‹ Œuvres complétesChapitre 332 sur 397 · LA SCIENCE ET LA PRATIQUE · texte numérisé non relu

LA SCIENCE ET LA PRATIQUE

nous-mêmes : car le plus grand malheur de l'unie est de n'êlre pas unie à son Dieu.

Cette règle est établie dans l'Evangile avec une pleine lumière. Il est vrai que notre Maître ne donnait pas l'intelligence de plusieurs de ses mystères à tout le monde. C'était une faveur réservée à quelques âmes d'élite, et pourses plus chers disciples. Mais lorsqu'il s'agissait d'enseigner la sainte haine de soi-même par le renoncement expliqué ci-dessus , il l'enseignait publiquement et à toutes sortes de personnes, parce que c'est une condition qu'il demande sans aucune exception à tous ceux qui s'engagent à sa suite. Mais ce renoncement, qui est pour tous sans aucune exception, est pour toujours sans aucune borne de temps; c'est pourquoi cette première règle du Chrétien l'engage à trois choses : à mourir, à mourir à tout, à mourir continuellement. Vous n'êtes pas à vous, s'écrie le grand Apôtre; ainsi nous ne pouvons jamais disposer de nous-mêmes au préjudice du domaine que Dieu a sur nous-mêmes. Nous sommes à Jésus-Christ dans le temps de la récréation aussi bien que dans le temps de l'oraison; dans le temps de la promenade, comme dans la retraite ; dans le temps du carnaval comme dans le carême , quoique les exercices dont nous devons nous servir pour honorer Dieu soient différents. L'Apôtre {/ Cor. x, 31) veut que les actions les plus viles comme celle du boire et du manger, soient faites pour la gloire de Dieu. Se soustraire aux mouvements de l'esprit de Notre-Seigneur, et perdre un seul degré de la grâce dans quelque temps que ce puisse être, c'est négliger une chose qu'il a achetée au prix infini de son sang.

Celte règle de renoncement est toute la première que le Fils de Dieu propose à ceux qui le veulent suivre. L'Eglise qui est conduite par le Saint-Esprit, ne reçoit personne au nombre des Chrétiens par le saint baptême, qu'auparavant on n'en promette la pratique. Ainsi le prêtre, qui est le ministre de Jésus-Christ et de son Eglise, avant que de donner le saint baptême, fait renoncer non-seulement une fois, mais plusieurs, afin que l'engagement en soit plus solennel, afin que l'on sache bien lc-s conditions et les clauses de l'alliance sacrée entre Dieu et l'âme; il fait, dis-je, renoncer à Satan et à toutes ses pompes, c'est-à-dire au monde et à toutes ses vanités. Et l'Eglise a jugé que cette disposition est si nécessaire qu'elle a voulu, pour les cérémonies saintes du baptême, qui est l'entrée au christianisme, qu'il y ait des parrains et des marraines qui répondent et servent de caution en ce sujet pour l'enfant, quand on le baptise , et qu'il n'a pas encore l'usage de la raison.

Mais hélas ! ce qui ne se peut dire sans beaucoup de larmes, si l'on a quelque lumière de la grâce chrétienne, c'est que cette première règle des Chrétiens, qui est enseignée dans l'Evangile avec une si grande clarté, est celle qui est le moins entendue. On se fait instruire de quantité d'exercices

ni CHRETIEN. — PART. II. lW

de piété, on les apprend, on les fait apprendre aux enfants; et cela est bon et nécessaire. Mais qui pense à apprendre, à bien entendre cette première règle du renoncement à soi-même? Hélas! à la fin de la vie à peine en a-t-on une petite lumière. Bien au contraire, si nous avions pour règle la conduite qui est opposée, qui est de vouloir faire sa propre et particulière volonté, de satisfaire à nos inclinations des sens, et à la propre humeur, de demeurer arrêté dans son propre sentiment, de rechercher ses aises, et la gloire des hommes, de vouloir venir à bout de tous ses desseins pour la terre, d'avoir chacun soumis à ce que nous désirons dans cette même vue de la terre, en vérité pourrait-on faire plus qu'on ne fait : ainsi à peine les enfants commencent-ils à avoir quelque raison qu'on leur insinue l'estime de toutes ces choses; et dans le progrès de la vie et souvent jusqu'à la mort on y demeure.

Ce qui fait que cette première règle du christianisme dans sa clarté étant si peu entendue, quoiqu'elle soit générale pour tous les fidèles , est cependant la moins pratiquée, c'est que peu renoncent au point d'honneur imaginaire, à leurs passions, à leurs inclinations sensuelles, à l'attache de la créature, au propre intérêt, à la propre satisfaction. Peu se contraignent, peu se font une sainte violence. Peu marchent par le chemin étroit de la vie éternelle. La grande partie du monde se laisse aller h l'impétuosité de ses inclinations corrompues et combien en trouvera-t-on qui ne les suivent pas? Aussi cette règle est l'une des choses les plus négligées, quoiqu'elle soit si nécessaire. On n'y pense pas, on l'étudié peu, on y travaille avec, bien de la tiédeur, et si quelques-uns y sont fidèles en de certains temps, peu y persévèrent avec une continuelle fidélité.

Je sais bien que cette doctrine paraîtra rude à l'homme animal qui même ne la comprend point, car il ne peut pas, demeurant dans l'attache à ses sens, concevoir les choses de Dieu. Je sais bien que ce langage de mort est rare parmi le monde; car ce qui est né de la chair est chair, dit Jésus-Christ; et ce qui est né de l'esprit est esprit; et son saint précurseur ajoute au même chapitre ni de saint Jean : Celui qui est sorti de la terre est de (a terre, et parle des choses de la terre. Celui qui vient du ciel est au-dess'us de tous , mais personne ne reçoit son témoin gnage. C'est ce qui est vrai dans la plupart des hommes qui ne se mettent pas en peine de pratiquer cette doctrine. Ecoutons cependant cette voix du ciel qui se fait entendre au disciple bien-aimé, chap. x.iv de VApocalypse. Le ciel veut non -seulement qu'elle soit écoutée, mais il ordonne que les paroles en soient écrites pour tous les fidèles jusqu'à la consommation des siècles. Persuadons-nous de la grande vérité quelle nous révèle, que bienheureux sont les morts gui meurent dans le Seigneur (Ibid., 13),

ŒUVRES COMPLETES DE BOL DON

c'est-à-dire, qu'il faut être mort avant que de mourir, le cœur et l'esprit morts air monde avant que de le quitter quant au corps. J'entendis un jour l'un des grands serviteurs de Dieu de notre siècle, qui, me parlant de la mort d'une dame, me disait en soupirant : Hélas ! elle est morte et elle était encore vivante. Oh 1 que sont bienheureux les morts qui meurent ! Oh 1 que sont malheureux ceux qui meurent et qui sont encore vivants à eux-mêmes 1

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