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CHAPITRE VII

La Providence de Dieu extraordinaire envers ceux qui en dépendent d'une manière plus spéciale.

11 y a des justes qui dépendent d'une ma^ nière plus spéciale de la divine Providence par une application plus actuelle, par un amour plus zélé et par une confiance plus grande; et ces justes ont plus de part à ses faveurs. Dieu nous donne ordinairement son secours, à proportion de la confiance que nous y avons, et nous ressentons les ell'ets de sa miséricorde selon la mesure de l'espérance que nous en avons conçue. Vous diriez dans l'Evangile, que le Fils de Dieu ne veut agir qu'autant que nous nous appuyons sur son aimable* providence. C'est dans ces sentiments que ie Psalmiste, élevant son âme vers lui, dit : Seigneur, faitesnous sentir votre miséricorde, selon que nous avons espéré en vous. (Psal. xxxn, 22.) Le Saint-Esprit nous enseigne dans l'Ecriture, que la Sagesse cherche des personnes qui soient dignes d'elle : et ne pouvons-nous pas dire que ce sont des personnes qui attendent tout de ses soins ? Le même esprit de Dieu nous apprend qu'elle se fait voir à elles d'une manière agréable dans toutes leurs voies, et qu'elle vient à leur secours par une providence qui s'étend sur tout ce qui les regarde.

Disons donc avec le Psalmiste : Celui qui se retire dans l'asile du Très-Haut, et qui demeurera sous la protection du Dieu du ciel, dira au Seigneur : Tous êtes mon protecteur et mon refuge. ( Psal. xc, 1, 2. ) Saint Rernard, expliquant ces paroles, dit : Tous les êtres peuvent dire : vous êtes mon créateur; les animaux peuvent dire : vous êtes mon pasteur; tous les hommes lui peuvent dire : vous êtes mon sauveur; mais il n'y a que celui qui a établi sa demeure sous sa protection, qui lui puisse dire : vous êtes mon protecteur. C'est pourquoi , remarque ce Père, il ajoute, vous êtes mon Dieu, et non

pas notre Dieu ; c'est qu'il semble qu'il soit tout uniquement à lui, par les soins d'une providence ineffable.

Les riches qui ne mettent ni leurs affections, ni leur appui sur les biens, et qui attendent tout leur secours de Dieu, peuvent bien s'adresser à lui comme à leur protecteur; mais il faut avouer que les pauvres ont un droit tout particulier de l'invoquer sous une qualité si douce, puisque, par le bonheur de leur heureuse condition, ils dépendent par état de sa divine providence, d'une manière qui les tire hors du commun. C'est ce qui oblige le Prophète-Koide dire à Dieu : Le pauvre est abandonné entre vos mains. (PsaL x, 12.) Et de vrai , les princes ont leur épargne, ils ont des trésors pour s'en servir dans les occasions. Les gens accommodés ont leurs fermes, leurs revenus, et ils font leurs dépenses sur ces rentes. Une famine arrive, des procès, des affaires ; ils font fonds sur leur argent, et espèrent bien se tirer par ce moyen. Les puissants se confient en leur autorité, les marchands dans leur commerce, les artisans dans leurs bras, les grands esprits dans leurs intrigues, ceux qui ont beaucoup d'amis, soit à l'égard du spirituel, soit à l'égard du temporel, dans leurs assistances : mais le pauvre, dans la privation de tous ces moyens, est laissé aux soins de Dieu. Il est laissé à sa toute-puissance pour en être défendu, à sa vertu pour en être soutenu dans ses infirmités, à sa lumière pour en être éclairé dans ses doutes, à sa sagesse pour en être conduit dans' les sentiers difficiles de cette vie, à sa bonté pour en recevoir toutes sortes de grâces, à sa miséricorde pour être délivré de toutes ses misères, à ses soins pour en être assisté dans tous ses besoins. Il a pour magasins, pour coffres, pour trésors la pure Providence. Heureux et infiniment heureux dans la privation presque générale de toutes choses qu'il porte, puisque ce saint état attire sur lui toutes les plus douces et les plus abondantes bénédictions du ciel I 11 est vrai qu'il n'a presque point de part aux plaisirs de la vie, si cependant l'on peut dire qu'il y en a ; qu'il ne trouve point de place dans les belles assemblées, qu'il est inconnu au beau monde, qu'il n'a point de lieu dans son amitié ; mais il est vrai qu'où il y a moins de la créature, il y a plus de Dieu. L'on rapporte qu'un jour notre aimable Sauveur paraissant à une personne trèspauvre, voulut bien par un excès de sa charité divine l'embrasser étroitement, lui disant ces amoureuses paroles : « Pauvre à pauvre, pauvre à pauvre. » Le Seigneur est dans son temple saint, dit le Psaimiste, le Seigneur a son trône dans le ciel. Ses yeux regardent le pauvre. (Psal. x, 5. ) Le monde rogarde le monde; mais Dieu a ses plus doux regards pour le pauvre, que le monde ne regarde point. Ses oreilles ne sont pas seulement attentives à ses prières ; mais il exauce ses désirs, il écoute môme la préparation de son cœur. Que le Dieu d'Israël est bon, uu'il soit loué pour ses miséricordes

éternelles. Plusieurs personnes venaient remercier sainte Gertrude pour les grâces qu'elles pensaient avoir reçues par ses prières; et comme cette sainte faisait réflexion qu'elle n'avait aucunement prié pour ces personnes, Notre-Seigneur se fit voir à elle,, et lui assura qu'il leur avait accordé toutes ces grâces en sa faveur, à cause de la disposition de son cœur à leur égard, parce qu'il voyait qu'elle eût prié Dour elles, si elle y eût pensé.

Saint Jean Chrysostome appelle les communautés pauvres, des familles qui sont à la charge de la divine Providence; et de vrai, c'est par ses soins que subsistent un si grand nombre de maisons religieuses qui sont par toute la terre, et qui sont sans rentes ni revenus; et quelquefois même dans des temps de famine, où les riches se trouvent assez empêchés. Presque tous les ordres religieux, et ceux qui peuvent posséder des biens en commun, ont commencé par une rigoureuse pauvreté; et dans cet état, ils ont abondé et surabondé en toutes sortes de secours de la divine Providence. Dans la suite des temps, l'expérience a fait voir que, dans la possession des biens temporels, les richesses de la grâce ont beaucoup diminué. Mais c'est une désolation en tière, lorsque l'esprit de propriété s'y glisse, que les biens que l'on peut posséder en commun ne sont pas appliqués également à tous les particuliers, soit pour le vivre, le vêtement, ou le logement, sous le prétexte de quelques assistances que de certains reçoivent de leurs parents ou de leurs amis. Cependant ce malheureux esprit s'introduit beaucoup dans plusieurs communautés; abus déplorable dont les supérieurs et les supérieures qui ne l'empêchent pas, rendront un compte terrible au jugement redoutable de Dieu, qui ne lardera guère.

Bienheureux donc les pauvres 1 car si ce sont de véritables pauvres , c'est à eux qu'appartient le royaume des deux. (Matth., v, 3.) Dès cette vie ils jouissent de ses plus précieux dons dans une plénitude surabondante. Leur privation des biens temporels du monde les met dans un état qui les dispose aux plus saintes communications des biens célestes et éternels. Une mère prend bien d'autres soins de son enfant quand il ne se peut encore aider en aucune manière, que lorsque, étant avancé en âge, il peut agir et se procurer les choses nécessaires. De même la divine Providence, cette mère générale de tous les hommes, s'applique bien davantage aux personnes destituées de tout secours , qu'à celles qui sont pourvues de tous leurs besoins. Cette vue est bien capable de nous porter efficacement à l'amour de la pauvreté ; car enfin la divine parole nous assure que le Seigneur est devenu le refuge du pauvre, son appui dans le besoin et dans le temps de l'affliction ; que le pauvre ne sera point éternellement en oubli ; que sa patience ne périra point pour jamais. O mon Dieu 1 que ceux Jonc qui connaissent votre nom espèrent en vous, parce que

L'ADORATION PERPETUELLE DE L.\ DIVINE PKOYiDLiNLb.

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vous n'avez point abandonné ceux qui vous cherchent.

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