Jésus est non-seulement homme, mais Dieu, en nous occupant de Jésus, nous sommes occupés de la Divinité ; ainsi il le faut toujours regarder comme Dieu-Homme. C'est pourquoi le grand maître de la vie intérieure de ces derniers temps, et que sainte Thérèse a appelé un homme divin (car il était rempli du Saint-Esprit), enseigne très-bien, quand il dit que dans la sublime et pure contemplation l'on doit rejeter toutes sortes d'espèces, comme des entre-deux entre Dieu et l'âme : qu'il excepte la pensée de Jésus- Christ, à raison qu'il est Homme-Dieu. Ce pendant si cette idée se perd quelquefois dans l'union divine de l'âme, on ne la perd dans ce temps-là, dit sainte Thérèse, que pour mieux la trouver.

Saint Paul , quoique ravi jusqu'au troisième ciel, où il avait vu des choses dont il n'est pas permis à l'homme de parler (II Cor. xii, k), n'avait rien de plus ordinaire à la bouche que le doux nom de Jésus; n'avait rien de plus fortement imprimé dans l'esprit, que Jésus son bon maître : l'adorable Jésus emportait tout l'amour du grand cœur do cet homme apostolique. Jésus faisait si généralement son occupation, qu'il proteste qu'il est toute sa science, et qu'il ne connaît autre chose. C'était cet amour qui le faisait soupirer après la mort, comme le grand moyen de voir la face de l'adorable Jésus, et de l'aimer, et de le glorifier parfaitement.

Or cette disposition du saint apôtre me donne lieu de faire réilexion sur le peu d'amour que la plupart des Chrétiens ont pour le tout aimable Jésus. Car enfin celui qui aime beaucoup désire grandement de voir la personne qu'il aime, Quel moyen donc de bien aimer Jésus sans désirer de voir Jésus? et comme la mort est le moyen pour arriver à ce bonheur, comment ne pas souhaiter la mort ? Aussi est-ce une grande maxime parmi les véritables amants du Fils de Dieu, que la vie est en patience, et la mort en désir.

Blosius estimequ'il y aura une peine dans le purgatoire pour ceux qui n'auront pas assez désiré de voir ce Dieu-Homme. En effet, il semble que c'est en avoir peu d'estime, aussi bien que peu d'amour : et cela fait bien paraître que Ion a peu de foi de ce qu'il est, et des avantages infinis qui arrivent de sa bienheureuse possession. Faites réflexion ici sur ce qui se passe dans les personnes du monde qui aiment ardemment une chétive créature; sur celles qui doivent arriver à quelque haute dignité, ou à la jouissance des grands biens de la terre ; sur celles à qui un grand roi peut faire des honneurs extraordinaires. Quels empressements dans ces gens pour toutes ces choses! De plus , quelle ap-

parence d'aimer en vérité Jésus, sans désirer

la mort, puisque c'est par la mort que le péché cessera entièrement, que le règne de

Jésus sera établi parfaitement , qu'il sera

aimé purement, totalement et incessamment.

Je sais que l'on objecte la crainte des jugements de Dieu; mais je sais que l'amour

parfait fait passer au-dessus de tout propre

intérêt pour quelque juste qu'il puisse être,

pour ne penser plus qu'au seul intérêt de

Dieu seul. Je sais de plus qu'ordinairement

Ja crainte de la mort vient de l'attache à la

vie présente, aux créatures , au monde et

aux choses périssables du monde.

Jl faut dire quelque chose de plus. Parmi les grands amants du Fils de Dieu, non-seulement on y désire la mort, mais on est dans une certaine douleur de ce qu'elle tarde à venir. Sainte Thérèse était dans cet état, lorsqu'elle chantait si souvent dans un cantique que l'amour de Jésus lui avait inspiré : Je meurs de ce que je ne meurs pas. Mais les ardeurs du zèle de l'amour de Notre- Seigneur, qu'avait ce religieux de la Compagnie de Jésus, dont il est parlé dans la Vie du grand serviteur de Dieu le P. Baltazar Alvarez, étaient bien admirables, puisqu'il protestait qu'il serait mortdedouleur,s'il avait étéassuré «le ne pas mourir chaque jour. Ah 1 disait ce zélé amant du Fils de Dieu, serait-il bien possible de pouvoir vivre, si l'on était certain d'être douze ou vingt-quatre heures sans amer Jésus parfaitement et dansl'entière pureté du divin amour ? ce qui n'arrivera dans toute son étendue qu'après la mort. Il est vrai que ces désirs se perdent dans la vue de l'ordre delà divine Providence, qui ne le veut pas encore ; mais pour Jors le même amour qui cause ces désirs les lait perdre par une entière conformité de la volonté à celle du bien-aimé.

Ainsi ces désirs de l'amour consommé se reposent dans Jésus aimé, et laissant l'âme parmi ses plus grands efforts dans une paix toute divine, car étant inspirés par l'esprit de. Dieu, ils sont accompagnés du repos sacré qui le suit : au contraire de ces désirs qui viennent de l'esprit de la nature, et qui laissent le trouble et l'inquiétude. Cependant ces grandes âmes qui vivaient dans les feux et les flammes de l'amour de Jésus, et qui n'eussent pas voulu ou avancer ou retarder leur mort d'un moment hors de son ordre, quand ce Souv£rain de toutes choses leur en aurait donné le pouvoir, ne pouvaient pas sans se tirer de cette conformité, s'empêcher de temps en temps de soupirer après sa bienheureuse vue. C'est ce qui faisait dire à sainte Thérèse, quand elle entendait sonner l'horloge: Voilà qui va bien ; ô la bonne chose, ces heures qui abrègent le temps de ma vie, me font approcher plus près de la mort. J'entendis uc jour un homme qui aspirait beaucoup à l'amour de l'adorable Jésus, dire ces paroles, comme on lui demandait à l'ordinaire comment il se portait. Oh ! que ma santé m'est une grande maladie, puisqu'elle m'éloigne de la mort! et que la fualadic nie serait une grande santé, puis-

qu'en me faisant mourir elle me mettrait dans le parfait amour de Jésus 1 Là-dessus il témoignait un grand étonnement de la joie que l'on se marque les uns aux autres de la bonne santé, ce qu'il estimait une désolation sans pareille. Ah,! Dieu, disait-il encore, quelle douceur et quelle consolation dans tous les accès des maladies qui surviennent, puisque ce sont autant de sujets d'espérer que la vie présente pourra bientôt finir. Mais, 4 les agréables nouvelles, quand le médecin assure que la maladie est mortelle, et qu'il n'y a plus d'apparence que l'on puisse vivre plus longtemps! O aimable Jésus, que mon âme languisse et se consume du désir de vous voir dans la sainte Sion 1 Que mon cœur et ma chair brûlent d'ardeur de vous y aimer éternellement. Heureux celui qui habite dans votre maison 1 heureux celui qui a mis en vous seul tout son appui ! O Seigneur, disposez vous-même dans mon cœur les moyens d'avancer vers vous dans cette vallée de larmes: et cepen-* dant que mon âme soupire après vous, comme le cerf soupire avec ardeur après les sources des eaux. Que mes larmes deviennent mon pain durant le jour et durant la nuit, jusqu'à ce que je paraisse devant votre face, ô mon Dieu ! Je me suis souvenu de ces choses, et j'ai répandu mon âme en moimême ; parce que j'espère entrer jusque dans votre maison, où parmi les chants do louange des saints anges, je vous bénirai à jamais. O mon âme donc, pourquoi êtesvous triste, et pourquoi me troublez-vous? Espérons en Jésus notre Dieu et notre miséricorde : car nous lui rendrons encore nos actions de grâces ; il est le salut de la joie de notre visage, il est notre Dieu.

ORAISON AU SAINT-ESPRIT

O Saint-Esprit, monDieu, que Jésus a envoyé du ciel, et que Jes anges désirent de considérer dans les manières, dont voua agissez dans toute l'Eglise et dans tous les saints, qui sont des spectacles bien dignes de ces sublimes et glorieux esprits; vous êtes l'âme de notre âme, comme parle votre lidèle serviteur saint Augustin ; aidez notre faiblesse, et faites-nous demander selon vous et par vous, avec ces gémissements ineffables que vous inspirez, le pur amour de Jésus. Faites-nous demander l'entier établissement de ce pur amour par l'avènement de son règne. Ah ! vous qui dites, et aussi votre Eglise, à l'aimable Jésus. Venez, vous qui voulez que celui qui l'entend dise aussi. Aenez, mettez toujours dans notre cœur co désir ardent de la venue de notre adorable Rédempteur. Que nous célébrions avec allégresse la venue de ce roi Notre-Seigneur. Que la mer en soit émue avec tout ce qu'elle renferme ; la terre et tous ceux qui y habitent. Que les fleuves en témoignent leur applaudissement, et que les montagnes en tressaillent de joie en sa présence. Amen, \uncz, Soigneur Jésus !

Hi9

Page 1