‹ Œuvres complétesChapitre 353 sur 397 · DIX-SEPTIÈME MOTIF · texte numérisé non relu

DIX-SEPTIÈME MOTIF

Jésus est au très- saint sacrement le sujet des

amours et des respects des anges.

Duos quoque chérubin faciès ex utracjue parte oraculi, respieiantque se mutuo vcrsis vultibus in Propitiatorium. (Exod. xxv, 18.) Ces chérubins qui étaient aux deux côtés de l'oracle, et qui se regardant mutuellement avaient les yeux tournés sur le Propitiatoire, étaient une figure des respects, des admirations et des amours des troupes angéliques pour le plus auguste de nos mystères. Us se regardent comme tout étonnés, nous marquant par là l'étonnement où nous devons être des bontés de notre Dieu.

Saint Jean Chrysostome, au rapport de Nilus, son disciple, voyait ces esprits immortels auprès de la divine Eucharistie, qui faisaient bien voir en des formes sensibles leurs humiliations et leurs amours, pour ce

1*93 L'AMOUR DE JESIS AU TRES-SAINT SACREMENT DE L'AUTEL. - l" TRAITE. U$ï

mystère tout d'amour : car ils paraissaient en grand nombre ; revêtus de robes éclatantes d'une gloire admirable, les pieds nus, les yeux attachés sur l'autel avec un grand silence et des respects extrêmes, nous signifiant par leurs habits magnifiques, par Fa nudité de leurs pieds, par l'attache de leurs yeux aux saints mystères, par leur silence et leur posture extérieure , que la personne qui entre dans nos églises pour y adorer le très-saint sacrement, doit être revêtue de la grâce, ornée de vertus, ayant les pieds nus, c'est-à-dire, étant dégagée de toute affection de la terre, n'envisageant que Dieu seul, se donnant de garde de parler dans nos temples, y gardant une modestie angélique.

C'est pourquoi le Prophète dit : In conspectu angelorumpsallam tibi (Psal. cxxxvn, 1), qu'il' psalmodiait en la présence des anges, se proposant leurs respects et leur amour devant les yeux, pour s'acquitter dignement de la prière et de la sainte psalmodie.

Des esprits tout d'amour font continuellement la cour au prince de la gloire dans le très-saint sacrement ; ils y sont tout le long des jours, tout le long des nuits, et ils accourent à grandes troupes, particulièrement lorsqu'on célèbre les redoutables mystères du corps vivifiant et du précieux sang de Jésus-Christ : et cependant ce n'est pas pour eux que Jésus est au très-saint sacrement!

Il y est pour les hommes, et les hommes le laissent partout! il n'y est pas pour les anges, et les anges l'accompagnent toujours aux villes et aux campagnes, en tous les lieux où le corps de ce débonnaire Sauveur se rencontre.

C'est ainsi que les anges aiment Jésus- Christ, qui n'est point mort pour le péché des anges, mais pour les nôtres, qu'il a préféré notre nature à la leur, le Verbe éternel aimant mieux être homme que séraphin. Il y a même des docteurs qui soutiennent qu'un homme est plus redevable à Jésus- Christ pour une seule bonne pensée que ne lui sont tous les anges pour toute leur grâce et toute leur gloire; et cela parce que nous n'avons pas la moindre bonne pensée qui n'ait coûté à Jésus-Christ son sang et sa vie, qui ne lui ait coûté la mort : ce qui n'a pas été nécessaire pour la grâce des anges. Ici, je vous conjure, un peu de réflexion, nous n'avons pas la moindre bonne pensée qui n'ait coûté la vie d'un Dieu; et nous en

laissons tant aller sans en faire usage : j.ous perdons tant de moments, hélas! bien plus précieux que nous ne pouvons jamais penser.

Que ces amours des anges doivent nous enflammer notre zèle, pour lui faire notre cour plus assidûment que nous n'avons fait par le passé!

La vénérable mère Madeleine de saint Joseph, de l'ordre de Sainte-Thérèse, était animée d'un désir ardent d'imiter les anges en la compagnie qu'ils tiennent à Jésus en la divine Eucharistie; et elle estimait qu'il

y avait des âmes après la mort, qui, avec ies anges , rendaient des respects et des adorations continuelles à Jésus auprès de nos tabernacles. Souvent dans cette pensée elle s'écriait à ses sœurs : Mes sœurs, mes sœurs, qui de vous veut êire du nombre do ces âmes? Pour moi j'espère avoir cette faveur : si vous voulez me trouver après ma mort, cherchez-moi auprès des saints tabernacles. Aussi Dieu l'a fait voir sous uns forme sensible après sa mort, s'abîmant dans ces sanctuaires d'amour.

II est bon d'avoir une dévotion particulière aux anges qui sont dans nos églises, les honorant beaucoup, faisant quelquefois quelque mortification, pratiquant quelque œuvre de charité, communiant en leur honneur; afin qu'ils nous fassent entrer dans quelque participation de leurs respects et de leurs amours, les conjurant de suppléer à nos impuissances, et les priant pendant que nous dormons, ou bien que les nécessités de la vie nous obligent de sortir de nos églises : d'aimer Jésus pour nous, de l'adorer à notre place, de le remercier pour nous, leur protestant que nous tenons pour bien dit tout ce qu'ils diront; que c'est, hélas ! tout ce que nous voudrions bien dire, mais que nous ne savons pas : il n'appartient qu'à eux de bien faire la cour au Roi de toute chose, c'est-à-dire, d'une manière tout évangélique. Il faut pour ce sujet s'unir de temps en temps à leurs amours, renouvelant leurs intentions. Oh 1 qu'il est doux de converser avec les anges, de faire amitié avec les pures intelligences!

Page 1