DIX-HUITIÈME MOTIF
Jésus au très-saint sacrement est consumé d'amour.
Cum dilexissel suos qui erant in mundo, in finem dilcxit eos. (Joan. xm, 1.) Jamais Dieu n'a commencé à aimer l'homme, il l'a aimé d'un amour éternel, qu'il a fait paraître en le tirant du néant par la création, et en le conservant contiuellement par les soins de son amoureuse providence, qu'il a fait éclater en l'incarnation, et en sa douloureuse mort sur le Calvaire : mais enfin il les a aimés jusqu'au bout, dit le saint Evangéliste de la dilection, le cher disciple de l'amour; c'est-à-dire, dit le pape Urbain, dans l'institution de la fête du très-sain: Sacrement, que Jésus nous a aimés d'un amour qui va au delà de toutes les bornes de l'amour, d'unamour transcendant, d'un amour regorgeant , en se donnant à nous en la divine eucharistie, puisque cet aimable Sauveur se donnant comme une viande, il veut s'unir à nous de l'union la plus haute et la plus amoureuse que nous puissions concevoir à notre égard.
En l'incarnation le Verbe incréé ne s'est uni personnellement qu'à une seule nature, humaine, et ne s'est trouvé qu'en un pays ; mais à la communion il s'unit réellement à tous ceux qui s'en approchent, et eu toute sorte de lieux où il a des autels et des églises, prenant pour ce sujet les espèces du
pain. En vérité il faut ici avouer que le trèssaint sacrement est le comble de l'amour d'un Dieu-Homme : et quoique Dieu soit tout amour, et amour partout, il est toutefois ici plus que jamais l'amour. Propter nimiam charitatem suam qua dilexil nos. (Ephes. h, 4.) La charité d'un Dieu à notre égard est excessive, dit l'Apôtre ; il faut crier à l'excès, lorsqu'on la considère. (Ephes. n, 4.)
C'est ainsi , ô mon Dieu, que vous aimez Je monde, c'est ainsi que vous m'aimez ; c'est ainsi qu'il vous aime, vous qui lisez ces vérités. Mais, ô mon Seigneur et mon Dieu, permertez-moi de voir en votre présence, comment le monde vous aime, l'amour que mon cœur a pour vous. Voyez, lecteur, le vôlre. 11 est vrai, il est vrai, que l'amour de mon Dieu n'a point de bornes, l'amour d'un Dieu pour une chétive créature; et le ver de terre, le néant en voudra mettre à celui qu'il doit avoir pour son Dieu î
Eloignons donc, ô mon cœur, bien loin de nous ces pensées lâches, ces desseins indignes de la générosité d'un véritable amour, qui porte à se prescrire de certaines limites dans les voies de la sainte dilection, qui font dire à tant de personnes, à la plupart des hommes : Je ne veux pas être saint, il me suffit de ne pas offenser Dieu mortellement. O paroles, ô pensées dignes de toute exécration aux âmes qui savent ce que c'est que d'aimer 1 Je vous demande à vous qui considérez ces choses, si vous aimiez, mais avec des inclinations extraordinaires, une
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personne qui vous aurait d'autre part toutes les obligations imaginables, et qu'elle se contentât, pour reconnaître votre amitié ou affection, de vous témoigner qu'elle ne serait nullement dans le dessein de vous ravir la vie, ou de vous- couper les bras et les jambes, vous contenteriez-vous d'une telle reconnaissance ou affection? Votre cœur ne s'indignerait-il pas sur une ingratitude si sensible ? Cependant il arrive souvent que l'amour infini d'un Dieu est traité partout de la sorte; et ce que la créature ne pourrait souffrir, ce que vous ne voudriez pas endurer, il faut qu'un Dieu le supporte 1
Non, mon âme, c'en est fait, la résolution en est prise; mourons plutôt de mille morts que de nous rendre à ces desseins si lâches ; aspirons avec courage aux voies de la sainte perfection, puisqu'elles sont les voies d'un amour généreux et fidèle. Ne disons jamais : J'aimerai Dieu jusque-là; mais aimons-le, aimons-le autant qu'il le veut de nous, autant que l'étendue de notre grâce nous le pourra permettre : aimons-le à la belle manière des-saints, proposons-nous souvent les belles actions que l'amour divin leur a fait faire, toujours leurs vertus : marchons par leurs voies , par la pauvreté , lo mépris, les souffrances, qui- sont les sentiers du pur amour; souvenons-nous que le Dieu de leur amour doit être le Dieu du nôtre, que nos cœurs ont le même Jésus au très-saint sacrement, tout consumé d'amour pour nous.