DIEU PRESENT PARTOUT. — CI1AP. V
un peu considérable 1 c'est ce qui paraîtrait insupporlableà une créature, et il faut qu'un Dieu le souffre 1 »
Mais d'où vient un dérèglement si excessif parmi les hommes? C'est que les esprits sont aveuglés par la terre à laquelle ils sont attachés 1 Oh 1 bienheureux ceux qui ont le cœur puri fié 'parle dégagement, car ils verront Dieu! (Matth., v, 8.) C'est à eux qu'il se manifeste avec des bontés inénarrables ; et c'est cette manifestation qui est le don de sa divine présence.
Toutes les créatures, à la vérité, avec le secours de sa grâce peuvent le voir partout, puisqu'il remplit tout de son immense majesté. Mais dansja voie commune iLfaut s'appliquer avec une attention spéciale pour découvrir son adorable présence. Les Chrétiens avec la lumière de la foi s'y appliquent comme ceux qui cherchent quelque chose avec une chandelle durant l'obscurité de la nuit: c'est avec une attention particulière et avec peine. Mais il y en a à qui il se découvre par une lumière infuse, et qui marchent sans peine en sa présence, comme ceux qui cheminent pendant la clarté d'un grand jour, à qui les objets sont présents sans aucune difficulté. C'est le don que ce Dieu de toute bonté fait à ceux qui le servent en vérité, par un véritable renoncement à eux-mêmes, au monde et à toutes les choses du monde.. 11 s'en est même trouvé qui ont eu ce don* continuel, comme il est rapporté du saint homme, le grand dévot de l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu, le vénérable frère Alphonse Rodriguez, religieux de la compagnie de Jésus, comme lui-même l'assura un jour à plusieurs Pères desa compagnie, qui disputant entre eux sur ce sujet, estimaient que cela n'était pas possible. Mais ce qui ne l'est pas dans la voie ordinaire, l'est bien extraordinairement quand il plaît à Dieu d'en faire la grâce.
Ce divin souverain qui en est le maître, en dispense comme bon lui semble. Toujours est-il vrai que ceux qui le cherchent le trouveront. Ainsi le Chrétien qui se servant de la foi, s'applique de temps en temps à son adorable présence, peu à peu avec son secours en aura la sainte habitude, et souvent s'en souviendra.
Il ne faut donc pas borner l'oraison dans l'espace de nos églises. L'Apôtre voulait qu'on priât Dieu en toutes sortes de lieux. Tout le monde, dit saint Cyprien, est le temple de la Divinité: dans toute son étendue l'on y trouve la société des trois personnes divines de la suradorable Trinité ; nous avons donc partout une belle compagnie. Que personne donc ne se plaigne de sa solitude. Que les religieuses pensent à cette importante vérité, leur retraite n'aura plus rien de rebutant pour elles, et ce leur sera une peine d'aller aux parloirs. Les premières Carmélites de la réforme de sainte Thérèse assuraient que ce leur était une espèce de martyre quand elles étaient obligées de s'y rendre, et leur grand soin était d'en sortir au plus tôt. Que les pauvres et les autres
personnes délaissées se consolent, puisqu'elles ont avec elles ces personnes divines qui font tout le bonheur du paradis. Oh Isi elles savaient le don de Dieu ! 11 est aisé de se passer des créatures quand on a le Créateur. Comment après cela désirer avec empressement la conversation des hommes, ou se plaindre d'en être privé?