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CHAPITRE VI

La Providence très-pariiculière de Dieu envers les justes.

« Que les justes, dit le Psalmiste (Psat. lxvii, k, 5), soient comme dans un festin et dans la joie en la présence de Dieu, et qu'ils soient comblés d'allégresse. Qu'ils lui chantent des cantiques, qu'ils disent des hymnes à la gloire de son nom. Que leur cœur se réjouisse en lui, car ses yeux divins sont sur eux, et ses oreilles sont attentives à leurs prières. » Le Saint-Esprit par ces paroles, nous fait assez voir que Dieu ne veille pas seulement sur les justes par une providence commune; ce qu'il fait à l'égard de tous' les hommes qu'il considère du haut du tabernacle qu'il s'est préparé; qui a formé le cœur de chacun d'eux, et qui connaît toutes leurs œuvres; qu'il n'y veille pas seulement par une Providence spéciale, ce qu'il fait à l'égard de tous les chrétiens, qui sont la nation heureuse qu'il a choisie pour son partage; mais qu'il tient ses yeux sur eux par une providence plus particulière, pour leur servir de secours , de refuge et de protecteur en toutes choses. Il est- près d'eux, pour les exaucer dans leurs prières; il' les délivre de toutes leurs peines; il garde tous leurs os, pour parler le langage de l'Ecriture : il ne s'en brisera pas un seul. Ce sont ces cieux qui sont affermis par sa parole, et qui tirent toute leur force du souffle de sa bouche. S'il départ ses biens avec tant de libéralité; s'il prend des soins si doux de ceux même qui sont ses ennemis, et qui l'offensent par tant de crimes, quelle grâce ne fera-t-il pas à ses chers enfants, qui ont l'honneur d'être et de vivre dans son amour?

11 prendra soin de leur temporel, et si les biens de la terre leur sont nécessaires ou avantageux, ils en auront infailliblement; car le Saint-Esprit nous assure que ceux qui cherchent le Seigneur, ne manqueront d'aucun bien. Après un témoignage si exprès de la parole de Dieu, il- faut demeurer

L'ADORATION PEKPETIELLE DE LA DIVINE PROVIDENCE

parfaitement convaincu, que si les justes tombent dans la nécessité ou dans la faim, cela leur arrive par une plus grande providence, qui veut se servir de ces maux d'une vie passagère, pour les faire jouir d'une manière plus glorieuse des biens ineffables et infinis de la bienheureuse éternité. Quelle consolation pour les pauvres, d'être obligés de croire par une vérité de foi qui est infaillible, que, s'ils sont destitués des biens temporels, c'est pour arriver plus avantageusement à la possession des biens incomparablement meilleurs et plus grands, s'ils veulent faire un saint usage de la

grâce. O mon Dieul que l'exemple de votre ienheureuse Mère et de tant de saints qui ont été les favoris de votre divine providence, est puissant et efficace sur ce sujet 1

Dieu prendra soin de la réputation des justes, si elle est utile pour leur salut et pour leur gloire, comme nous le voyons en la personne d'Abraham. Le roi Abimélech, comme nous lisons en la Genèse, pouvait blâmer la conduite de ce grand patriarche, et le soupçonner de mensonge ; mais Dieu très-bon et très-miséricordieux, non-seulement préserve le juste de ce déshonneur, mais il le rend si considérable et si nécessaire auprès de ce prince, qu'il lui fait connaître que la guérison de ses maux dépend de ses prières.

Le Seigneur est l'appui des justes ; ils ne doivent point craindre ce que l'homme leur peut faire. Que tous les peuples les environnent comme des abeilles irritées, embrasés de colère, comme un feu qui brûle dans des épines ; qu'ils les attaquent de toutes parts, et les poussent avec effort; qu'ils soient près de tomber: la droite du Seigneur signalant sa force, les soutient ; Dieu lui-même est leur Sauveur. Il les couvre de ses épaules, sa vérité les environne comme d'un bouclier. Mille tomberont à leur côté, eomme nous l'enseigne sa divine parole , et dix mille à leur droite, et il ne leur arrivera aucun mal. Il a donné ordre à ses anges de les garder en toutes leurs voies ; ils les porteront sur leurs mains, de peur qu'ils ne heurtent leur pied contre la pierre. Le serviteur d'Elisée voyant la ville où ils étaient, assiégée par les troupes de l'armée des Syriens, s'écria tout plein de frayeur au saint Prophète : Hélas ! mon maître, que feronsnous? Et en même temps l'homme de Dieu lui répond : Les troupes qui nous défendent sont bien plus nombreuses que celles qui nous attaquent ; ce qu'il entendait des saints anges que la divine Providence envoyait à leur secours, et qui parurent visiblement sous des formes sensibles.

Mais non-seulemeDt le Seigneur est l'appui de ceux qui le craignent, mais pour l'amour d'eux il regarde en pitié leurs amis, les lieux où ils demeurent, les pays qu'ils habitent. Quelque criminels que fussent Sodome et le pays circonvoisin, ils auraient évité la colère de Dieu, s'il s'y fût seulement trouvé dix justes . Les Actes des Apôtres nous apprennent qu'il n'y eut pas une seule

personne perdue de toutes celles qui étaient avec saint Paul dans le navire qui le portait à Malte, et qui fit naufrage, Dieu les préservant miraculeusement de la mort pour la seule considération de l'Apôtre. Il sufiit même, dit le grand saint Chrysostome, que Dieu pense à un juste mort,' pour donner une protection spéciale aux personnes, etaux siens qu'il considère, quoiqu'il ne soit plus avec ces personnes, et qu'il ne demeure plus dans ces lieux. Je défendrai cette ville, dit ce Dieu de majesté, au chapitre xxxvir d'Isaïe, en faveur de mon serviteur David.

Enfin, toutes les voies du Seigneur sont pleines de miséricordes envers ceux qui recherchent ses ordonnances, et qui les cherchent de tout leur cœur. Non- seulement leurs âmes reposeront dans ses biens, mais leurs corps, leur tempérament, leur santé, tout sera comblé de ses bénédictions. Un seul cheveu ne tombera pas de leur tête sans sa providence.

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