CHAPITRE Y
Les miséricordes étonnantes de la divine Providence envers les Chrétiens.
Tous les hommes, dit saint François de Sales, ayant suffisamment ce qui est requis pour le^salut, quelle raison peut avoir un homme du monde de se plaindre, s'il plaît à ce Dieu de départir ses grâces plus large-
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ment aux uns qu'aux autres? Si un grand seigneur donnait tous les jours quarante sous à tous les ouvriers qui travaillent à son service, n'auraient-ils pas, non-seulement une suffisance, mais une abondance de suffisance de secours dans ce salaire qui leur est accordé? Et pourraient-ils improuver avec justice, s'il prenait envie à ce seigneur de "donner chaque jour une pistole ou deux à quelques-uns d'entre eux? Ne devraient-ils pas s'estimer encore trop heureux de recevoir la récompense qui leur est donnée et qui esc si considérable? Donnons-nous bien ue garde de rechercher pourquoi la divine Providence fait des faveurs plus particulières en un endroit qu'en l'autre. Mais soyons soumis, et adorons, avec de profondes vénérations, toutes ses adorables conduites.
Après cela, reconnaissons et bénissons à jamais ies miséricordes particulières dont elle nous prévient. L'on ne peut pas ignorer qu'elles ne soient très-spéciales envers les fidèles, qui sont ce peuple choisi, plein de bénédiction, que le Seigneur a béni de toutes sortes de grâces : peuple bienheureux, dans lequel il a établi la paix dans toute son ("tendue, qu'il rassasie du plus pur froment, à qui il annonce sa parole, les règles de sa justice et ses jugements. 11 ne traite pas de la sorte toutes hs autres nations; il ne leur fait pas connaître de la même manière ses vérités. Ah 1 que tous les chrétiens annoncent les louanges du Seigneur; qu'ils chantent ses miséricordes dans tous les siècles et dans la durée de toute l'éternité.
Non, l'on ne peut pas nier que ces miséricordes sont étonnantes à leur égard ; car pourquoi Dieu, très-bon, les prévient-il de faveurs si particulières, plutôt que tant de millions de personnes qui vivent dans l'infidélité? Pourquoi nous a-t-il fait naître dans un pays chrétien ? Pourquoi ne sommes-nous pas venus au monde, il y a tant de siècles, dans des temps où les lieux que nous habitons n'étaient qu'une région de ténèbres? Hélas ! nous foulons aux pieds les cendres de nos anciens pères qui brûlent à présent, et brûleront pour un jamais dans les enfers. Qu'avons-nous fait à Dieu pour vivre dans les plus beaux jours de la grâce? Mais pourquoi ne sommes-nous pas nés de parents hérétiques, comme nos voisins, et tant de personnes que nous voyons et que nous connaissons? Pourquoi avons-nous reculant de lumières, pendant que de pauvres gens de la campagne gémissent dans l'ignorance ? Pourquoi tant de secours si particuliers, tant de grâces spéciales ? Je vous les laisse à considérer avec soin, et à réfléchir avec étonnement sur vos ingratitudes : car je vous demande, qu'avez-vous fait par le passé pour remercier un Dieu si bon et si miséricordieux envers vous? Mais que ferez-voas pour l'avenir ? 11 est de la dernière justice que vous preniez tous les ans quelques jours pour réfléchir, pour considérer, jour méditer à loisir sur ces grâces; et qu'ensuite vous faisiez quelques dévotions
sa divine
particulières pour en remercie bonté ; comme par exemple, faire des aumônes extraordinaires; rendre des services particuliers au prochain, soit à l'égard de l'âme, soit à l'égard du corps ; se confesser et communier; se servir de quantité d'oraisons jaculatoires durant quelques jours, que l'on adressera à la très-sainte Trinité, pour la remercier de ses miséricordes, pour la bénir de co que l'on est chrétien, de ce que l'on est catholique; faire une neuvaine dans cette vue, célébrer d'une manière spéciale, la fête de l'Epiphanie, qui est le jour de la mémoire heureuse de notre vocation au christianisme; avoir un recours extraordinaire à la très-sainte Mère de Dieu, afin qu'elle loue la divine Providence pour nous; pratiquer autant d'actes de vertu que nous avons d'années, en actions de grâces des secours que nous avons reçus des bons anges et des saints, et très-particulièrement de notre bon ange gardien.