‹ Œuvres complétesChapitre 33 sur 397 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Dieu inconnu dans sa séparation des choses du siècle.

Jésus-Chris» est le modèle sur lequel tous les Chrétiens doivent se former : et nous devons êlre convaincus, avec l'un des véritables Chrétiens de nos jours, et par suite des plus parfaits morts au vieil homme, Je Père de Condrcn, personnage d'une admirable sainteté, que les actions de l'adorable Jésus notre divin chef ne doivent pas seulement être regardées comme des sujets d'adoration seulement, mais comme des règles de notre vie, et comme aes lois auxquelles il faut de nécessité que nos mœurs s'assujettissent. Considérons donc combien la vie du Sauveur de tous les hommes a été sainte et retirée en son Père seul, combien son esprit a été dégagé du monde et des créatures, et toutes ses affections si parfaitement satisfaites en son Père seul, qu'il a toujours désiré de se priver de toutes choses pour le posséder uniquement.

Mais en môme temps apprenons de luimême qu'il se sanctifiait, ou se séparait, afin que nous fussions véritablement sanctifiés. Je me sanctifie moi-même pour eux, disait-il à son Père, afin quils soient sanctifiés dans la vérité (Joan. xvn, 19): c'est-à-dire, comme .e remarque un savant et pieux interprète : Je me sépare moi-même du monde en leur nom, et en accomplissant pour eux dans mon cœur ce qui se doit accomplir en eux : comme j'aime pour eux , j'endure pour eux, ainsi je me sanctitie pour eux, afin que toutes ces choses soient en eux dans la vérité comme elles sont en moi.

O mon cher lecteur, je vous le demande, et je mêle demande à moi-même : La séparation que le Fils de Dieu a portée des désirs du siècle est-elle en nous dans la vérité ? sommes-nous dégagés du monde comme il eu a été dégagé? Je ne parle présentement que du dégagement qui doit être commun à tous les Chrétiens, de quelque état et condition qu'ils puissent être. Pensons et repensons ici aux privations que notre grand Maître a souffertes de ce que les hommes désirent et cherchent, pour nous instruire du dégagement que nous en devons avoir. Tout le monde s'empresse et court après les richesses et les honneurs : et c'est ce qu'un Dieu fait homme rejette, et dont il se prive d'une manière étonnante.

Les renards, dit-il, ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids : mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête. [Mat th. vin, 20; Luc. ix, 58.) Peut-on se figurer une pauvreté plus rigoureuse et plus générale? Toute sa vie a été une vie de peines, et il est homme de douleurs : jamais personne n'a tant souffert; il a été l'opprobre des hommes : plusieurs disaient de lui, selon le témoignage de saint Jean le disciple bien-aimé : Il est possédé du démon, il est hors de sens, pourquoi l'écoutezvous?Et saint Luc rapporte, que ceux qui l'avaient entend-u prêcher, le menèrent sur une haute montagne pour le précipiter; et

qu'ayant été conduit à la cour d'Hérode (et c'est dans ces lieux que se trouve tout le beau monde), Hérode, avec sa milice, le méprisa et se moqua de lui, comme d'un homme sans esprit, le faisant vêtir d'une robe blanche. Il est donc accusé d'aliénation d'esprit, et de la possessif n de l'esprit malin. Au sujet du point d'honneur peut-on s'imaginer une humiliation plus abjecte, que celle de passer pour insensé aux yeux du roi et de toute sa cour? Après cela ce divin Maître n'a-t-il pas bien sujet de nous dire : Comment pouvez-vous croire, vous qui recherchez la gloire les uns des autres, et qui ne cherchez pas la gloire qui vient de Dieu seul? Certainement, comme le remarque sur ces paroles une personne d'une grande érudition, le désir d'être estimé sage parmi les hommes est le plus grand empêchement a la foi et au salut, auquel on ne parvient que par l'humilité et le mépris de l'honneur du monde; aussi le saint Evangile nous apprend que plusieurs même des principaux Juifs crurent enNotre-Seigneur, mais à cause des Pharisiens ils ne le confessèrent pas ; car ils aimaient mieux la gloire des hommes, que la gloire de Dieu. (Joan. xii, 42.)

O mon Seigneur et mon Dieu , vous avez donc bien sujet de dire présentement à ceux qui cependant font profession d'être vos disciples : Comment pouvez-vous croire? car comment croire les privations qu'un Homme- Dieu supporte à l'égard des choses du siècle, et les avoir en estime, et les aimer! savoir un Dieu dans les humiliations les plus anéantissantes, et désirer la gloire du monde? savoir un Dieu dans la pauvreté la plus rigoureuse, et s'empresser dans les richesses? savoir un Dieu dans les souffrances les plus terribles, et ne chercher que lo plaisir? c'est ce qui est inconcevable. Ou il faut ignorer et ne pas croire qu'il s'est privé si généralement des honneurs, des plaisirs et des biens de la terre pour nous en apprendre le détachement; ou, si on le croit , il faut nécessairement n'y pas mettre son cœur, et s'en détacher saintement.

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