DIEU PRESENT PARTOUT. — CIIAP. H
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dans le ciel, n'était ici-bas dans cette terro que par la connaissance qu'il en a; mais le grand saint Cyrille prouve qu'ils sont inexcusables dans leur erreur, par la seule lumière naturelle de plusieurs autres philosophes qui n'ont pas ignoré la présence de Dieu en toutes choses ; et il cite sur ce sujet , Orphée , Pythagore et Mercure T rismégiste. 11 faut , s'écrie ici saint Grégoire de Nysse, avoir l'esprit bien puéril , pour ne pas voir dans la conduite si réglée de l'univers un Dieu qui le gouverne et qui Je remplit. C'est Lui qui y conserve et qui y soutient tous les êtres , et qui assiste à tous leurs mouvements , et pour cela il faut qu'il s'y trouve intimement présent.
Il y a eu de certains Juifs particuliers qui ont aussi ignoré cette vérité; car ils s'imaginaient ridiculement, sans beaucoup considérer leur sentiment qui était insoutenable, que Dieu dans ce bas-monde demeurait dans leur temple, comme si, en quelque manière, il y eût été renfermé. Saint Jérôme les combat d'une manière convaincante, leur faisant voir qu'un temple ne peut pas renfermer , comme s'il n'était pas autre part, un Dieu que le ciel et la terre ne peuvent pas comprendre.
Il y a eu encore de certains Chrétiensqui, étant peu instruits des vérités de notre sainte religion , n'ont pas bien entendu ceMe de la présence de Dieu en toutes choses; car ils ont pensé que cet être suradorable n'était ici-bas en celte terre que comme le soleil y est par ses rayons et par ses influences, ou comme un grand monarque qui est partout dans son royaume par son autorité, par son pouvoir, par ses ministres qu'il envoie, et par ses ordres qu'il y donne. Chose étonnante ! un ecclésiastique, un confesseur même , fut dans cette erreur, selon le témoignage de sainte Thérèse qui le consulta pour s'éclaireir sur ce sujet. Erreur qui se trouve encore présentement dans plusieurs, par le défaut d'explication des vérités qu'on leur enseigne. On les a instruits dès leur jeunesse que Dieu est présent partout par son essence , par sa présence, par sa puissance; mais comme on leur apprend seulement ces choses de mémoire , ce sont pour eux des mots qu'ils répètent sans les entendre. Abus qui règne de tous côtés, et qui est cause qu'un grand nombre de personnes, particulièrement dans les campagnes , vivent dans une ignorance grossière; cependant parce qu'ils savent répéter de mémoire la doctrine chrétienne, on les croit fort instruits, quoique souvent ils ignorent les fondements de la religion; ce que nous avons connu par notre propre expérience dans nos visites : c'est à quoi il serait fort à désirer que l'on apportât le remède. Il y a présentement assez de catéchismes, on apprend assez mot à mot ce qu'ils contiennent; mais ceux qui sont seulement enseignés de la sorte, à peine ontils une juste idée de Dieu. C'est ce qui nous a pressé de donner au public un traité sur ce sujet, intitulé : La science sacrée du ca-
téchisme, dans lequel nous avons montré la manière dont les pasteurs doivent instruire.
Mais après avoir rapporté ces erreurs à l'égard de la présenee de Dieu, écoutons le Saint-Esprit qui nous déclare par le prophète lérémie, que Dieu remplit le ciel et la terre ; et il est vrai qu'il n'y a aucune créature, quelque petite qu'elle soit, dans laquelle il ne se trouve. Il le faut bien dire, puisqu'il est infiniment grand, et que son immensité est essentiellement sans fin et sans terme. L'être de Dieu est donc intimement présent dans tous les êtres, On pourrait ici demander ce que l'on entend par cette intime présence.
Pour y répondre, il faut, savoir que la substance d une chose est présente à l'autre, quand il n'y a rien entre elles qui les sépare. Or, c'est de cette manière que l'être de Dieu est présent dans tous les êtres. Il nous renferme en lui-môme, il nous environne, il nous remplit, il nous est plus intime que nous-mêmes. Nous sommes en lui, nous vivons en lui, nous faisons toutes nos actions en lui. Ainsi le grand Apôtre enseigne, qu'il n'est pas loin de chacun de nous; car c'est en lui que nous vivons, que nous nous mouvons et que nous sommes. (Act. xvn, 28.)
Ce n'est donc pas seulement une pensée pieuse, ou la doctrine de quelques Pères, mais c'est une vérité de foi. O quelle est peu connue, et qu'il y a peu de personnes qui en soient bien pénétrées ! Qu'on aurait grand sujet de crier à un grand nombre de Chrétiens ce que saint Jean-Baptiste reprochait aux Juifs, en leur parlant de leur aveuglement à Tégard du Messie noire bon Sauveur Jésus-Christ I Vous avez au milieu de vous celui que vous ne connaissez point, ou au moins que vous ne voyez point.
O mon Seigneur et mon Dieu, je vous la demande en toute humilité, avec le pauvre aveugle dont il est parlé dans votre Evangile : Faites que je vous voie. (Luc. xvm, 41.) Que je vous dise, avec le Psalmiste : Où iraije pour me cacher de votre esprit, et où fuirai-je de devant votre face ? Si je monte dans le ciel, je vous y trouve; si je descends jusqu'aux enfers, vous vous y trouvez présent. (Psal.Ti.m, 8.) Comme les oiseaux qui volent changent de lieu, mais volent toujours dans l'air, et trouvent partout l'air; comme les poissons qui nagent dans les mers, trouvent des eaux partout, et en sont environnés de toutes parts ; de même changeons de lieu tant qu'il nous plaira, allons partout où nous voudrons, partout nous trouverons Dieu; et Dieu, dit saint Augustin, sera plus dans nous que nous-mêmes.