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SEIZIÈME MOTIF

Jésus est au très-saint sacrement les délices de la très-pure Vierge et des saints.

Ecce venit desideratas cunctis gentibus.

{Agg., ii, 8.) Si Jésus est aimé au très-saint sacrement par une petite troupe de fidèles amants, je n'en suis pas étonné. S'il y e.<t les délices de ses saints, je n'en suis pas surpris ; car les saints ayant l'esprit éclairé de tant de saintes lumières, comment pourraient-ils ne pas aimer le plus aimable de nos mystères ? Ce qui me surprend, c'est de voir l'oubli du reste des créatures pour un Dieu si aimant. Considérons les amours des saintes âmes, et nous verrons sans doute des sujets bien grands de nous confondre, de nous humilier , et de rougir de honte, si ensuite nous réfléchissons sur le peu que nous faisons sur l'excès de nos ingratitudes.

La bienheureuse Madeleine de Pazzi visitait tous les jours trente fois son aimable époux au très-saint sacrement (dévotion qui lui avait été inspirée de Jésus même) ; témoignage bien grand du désir qu'il a de la pratique. Trente fois, cela semble bien grand à ceux qui n'aiment pas; mais c'est encore trop peu au cœur qui aime. Voyez si vous êtes du nombre des amants de Jésus parle soin que vous devez avoir de visiter cet aimable Sauveur au très-saint Sacrement.

Saint François Xavier, ce grand apôtre du Japon, après avoir bien travaillé, tout las qu'il était des travaux pénibles où l'engageaient ses fonctions apostoliques, couchait souvent dans les sacristies , pour de là passer plus à l'aise une partie des nuits devant le très-saint sacrement.

Saint Dominique faisait la même chose ; et sainte Catherine de Sienne , religieuse de l'ordre de ce grand saint, ne pouvait se séparer de la divine présence de Jésus en l'Eucharistie. Quelquefois elle ne prenait, pour

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se reposer un peu, que le temps qui s'écoulait entre les coups des matines de la nuit; parce que pendant ce temps-là il y avait quelqu'un pour faire la cour à sbn divin Roi.

Le vénérable prêtre, M. Jean, digne fondateur des religieuses de Notre-Dame de la Miséricorde, a été longtemps qu'il n'avait point d'autre lit que le marchepied de l'autel ; et ce n'est pas sans une conduite spéciale de la divine Providence, qu'il mourut à Paris, il y a peu de temps, tout à coup, proche du saint autel où repose le Dieu de tout amour. L'amour l'ayant fait vivre au pied de nos autels, le même amour l'y voulut faire mourir.

Saint Henri, cet empereur vierge, ayant vécu virginalement avec sainte Cunégonde l'impératrice, son épouse, dans ses voyages arrivant à Rome, il passait les nuits tout entières devant le très-saint sacrement, et dès le premier jour qu'il était arrivé , Jésus reposant en nos ciboires était tout ie repos de son corps et de son esprit.

La vertueuse Marie Diaz, au siècle dernier, logeait à Avila en la tribune d"une église, par la permission de l'évêque, et n'en sortit pendant plusieurs années que pour aller se confesser et communier. D'autres amants de l'aimable Jésus, ne pouvant avoir ce bonheur, tâchaient au moins d'y participer, se logeant le plus près qu'ils pouvaient <ie nos églises.

La bienheureuse Marguerite de Hongrie, après avoir com uunié, tenait la nappe de la communion, toute princesse qu'elle était, devant les autres qui désiraient communier.

Sainte Colette n'estimait ses yeux que pour avoir le bonheur de regarder la sainte hostie.

Saint Yenceslas, roi de Bohême, moissonnait lui-même le blé, et cueillait les raisins nécessaires pour le saint calice à dire la messe, et les hosties du saint ciboire. N'admirez-vous point le zèle, la ferveur et la dévotion de ces saintes âmes pour Jésus au très-saint sacrement? Pour moi, si vous voulez que je vous dise mes pensées, je vous assure que tout cela me semble bien peu : car après tout, que peuvent faire des créatures, qui ne sont que des néants, pour la majesté infinie de mon Dieu?

Si cela est vrai, comme il est indubitable, que les grandes actions des saints sont si peu de chose, comparées à l'amour infini de Jésus, hélas ! que deviendrons-nous, si nous jetons les veux sur celles que nous faisons? Mais quelle excuse pourrons-nous alléguer sur nos occupations, sur nos affaires qui ne nous laissent pas le temps (à ce que nous prétendons) de converser avec Jésus au très-saint sacrement? Nous avons vu un saint François Xavier chargé des affaires de tout un monde, lui qui avait prêché la foi en vingt-quatre royaumes, et baptisé douze cent mille personnes, qui trouve bien ce loisir. Nous avons vu un saint Henri, empereur, au milieu des occupations que donne

le soin d'un empire, trouver assez de temps pour passer des nuits tout entières en la présence de son cher maître. Un saint Yenceslas, roi, qui sait bien labourer la terre, et cultiver les vignes, où l'on recueillait le blé et le vin nécessaires pour le saint autel.

Nous ne sommes ni des apôtres d'un inonde, ni empereurs, ni rois; et cependant il nous fait beau voir dire que nous n'avons pas le loisir de donner quelques heures à l'adoration du très-saint sacrement. Mais disons encore que ces dévotions dont nous venons de parler, sont capables de nous humilier, et de réveiller en nous le feu du saint amour, nous portant à l'imitation de ces saintes âmes.

C'est dans ce dessein que je les ai rapportées. Quel fruit en tirerez-vous? Gagneraije quelque chose sur votre cœur? N'emporterai-je point qu'il aimera mon maître?

Dans cette vue, je vous conjure d'élever les yeux de votre esprit, pour contempler audessus de l'amour de tous les saints le cœur admirable, l'incomparable cœur de la glorieuse Vierge; cœur le plus aimant et le plus aimé de Jésus qui fût jamais; cœur sanctuaire du divin amour; cœur, au milieu de tout ce qu'on pourrait dire pour le louer, qui a lui seul plus d'amour pour Jésus au très-saint sacrement, que tous les cœurs qui ont été, ou qui sont et qui seront jamais; cœur toujours très-pur, qui n'a jamais ni contracté originellement, ni commis actuellement aucun péché; cœur toujours brûlant des plus saintes flammes du pur amour;, cœur qui a commencé à aimer aussitôt qu'à être, qui n'a vécu que de l'amour, dont l'unique amour de Dieu seul a été la vie et la mort. Considérons ce cœur tout aimant ; et dans l'approche de cette fournaise du divin amour, fondons nos glaces, prenons le feu, concevons de grandes ardeurs d'être tout dévoués au très-saint sacrement. Il faut, il faut que la divine Eucharistie soit tout notre amour, tout notre soin, toutes nos plus chères délices; mais il n'est pas croyable combien la dévotion cordiale à la Mère de Dieu y contribue efficacement.

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