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CHAPITRE PREMIER

Dieu inconnu en cequil nous a dit dans le saint Evangile.

Nous disons que le saint Evangile est la parole de Dieu. Tous les véritables Chrétiens eu conviennent, et tous font une haute profession de le croire. Comment donc la plupart peuvent-ils agir d'une manière tout opposée à la croyance dont ils font profession? Chose étonnante, que parmi un grand nombre de ceux qui se disent disciples du Fils de Dieu, il est difficile de les distinguer des infidèles, non-seulement par leurs ac-

tions, mais encore par leurs paroles 1 Plusieurs même de ces infidèles les condamneront au jour du jugement, leurs sentiments et leur vie ayant eu plus de rapport à la doctrine de l'Evangile. Certainement si l'on considère sérieusement ce que notre divin Maître nous dit, et ce que nous disons, on verra très-clairement que nous disons tout le contraire de ce ou'il dit. Que l'on médite avec attention ce qu'il enseigne dans le saint Evangile, on ne remarquera en nous que des sentiments qui en sont très-éloignés. Ah 1 oui, un honnête Turc aura quelquefois une morale plus réglée.

OEIYRES. COMPLETES DE BOUDON

Cependant on voitjes o'isciples des grands nommes s'attacher fortement à leur doctrine, quoiqu'ils soient tous sujets à l'erreur, pendant que l'on s'écarte de celle d'un Dieu qui ne peut être trompé, et qui ne peut tromper. Ne peut-on pas dire que c'est une marque du peu d'estime que l'on a de sa majesté suprême, et qu'il est peu connu en ce qu'il révèle aux hommes. Celui qui a reçu son témoignage, dit saint Jean le disciple très-aimant ettrès-aimé, a certifié que Dieu est véritable. C'est-à dire que celui qui croit en vérité à sa parole tient qu'elle est certaine; mais celui qui par ses sentiments ou ses actions montre peu de foi, donne lieu le penser qu'il ne la tient pas infaillible. Malheur aux Chrétiens qui s assurent quelquefois davantage sur la parole des hommes. Nous avons dit, que l'on avait mené notre bon Sauveur sur le haut d'une monlagne pour le précipiter, après l'avoir entendu prêcher. Mais en combien d'occasions sa divine parole est-elle encore présentement méprisée et traitée ridiculement?

L'œuvre de Dieu pourtant, comme nous l'apprend l'Ecriture, est que nous croyions en celui qu'il a envoyé. Celui qui ne croit point le Fils, dit saint Jean l'apôtre de la dilection, ne verra point la vie, mais la colère de Dieu sur lui. (1 Joan. ni, 36.) Celui (jui est ne' de Dieu, écoute les paroles de Dieu (Jbid. vin, W); ceux qui ne les écoutent pas portent les marques de leur réprobation, et c'est ce qui fera leur condamnation au dernier jour.

Or, il y en a qui écoutent la parole de Dieu, mais parce qu'ils ne s'y appliquent pas, qu'ils ne la méditent point, le malin esprit vient qui emporte cette divine semence de leur cœur : c'est pourquoi notre grand Maître disait à ses premiers disciples : Prenez garde à ce que vous entendez, écoutez-moi tous, et concevez ce que je vous dis. Quelquefois il leur reprochait : Vous n'entendez pas, et vous n'avez pas de mémoire. Quelquefois entrant dans une juste colère, il leurcriait : 0 race incrédule, jusqu'à quand vous souffrirai-je? (Matth.'zvu, 16.) D'autres fois il leur disait : Prenez garde comment vous écoutez la parole, car on donnera à celui qui a déjà, et pour celui qui n'a rien, on lui ôtera même ce qu'il semble avoir (Luc. vin, 18) : ce qui nous doit bien faire trembler dans le mauvais usage que nous faisons des divines vérités qu'il nous a révélées, et à l'égard de ce qui nous touche en particulier, et a l'égard des pays que nous habitons. Cessons donc ici de nous étonner du peu de foi que l'on trouve parmi tant de Chrétiens, puisqu'ils en font un si déplorable abus.

11 y en a qui s'appliquent à la parole de Dieu, et qui la reçoivent avec joie; mais ce n'est que pour un temps. A la moindre contradiction qui arrive, ils la quittent, ils parlent comme le monde avec le monde, l'on rougit de l'Evangile avec les sectateurs du siècle. À peine oserait-on en soutenir les maximes. On se fait une confusion d'en faire profession, et quelquefois cela va jus-

qu'à railler ceux qui les pratiquent le plus saintement. Ainsi, la dévotion et les dévots sont les sujets des divertissements mondains; cependant notre divin Maître nous déclare que si quelqu'un a honte de lui, ou de ses paroles, qu'il aura aussi honte de lui lorsqu'il viendra avec ses saints anges en la gloire de son Père. (Luc. ix, 26.) Pour lors le monde et ceux de son parti serviront de peu à ceux qui auront été assez misérables pour les suivre. Qui pourrait expliquer la confusion de ces malheureux en la présence du Dieu de toute grandeur dont ils auront eu honte? et la joie et la gloire de ceux qui auront toujours soutenu hardiment ce qui regarde son service?

Enfin, il y en a qui écoutent la parole de Dieu ; mais les soins du monde, l'amour des plaisirs et des richesses l'étouffent. De là vient qu'elle a si peu d'effet et de fruit dans les cœurs, puisque tant de Chrétiens, ou ne s'y appliquent pas par une simple méditation, ou ne la conservent pas dans les contradictions, ou l'étouffent par leurs passions qui dominent de toutes parts, le monde étant plein delà convoitise des honneurs, des plaisirs et des richesses.

Ainsi le Seigneur du ciel et de la terre pourrait encore nous reprocher, comme il a fait aux Juifs : Vous m'avez vu, et toutefois vous ne me croyez pas? (Mat th. xxi, 32.) Nous sommes incomparablement plus criminels, car les Juifs ne croyaient pas qu'il fût Dieu : et il a donc bien plus sujet de nous dire qu'à eux : Si je vous dis la vérité, pourquoi ne me croyez vous pas? (Joan. vin, 46.) O l'horreur épouvantable 1 on croit le monde,, l'on embrasse ses maximes, quoiqu'il soit un menteur, et on ne croit pas la Vérité même.

Mais queceux qui en sont les prédicateurs n'annoncent pas seulement l'Evangile par leurs paroles, mais en puissance, comme parle l'Apôtre, en présence du Saint-Esprit, et en plénitude de grâce. (IThess.i, 5.) Qu'ils vivent, comme le dit encore le même Apôtre (// Tint, ii, 14-15), d'une manière digne de l'Evangile de Jésus-Christ, combattant pour sa foi beaucoup plus par leurs actions que par leurs discours, et prenant garde de n'y pas apporter le moindre obstacle, soit en parlant avec estime des choses du monde, soit en les recherchant, et s'y affectionnant, et vivant d'une manière singulière. Qu'ils demandent toujours à notre bon Sauveur qu'il augmente leur foi, depeur qu'étantpeu pénétrés des vérités qu'il prêchent, étant le sel de la terre, ils ne perdent leur force, et ne deviennent insipides: et qu'ensuite ils ne vaillent plus rien qu'à être jetés dehors, et à être foulés aux pieds. Qu'ils prennent garde qu'en reprenant les vices des autres, le souverain Seigneur ne leur dise : Comment voyezvous une paille dans l'œil de votre frère, ne voyant pas une poutrequi est dans le vôtre? Ou comment pouvez-vous dire à votre frère : Mon frère, permettez que je vous ôte une paille de l'œil, ne voyant pas une poutre que vous-même avez dans Vœil : hypocrite, ôtez premièrement la poutre de votre œil, et puis

DIEU INCONNU. — PART. III, DIEU INCONNU EN CE QU'IL DIT

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vous penserez à ôter In paille de l'œilde votre frère. (.Matth. vu, 4,5.) C'est une grande vérité, qu'il faul commencera faire, avant que d'enseigner; a pratiquer l'Evangile, avant que de le prêcher. Mais comment le pratiquer, si l'on n'a pas une foi vive de toutes ses maximes ?

;hapitre il

Dieu inconnu en ce qu'il nous a enseigné de sa religion et de son service.

Nous avons déjà dit que Dieu étaitinconnu dans l'établissement du christianisme ; mais considérons encore combien il est inconnu en ce qu'il nous a appris de sa religion et de son service. O combien il y en a peu qui en sachent les excellences, et qui en connaissent les devoirs 1 Notre divin Maître, parlant de saint Jean-Baptiste, disait {Mat th. xi, 11) : qu'entre les enfants des hommes il n'y en avait point de plus grand, mais que toutefois le moindre du royaume des deux était plus grand quelui, c'est-à-dire, que c'est une plus grande chose d'être Chrétien, que d'être Je premier de l'ancienne loi. C'est une élévation admirable qui est attachée à la religion de Jésus-Christ qui est très-ignorée ; mais l'on en connaît encore bien moins les obligations.

La religion chrétienne, selon l'Evangile, est le royaume des cieux : mais notre Maître nous déclare que quiconque ne naît de nouveau, ne peut entrer clans le royaume de Dieu (Joan. m, 5), c'est-à-dire comme le remarque un savant interprète, rqu'il faut avoir un nouvel être, une nouvelle vie, pour vivre en celui qui vient nous créer de nouveau; et ce n'est pas seulement une fois, mais sans cesse, que cette mort du vieil homme, et la vie dans le nouveau, se doit taire en nous. En vérité, en vérité, nous enseigne encore cet adorable Sauveur, je vous dis : Si le grain de froment étant tombé dans la terre ne meurt, il demeure seul et il ne produit rien : mais s'il meurt, il rapporte beaucoup de fruit. {Joan. xn, 24, 25.) Savonsnous bien la nécessité indispensable de cette mort à nous-mêmes, et combien la grâce de notre vocation demeure inutile en nous, si nous ne sommes pas morts au siècle ?

C'est pourquoi le Fils de Dieu crie à tous ses disciples : Si quelqu'un veut venir après moi, quil renonce à soi-même. [Mat th. xvi, 24.) Selon le sentiment des Pères, c'est ne se considérer soi-même non plus qu'un homme qui ne nous touche de rien, et c'est ce qu'on appelle être mort au vieil homme : mais l'Evangile assure qu'il le disait à tous ; car tous les Chrétiens sont des morts ; et le renoncement dans lequel leur religion les engage ne souffre aucune exception. Ainsi l'adorable Jésus déclare, que quiconque ne renonce pas à tout, ne peut être son disciple ; et pour ne nous laisser aucun doute que ce renoncement ne peut avoir de réserve, il dit en particulier; Si quelqu'un vient à moi, et ne hait pas son père et sa mère, sa femme et ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre

vie, il ne peut vus être mon disciple. [Luc. xiv, 2G.)

Voilà tout ce qui peut nous loucher de plus près, et à quoi cependant il faut mourir. Que si votre œil vous eslun sujet de scandale, arrachez-le et le jetez loin de vous ; car il vaut mieux pourvous qu'un de vos membres périsse, que si tout votre corps était jeté dans l'enfer (Malth. xviii, 9) : c'est-à-dire, qu'il nous faut séparer des personnes mêmes qui nous sont chères comme les yeux, et aussi nécessaires que les mains, si elles nous servent d'obstacles dans le service de Dieu; et certainement il vaut bien mieux entrer dans la vie n'ayant qu'un œil, qu'un pied et qu'une main, étant séparé des créatures qui nous sont les plus chères, que d'être jeté dans l'enfer ayant deux pieds, deux mains et deux yeux, et d'y brûler avec nos meilleurs amis selon le monde.

Vous dites que cela ne se peut pas faire sans de grandes peines ; mais vous ne pensez pas que la souffrance est inséparable'de votre religion. Quiconque ne porte pas sa croix et ne me suit pas, nous dit notre Maître, ne peut pas être mon disciple. (Malth. x, 12.) Le royaume des cieux est attaqué par la force, et c'est la violence qui l'emporte. [Matth. xi, 38.) Entrez par la porte étroite, car la porte de la perdition est large, et le chemin qui y conduit est spacieux, et il y en a beaucoup qui marchent par ce chemin. Que la porte de la vie est petite, et que le chemin qui y mène est étroit, et qu'il y a peu de gens qui le trouvent ! (Matth. vu, 13, 14.) C'est que l'on ne travaille pas à dompter ses passions, la propre humeur, que l'on ne se fait pas violence parce que l'on ne veut pas se faire peine ; de là vient que tant de monde est damné et qu'il y en a si peu qui jouissent de Dieu dans la gloire éternelle; c'est une vérité dont il n'est permis à aucun fidèle de douter. Celui qui voudra sauver son âme la perdra (Matth. xvi, 25) : c'est-à-dire, celui qui voudra conserver sa vie pour éviter la croix et pour vivre dans les plaisirs et dans le faux re.pos de la nature corrompue et du monde, s'y damnera.

Mais la religion chrétienne n'oblige pas seulement à se quitter soi-même et toutes choses par le détachement, mais encore à suivre Jésus-Christ par l'imitation de sa vie et de ses mœurs. Que celui qui me sert, nous dit-il, me suive; et il désire même que nous soyons parfaits, comme notre Père céleste est parfait (Matth. v, 48) ; et pour cela il ordonne que nous aimions Dieu de tout notre cœur et de toute notre âme et de tout notre esprit ; et c'est le plus grand et le premier commandement d'aimer Dieu de tout l'entendement et de toute la volonté, de tous les sens et de tous les mouvements extérieurs ; ainsi, de rapporter tout à sagloire, d'avoir en notre esprit une plénitude de son estime , l'estimant au-dessus de toutes choses, ne voyant rien d'esiimable qu'en lui; d'avoir une plénitude de son amour dans notre cœur, l'aimant plus que toutes choses , et l'aimant en toutes choses.

ŒUVRES COMPLETES DE LOUDO>T

Il nous fait un second commandement d'aimer notre prochain comme nous-mêmes; et ilde faut bien, puisque nous sommes tous un même corps avec lui. Dans cette vue, il prie son Père que tous ses fidèles soient un, comme il est un avec lui. Il veut que la communion de la divine essence soit le modèle de la communion de vie que nous devons avoir avec lui et entre nous. C'est donc bien être, en qualité de ses membres, une même chose avec cet aimable Sauveur , et une même chose entre nous. Ainsi, il faut nécessairement aimer le prochain comme nousmêmes ; c'est pourquoi il est écrit : Faites aux hommes tout ce que vous voudriez qu'ils vous fissent. [Mutth. vu, 12.) Hélas! le faisons-nous?

Mais nous devons même aimer le prochain plus que nous-mêmes, puisque c'est Dieu que nous aimons en sa personne ; et c'est en cela que notre divin Maître nous enseigne

3u'il nous fait un nouveau commandement e nous aimer , et que c'est en cela que tous connaîtront que nous sommes tous ses disciples ; car c'était une chose inconnue que l'on dût mourir pour le saint d'un autre, et d'avoir pour modèle un Dieu fait homme qui donne sa vie. Nous réglons-nous sur ce divin exemplaire?

C'est cependant l'amour de ce Dieu incarné pour les Hommes qui est notre règle, et c'est lui que nous devons regarder dans le prochain. Quiconque, dit-il, reçoit en mon nom l'un de ces petits, me reçoit ; en vérité je vous le dis, autant de fois que vous avez manqua de le faire (il parle de l'assistance du prochain), vous avez manqué de le faire à moi-même. C'est ce qu'il reprochera au joui du jugement aux réprouvés par ces paroles : J'étais étranger, et vous ne m'avez pas logé; nu, et vous ne m avez pas vêtu; malade et prisonnier, et vous ne m'avez pas visité; j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire; et ils s'en iront aux supplices éternels. {Mat th. xxvi, 43, 46.) Mais qui croit véritablement ces divines paroles ? Pourraiton laisser les pauvres nus sans les habiller, et dans leur besoin sans les secourir? Le peu d'assitance qu'on leur rend montre assez le peu de foi des Chrétiens.

Notre divin Maître nous dit de plus :

Quand vous faites un festin, conviez les pauvres, et vous serez bienheureux. [Luc. xiv, 13, 14.) Qui le fait et qui pense que c'est un bonheur de le faire? Donnez, dit-il encore, et il vous sera donné (Luc. vi, 38) ; on vous versera dans le sein une bonne mesure pressée et entassée, et qui se répandra par dessus tout ; car on vous fera la même mesure que vous aurez faite aux autres. (Ibid.) Sommesnous persuadés de ces vérités? Considéronsnous sérieusement que le traitement que nous faisons aux autres sera la mesure de celui qu'un Dieu nous fera. Ahl si nous le croyions, que ne ferions-nous pas? Mais si nous faisons de bonnes réflexions sur la manière dont nous en usons, nous aurons des sujets de tout craindre.

Or, ce commandement d'aimer le prochain est sans réserve, c'est pourquoi notre divin Maître nous dit : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous persécutent, et secourez et assistez dans leurs besoins et afflictions ceux qui vous calomnient , afin que vous soyez enfants de votre Père qui est dans les deux, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants; car, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous? les publicains mêmes n'en font-ils pas autant? et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous de plus que ces gens-là? les gentils ne. fontils pas (a même chose? (Mat th. v, 44, 47.)

Considérez donc ici si vous n'agissez pas en païen? car si vous êtes véritablement fidèle, vous ferez du bien à ceux qui vous font du mal , vous direz du bien de ceux qui médisent de vous, vous prierez pour vos plus cruels ennemis. Ce n'est donc pas assez de dire que vous ne leur voulez pas de mal. C'est une tromperie qui règne parmi un grand nombre de personnes et qui est un grand défaut de foi.

On objecte que ceux qui nous font du mal récidivent après les bontés que l'on peut avoir pour eux. L'Evangile nous donne la réponse à cette objection, puisqu'il nous apprend que notre bon Sauveur nous enseigne, que si notre frère nous offense sept fois le jour, et que sept fois le jour il revienne à nous, nous devons lui pardonner; et il déclare à saint Pierre, que non seulement il lui faut pardonner sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois, qui valent quatre cent quatre-vingt-dixfois, comme l'entendent saint Jérôme et saint Chrysostome, c'est-à-dire autant de fois que l'on nous aura offensés.

C'est une nécessité indispensable, puisque notre Maître veut que nous soyons miséricordieux, comme notre Père céleste est miséricordieux (Luc. vi, 36). Si donc il nous fait miséricorde après tant de récidives, nous sommes bien obligés de la faire. Toutes les excuses que l'on peut alléguer sont inutiles. Si l'on prétexte la différence des personnes, il n'y en a point d'égale à celle qui se trouve entre Dieu et la créature. Si c'est la qualité, comme celle d'un père offensé par son enfant, un maître par son serviteur, un ami, un bienfaiteur par les personnes obligées, nous sommes les enfants de Dieu, nous sommes ses esclaves, il n'y point d'obligations pareilles à celles que nous lui avons. Si c'est la grandeur de l'offense, il n'y en peut avoir qui approche de nos crimes. On ne nous a pas mis en croix, couronnés d'épines, percé Jes pieds et les mains, donné des cinq mille coups de fouets, dépouillés jusqu'à nos habits et laissés tout nus, ni rendus les opprobres de tous les peuples; voilà ce que nos crimes ont fait à un Dieu. Si c'est la durée du mauvais traitement, jamais il n'y en a eu de semblable, puisque durant toute notre vie nous commettons toujours des offenses contre Dieu par des ingratitudes qui ne peuvent souffrir de comparaison.

DIEU INCONNU. — PAUT. III, DIEU INCONNU EN CE QU'IL DIT

Cette imitation des miséricordes de notre Père qui est clans le cieux, nous oblige encore de prévenir no* ennemis avec bonté. C'est ce que son Fils bien-aimé nous apprend par ces paroles : Lorsque vous offrez voire présent à l'autel, s'il vous souvient que votre frère est fâché contre vous, laissez-là votre présent devant l'autel, et allez vous réconcilier auparavant avec votre frère, et après vous reviendrez faire votre offrande. (Matth. v, 23, 24.) U ne faut pas s'y tromper : dans celte occasion Dieu veut la miséricorde, et non pas le sacrifice. (Matth. v, 7.) Examinez si vous ne vous approchez pas des sacrements divins, sachant que quelque personne n'est pas contente de vous, et ne faisant pas de votre côté tout ce que vous pouvez pour lui gagner le cœur

Car enfin, notre Sauveur, dans la prière à son Père qu'il nous a laissée, veut que nous lui disions : Retire ttez-nous nos dettes, comme nous les remettons à ceux qui nous doivent. (Matth. vi, 10.) Ces paroles portent comparaison et condition, et font que notre charité envers nos ennemis est la règle de celle de Dieu envers nous. Vous serez mesurés, dit-il, à la même mesure que vous aurez mesuré les autres. (Matth., vu, 2.) Oh ! quelle mesure nous faisons-nous ! quelle mesure pouvons-nous espérer? Mais souvenons-nous toujours qu'ii faut que Dieu nous prévienne toujours le premier dans nos offenses, et cela sans exposition ; souvenons-nous que les dons de Dieu sont gratuits. Aussi il nous dit : Faites du bien, et prêtez sans en rien espérer, et vous serez les anges du Très-Haut, qui fait du bien aux ingrats et aux méchants. (Luc. vi, 33.) Voilà la théologie morale du Fils de Dieu, dans laquelle il nousa déclaré.: Donnez à qui vous demande; et ne vous détournez pas de celui qui veut emprunter quelque chose de vous. (Matth. v, 42.) Sommes-nous les disciples d'un tel maître ?

En mourant il nous laisse sa paix, comme le fruit de sa mort et de sa résurrection à ses héritiers : c'est cette paix qui nous unit avec Dieu, et qui nous lie tous ensemble dans une parfaite charité, et qui calme nos esprits dans tous les maux ; qui passe toute pensée, selon la doctrine de l'Apôtre, et qui peut résider dans le fond de l'âme d'une manière admirable, quoique toute la partie inférieure soit troublée.

Voilàcequ'un Dieu-Homme nousenseigne de sa religion et de son service ; mais il veut que ceux qui le servent, l'adorent en esprit et en vérité ; que son peuple rende témoignage de sa religion plus par ses œuvres que par ses paroles. C'est ce qui lui fait dire : Tout homme qui me dit : Seigneur, Seigneur , n'entrera pas dans le royaume des deux, mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les deux. (Matth. vu, 21.) et il nous déclare que nous n'entrerons jamais dans ce royaume que notre justice ne surpasse celle des [scribes et des pharisiens, qui donnaient presque tout à l'extérieur et qui faisaient de longues prières,

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mais dont le cœur était tout plein d'amourpropre. C'est à cette occasion que notre Maître dit : Dans vos oraisons n'usez pas de grandes répétitions (Matth. xxm, 14); il parlait à des personnes qui s'imaginaient qu'àforce de paroles ils seraient écoutés, et ils ne se mettaient pas en peine de la pureté de leur âme. Illusion qui règne encore parmi plusieurs Chrétiens qui mettent toute leur dévotion à dire quantité de prières, et s'attachent à en dire un grand nombre tous les jours, sans considérer s'ils les disent avec le respect qui est dû à la souveraine majesté de Dieu, les récitant posément, distinctement et avec attention ? mais au contraire faisant leurs prières avec précipitation, à la hâte,- ne considérant pas que Dieu serait glorifié s'ils récitaient un psaume avec révérence et avec dévotion, et que c'est le déshonorer d'en dire cinquante, d'en dire un cent, si on ne le fait pas avec la piété requise : cependant c'est ce qui est pratiqué par quantité de personnes.

Prenons garde, mais bien garde que nous ne donnions lieu à notre bon Sauveur de dire de nous ce qu'il a autrefois dit aux scribes et aux pharisiens : Isaïe a bien prophétisé de vous, en disant : Ce peuple m'honore des lèvres, mais ils ont le cœur bien loin de moi. (Matth. xv, 8.) Or, c'est en vain qu'ils me servent ; car c'est une grande vérité, Dieu ne s'arrête pas à de belles apparences. Rentrons donc dans nous-mêmes, faisons un examen exact sur ce que nous venons d'entendre de sa. religion et de son service; et pensons sérieusement si nous en sommes dans la pratique : et si par les grandes miséricordes de Notre-Seigneur Jésus-Christ nous tâchons de vivre selon l'Evangile, humilions-nous en sa présence adoiable, reconnaissant que nous tenons tout le bien de sa pure libéralité ; et souvenons-nous de cette instruction qu'il nous a laissée : Après avoir fait tout ce qui vous a été commandé, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles. (Luc. xvii, 10.)

Souvenons-nous de ce qu'il nous a enseigné : Qu'il n'y a qu'une chose nécessaire (Luc. x, 42), et qu'il ne servira de rien à l'homme de gagner tout le monde s'il perd son âme. ( Marc, vin , 36. ) Ce sont des vérités infaillibles dont nous devons nous convaincre pleinement avec le secours de la grâce, que les «pères et les mères doivent imprimer fortement à leurs enfants, ceux quienseignent et qui prêchent à leurs disciples et à leurs auditeurs. Mais ce qui ne peut être jamais assez déploré, c'est que souvent dans les familles chrétiennes on élève les enfants d'une manière païenne, on les nourrit dans des maximes tout opposées à celles de Jésus-Christ. Les nourrices ne leur parlent que de vanités : on ne leur donne de l'estime que pour la beauté, les habits, les ornements du siècle : à peine ont-ils l'usage de la raison, que l'on ne les entretient que d'ambition, que de désirs d'honneur, de biens temporels, de plaisirs de la vie, de mariage, d'attachement

aux créatures, des soins de se bien défendre; de ne pas souffrir qu'on leur fasse du mal, et lorsqu'ils sont encore à la mamelle on leur apprend à battre, à frapper ceux qui résistent. Hélas 1 où trouvera-t-on des familles chrétiennes où l'on élève les enfants dans la doctrine de Jésus-Christ et dans les maximes de son Evangile? en sorte qu'il est très-vrai qu'un grand nombre les ignorent durant toute leur vie et meurent sans jamais les avoir bien apprises. Il me souvient sur ce sujet de m'être un jour trouvé dans une église où l'on prêchait, et dans laquelle le prédicateur enseignait fortement et clairement les maximes de notre divin Maître, et qu'une personne fort qualifiée s'y étant rencontrée, dit hautement ensuite du sermon : Je n'avais jamais bien oui parler de ces vérités évangéliques ; et elle en paraissait étonnée : c'était pourtant une personne qui faisait profession d'une singulière piété, qui employait son temps et ses biens dans un continuel exercice d'offices de charité dans la principale ville du royaume, et qui y était dans une haute estime à raison de sa dévotion, O qu'il est vrai que Dieu est inconnu en ce qu'il nous a appris de sa religion et de son service 1

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