‹ Œuvres complétesChapitre 45 sur 397 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Dieu est partout avec toutes ses grandeurs.

Cette vérité est une suite de celle dont parler dans le précédent

nous venons de parler dans le chapitre ; car si Dieu est partout tout ce qu'il est, il faut nécessairement qu'il y soit avec toutes ses grandeurs et toutes ses perfections infinies, qui non-seulement sont inséparables, mais qui ne sont qu'une même chose avec son essence. Dieu ne possède aucune grandeur en lui-même, qu'ilne rende présente au moins considérable de ses ouvrages. Partout c'est un Dieu fécond qui produit son semblable de sa propre substance; et puisqu'il produit, il est Père; et puisque Celui qu'il produit est de sa substance proprp, il est son Fils. Tous les deux, le Père et le Fils, deux personnes qui ne sont qu'un Dieu, en produisent une troisième qui leur est est égale? parce que se voyant l'une et l'autre parfaites et infiniment aimables, il est impossible qu'elles ne s'aiment infiniment. Elles produisent donc un amour infini, et c'est le Saint-Esprit qui est Dieu comme le Père et comme le Fils. Dans ce mystère suradorable de la Trinité, il n'y a qu'une seule essence divine, et celte seule essence est tout entière dans chacune des trois personnes. Ainsi toutes trois sont Dieu, puisqu'elles ont toutes la nature divine : et chacune des trois est Dieu, parce qu'elle a autant la divinité que les deux autres : mais elles ne sont toutes trois qu'un même Dieu, parce qu'elles n'ont toutes trois qu'une même divinité. Les trois personnes divines sont donc un seul Dieu.

Mais ce seul Dieu en trois personnes est dans la terre, aussi bien que dans le ciel. En quelque lieu que nous puissions être, le Père éternel y engendre son Fils, et le Père et le Fils y produisent le Saint-Esprit. Ainsi de cette manière le paradis est sur notre terre, ou notre terre devient un paradis. Que nous serions heureux si nos yeux étaient ouverts, et que nous y vissions toujours comme nos,' anges la face du Père avec le Fils et le Saint-Esprit 1 Cependant la foi donne ce privilège au Chrétien.

Nous sommes donc dans l'être infini de Dieu, dans l'essence et la substance divine, dans les propriétés incommunicables et les attributs personnels de la glorieuse Trinité. Nous puisons notre vie dans la vie' vivante, qui est vie au Père, vie au Fils, vie au Saint- Esprit. Ce Dieu qui est, et qui ne reçoit d'aucun, et partant dont les perfections vont à l'infini, puisqu'il n'y a rien qui puisse lui assigner des bornes, est dans mon êlre : il pénètre jusqu'au plus profond de mes artères, et il n'y a rien de si caché qu'il ne remplisse. Oh! si la vue d'un objetexcellentnous ravit à nous-mêmes, et nous enlève l'esprit et le cœur, où est ici notre foi ? Et la vue surnaturelle qu'elle nous doit donner des grandeurs et des beautés infinies de l'être suradorable qui est au dedans de nous, et qui est partout, ne doit-elle pas emporter toutes nos affections dans une heureuse désoccu-

DIEU PRESENT PARTOUT. — Cil A P. IV.J

palion dos créatures, qui devant cette haute majesté ne sont que des atomes, et dont les premières et les plus élevées dans le monde sont moins que rien en sa divine présence? Certes un âme séraphique pénétrée de la vue des grandeurs de Dieu, assurait qu'ensuite son âme était comblée de honte, lorsqu'elle considérait qu'elle pouvait encore penser aux créatures, et à plus forte raison qu'elle était encore dans le pouvoir d'y engager ses affections : et cette lumière produisait deux grands effets en elle ; le premier, un saint mépris du siècle et de tout ce que le siècle estime et recherche, voyant dans un grand jour que toutes ces choses ne sont qu'une vraie vanité, et qu'elles ne sont que des néants; le second, un respect inexplicable pour la suprême majesté de Dieu.

Mais quelle douce pensée pour un véritable Chrétien, lorsque considérant que si Dieu est partout avec toutes ses grandeurs, il est donc avec sa toute-puissance î Quel repos ensuite dans son cœur, sachant que toutes les créatures de la terre et tous les démons de l'enfer sont entièrement assujettis à cette puissance qui est sans limites! Que peut-il donc craindre? Quand il verrait la terre crouler sous ses pieds, il demeurerait assuré au milieu de ses ruines, parce qu'il est appuyé sur un Dieu tout-puissant. Sa paix, pour parler avec un prophète, est abondante comme les eaux d'une rivière (Isa. lxvi, 12), et rien n'est capable de l'ébranler.

Si Dieu est partout avec toutes ses grandeurs, il y est donc avec toutes ses bontés divines qui ne peuvent s'expliquer.

Quelle consolation de savoir, que si nous avons au dedans de nous un Dieu toutpuissant, nous l'y avons aussi infiniment bon, et qui veut bien nous permettre de l'y regarder comme un père; mais père devant qui tous les autres ne doivent pas porter ce nom , ses bontés surpassant infiniment tous Jes amours et toutes les tendresses de tous les pères et de toutes les mères ensemble; mais père qui est encore infiniment riche en miséricorde, pour donner le remède à tous nos maux.

Si Dieu est partout avec toutes ses grandeurs et ses perfections, il y est avec sa sagesse qui gouverne toutes choses, qui dispose de toutes en des manières admirables, et qui fait que les plus grands maux deviennent de très-grands biens à ceux qui l'a-iment. 11 y est avec une Pro\idence qui accable ses cbétives créatures sous ses bienfaits. Il étend, dit l'Ecriture, ses ailes sur elles, ainsi qu'une aigle sur ses petits, et il les porte sur ses épaules ; il les porte même comme une mère, dans son sein. 11 assure que leur nom est écrit dans ses mains, et qu'il ne les oubliera jamais ; qu'il répandra sur elles ses bénédictions, et qu'elles seront bénies en toutes choses. 11 veille sur leur garde avec des soins admirables, et il tient compte jusqu'au moindre de leurs cheveux. Quel moyen, après cela, de ne pas mettre touie sa confiance en une si douce Provi-

dence? Quel moyen de ne s'y pas reposer dans une parfaite tranquillité?

Mais le Chrétien, bien loin de se servir de la lumière de la foi, qui, lui faisant voir Dieu au dedans de lui-même et partout avec toutes ses grandeurs et ses perfections, lui donnerait des pensées si douces qu'elles seraient capables d'effacer l'image même des tristesses les plus désolantes, ne s'occupant que de la terre, devient tout terrestre, et vit malheureusement sujet à la malédiction qui lui a été donnée à raison du péché.

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