CHAPITRE V
Dieu inconnu en ce qu'il nous a révélé de ses divins jugements.
Ce ne sont pas seulement les Pères de j Eglise, ce ne sont pas seulement les prophètes et les plus grands saints qui nous ont appris qu'il y a peu de personnes sauvées; c'est un Dieu qui est venu de l'autre monde, qui sait toutes choses, à qui rien ne peut être caché, qui nous Ta révélé. Que les impies donc et les libertins sachent, quand ils
DIEU INCONNU. - PART. III, DIEU INCONNU EN CE QU'IL DIT
demandent qui est venu de l'autre monde pour en apprendre des nouvelles, que c'est Dieu même qui s'est fait homme, que c'est lui qui est la vérité môme, qui nous a assuré qu'il y a peu d'élus.
Il n'y a donc plus à douter. C'est une chose infaillible et de la dernière certitude, qu'il y a peu de personnes sauvées : il faut que toutes les personnes en conviennent, mais qu'il y en a peu qui en soient fortement persuadées 1 11 est vrai, quand le Fils de Dieu nous aurait seulement déclaré, que de tous les hommes il y en aurait un seul qui serait damné, tous en particulier déviaient trembler dans la juste crainte que ce dernier des malheurs ne leur arrivât. Si dans une assemblée , quelque nombreuse qu'elle pût être, on savait certainement que la foudre en dût écraser une seule personne, toutes sans doute seraient saisies de frayeur. Mais que serait-ce si elles étaient convaincues que presque toutes perdraient la vie ? Cependant, quoique nous devions être persuadés sans en pouvoir douter, à moins que d'en donner un démenti à un Dieu, qu'il y aura peu de personnes sauvées, nous vivons comme si nous n'avions aucun sujet de peur, et comme si le ciel nous était assuré.
Certainement c'est ce qui est incompréhensible à toute personne qui aura peu de lumière de Dieu. O grande, ô infiniment étonnante vérité, mais dont la certitude est infaillible : Il y a peu d'élus (Matth. xx, 16) ; c'est ce qui a jeté la dernière terreur dans de très-grands saints, et des saints qui n'ont jamais perdu leur innocence baptismale; en des personnes qui ayant toujours vécu dans l'innocence, ont toujours vécu dans la pénitence. Dans quel état donc doivent être les pécheurs, qui passent leur vie dans les plaisirs des sens ? On a vu des saints enfermés dans d'étroites ceLluIes hors de toutes les occasions de pécher, crier incessamment miséricorde, dans la peur d'être privés du ciel, et ceux qui sont engagés dans tous les périls de se perdre, à peine font-ils réflexion sur le danger où ils sont de se damner pour un jamais.
Qu'on ne dise pas : Il faudrait donc que tout le monde s'enfermât dans un cloître ; car le pécheur, pour trouver des prétextes d'excuses, se figure et objecte ce qui n'est pas possible : mais après avoir médité dans un profond recueillement la divine doctrine du grand Maître céleste. Qu'il y a peu de personnes sauvées, ce qu'il doit faire durant tout le cours de cette vie, qu'il étudie avec application et apprenne dans l'école du Dieu- Homme, et le chemin qui mène à une perte éternelle pour l'éviter ou s'en tirer s'il y est criminellement engagé, ou la voie qui conduit au ciel, pour y marcher avec fidélité et une entière persévérance.
Or, notre Maître céleste, comme nous l'avons déjà remarqué, nous enseigne que le chemin qui conduit à la perdition est large, et celui qui conduit à la vie est étroit. (Matth. vu, 13, \k.) Cette doctrine est généralement pour les hommes, pour ceux qui vivent dans
OElVRKS COMPL. DE BOUDON. L
lesiècle, comme pour ceux qui sont enfermés dans les cloîtres. 11 n'est pas nécessaire que tous se retirent dans la solitude, il faut qu'il y ait des personnes dans l'état du raariage,;qu'It y ait des magistrats, des marchands, des artisans, des laboureurs et d'autres personnes dans les autres conditions du siècle ; mais tous sans exception doivent marcher par le chemin étroit, en évitant le péché, en renonçant aux désirs du siècle, en résistant à ses passions, en domptant la propre humeur, en mortifiant le corps et l'esprit, en se dégageant de toutes les choses temporelles.
Mais parce qu'il y en a peu qui font ces choses, il y en a peu qui sont sauvés. Quel étrange aveuglement des Chrétiens ! et peuton s'en figurer un plus grand? En trouvet-on qui ne disent qu'ils prétendent bien être sauvés? mais combien y en a-t-il qui soient dans la voie du salut? On veut la fin sans en vouloir chercher exactement tous les moyens, ce qui est une pure folie : mais il y a de la peine, dit-on ; mais n'y en a-t-il pas pour arriver à la possession des biens apparents de la terre ? Hélas ! que ne fait-on pas, que ne souffre-t-on pas pour la terre; et que fait-on pour le ciel? Oh 1 que les enfants du siècle sont bien plus prudents t plus appliqués à leurs affaires, que les enfants mêmes de la lumière ! (Luc. xvi. 8.)
Il est vrai, selon le témoignage de notre Maître, que le royaume des cieux est attaqué par la force; (et nous l'avons déjà dit! c'est la violence qui l'emporte. (Matth. xi, 12.) C'est en domptant ses passions qu'on le gagne. Tous les Chrétiens qui y aspirent sont obligés de se faire une sainte violence; et il n'v a que ceux qui y travaillent qui doivent y prétendre : c'est pourquoi notre divin Maître nous dit : Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite. (Luc. xm, 2i. ) Voilà le grand moyen du salut que nous apprenons de celui qui est le Dieu de vérité. C'est néanmoins le moyen que l'on ne prend pas, et c'est la cause de la perdition d'une infinité de personnes.
Ce que voyant le Fils de Dieu , il s'écrie d'une manière qui tient de l'admiration: Que la porte de la vie est petite! et que le chemin qui y mène est étroit ! et qu'il y a peu de gens qui le trouvent! (Matth. vu, 14.) O grandeur souveraine de Dieu 1 A quoi pensons-nous ! nous n'oublions rien pour nous aveugler. On dit que Dieu ne nous a pas faits pour nous damner, et il est très-vrai ; mais cela empêche-t-il que l'on ne se damne soi-même? On dit que Dieu est miséricordieux, et cela est vrai ; mais cela empêche-t-il qu'il n'exerce sa divine justice sur tous les damnés, qui sont créatures de Dieu comme nous, pour lesquelles il a répandu son sang, dont ceux qui ont été chrétiens ont été régénérés par le saint baptême, qui ont participé aux mêmes sacrements que nous recevons, et qui ont dit les mêmes choses? Mais il faudrait donc, ajoute-t-on, s'il faut user d'une si sainte violence pour gagner le ciel , qu'il y eût bien des personnes damnées, et c'est ce qui est d'une véiité
ŒUVRES COMPLETES DE BOUDO.W
infaillible. On se flatte d'un prétexte si mal appuyé, que ce que l'on s'imagine ne devoir jamais arriver, arrive tous les jours infailliblement.
Cependant le pécheur qui cherche toujours des excuses pour se couvrir dans son iniquité, objecte encore qu'il faudrait donc pour entrer dans le dégagement du siècle , ne pas faire comme les autres gens du monde : et il ne voit pas qu'en cela il se condamne lui-même; puisque notre Sauveur nous déclare, que le chemin qui conduit à la perdition est large, et qu'il y en a beaucoup qui y marchent, et qu'il y a peu de gens qui trouvent le chemin de Ja vie : faire donc comme le grand nombre , c'est se perdre , c'est se damner , et il faut être du petit nombre pour être sauvé : c'est ce qui n'exclut pas les devoirs de la société civile, les obligations des différents états, les manières d'y vivre et de s'y comporter raisonnablement et chrétiennement; mais c'est ce qui oblige a user du monde comme si l'on n'en usait point, à posséder les choses temporelles sans aucun attachement , et à renoncer à soi-même. Et comme la pratique est rare, il y en a peu qui soient dans le chemin du saîut , quoique tous disent qu'ils veulent leur salut; et que presque tous s'imaginent qu'ils seront sauvés, contre la révélation qu'un Dieu nous a faite, qu'«7 y a peu a" élus. [Matth. xx, 16.) Oh 1 que ce Dieu de toute vérité est donc bien peu connu en ce qu'il nous a révélé de ses divins jugements !
Cependant, pour parler avec l'Ecriture, la cognée est mise à la racine des arbres, et tout arbre oui ne porte pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu. [Matth. ni, 10.) Le van est entre les mains de notre Juge : il neltoyera très-exactement son aire , il ramassera son froment dans le grenier, et brûlera les pailles dans un feu qui ne s'éteindra jamais. 0 race de vipères, s'écrie ici saint Jean-Baptiste, qui vous a appris à fuir la colère à venir ? (Luc. m, 7.) Et notre Sauveur dit,: Serpents, race de vipères, comment éviterez-vous d'être condamnés à V enfer? (Matth. xxni , 33.) Prenez garde à vous, de peur que vos cœurs ne s'appesantissent par l'excès de la bouche et de l'ivrognerie et par les soins de cette vie, et que vous ne soyez pris inopinément. [reillez donc et priez en tout temps, afin que vous j)uissiez paraître devant le Fils de V homme. (Luc. xxi, 3i, 36.) Voilà les avertissements qu'un Dieu même nous donne.
Mais qui y pense? qui considère combien il nettoyera exactement son aire? 11 n'y a point de secret qui ne doive être découvert, et rien de caché qui ne doive être connu : le plus intime de nos cœurs et les pensées les plus secrètes, ce que l'on cache aux yeux des hommes, et qui est abominable aux yeux de Dieu, comme parle saint Luc (xn, 2), sera manifesté. C'est une vérité de foi, que les hommes ne diront aucune parole inutile dont ils ne rendent compte au jour du jugement ; c'est-à-dire, comme l'explique saint Basile, que nous rendrons compte de toutes les paroles qui ne tendent point à la gloire de
Dieu ; plusieurs même qui auront éclaté dans une haute réputation de sainteté, seront condamnés; plusieurs qui auront fait des choses étonnantes, soit par leurs miracles, soit par leur doctrine, leurs prédications, leurs grandes austérités. Car notre Juge nous déclare que plusieurs lui diront au jugement : N'avons-nous pas fait beaucoup de miracles en votre nom; et qu'il leur dira : Retirez-vous de moi, vous qui avez vécu dans l'iniquité ; et qu'il leur déclarera qu'il ne les a jamais connus. (Matth. vu , 21.)
Hélas ! qui nous a appris à fuir la colère à venir, et à éviter d'être condamnés h l'enfer? Nos cœurs ne s'appesantissent-ils pas au moins par les soins de cette vie? c'est ce qui fait l'occupation attachante de la plupart des hommes. On est si plongé dans les soins des choses temporelles, qu'à peine l'éternité entre dans l'esprit. Il y en a même de si insensés, qu'ils disent qu'ils n'ont pas le loisir d'y penser. O aveuglement, ô folie des hommes 1 on n'a pas le loisir de veiller à éviter un feu qui ne s'éteindra jamais : c'est ce qui fait que tant do gens sont pris inopinément; car, sans parler des morts subites, dans celles même que l'on prévoit à loisir par de longues maladies qui les précèdent , et qui laissent l'usage entier de la raison; oh! combien en meurent qui sont pris inopinément par de fausses pénitences! Car, enfin, il faut non-seulcmeLA que le confesseur pense ainsi que le pénitent, qu'après avoir détesté sincèrement le péché plus que tous les maux du monde, ou est dans une véritable résolution d'être à Dieu par un amour souverain qui lui est dû, qui préfère son honneur et son service à tous les autres biens imaginables, en sorte que l'on soit en vérité disposé de plutôt tout souffrir, de plutôt tout quitter, que de l'offenser par un seul péché mortel ; mais il est encore nécessaire que Dieu voie cette disposition dans l'âme. Oh 1 combien il y a sujet de craindre qu'elle n'y soit pas dans un grand nombre de personnes I
Davantage, la véritable pénitence suppose une entière satisfaction pour toutes lés injustices que l'on a commises. Combien y en a-t-il qui se trompent malheureusement dans les restitutions qu'ils font, ne s'acquittant que d'une partie ? Cependant c'est ce qui fait grand bruit, on en parle dans le monde, on dit : Voilà de grandes restitutions; et quelquefois elles sont grandes à la vérité; mais néanmoins elles ne sont pas entières; et après tout peut-on mourir avec un seul écu du bien d'autrui? Ah! qu'il est difficile de satisfaire pour toutes choses aux personnes particulièrement qui ont été dans les grands emplois soit des affaires, soit de la guerre, aux personnes de justice, aux marchands, aux personnes puissantes!
Mais ce qui est bien déplorable, c'est que beaucoup meurent sans connaître même les obligations des conditions où ils se sont trouvés? c'est la cause de la damnation d'un très-grand nombre d'âmes , comme
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Notre-Seigneur l'a révélé à l'admirable sainte Christine. Ainsi un ecclésiastique meurt sans s'accuser, sans avoir de la contrition des grands crimes qu'il a commis dans son état, sans penser à y remédier. Un curé qui n'a pas pris le soin'd'instruire, comme il le doit, ses paroissiens, à peine pense-t-il à ce désordre : il recevra quelquefois les derniers sacrements d'un autre curé, qui loin de le presser d'y faire attention, n'y pense pas lui-même, et est dans le même dérèglement; ce qui arrive souvent dans la campagne. Ainsi lorsque ces pasteurs reviennent en santé de leurs maladies dangereuses dans lesquelles ils se préparaient à la mort, ils sont aussi négligents à instruire leurs peuples qu'ils l'étaient auparavant. On a un neveu ou un ami; à la mort on lui résigne son bénéfice , sans considérer , comme le saint concile de Trente l'ordonne, si entre les dignes il est le plus digne, m;iis même souvent s'il n'en est pas indigne. Ce désordre qui ne peut être assez détesté, se rencontre même en des gens qui d'autre part ont de la vertu, et qui dans ce temps redoutable ne laissent pas encore de s'aveugler sur une affaire de telle importance pour la gloire de Dieu et de leur salut. Chose étonnante ! quelquefois les confesseurs y aident, sollicitant le malade à résigner de la sorte son bénéfice.
Mais, ô ténèbres incompréhensibles, dans ceux, même qui par leur état doivent être la lumière du monde 1 Un bénéficier meurt avec de grandes sommes d'argent , en les laissant à ses héritiers, sans en faire la restitution aux pauvres. Quelle pénitence du mauvais usage qu'il en a fait? Mais quel jugement sur ces gros bénéficiers qui auront dérobé aux pauvres des sommes immenses tous les ans durant tant d'années, se servant de leurs revenus contre l'intention des fondateurs, contre la raison , les ordres de l'Eglise et les obligations de leur état 1 Quel ordre y apporte-t-on? Si quelqu'un laisse quelque chose en des ceuves pies, il tâche par là d'apaiser les remords de sa conscience, lorsqu'il en a , car plusieurs sont dans l'endurcissement ; et on dispose du reste, comme si c'était son bien propre.
Nos rois ont fait plusieurs ordonnances pour empêcher les blasphèmes et pour ôter les irrévérences des églises ; ils commandent aux magistrats d'y tenir la main, et leur devoir les y oblige i'ndispensablement : les ordres sont négligés parce qu'ils regardent les intérêts de Dieu, car en toute autre occasion on les fait observer exactement, quand ils viennent des souverains. Les magistrats sont cause par leur négligence que l'on commet grand nombre de blasphèmes et que la sainteté des temples est profanée; c'est ce qui ne les a point touchés durant leur vie, ils y seront insensibles à leur mort. C"est ce dont souvent l'on ne parle point dans les confessions ; c'est à quoi plusieurs confesseurs ne pensent pas.
Les prévôts et les archers sont obligés très-étroitement par leur office de veiller
pour la sûreté publique et pour empêcher les violences des voleurs. Si par leur négligence, ces désordres se commettent, ils en sont responsables, et ils doivent les réparer: c'est souvent à quoi plusieurs ne pensent ni durant leur vie, ni à leur mort; tant il est vrai que l'aveuglement est extrême, et qu'il continue à la mort, comme il a été pendant la vie.
O malheur épouvantable 1 ô endurcissement du cœur humain, que tu es étrange I Notre Maître céleste nous avertit , nous crie de veiller et de prier en tout temps, afin que nous puissions paraître devant lui ; et en tout temps nous sommes endormis et comme ensevelis dans un sommeil léthargique, no nous occupant que des soins de la terre dans un terrible oubli de l'éternité , dans une désoccupationde Dieu , et dans une occupation presque continuelle de là créature ; et loin de prier en tout temps, nous ennuyant de la prière d'une demi-heure, si on la fait durant la célébration du très-saint sacrifice de la messe, et se plaignant , si elle dure ce
peu de temps-là, que le prêtre est trop long
O mon Dieu et mon souverain ! dans quelle disposition sont les hommes pour paraître devant votre redoutable tribunal l Hélas 1 plusieurs en sortant du monde en sont encore tout occupés; et sans se mettre beaucoup en peine de l'effroyable éternité où ils vont entrer, sont encore pleins d'inquiétudes pour ce qui regarde leurs affaires temporelles, et celles des personnes qui les touchent.
Les morts qui arrivent si fréquemment ne font point d'impression ni sur les esprits, ni sur les cœurs. La mort met dans une privation générale du siècle et de toutes les choses du siècle, et cela indispensablement et sans aucune réserve. Qui fait réflexion , dans ces occasions, qu'il faut subir la même condition, et que dans peu le monde ne nous sera plus rien, non plus qu'à ces personnes qui en sont sorties? Au contraire, ordinairement la mort augmente les désirs des choses de la terre; ainsi si un bénéficier meurt, ce ne sont que des empressements inexplicables pour avoir son bénéfice; et il se trouve quelquefois des parents qui, pour se le conserver, cèlent le corps, se souciant peu de priver l'âme du secours qui lui peut être nécessaire dans le purgatoire , si elle n'est point damnée; et par une cruauté inconcevable se soucient peu de la laisser brûler dans des feux allumés par l'ire de Dieu, pour satisfaire à leur convoitise. N'est-ce pas la mort qui donne lieu à tant de procès, et quelquefois à tant de divisions dans les familles, au sujet des biens temporels que l'on se dispute.
C'est néanmoins parmi les enfants de lumière, les Chrétiens, que ces ténèbres épouvantables rè'gnent, et qui leur causeront une damnation beaucoup plus grande que celle des infidèles. Malheur à vous , Corozaïn , s'écrie notre bon Sauveur, malheur à vous , Bethsaïde, car si les merveilles qui ont été faites dans vous, eussent été faites dans Tyr
et dans Sidon , il y a longtemps que ces villes auraient fait pénitence clans le sac et clans la cendre : toutefois je vous dis que Tyr et Sidon ne seront pas si rigoureusement punies que vous au jour du jugement. (Matlh.xi,2i, 22.) Ensuite il déclare que Sodome sera moins punie que Capharnaiim. Il s'écrie encore que la reine du midi entrera en jugement avec la nation à laquelle il prêchait , et qu'elle la condamnera, parce qu'elle vint de l'extrémité de la terre entendre la sagesse de Salomon, et qu'il était plus grand que Salomon. Après ces reproches d'un Dieu-Homme, où est le Chrétien qui ne doive trembler? Ah ! oui , les Ninivites s'élèveror contre nous au jour du jugement, et ils nous condamneront, parce qu'ils ont fait pénitence à la prédication de Jonas, et que nous ne la faisons pas à celle d'un Dieu incarné, et que les grandes vérités qu'il nous a enseignées dans l'Evangile n'opèrent point notre conversion.
C'est ici qu'il faudrait que nos yeux devinssent une source intarissable de larmes, nous souvenant de ces paroles de notre doux Sauveur aux femmes qui pleuraient à la vue des douleurs et des tourments incompréhensibles de sa Passion : Filles de Jérusalem , ne pleurez point sur moi , mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ; s'ils font ceci au bois vert, que ne feront-ils point au bois sec? (Luc. xxm , 28, 31.) Les tourments des damnés surpasseront ceux que notre adorable Sauveur a soufferts , et ils n'auront jamais de fin. Méditons, mon cher lecteur, cette vérité avec une profonde attention, et tâchons avec le secours divin de n'être pas du nombre malheureux de ceux à qui Dieu est inconnu dans ses divins jugements.