CHAPITRE IL
Dieu qui est partout, y est tout ce qu'il est.
Dieu qui est partout, n'y est pas seulelement en partie, comme la mer, par exemple, qui remplit un espace si grand de lieux, et qui, dans tous ces lieux où elle est, n'y est jamais tout entière, puisqu'elle n'y a qu'une partie de ses eaux ; mais Dieu partout
où il est, y est tout ce qu'il est : il est tout entier dans la moindre des créatures , et il le faut nécessairement. II faut qu'il soit tout entier partout où il est, ou qu'il n'y soit nullement; car autrement il aurait des parties qui le composent, et il serait divisible, et par suite il ne serait pas Dieu, qui est un être très-simple et très-indivisible. Il est vrai qu'il est infiniment grand, et qu'il n'y a aucun lieu qui soit capable de le contenir; mais celte grandeur est si simple, qu'elle est indivisible.
Il n'y a donc point de créature, quelque petite qu'elle soit, quand ce ne serait qu'un atome en l'air, dans laquelle il ne soit tout entier, et autant qu'il est dans tout l'univers. Il n'a pas plus de beauté et de bonté, plus de liberté et de pouvoir, plus de joie et de perfections dans le ciel et dans tout le monde ensemble, que dans le plus petit grain de sable, ou la plus petite goutte «l'eau. Il y applique autant de présence et de puissance.
Obi si les hommes avaient les yeuxouverts, qu'ils découvriraient de grandes et divines choses! Le nom de Dieu est admirable en toute la terre, Les deux racontent sa gloire, et le firmament publie les ouvrages de ses mains. Ce n'est point un langage, ni des paroles dont on n'entend pas la voix; car leur bruit a retenti par toute la terre, et leurs paroles jusqu'aux extrémités du monde.
[Psal. xvm, 1.) Il n'y a que l'insensé qui ne les entende point, et que le fou qui ne les puisse comprendre. Le Prophète-Roi assure {Psal. xm, 8), que tous les ouvrages de Dieu sont admirables; que c'est ce que son âme reconnaît avec étonnement; que son âme a été remplie de joie à leur vue, et qu'il en a été dans le ravissement; que c'est ce qui fait le sujet de ses louanges.
Mais si la considération des ouvrages de Dieu donne tant de joie et d'étonnement, que doit faire la vue de Dieu même ? Oh! qu'il est grand, et qu'il est digne de louange ! qu'il est incompréhensible! que la splendeur et la gloire de sa majesté est sainte! que sa souveraineté est terrible ! Son immensité, dit un pieux auteur, est le ciel qui nous environne; sa divine sagesse est le soleil qui nous éclaire; son amour, le feu qui nous échauffe; sa bonté est l'air que nous respirons; sa toute-puissance est la terre qui nous soutient ; sa providence est la mère qui nous nourrit; sa grâce et ses consolations divines sont les fruits dont elle nous fait vivre; et il est vrai que notre corps se passerait plutôt de toutes les parties du monde sensible, que notre âme ne se pourrait passer de Dieu qui, étant tout entier partout, nous y sert de toutes choses : et néanmoins pendant qu'on est tout occupé de la terre, et à rechercher les asssistances des créatures, on pense aussi peu à Dieu qui est ce divin monde, qui nous fournit tout, que si nous n'avions que faire de lui. O ténèbres des hommes, que vous êtes épouvantables !