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ŒUVRES COMPLETES DE BOL'DO.N
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ainsi ils languissaient toujours dans leurs maladies qui les menaient à la mort éternelle. Dieu s'est incarné, s'est fait homme de douleurs, s'est rassasié d'opprobres : il s'est donné à manger à l'homme, et voilà l'homme guéri s'il veut faire un saint usage des petites souffrances qui lui arrivent, qui ne doivent plus nous paraître que douces et aimables, après avoir vu celles de l'adorable Jésus; très-aisées et très-faciles, si nous tirons notre vertu du très-saint Sacrement, qui est le pain des forts.
QUINZIÈME MOTIF
Jésus an très-saint sacrement est hostie et victime.
Sacrificatur et offerlur nomini meo oblatio munda; quia magnum est nomen meum ingéniions, dicit Dominas exercituum. (Malach. i, 11.) C'est avec justice que l'hymne du silence est due au Dieu de îa sainte Sion, puisque la grandeur infinie de sor^ être suradorable ne peut être comprise que par luimême. Les séraphins, ces esprits tout de lumière aussi bien que d'amour, qui demeurent en la région des clartés , parmi ces splendeurs admirables qui les environnent de toutes parts, se voilent la face et les yeux pour nous en marquer l'impuissance à'soutenir l'éclat infini de la majesté de Dieu, qu'ils voient sans nuage et tel qu'il est; mais ils ne le peuvent comprendre.
C'est ce qui a imposé le silence aux âmes les plus saintement éclairées, qui nous apprennent que l'on ne parle jamais mieux de Dieu que lorsqu'on assure qu'on n'en peut jamais rssez dignement parier. C'est ce qui les a tuées du discours et du raisonnement qui se fait en la méditation sur les perfections, la vue de leurs excellences inconcevables les plongeant dans des abîmes d'étonneraent et d'aurairation, où l'esprit à la découverte d'une gloire immense est obligé de fermer les yeux , qu'une trop grande lumière aveugle de ses clartés, l'âme pour lors se trouvant introduite clans des ténèbres sacrées, dans des nuits divines, clans des brouillards terriblement saints , où elle ne voit et ne pense sinon que son Dieu est au-dessus de toute vue et de toute pensée; qu'il est tout autre chose que ce que l'on pense, et ce que l'on en dit. C'est souvent ce qui la fait soupirer, lors même que l'on en parle dans les compagnies de dévotion, sachant que la majesté infinie de Dieu est élevée à l'infini au-dessus de tout ce que les âmes les plus éclairées peuvent penser.
Sainte Caiherine de Sienne, et la bienheureuse Angèlede Foligni ont dit quelquefois, quand on les pressait de parler ne Dieu, que c'était blasphémer, leurs grandes lumières leur faisant voir que les discours les plus saints qu'on en puisse tenir, sont toujours bien éloignés de ce qu'il est. May mis Dominas et laudabilis nimis. Oh 1 que le Seigneur est grand, et qu'il est louable! et magnitudinis ejus non est finis [Psal. cxliv, 3), mais
ses grandeurs sont sans bornes et sans limites.
Il va ici grand sujet de pleurer inconsolablement sur les ténèbres malheureuses du monde maudit, sur l'aveuglement des hommes qui pensent si bassement de la Divinité, qui en parlent avec si peu de respect, qui l'honorent avec si peu de crainte. Iynoto Deo. (Act. xvii, 23.) 11 faudrait aller criant de ville en ville, de province en province, de royaume en royaume : Au Dieu inconnu.
Quod ergo ignorantes colilis (lbid.)> que les hommes font profession de servir une divinité sans la connaître. Oh! si les créatures savaient un peu les grandeurs de Dieu, jamais elles n'auraient le courage de l'offenser par le moindre péché véniel. Lorsque la divine Thérèse pensait, en la vue de la majesté de Dieu, à une imperfection, elle assurait que ses cheveux lui dressaient à la tête d'une sainte horreur. Et sainte Catherine de Gênes protestait que l'ombre d'un péché véniel était capable de donner la mort à une personne éclairée, de réduire en poudre un corps quand il serait de diamant. Le monde ne connaît pas ces vérités, puisqu'il ne connaît pas Dieu : mais, ô mon âme, nous en p-ouvons concevoir quelque chose, si nous considérons ce qui se passe au très- saint Sacrement.
En l'incarnation, l'Apôtre proteste que le Fils de Dieu s'est anéanti; néant qui paraît encore bien davantage sur le Calvaire, où l'on voit le Fils du Père éternel mourir pour nous faire voir que l'autorité de celui qui l'envoyait était infinie. C'est tout ce qu'a pu faire là sagesse d'un Dieu pour déférer toute la gloire qui peut être donnée à un Etre infini.
Mais il continue encore tous les jours le même sacrifice, il offre encore la même offrande en tous les lieux du monde, afin que la grandeur infinie de son Père soit honorée par une hostie infinie. Sacrificatar et offertur nomini meo oblatio munda ; quia magnum est nomen meum in gentibus, dicit Dominus exercituum. (Malach. i, 11.) Jésus au très-saint sacrement , s'y immolant comme victime, comme hostie, nous découvre combien le nom du Seigneur est grand. Etrange spectacle, s'il était bien connu 1 Que dirionsnous, ô mon âme, si le Seigneur nous révélait qu'il a dessein d'anéantir tous les hommes, de détruire tout l'univers, de réduire au néant tous les anges, et sa sainte Mère même? Figurons-nous des feux allumés par la colère de Dieu dans tous les endroits du monde, consumant tout sans réserve : cette vue sans doute serait bien terrible. Mais ce qui se nasse en une seule de nos messes, est quelque chose infiniment plus grand. Car quand toutes les créatures seraient anéanties, que serait-ce, sinon le néant qui retomberait dans le néant? mais devoir un Dieu qui s'anéantit lui-même, en la façon dont parle l'Apôtre (Philip, u, 7) , ô anges du firmament 1 perdez-vous dans la vue de ces miracles, et que les hommes ne parlent plus que d'hosties, de sacrifices et d'anéan-
L'AMOUR DE JESUS AU TRES-SAINT SACREMENT DE L'AUTEL. - I" TRAITE. UVi
/issements. Que les hommes viennent apprendre aux pieds de nos autels, en l'école de Jésus au très-saint sacrement, que leur vie doit être une continuelle mort ; que la qualité qu'ils doivent porter est celle d'hostre et de victime ; qu'ils ne doivent laisser écouler aucun moment de leur vie où ils ne présentent des sacrifices à la grandeur du Dieu qu'ils adorent. Qu'ils apprennent qu'ils ne sont plus à eux, qu'ils ne sont plus à aucune créature, mais tout uniquement à Jésus, avec lequel ils doivent devenir des victimes, des hosties à la grandeur, à la sainteté du Père éternel.
Il ne faut plus parler que de glaive pour couper, pour trancher, pour immoler, pour sacrifier, et nous mêmes et tout ce que nous avons de plus cher. Il ne faut pas paraître ici que commfi d'autres Abraham , ayant toujours le coutelas en main pour égorger notre Isaac, c'est-à-dire, l'amour-propre, nos plus douces satisfactions. Ne nous plaignons plus d'avoir des passions rebelles et opiniâtres, mais souvenons-nous de l'esprit de sacrifice, qui doit être inséparable de notre volonté: soyons bien aises d'avoir le petit peuple de nos passions, de nos inclinations, pour en faire des sacrifices; et lorsque nous sentirons qu'elles veulent s'élever contre la raison, à même temps par cet esprit il faut les détruire à la gloire de notre Dieu.
Souvenons-nous, lorsque nous entrerons en nos églises, de la sainte frayeur dont nous devons être saisis en !a présence d'un Dieu si saint, de la pureté de cœur qui est requise pour assister à la sainte messe, où le Dieu de pureté se rencontre si amoureusement. C'est pourquoi dès le premier pas que nous ferons entrant en nos temples , tremblons de crainte : si nous sommes coupables du moindre péché, ne tardons pas à pleurer amèrement sur nos fautes; demandons-en pardon à Dieu par un acte d'une contrition véritable, qui soit accompagnée d'un amour sincère'-, qui nous fasse entrer dans une résolution inviolable de plutôt périr mille fois , que de commettre à l'avenir aucun péché; et lorsqu'on sera arrivé à la partie où le Fils de Dieu s'immole à son Père, je te demande, ô Chrétien, qui que tu sois, que tu regardes à ce qui t'empêche d'être à Di<uu qui se sacrifie pour toi. Y at-il créature, père, mère, enfant, ami, passion, inclination, sanié, richesse, honneur, beauté, plaisirs, que tu ne doives sacrifier ? Pense un peu fortement ce que c'est que le péché que tu commets avec tant de facilité , puisqu'un Dieu est réduit à s'immoler sans cesse pour apaiser la colère de son Père justement irrité par nos offenses. Considère que pour réparer le déshonneur que tu fais à a Dieu, quand tu veux être quelque chose dans l'esprit ou le cœur d'une créature, en devenant avec tant d'insolence son riva! , le Fils bien-aimé du Père éternel se met dans le néant ; et comme les créatures continuent toujours dans leurs vanités et dans leurs ambitions , le Fils de Dieu pendant tous les siècles s'humilie incessam-
ment dans des anéantissements infinie.
C'est de cette manière qu'il faut assister à nos redoutables mystères pour y être en esprit et en vérité. Ces choses bien considérées sont bien pressantes, pourvu qu'on les examine à loisir , et qu'on les pénètre dans la lumière de Dieu: mais je sais que lo monde n'en fera rien ; car, ô monde ! tu es maudit de mon Dieu. Ah I que tes pensées sont basses sur ses grandeurs! Pour vous, ô âmes chrétiennes ; je n'ai qu'un mot à vous dire, il ne faut plus vivre que de la mort. Apportez de tous côtés au Seigneur des hosties, des victimes ; faites-lui des sacrifices, vous souvenant que vous ne lui en pouvez faire de plus agréable que celui de vousmêmes, quittant les maximes du siècle , anéantissant en votre esprit toute l'estime de l'éternité d'honneurs et de. plaisirs; en votre mémoire le souvenir, les pensées et les réflexions inutiles ; en votre volonté toute sorte de désir, toute sorte d'inclination, afin qu'il n'y ait plus que Dieu seul, Dieu seul, Dieu seul.