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SECOND TRAITE

PREMIÈRE PRATIQUE

Prendre quelque temps pour adorer le trèssaint sacrement, et faire son possible pour établir cette dévotion partout.

Yenitc , adoremus , et procidamus unie Deuni, ploremus coram Domino qui fecit nos; quia ipse est Dominas Deus nos ter, nos autem populus cjus, et oves pascuœ ejus. yPsol. xciv. 6.) C'est le propre des âmes qui sont une bonne fois pénétrées de l'amour divin, qui ont reçu quelques grandes lumières sur les grandeurs de l'être infini de Dieu, non-seulement d'offrir leurs vœux et rendre leurs respects à la majesté de leur souverain, mais d'y inviter toutes sortes de personnes. Elles voudraient, dit la séraphique Thérèse, criera l'amour de Dieu à tous les hommes, elles ne peuvent contenir les feux sacrés qui les consument, sans en faire paraître les flammes.

Voyez, dit le grand amant de Jésus, saint Augustin, comment Je Psalmiste ne se contente }'as de glcrif-er I? Seigneur lui seul,

mais appelle et invite tout le monde à donner des louanges éternelles à son Dieu. Venez, dit ce saint roi, allons tous adorer, et nous prosterner devant la grandeur de Dieu; mais répandons des larmes de joie en sa divine présence, parce que celui qui nous a faits, qui nous a tirés du néant, chétives et viles créatures que nous sommes, veut bien nous aimer comme son cher peuple, et nous traiter comme les ouailles de ses pâturages. Ce sont ces grandes miséricordes du Seigneur, qu'il veut chanter éternellement, qu'il veut publier à tous les hommes, qui le font pâmer d'amour et d'admiration, quand il les considère. Mais je te demande, ô mon âme, ce qu'il eût fait, s'il eût vu ce que nous voyons, s'il eût connu ce que nous savons? Qu'aurait-il dit aux hommes? Que n'eùt-il pas dit aux créatures? O que bienheureux sont les yeux qui découvrent les vérités que notre"sainte religion nous apprend! Plot à Dieu que les hommes les entendissent, et se laissassent une bonne fois ouvrir les veux aux lumières de la foi : nos

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églises changeraient bien de face. Les voies de Sion ne pleureraient plus de ce qu'elles sont désertes. L'amour ferait aller, courir et vder dans nos sanctuaires pour y tenir compagnie, pour y rendre nos adorations à l'aimable Jésus.

Venite, adorcmus. Cet amour me presse d'inviter de toutes mes forces les hommes à l'adoration du très-saint sacrement de l'autel, et de vous en suggérer pour cette fin quelques pratiques.

La première qui su présente à mon esprit, est excellente et grandement louable , établie dans les premières villes de France, et depuis peu en quelques églises de la ville d'Evreux, qui consiste à faire adorer le trèssaint sacrement depuis midi jusqu'au soir, par un nombre de personnes qui prennent pour ce sujet quelques heures de leur commodité, et qui se succèdent les unes aux autres, afin que Jésus au très-saint sacrement, ne soit fias seul, mais trouve toujours de fidèles adorateurs, qui lui rendent leurs respects dans nos églises en esprit et en vérité.

L'on prend ce temps assigné depuis midi jusqu'au soir, plutôt que le matin ; parce que pour l'ordinaire il y a du monde pour lors en nos temples pour y assister aux saints mystères, et les prêtres dévots au très-saint sacrement (hélas ! et quel moyen qu'un prêtre ne le fût pas?) doivent prendre garde à ne pas célébrer les mystères redoutables en même temps, mais établir quelque ordre, afin que célébrant les uns après les autres, le très-saint sacrement soit toujours adoré. Il y a des lieux où chaque personne pendant une heure tient un cierge allumé en la main, pour faire réparation à l'être infini de Dieu, de tous les sacrilèges, profanations, de tous les attentats commis contre sa divine Eucharistie. Ceux qui ne pourront pas avoir des cierges, ne laisseront pas de se souvenir, pendant leur heure, des excès énormes qui ont été faits contre le Dieu d'amour au très-saint sacrement, pour en demander pardon, soupirant amèrement sur des crimes que les diables n'oseraient pas faire par euxmêmes, et dont le moindre mériterait la mort de tous les hommes, et la destruction de tout l'univers.

O que le Dieu que nous adorons est bon, et infiniment bon, de ne nous avoir pas anéantis 1 Quelle merveille devoir subsister encore le monde après un tel comble de malice ! O amour, ô amour ! que tu es admirable, et que l'on te connaît peu ! Cette pratique est bien: sainte, mais le zèle des amants de Jésus ne s'en arrête pas là; ils ne peuvent souffrir qu'il s'écoule un moment non-seulement le jour, mais encore la nuit, où Jésus ne soit pas adoré. C'est pourquoi à l'imitation du rosaire perpétuel de la trèssacrée Mère de Dieu, notre fidèle princesse, et très-glorieuse et chère maîtresse, l'on a établi l'adoration perpétuelle du très-saint sacrement.

Les heures du jour sont prises parles personnes qui vivent dans le monde, et celles

de la nuit par les religieux et religieuses, et les autres personnes de dévotion : et afin que la pratique en soit plus facile, ceux qui ne peuvent pas faire leur heure à la présence du très- saint sacrement en l'Eglise, la font au logis ou ailleurs, même par les chemins, ayant intention d'y satisfaire.

L'on peut employer l'heure, soit en oraison vocale ou mentale. L'on peut prendre autant d'heures par an que la dévotion et la commodité peuvent permettre ; et quand l'on n'en prendrait qu'une au moins, il faut tâcher de rendre ce petit devoir à l'aimable Jésus. On doit communier le jour de son heure, et en cas d'empêchement, l'on peut substituer une autre personne en sa place, différer ou avancer son heure, si on le juge à propos.

La fêle principale de cette association est le dimanche dans l'octave du très-saint Sacrement, que l'on célèbre, s'y disposant par quelques mortifications la veille et les jours précédents, et se confessant et communiant le jour, et donnant quelques aumônes extraordinaires, assistant le cher prochain de ce que l'on peut pour le temporel, et encore bien plus pour le spirituel.

L'on entend la messe tous les jours si l'on peut, l'on fait au moins une visite du très-saint sacrement l'après-dîner ; si l'on passe devant une église, l'on y entre pour l'y adorer, ou au moins on le salue de cœur en lui faisant la révérence. On a soin de l'assister lorsqu'il est exposé, ou bien qu'on îe porte aux malades, et souvent dans la journée l'on récite ces paroles, se tournant, si la commodité le permet, vers quelque église : Loué soit le très-saint sacrement de iautel à jamais. Tous les matins et les soirs, et le "plus souvent qu'il est possible, on lâche de comuiunierspirituellement, se souvenant de la mort de Jésus, et s'unissant de cœur à lui: mais il faut prendre garde à renoncer auparavant à ses péchés, et à faire un bon propos de n'y plus retourner; ce qui se peut faire par ces paroles, ou autres semblables, mais il les faut dire de cœur : O aimable Jésus, jamais plus de péché, je déteste tous ceux que j'ai commis parce que vous êtes Dieu, parce que je vous aime. O mon cher Jésus, mon cœur vous est ouvert : venez, o Sauveur de mon âme, venez demeurer dans ce misérable cœur, qti est consumé de regret de vous avoir, hélas ! si peu aimé. Non, ô tout aimable Jésus ! quand il n'y aurait ni paradis, ni6enfer, je voudrais vous aimer, j'aurais en horreur, comme je les ai, tous les crimes que j'ai commis. •

On est admis en cette confrérie en recevant son heure ; après quoi il faut avoir soin défaire écrire sou nom et son surnom dans le livre dressé pour ce sujet. L'on donne un billet à celui qui est reçu, où est écrite l'heure de l'adoration perpétuelle du trèssaint sacrement, d'une telle personne : le nom y est mis depuis midi jusqu'à une heure," ou depuis une heure jusqu'à deux, et ainsi des autres. Ensuite l'on y met le jour qu'on a pris.

Cette confrérie est établie en Bretagne avec un succès merveilleux, et Monseigneur de Vannes l'a érigée en toutes les paroisses de son diocèse, désirant, dit ce prêtât en son mandement adressé à tous les curés, qu'il n'y ait aucun de nos diocésains qui ne participe à un si grand bien.

Elle est aussi établie en la sainte Chapelle de Dijon avec tant de bénédiction, que les peuples viennent en foule s'y faire inscrire; les villages y participent aussi bien que les villes; et celte dévotion d'une ville qui conserve encore quelque chose de l'esprit de saint Bernard, qui est né à ses portes, répand une telle odeur par toutes les contrées circonvoisines, qu'il y a un saint empressement à l'ériger partout.

Les maisons religieuses dans les diocèses où elle n'est pas établie, peuvent y suppléer en destinant de certains temps, selon le nombre de personnes, et autant que l'observance régulière le peut permettre ce qui est à remarquer, pour rendre leurs adorations à l'aimable Jésus au très-saint Jacrement, par exemple, tous les jeudis de l'année, ou bien pendant l'octave du très-saint sacrement, ou quelques autres fêtes de dévotion.

Les révérends PP. Carmes déchaussés sont bien louables, qui donnent deux heures toutes les nuits aux bons frères convers pour adorer le très-saint sacrement, chacun se succédant les uns après les autres.

Les particuliers peuvent encore contribuer beaucoup à l'amour de l'adoration de Jésus en la divine Eucharistie, le visitant souvent par jour, et invitant souvent les autres à faire de même. L'on a vu des personnes zélées y aller jusqu'à cinq et sept fois tous les jours ; et étant malades ou empêchées, y envoyer ces personnes pour faire la cour au grand roi Jésus en leur place, et lui faire excuses de ce qu'elles ne pouvaient pas y aller. Il ne faut qu'aimer, et puis l'on fera tout ; l'amour est riche en mille saintes inventions pour honorer et faire honorer le bienaimé.

DEUXIÈME PRATIQUE

Accompagner le très-saint sacrement lorsqu'on le porte aux malades.

Si quismihi ministrat, me sequatur. (Joan. xn.) Si quelqu'un est à mon service, dit notre divin Maître, qu'il me suive; et il n'est que trop juste, que ceux qui étaient les esclaves de l'enfer, et qui soupiraient sous la tyrannie du démon, ayant été rachetés par le prtx infini du sang de l'adorable Jésus, ne se séparent jamais de leur divin libérateur.

C'est un honneur incomparable que Dieu fait à sa créature, de lui permettre de l'approcher de si près et avec tant de facilité; et il faut qu'elle soit bien malheureuse pour ne le pas accepter avec tous les témoignages d'amour et de reconnaissance.

C'est en cette rencontre qu'elle doit donner des marques de sa foi, qu'elle doit faire paraître qu'elle est du nombre de ses véri-

tables serviteurs, en l'accompagnant quand on le porte aux malades : car si la Vérité même nous assure que celui qui le sert est à sa suite, quelle apparence que nous soyons en vérité à son service, si nous ne le suivons pas? Et si nous sommes assez misérables pour n'être pas à son service, pour ne le pas suivre, qui sera donc notre Maître et Seigneur? A qui servirons-nous? Qui sera notre guide et notre conducteur? Quelle route tiendrons-nous? 0 Seigneur^ où irons-nous, si nous n'allons après vous, vous qui êtes la lumière du monde, la voie, la vérité et la vie ?

Mais quelle honte pour les hommes, si le Dieu du paradis venant du ciel pour les visiter en leurs maisons, en leurs lits, en leurs maladies, les hommes ne sortent pas de leurs chétives maisons, ne fassent point quelques pas pour lui tenir compagnie?

Oui, si les princes de la terre honoraient tant leurs sujets que de les visiter de la sorte, l'on en serait fortement touché, on ne les laisserait pas seuls ; il n'y a que le grand roi des éternités qui est traité de cette manière, il n'y a que celui à qui appartient tout honneur qui est ainsi déshonoré! tant il est vrai, tant il est vrai, j'écris ceci avec larmes, que Dieu n'est point connu au monde, que la terre que nous habitons est une voie d'oubli, où l'on ne pense pas à celui qui devrait être tout le sujet de nos occupations 1

Ce serait donc une pratique très-juste pour remédier à ces désordres, d'accompagner avec zèle le très-saint sacrement, quand on le porte aux malades, chose qui ne doit pas être difficile au Chrétien qui sait et qui connaît ce mystère; aussi l'on voit dans plusieurs villes des personnes, même de grande condition, s'acquitter de ce devoir avec un soin non pareil, des messieurs du parlement suivre tête nue le flambeau à la main, des dames très-qualifiées et bien délicates, au premier son de la clocle, se lever promptement, quoique de grand matin, pour avoir l'honneur d'être en la suite du prince des anges.

J'ai vu même à Dijon une association particulière, érigée pour accompagner le trèssaint sacrement quand on le porte aux malades. L'on s'assemble de trois mois en trois mois, pour s'entretenir des moyens de faire régner de plus en plus l'amour de la dévotion de Jésus en la sacrée Eucharistie : il n'y a aucune préséance, chacun se mettant où il se trouve. On y fait un entretien spirituel que l'on commence parla prière; on y propose ensuite ce que l'on a jugé à propos pour le bien de l'association, et l'on finit par une antienne à l'honneur de la trèssainte Vierge.

Il y a un receveur pour recevoir les aumônes que l'on donne pour le luminaire, et un secrétaire qui tient registre des noms des associés, et des délibérations des assemblées. Il y en a deux députés pour garder les cierges, d'autres pour porter le dais, quand il ne se rencontre pas d'ecclésiastiques. Ils en chosissent pour assister devant

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zélés et aux dévots du très-saint sacrement

le saint sacrement, lorsqu'il est exposé ; et quand il plaît h Dieu d'appeler quelqu'un hors de ce monde, tous communient h son intention. »

Une fois l'année, queiques-uns sont députés pour faire la quête pour les cierges, chacun donnant h sa dévotion en toute liberté. Tous ces officiers sont élus de temps en temps, afin que chacun puisse avoir part à la bénédiction de ces emplois. 11 est vrai qu'il fait beau voir, comme le dit très-bien monsieur le grand vicaire de Dijon dans les règlements qu'il a donnés, quantité de messieurs du parlement de cette ville, quantité de dames, accourir à l'église au premier signal de la cloche, marcher par les rues la tête nue, quelque temps qu'il fasse, le flambeau à la main, avpc une modestie angélique, deux à deux, faisant publiquement réparation d'honneur et amende honorable à Jésus, pour les affronts qu'il reçoit dos impies, marchant tous, évitant toutes les cérémonies inutiles du monde, selon que l'on se rencontre en simplicité chrétienne, les prêtres récitant par les rues les psaumes, hymnes et cantiques, et tous priant Dieu avec "une dévotion très-particulière, pratiquant des actes de foi, d'amour et d'adoration envers !e Fils de Dieu au très-saint sacrement.

Jésus ne sort plus maintenant des paroisses de cette ville qu'en triomphe, et ne marche plus par les rues qu'avec suite. L'on est touché de l'éclat des lumières que l'on porte autour de ce divin soleil; les cœurs s'embrasent des flammes du saint amour, tout le monde éclate en louanges au Seigneur, bénissant son saint nom.

Voila un beau modèle de dévotion pour les autres villes, où souvent l'on voit Jésus dans ses visites charitables aux malades, n'étant accompagné que d'un prêtre et d'un clerc, et de deux ou trois personnes.

Le saint homme César de Buz ayant entrepris de suivre le saint sacrement, portant un flambeau en main, sans se mettre en peine de ce que diraient quantité de cavaliers, qu'il jugeait bien qu'il rencontrerait à la suite du général du pays, lui qui était encore gentilhomme mondain et dans la vanité, fut bien récompensé de la mortification qu'il avait eue ; car la nuit suivante parut une lumière du ciel en sa chambre, qui, lui éclairant l'esprit, le fit cheminer ensuite dans les plus saintes voies du pur amour après l'avoir dégagé de l'amour faux et trompeur du siècle.

Toute la grandeur de la maison d'Autriche est venue de ce que l'un de leurs aïeux rendit un insigne service et honneur à un prêtre qui portait le saint sacrement à un malade, d'un village à l'autre, descendant de cheval pour faire monter le prêtre, lui cependant Je suivant à pied.

TROISIÈME PRATIQUE

Communier souvent, ?nais dignement.

Accipite et comedite , hoc est corpus meum. (Mallk. xxvi, 26.) Ce serait peu aux

de l'adorer, de se tenir en sa présence, de l'accompagner, s'ils ne le recevaient en leurs cœurs par la très-sainte communion. Jésus l'a dit, et il est juste qu'il soit obéi : Prenez et mangez, ceci est mon corps; le Chrétien donc est obligé de le, prendre, de le recevoir et de le manger.

Ce commandement a semblé si grand à l'Eglise qu'au commencement des premiers siècles du christianisme, selon la doctrine de saint Thomas, tous les fidèles qui assistaient aux saints mystères étaient obligés de communier tous les jours; si ensuite l'Eglise a jugé à propos de n'y plus obliger si souvent sous une peine notable, c'est la dureté des cœurs des Chrétiens qui en est Ja cause ; elle souhaiterait encore, dit le saint concile général, que la communion fût aus^i fréquente qu'aux premiers temps. La raison est que ce divin sacrement est institué enforme de nourriture ; eteorome nos corps ne peuvent pas subsister ni vivre sans la nourriture qui leur propre, de même nos âmes ont une nécessité pareille de la viande céleste que Dieu tout bon leur a destinée en l'excès de sa charité; c'est pourquoi si le très-saint sacrement est appelé, pain , en même temps il est appelé un pain quotidien.

C'est ainsi que l'entendent saint Augustin, saint Ambroise, saint Jérôme, sur ces paroles de l'Oraisondominicale : Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien. Ce qui est confirmé par saint Matthieu, qui l'appelle un pain substantiel. Panem nostrum , id est Christian , petimus nobis dari quotidie, dit saint Cyprien (serai. 6 De Orationedominica). Lors, dit ce saint Père, que nous demandons notre pain quotidien, c'est Jésus-Christ que nous demandons. De là.vient que saint Augustin (serm. 18 De verbis Domini,) demande au Chrétien d'où vient qu'il attend à Je prendre au bout de l'année, puisqu'il est le pain de tous les jours? Si quotidianus est punis, cur post annum illum sumis? Accipe, accipe quotidie, quod tibi prosil quotidie. Pourquoi ne pas prendre tous les jours une nourriture si utile en tous temps? Saint Ambroise dit la même chose au livre cinquième des sacrements, chapitre quatrième. La manne en était la figure, il la fallait recueillir tous les jours, et devant le lever du soleil ; ce qui marque le soin que nous devons avoir de communier tous les jours.

Le diable qui voit bien que c'est notre vie, et qui ne désire que notre mort, fait tous ses efforts pour empêcher la sainte communion. Siposset, dit le dévot livre de l'Imitation de Jésus-Christ, a sacra communione cessare faceret. S'il était assez puissant, cet ennemi de l'amour de Jésus-Christ, il ôterait entièrement la sacrée communion , et de vrai, si l'on veut bientôt venir à bout d'un homme, quand il serait très-fort, quand il jouirait de la meilleure santé du monde , il ne faudrait que lui ôler sa nourriture, on le verrait peu à peu défaillir, oerdre la force.

ŒUVRES COMPLETES DE BOUDON

et enfin la vie. Percussus sum ut fenum , et aruit cor meum , quia oblitus sum comedere panem meum. « Je me suis trouvé desséché comme le foin, dit le Psalmiste (Psal. ci, 5), parce que je me suis oublié de prendre et de manger mon pain.»

Dans le paradis terrestre, Oieu défend à nos premiers parents de manger le fruit de l'arbre de science du bien et du mal ; le diable leur persuade d"en manger. En la loi de grâce, Dieu nous commande de manger son corps; Je démon dit : N'en mangez pas. Mais puisque Jésus le veut, il le faut vouloir, ce serait le frustrer de la fin- principale qu'il a eue en l'institution de ce sacrement d'amour.

Nous aurions beau l'honorer par des adorations perpétuelles, si nous ne communions, il n'aurait pas ce qu'il prétend. Je le vois cet amant admirable des enfants des hommes, se portant lui-même en ses mains au jour de l'excès de son amour; j'entends de sa bouche, l'oracle de toute vérité , ces amoureuses paroles : Prenez et mangez. Hélas 1 il est vrai, il mérite des adorations infinies partout où il est, il les mérite donc au très-saint sacrement; mais sa grande'Iin en l'Eucharistie estde s'unira nous, entrant en noire corps, se donnant en viande pour n'être plus qu'une même chose avec nous, ou bien plutôt afin que nous ne sojons plus qu'une même chose avec lui.

11 ne dit pas à ses a; ôtres : Prosternezvous par terre, tremblez en ma présence ; mais : Prenez et mangez. Sans doute que si l'Eucharistie était instituée principalement pour jeter la terreur dans les esprits, il semble que le grand Jésus y paraîtrait d'une autre manière. Le trône de ses grandeurs, où il est assis à la droite du Père , est bien plus capable d'étonner les hommes, qui pour l'ordinaire ne sont touchés que par ce qui paraît davantage; nais Jésus s'est mis sous les espèces du pain , parce qu'il veut servir de nourriture spirituelle à nos Ames, comme le pain sert d'aliment au corps; ce serait donc bien rebuter son amour que de ne pas s'en approcher.

Sainte Thérèse se servait sur ce sujet de banne grâce de l'exemple d'un grand seigneur, qui aimerait avec tendresse une personne de basse condition. Si, dit cette grande amante de Jésus, cette personne, parce qu'elle est d'une naissance vile et pauvre, ne voulait pas, par crainte ou respect, parler à ce seigneur, au contraire fît son possible pour le fuir, sans doute qu'elle offenserait extrêmement sa bonté; car il n'y a rien de plus insupportable à l'amour que de ne pas eire aimé : aussi cette séraphique sainte communiait tous les jours.

Sainte Catherine de Sienne tombait malade les jours qu'elle ne pouvait communier. La bienheureuse Madeleine de Pazzi , dès son enfance, avait un désir extrême de communier, ce que ne pouvant faire pendant cet âge, elle s'approchait de sa mère le jour qu'elle communiait, et ne la quittait point, trouvant des délices auprès de ceux qui avaient été repus d'une viande si di-

vine ; et une des raisons du choix qu'elle fit du monastère oti elle entra, fut que tous les jours les religieuses y communiaient. Malheur au monde qui se prive si malheureusement de ce pain céleste l Malheur à toutes les âmes qui n'ont point une faim extrême , une soif insatiable du corps et du sang du Seigneur de toutes choses, qui arrêtées par Je désir des choses de la terre se soucient si peu de la grâce de nos divins mystères. O hommes, à quoi pensez-vous? jusqu'à quand serez-vous pesants de cœur, préférant les misérables voluptés de la chair et des sens , les faux plaisirs du siècle aux grandes et véritables délices du Dieu du paradis?

Pouvoir tous les jours se nourrir d'un Dieu, et ne le pas faire, c'est ce qui ne se comprendra jamais par l'âme éclairée. Je le soutiens en face du ciel et de la terre, que le cœur qui aime , mais il est vrai qu'il faut aimer, choisirait plutôt de perdre un empire, tous les honneurs et tous les plaisirs du monde, que de se priver un jour de la sainte communion. Quand c'est l'ordre de Dieu, à la bonne heure! par obéissance et par soumission, par maladie, ou quelque autre empêchement qui arrive dans l'ordre de la divine Providence : mais de s'en retirer par négligence ou pai imperfection, c'est ce qui ne se peut entendre.

Quoi 1 il sera donc vrai que la plupart du monde communie rarement, et plusieurs, les malheureux qu'ils sont, ne devraient jamais communier; et cela parce que les uns sont attachés à une créature, au fol amour du monde, les autres à un désir de vengeance, ceux-ci à leur argent, ceux-là k leurs vanités, et ainsi Dieu, Dieu, le Dieu de toute grandeur sera laissé, et on lui préférera le rien et le néant! Ah! Seigneur, vous le voyez, et vous le souffrez, et vous n'en dites mot. Permettez au moins à la dernière des créatures quelle parle pour vous. Ouvrez, ouvrez mes lèvres, et ma bouche annoncera vos louanges

O hommes, c est donc de la sorte que vous aimez le Dieu d'amour, c'est de cette manière que vous méprisez les excès de sa charité, que vous élevez au-dessus d'un Dieu la créature. Le conçoive qui pourra, ce qui se fait tous les jours, donnant la préférence à vos attaches, au-dessus de celles que vous devez avoir [tour votre Dieu. Mais je vous avertis que le Seigneur est à la porte, ses jugements approchent, vous allez mourir, et plutôt que vous ne pensez, et je vous dis que le Seigneur mon Dieu aura raison des mépris que vous faites de de ses bontés. Ma consolation est, ô adorable Jésus! que dans peu de temps vous aurez la justice du monde, votre ennemi, et de ses amateurs.

Tremblez, vous qui lisez ceci : il nya rien de plus doux que Jésus au très-saint sacrement, rien de plus terrible, de plus mémorable, au jour de ses vengeances. Au moment de notre mort, nous rendrons un compte rigoureux, non-seulement des mauvaises communions mais de toutes les fois

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que nous avons pu communier dans l'ordre de Dieu, et que nous ne l'avons pas fait. La parabole de 1 Evangile est épouvantable plus qu il ne se peut dire à ce sujet. Un homme fait un festin, invite à son banquet quantité de personnes qui s'en excusent, et lui justement irrité, proteste que jamais pas une de toutes ces personnes invitées ne sera admise à sa table. Il n'y a point de cœur, tout assuré qu'il puisse être, qui ne tremble, s'il fait réflexion premièrement que ces gens prient qu on les excuse, secondement ils en apportent de bonnes raisons, parce quils ont acheté des terres, de la marchandise, parce qu'ils se marient. Ne vous sembîe-t-il pas en apparence bien raisonnable de tenir pour excusé un homme qui, étant prié d'un festin, n'y vient pas parce que c'est le jour de ses noces ; et nous qui sans nous mettre en peine d'en demander pardon à la divine majesté, n'allons pas au festin sacré où il nous invite, pour des raisons bien moindres, que pouvons-nous attendre de sa justice?

Enfin voyez comme ces invités sont punis, non pas parce qu'ils se comportent mal à la table du Seigneur qui les invite, mais parce qu'ils s'en séparent : il en sera de même de nous. Mais pour communier, il faut quitter nos attaches, il est vrai, et il n'y a ni femmes, ni enfants, ni état, ni marchandise, ni fermes qui puissent nousexcuser. Il faut rompre avec la nature corrompue, il faut briser nos liens, il n'y a rien qu'on ne doive quitter et qu'on ne doive faire pour l'amour d'un Dieu qui a tout fait et tout quitté pour nous.

QUATRIÈME PRATIQUE

Se tenir dans le silence et le respect en là présence du très-saint sacrement, et empêcher, selon son pouvoir, les irrévérences qui se commettent en nos églises.

Àdorabo ad templum sanctum tuum in timoré tuo. (Psal. v, 8.) Le Psalmiste assure qu'il n'adore Dieu en son saint temple qu'avec crainte; aussi le Seigneur nous avertit au Lévitique (xxvi , 2) de trembler en ia présence de son sanctuaire : Pavete ad sanctuarium meum, ego Dominus. Parce que, quoiqu'il soit très-vrai que Dieu soit partout, il est toutefois d'une manière particulière dans les lieux qu'il a sanctifiés et choisis pour être prié.

C'est ce qui nous doit donner une haute estime et des respects extraordinaires pour nos églises, dont ces temples et ces lieux saints de l'ancienne loi n'étaient que les ombres. O mon Seigneur et mon Dieu, fautil que nous nous aveuglions et que nos ténèbres croissent, parce nous cheminons en plein midi? faut-il que nous connaissions moinsDieu parce qu'il s'est manifesté à nous? Il réside dans nos églises corporellement, ô vérité douce, mais étonnante 1 et nous y entrons avec une hardiesse, avec des libertés que nous n'oserions jamais prendre en la maison des grands et dans le palais des princes. Davia tremble, Jacob est saisi de peur : Pavens. Quam terrihilis est locus iste!

(Gen. xxviii, 17.) à la vue de quelque grâce particulière que Dieu communique dans de certains lieux ; et nous à la vue de Dieu môme, dont le corps demeure sur nos autels, nous demeurons insensibles! Il y a plus : souvent on commet dos irrévérences qui donnent de l'horreur aux âmes à qui il re^te encore quelque crainte de la Divinité : Custodi pedem tuum, ingrediens domum Domini. (Eccle. iv, 17.) Prenez garde, dit le Saint-Esprit à ce que vous allez faire, lorsque vous vous disposez à entrer dans la maison du Seigneur, nous marquant par ià les réflexions que nous devons faire sur la sainteté du lieu où nous allons; et cependant l'on ne voit que des chrétiens qui entrent, les uns en parlant, les autres en riant, et qui ensuite y commettent toute sorte d'immodesties. Que mes yeux deviennent "ici une fontaine de larmes pour pleurer sans cesse sur les ténèbres des hommes 1

Non, il n'y a point d'aveuglement qui puisse être comparé à celui-ci. Demandez à ces chrétiens pourquoi ils vont à l'église? ils vous diront que c'est pour prier Dieu, et dans la pratique c'est pour s'en moquer. Une chétive créature qui ira rendre une visite à une personne qui sera de basse condition, ne la traitera pas de la sorte. Combien de péchés ne commet-on i as tous les jours à cette occasion?

Mais il semble que nos églises soient !es asiles des pécheurs, pour y obtenir la miséricorde, et c'est là qu'on commet de nouvelles offenses. Que ferait un criminel de lèse-majesté humaine, qui paraîtrait en la présence du monarque offensé, lui que mériterait d'être brûlé et de souffrir des peines nouvelles pour la grandeur d'un tel crime, particulièrement si le prince voulait lui pardonner? Prendrait-il encore, ce misérable, les armes en main pour attenter de nouveau sur la vie de son souverain? Voilà l'état, de la plupart des chrétiens : iis sont coupables de la mort du Roi du ciel et de la terre, et ils en sont autant de fois coupables qu'ils ont commis des péchés mortels.

Il n'y a point à douter sur une vérité de foi que nous apprend l'Ecriture : Rursus crucifigentes (Hebr. vi, 6) ; et voici que paraissant en la présence de ce Dieu des éternités, il sparlent avec moins de respect qu'ils ne feraient en la présence d'une personne un peu considérable; ils rient ou s'entretiennent des affaires de la terre. En vérité est-ce croire en Dieu? est-ce croire la présence de Jésus au très-saint sacrement?

n'est-ce 'pas se moquer de sa divinité? Mais que dirons-nous de ces dames qui, ouvrant leur bouche à la prière, ouvrent leur sein à l'impudiciié ; qui, parlant à Dieu de leur salut en nos églises, n'en sortent point qu'elles n'aient donné la mort à quantité de personnes; qui viennent faire la guerre sous prétexte de piété à la Divinité même, l'attaquant jusqu'au pied des autels, ravissant Jes âmes à celui à qui elles ont coûté la vie pour les donner aux diables, et cela pour paraître agréables, pour contenter des yeux

ŒUVRES COMPLETES DE BOUDOX

impurs par la nudité de leur infâme sein?

Que dirons-nous de ces gens qui n'ont que ues" regards lascifs, de ceux dont l'imagination n'est remplie que de pensées déshonnêtes ou de vengeance , devant le Dieu d'amour et de pureté?

Mais n'est-ce pas une chose monstrueuse de trouver des personnes qui débattent du point d'honneur, qui disputent de préséance dans nos églises, en la présence d'un Dieu qui y est caché sous des espèces, dont il y en a qui sont presque imperceptibles, en sorte qu'il arrive souvent que le Dieu créateur du ciel et de le terre est dans la poussière, ce que l'expérience a fait voir bien des fois par le détachement des espèces qui tombent en terre, pendant que de très-viles créatures qui ne sont toujours rien , telles qu'elles puissent être en sa divine présence, s'élèvent, sont superbes, et commettent des crimes très-grands par leur orgueil, devant celui qui les doit juger au moment de leur mort?

Examinez ces choses, lecteur, voyez si vous n'êtes point tombé dans quelqu'un ou plusieurs de ces désordres, particulièrement si vous n'avez point parlé pendant une lionne partie de la sainte messe les jours de dimanches ou de fêtes; car si le temps a été notable, c'est un péché mortel , et si vous avez incité les autres à faire de même, vous avez commis autant de crimes qu'il y a de personnes qui ont péché.

Regardez si vous avez pris soin que vos serviteurs, que ceux sur qui vous avez quelque pouvoir, se soient tenus dans la modestie que demande la sainteté de nos temples. Saint Chrysostonie passe bien plus avant, et assure que non-seulement ceux qui parlent et s'entretiennent dans nos églises , mais encore ceux qui ne les reprennent pas, méritent d'être écrasés par les foudres du ciel.

Le Fils de Dieu nous a donné des exemples bien pressants du zèle de la maison de Dieu : c'était le plus débonnaire qui fut jamais ; mais lorsqu'il trouve des gens qui profanent la maison de son Père, il ne se contente pas de les reprendre , mais il fait un fouet et chasse honteusement du temple tous ces misérables qui le déshonoraient. Pour lors ses disciples commencèrent à se souvenir de ce qui était écrit : Le zèle de la maison de Dieu m'a dévoré. (Joan. xi,17.) Mais quels effets ce zèle saint a-l-il produits en nous? où sont les personnes que nous avons averties? où sont celles que nousavons corrigées? ouest l'ecclésiastique qui se soit mis en peine de défendre l'honneur de son Maître? 11 seiait bien à souhaiter qu'on imitât la sainte pratique de messieurs de Saint-Nicolas du Chardonnet de Paris : pour empêcher les irrévérences par les jeunes gens, on leur destine un lieu où ils sont tous assemblés pendant le divin sacrifice avec un ecclésiastique qui ne les quitte point, pour les tenir toujours dans le respect et les faire prier Dieu avec modestie.

Mais ce zèle est rare parmi les Chrétiens, qui seront condamnés au jour du jugement par les infidèles même. Oui, les Turcs s'élèveront contre nous, demandant justice de nos impiétés, eux qui à peine osent se remuer dans leurs temples, eux qui ne permettent pas qu'aucun passe par devant la porte, quoique le lieu soit un chemin passant, qu'il ne descende, s'il est monté sur quelque bête , autrement ils le font punir par des supplices rigoureux, ces mahométans, dont plusieurs se sont crevé les yeux après avoir vu le tombeau de Mahomet, ce méchant homme, n'estimant pas qu'il y eût enterre, après une telle vue, rien qui fût digne de leurs regards. 0 honte, ô confusion du christianisme ! Hélas ! nous sommes bien éloignés de ces respects.

Il ne faut qu'entrer en nos églises lorsqu'on s'y dispose à entendre le sermon ; que de bruits, que de discours, que de postures immodestes ! Bien davantage, lors même que Jésus est exposé au très-saint sacrement, l'on y parle à l'ordinaire, l'on y commet les mêmes irrévérences, au grand étonnement des anges qui sont présents.

Comme ce désordre est ordinaire, je me suis bien des fois étonné de ce qu'on exposait le très-saint sacrement pendant ce temps-là.

Mais que la dureté du cœur humain est étrange ! les jours mêmes où nous devrions être plus sensiblement touchés, comme lo mercredi ou le jeudi-saint, le jour même de la mémoire des douleurs du Sauveur, nos temples sont plus profanés que jamais par la curiosité du chant ou de la musique. Malheur, dit le prophète Amos (vi, 1), à ceux qui entrent en la maison du Sauveur avec pompe et éclat : « Vœ qui pompatice ingrediuntur domum Domini. » 'A plus forte raison, malheur à ceux qui s'y comportent avec irrévérence 1 O âme chrétienne, n'entrez jamais dans les lieux saints qu'avec une sainte crainte et confusion, pleurant amèrement vos péchés , et demandant avec des humiliations profondes les grâces du Dieu des miséricordes.

CINQUIÈME PRATIQUE

Avoir soin des choses extérieures qui regardent l'honneur du saint sacrement comme des temples, ornements , tabernacles , calices, ciboires, corporaux et autres choses semblables.

Qui timet Deum , nihil negliqit. (Eccl. vu, 19.] Qui nous fera la grâce d'être une bonne fois délivrés de nos ténèbres? Qui nous donnera un petit rayon de la lumière admirable dont parle le Prince des apôtres , afin que nous regardions et donnions l'estime à toutes choses selon cette clarté, et non plus par nos propres lumières qui sont si basses et si trompeuses?

C'est la grâce qui est accordée à celui qui craint Dieu, et c'est ce qui fait qu'il ne néglige rien en son service ; que les plus petites choses, qui regardent le culte du Seigneur, sont très-grandes à ses yeux. C'est

1509 L'AMOUR DE JESUS AU TUES-SAINT SACREMENT DE L'AUTEL. — II' TRAITE. ioiC

ce qui est aisé à remarquer en la conduite de la sainte Eglise, qui n'a point d'autre guide que le Saint-Esprit; elle fait un éclat merveilleux de tout ce qui concerne son divin époux, et parmi les différents ordres qui y sont établis, l'on peut considérer en celui de portier et d'acolythe la haute estime que nous devons avoir des choses les plus petites du service de Dieu, puisque l'ordre de portier a pour fonction d'ouvrir et de fermer les portes de l'église, sonner les cloches , avoir soin de la sacristie et parer l'autel, faire sortir ceux qui commettent des immodesties en l'église. Celui d'acolythe, d'allumer les cierges, de préparer du feu et de l'encens, porter les chandeliers, préparer le Yin et l'eau dans les burettes, servir à la messe en surplis.

Mais le sous-diacre n'a-t-il pas pour fonction de laver les pâlies et corporaux, de toucher les vases sacrés, d'avoir soin de les tenir nets et de mettre sur l'autel autant de petits pains qu'il est besoin pour ceux qui veulent communier, comme il est remarqué au pontifical?

N'est-il pas encore ordonné aux portiers, par tant de beaux statuts de l'Eglise, d'empêcher les entretiens, les promenades dans les temples, de fermer l'entrée du chœur aux femmes et ne les pas laisspr approcher si près des autels , de ne pas souffrir qu'on vende rien au portail de l'église ou dans le cimetière, où ils ne doivent permettre ni de sécher le linge , ni de paître les animaux; qu'on ne s'en serve comme d'un chemin passant; que les enfants ne fassent aucune insolence autour des cloches comme choses bénites, à plus forte raison les femmes, qui ne doivent jamais sonner; qu'on ne mette des placards aux portes des églises, dont ils doivent prendre un soin très-grand, en ôtant les araignées et toute sorte d'ordures, tenant les images et tableaux bien nets, balayant le pavé soigneusement ?

Voilà l'estime que l'Eglise fait de tout ce qui appartient au culte de son Epoux, et cet Epoux sacré nous a donné un bon exemple de ce zèle, en ne soutirant pas qu'on portât aucun vaisseau dans le temple.

Les âmes qui craignent Dieu ne négligent rien : c'est ce qui a engagé en nos jours de grands évoques de balayer l'église euxmêmes ; et l'on sait que l'empereur Constantin a porté sur ses épaules royales douze hottées ue terre pour bâtir une église.

Le bienheureux Maurice, Dominicain, allait mendier de porte en porte l'huile pour la lampe avec une dévotion admirable ; et il s'est rencontré des princes qui s'estimaient heureux d'avoir soin de nettoyer ces lampes, et d'y mettre l'huile nécessaire.

La bienheureuse Victoire, fondatrice des Célestes, avait soin de filer pour la toile destinée à faire des corporaux.

La bienheureuse Cécile, du tiers ordre des Minimes, triomphait de joie de blanchir le linge qui servait à l'église. C'est ce que les saints ont fait, c'est ce que font ceux qui aiment et qui craignent le Seigneur : mais

est-ce ce que nous faisons? Combien d'églises toutes désolées, pendant qu'on bâtit des maisons de tous côtés aux misérables créatures? Combien de temples, d'églises ou l'adorable Jésus n'a pas où reposer son sacré corps avec respect ; les tabernacles étant trèschétifs, tout couverts de poussière, les ciboires d'étain et tres-noirs, les voiles qui les couvrent tout déchirés, pendant que les petits hommes sont logés à leur aise dans des lieux agréables et bien ornés!

Hélas! combien de fois ai-je vu des autels désolés, des ornements tout gâtés et ridicules, des pâlies et des purificatoires qui faisaient horreur, des corporaux si sales et si vilains qu'on n'aurait pas voulu s'en servir à table, des calices si noirs, que la seule vue en faisait bondir le cœur! C'est ce que l'on trouve en la maison du Dieu de toute grandeur. C'est ainsi que venant en terre il est reçu, c'est ainsi qu'il est traité de nous. Toutes ces choses nous doivent convaincre de plus en plus que Dieu est pour le monde le Dieu inconnu, le Dieu caché.

0 mon Seigneur! ici mon âme se sent touchée bien vivement, mon cœur se trouve fortement attendri. Eh! quoi donc? Est-il possible que vos créatures vous traitent d'une manière si honteuse? J'ai trouvé des églises, des paroisses, où l'on me disait que l'on n'avait pas le moyen d'avoir des corporaux. 0 mon âme, pourrons-nous bien croire ce que nous avons vu? L'on ne trouvera pas quarante sousouun écu pouravoirdu linge au Roi du paradis, pas vingt sous pour avoir des purificatoires, pas une petite somme d'argent pour refaire un tabernacle, pour avoir un ciboire honnête!... 0 pasteurs, ô prêtres, ô seigneurs, ô dames, ô vous tous qui êtes fidèles, à quoi pensez- vous? Ne trouverez-vous point un écu pour vous avoir des souliers, et vous ne le trouverez pas pour loger le corps du Fils de Dieu?

Mais que ces paroles que j'entends : Je n'y suis pas obligé, m'épouvantent! il sera donc dit que nous ne serons pas obligés à un Dieu, a notre Créateur, à notre Sauveur, à notre Roi, à notre tout?

Pensez à ce que vous faites non-seulement pour les princes, en contribuant à ce qu'ils exigent de vous, mais encore pour vousmêmes, pour votre corps, et rougissez, en présence de Dieu et de ses anges, de vos ingratitudes, plus dignes de l'enfer que d'une créature :i qui il reste encore quelque étincelle de lumière dans le christianisme.

Ensuite de ces vues, je vous laisse à voir ce que vous avez dessein de faire; et auparavant que de finir cette pratique, souvenezvous du respect que vous devez porter à ceux qui servent au saint autel.

Vous savez que le grand saint Martin voulut qu'on servît son diacre à table auparavant l'empereur.

Vous n'ignorez pas, peut-être, qu'il y a eu des monarques qui n'ont pas voulu se mettre au chœur en la place des prêtres, à cause du grand respect qu'ils portaient à

OELVLES COMPLETES DE BOIDON.

1'éminence de leur état; et pour s'arrêter à nos siècles, jamais le grand saint Charles Borromée ne voulut permettre au vice-roi d'entier dans le chœur de sa cathédrale; et comme on lui eut demandé ce qu'il eût fait si le roi d'Espagne y fût venu, il répondit que Sa Majesté étant catholique, elle ne voudrait pas agir que dans les ordres de l'Eglise, et qu'ainsi elle n'occuperait pas les sièges des prêtres à qui non-seulement les hommes obéissent comme aux rois, mais Dieu lui-même, dit l'éloquent saint Jean Chrysostome, ayant bien voulu se soumettre au pouvoir qu'il leur a donné, comme autrefois il a fait à la très-sainte Vierge et à son virginal époux saint Joseph.

Feu M. de Renty, dont la vie est un parfait modèle d'un véritable Chrétien, recevant quelque visite chez lui par des personnes de condition, et voyant, comme c'est l'ordinaire, qu'un prêtre leur domestique, à leur entrée dans la salle, se tenait en un coin éloigné, quitte aussitôt toute la compagnie, s'en va lui parler et l'entretenir, au grand étonnement de ce monde qui n'était pas accoutumé à de telles cérémonies. Il a une fois bien demandé pardon à Dieu de ce qu'il avait passé devant un prêtre, quoique ce fût contre son gré ; il traitait en vaisselle d'argent les missionnaires, dans l'estime qu'il faisait de leur caractère.

L'on a yu même des saints baiser la terre par où ils avaient passé; et nous, que faisons-nous à ces oints du Seigneur? Un gentilhomme souvent traitera son curé d'une manière honteuse; les prêtres qui instruiront des enfants, seront traités en valets de chambre, monsieur et madame auront bien de la peine à leur donner place à leur table, s'ils sont de grands seigneurs; les autres ne leur laissent que le dernier lieu ; les écoliers mêmes précèdent les maîtres; les princes et les princesses souvent ne voudront pas leur faire l'honneur qu'ils accorder] t à leurs écuyers : puis l'on nous dira qu'on a de la dévotion pour le très-saint sacrement, en agissant de la sorte avec ceux qui en sont les dispensateurs 1 Mais, prêtres, je n'ai qu'un mot à vous dire. Faut-il que l'intérêt, le lucre, l'espérance d'un bénélice vous ravalent si honteusement, au grand opprobre de la religion et de nos mystères ? Ces siècles qui ont vu toutes les puissancesdu monde s'humilier sous ceux qui n'avaient pas d'autre caractère qw le vôtre, ont vu aussi en même temps des personnes qui ne craignaient et qui n'espéraient rien d'aucune créature, et c'est ce que vous ne faites pas.

SIXIÈME PRATIQUE

Disposer avec un soin particulier les enfants à la première communion.

Qui pascilur interlilia. [Cant. vi, 2.) Dieu est saint, et il est la sainteté même : étant infini, ineffable, incompréhensible , sa sainteté est infinie, inetlable, incompréhensible : sa sainteté est essentielle, en sorte qu'elle ne participe et n'est dépendante de nulle autre : mais toute sainteté dépend de' lui, parce

au'il est essentiellement la loi éternelle et l'amour de Dieu, en quoi consiste la véritable sainteté. 11 est l'objet de toute sainteté, il en est la racine, la source, le principe et la cause ; il est le seul saint, le seul bon, le seul parfait, parce qu'il n'y a aue lui seul qui soit tel par son essence.

Toute la sainteté des créatures est comme rien en sa présence, celle de toutes les hiérarchies des anges et de la très-sainte Vierge même ; et il y a une distance infinie de la pureté des intelligences célestes et de Notre-Dame à celle du Dieu de toute sainteté. C'est ce qui fait que les chérubins, quelque part qu'ils soient, se voilent leur face par une sainte honte devant son infinie pureté. C'est ce qui jette rélonnement parmi les séraphins, et qui leur fait chanter ce cantique éternel : Saint, saint, saint, est le Seigneur Dieu des armées.

Mais n'est-il pas vrai que ce Seigneur a des miséricordes infinies sur ses créatures, de vouloir se communiquer à elles avec des profusions si amoureuses, non-seulement de ses grâces, mais de lui-même? 11 est descendu des cieux pour converser avec nous : il s'est comme anéanti pour nous faire tout avoir ; et si les intelligences des cieux sont dans des admirations continuelles de ses grandeurs, sans doute qu'elles ne sont pas moins étonnées dans la vue de ses bassesses volontaires. Que feront les créatures dans la connaissance de ces éclatantes vérités ?

Dieu est le Saint des saints, et il veut loger en nos cœurs : mais quel rapport des ténèbres avec la lumière? J'entends bien à présent pourquoi il nous dit qu'il veut que nous soyons saints, parce qu'il est saint ; pourquoi entre toutes ses perfections divines, qui sont égales, les anges adorent particulièrement sa sainteté. C'est qu'il désire demeurer en nous; pour y être reçu, il faut qu'il trouve des âmes pures et nettes, il faut que nous l'imitions en une perfection qui lui est si chère. Car quel moyen do recevoir avec des lèvres impures, avec une bouche puante et infectée, la pureté même? S'il a reproché au pécheur, chez le Psalmiste, sa témérité d'entreprendre de parler de lui, que doit-il dire hélas l que fera-t-ilà celui qui le logera en son cœur?

C'est pourquoi le Saint-Esprit nous assure que ceux qui craignent Dieu prépareront leurs cœurs et sanctifieront leurs âmes en sa divine présence : « Qui tintent Deum , prœparabunt corda sua et in conspeetu illius sanctificabunt animas suas. » (Eccli. h, 2.) Il y va de sa gloire, puisqu'il veut bien établir sa demeure parmi nous.

Mais le zèle de ses intérêts ne nous doit pas seulement presser de lui disposer nos cœurs, mais encore tous les autres que nous pourrons , afin que partout il soit le bien reçu : surtout comme il ne se repose jamais plus agréablement que parmi les lis rie l'innocence : Qài pascitur inter lilia, on doit veiller avec tous les soins possibles sur les enfants pour les conserver dans leur inno-

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