livre de la vie de Jésus
Cette seconde règle du Chrétien est tirée de la divine parole aussi bien que la première; car le disciple de l'amour nous enseigne dans sa première Epîlre, que la charité de Dieu paraît envers nous en ce qu'il a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui. (I Joan. iv, 9.) Et ce Fils bien-aimé, suivant les desseins de son Père élernel, nous assure au chapitre vi de l'Evangile du même disciple de l'amour : que comme son Père qui est vivant l'a envoyé, et qu'il vit par son Père, de même que celui qui le mangera vivra par lui (Joan. vi, 58) ; et qu'ainsi comme son Père lui donne sa vie, de même il la donne au vrai Chrétien. C'est pourquoi l'Apôtre aux Colossiens (m, k) appelle Jésus -Christ notre vie. 0 mon âme, il faut bien que nous ayons perdu tout sentiment, si nous ne sommes sensiblement touchés de cette vérité. Quoi donc 1 Jésus-Christ est notre vie et Jésus est Dieu 1 0 profond abîme des miracles, de l'amour dans la vocation chrétienne 1
Le Verbe incréé, pour l'exécution d'un dessein si admirable se formant par sa toutepuissance un corps humain du plus pur sang de la très-sacrée Vierge, la très-pure et toujours immaculée Vierge, sa très-digne et véritable Mère, et s'unissant dans un instant ce corps parfait avec sa sainte âme en unité de personnes, s'est préparé un corps mystique de tous les vrais Chrétiens. C'est ce que l'Apôtre nous déclare par ces paroles enl'Epitre aux Romains (xi, 5) -.Nous sommes tous un seul corps en Jésus-Christ. Et le même Apôtre s'écrie en la première Epître aux Corinthiens parlant aux fidèles : \ous êtes le corps de Jésus-Christ. (1 Cor. xii, 27.) Et ce qui est bien étonnant, c'est qu'il nous apprend dans la même Epître que nos corps mêmes sont les membres de cet adorable Dieu-Homme. C'est enfin qu'étant entés en lui par le baptême nous devenons un seul corps et un seui homme en esprit avec lui, comme la branche devient une avec l'arbre où elle est entée. C'est dans ce sentiment que notre divin Sauveur parle au chapitre xv de saint Jean, lorsqu'il dit : Je suis la vigne, et vous en êtes les sarments. Nous sommes un corps spirituel avec Jésus- Christ, comme nos membres sont un corps naturel avec la tète. Dans cette union, nonseulement nous devons participer à sa grâce, mais encore à son esprit et à sa vie.
Chaque corps est animé de son âme : le corps de l'homme , d'une âme raisonnabie, immortelle; le corps mystique de Jésus- Christ, qui est comme l'âme de ce cirps mystérieux, de l'esprit de Jésus-Christ; et de même qu'un corps n'a point deux âmes qui l'animent, de même le corps mystiq.ue de Jésus-Christ n'a de vie surnaturelle que de l'esprit vivifiant de Jésus-Christ. Nous n avons pas reçu l'esprit du monde , s'écrie l'Apôtre en la première aux Corinthiens, mais l'esprit qui vient de Dieu. (I Cor. il, 12.) Et il dit aux Galales (iv, 6) que le Père éternel a envoyé dans les cœurs des Chrétiens l'esprit de son Fils : et en effet les membres d'un corps n'ont point d'autre âme ou d'autre esprit que le chef. Ce n'est donc pas seulement un esprit raisonnable, un esprit d'un saint, un esprit d'un pur homme, quoique parfait, qui est l'esprit du vrai Chrétien, mais l'Esprit de Dieu. Grande vérité, et plût à Dieu que les Chrétiens l'entendissent !
Si les vrais Chrétiens n'ont donc point en qualité de Chrétiens d'autre esprit que celui de Jésus-Christ, étant son corps mystique, ils ne peuvent vivre, dit saint Augustin, que de cet esprit. Jésus-Christ est donc leur vie. Oh 1 quel don, quel faveur, quelle grâce I Mon Sauveur, vous êtes donc ma vie. C'est bien ici que nous devons dire avec saint Paul, que l'amour de Jésus-Christ nous presse. Certainement, dit saint François de Sales dans son livre Du divin amour, c'est bien avoir les cœurs sous le pressoir du saint amour. Mais pour cela il faut avoir un cœur que le péché et l'attache aux choses du monde n'aient pas rendu comme les pierres et les marbres ; car dans ces attaches de l'amour du monde l'on est incapable de l'amour de Dieu. De là vient que tous les grands mystères de l'amour d'un Dieu incarné font si peu d'impression et qu'ils entrent même si peu dans les esprits, qui ne les voient pas, quoiqu'ils soient exposés à leurs yeux dans les plus beaux jours de la grâce, en sorte que les grandes et admirables grâces de la religion chrétienne sont ignorées par le grand nombre même des Chrétiens. Mais cet amour de Jésus-Christ nous presse dans la doctrine de saint Paul, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux, mais pour celui qui est uiort et ressuscité pour eux.
L'homme chrétien ne doit donc plus vivre de sa propre vie, mais de la vie de.Jésus-Christ. Etant inséparable d'avec lui, puisqu'il ne fait qu'un corps avec lui, il entre en participation de toutes les grandeurs présentes et passées de Jésus-Christ, même de celles qui semblent faiblesse et folie en Dieu, quoique cela même, c'est-àdire Jésus-Christ crucifié, soit plus fort et plus sage que les hommes. Il a donc été crucifié avec lui, comme parle l'Apôtre aux Galates ( n , 20 ) , il est donc mort avec lui; ainsi il est vivant en lui. Ce n'est plus lui-même qui vit, c'est Jésus-Christ qui vit en lui. Tout ceci est la doctrine du saint