‹ Œuvres complétesChapitre 7 sur 397 · DON. — L1Y. II · texte numérisé non relu

DON. — L1Y. II

directeur fut assez surpris. Il le fut encore plus, lorsqu'il vit cette fille qui ne savait pas lire, soutenir une longue conversation sans se méprendre une seule fois sur la différence des genres. Au reste, elle fut toujours d'un secret inviolable sur ce qui regardait son sexe, vu même qu'à l'heure de la mort elle ne voulut point se faire connaître.

Avant que de quitter son confesseur, elle lui demanda un crucifix et une discipline. 11 n'Oï-a lui refuser cet instrument de pénitence , quoiqu'il sut qu'elle portait déjà une haire très-rude. 11 joignit à ces deux présents une image de Notre-Dame des Sept- Douleurs, pour qui elle avait une tendre dévotion.

Il ne restait plus qu'une difficulté , c'était de savoir quel nom elle se donnerait dans le public. Le père, au choix duquel elle s'en rapporta, voulut qu'elle se fît appeler Claude Petit ; Claude, parce que c'était le nom qu'il portait lui-même, et que par là il espérait qu'elle se souviendrait de lui dans ses prières ; Petit, afin qu'elle ne perdît jamais de vue son néant et sa bassesse. Ce charitable directeur, après lui avoir donné sa bénédiction, l'abandonna à la grâce de Dieu, bien confus, disait-il, de voir une fille faible et naturellement délicate, le devancer dans le chemin de la vertu, et courir les risques de l'indigence et de la dernière misère, pour ne pas courir les risques de manquer à Dieu et de perdre son âme. Cependant, dans la juste crainte qu'il eut, que les rudes travaux auxquels elle se condamnait elle-même, ne passassent ses forces, il lui donna pour dernier ordre de recourir à lui dans ses besoins. Comme il pouvait manquer lui-même, il fit part de son secret à la respectable et vertueuse Madame de Brebion, et il en tira promesse, qu'en cas de besoin elle recevrait chez soi cette fille aussi innocente que pénitente. Peut-être aussi qu'il était bien aise d'avoir un témoin qui déposât en faveur de la vérité, si par hasard cela devenait nécessaire. Quoi qu'il en soit, cette dame, dont le nom revient plus d'une fois dans notre histoire, répondit au Père qu'elle se prêterait très-volontiers à celte bonne œuvre, et que, puisqu'elle tâchait de ne pas abandonner (elles qui étaient dans le mauvais chemin, il était bien juste d'assister celles qui avaient tant d'amour pour Dieu.

Claude Petit, car c'est le nom que nous lui donnerons désormais avec le public , et nous prions nos lecteurs de s'y faire, Claude alla donc se confiner dans un village. Mais il reconnut bientôt qu'il n'est ni état, ni babit qui soit à l'abri des tribulations. Il en essuya une, qui ne sera pas la première de ce genre dans l'histoire ecclésiastique. Une tille qui avait eu le malheur de se laisser séduire, joignit à son premier crime celui d'en charger Claude Petit. Jamais calomnie ne fut plus aisée à confondre. L'accusé ne prit point le change. 11 souffrit en paix, ou plutôt, comme il le déclara dans la suite, il souffrit avec une joie qu'il n'avait point encore éprouvée, cette humiliation toujours

dure par elle-même, mais plus dure encore pour ceux qui font profession de vertu. Son innocence fut enfin reconnue, et vraisemblablement par l'aveu d'un des deux coupables.

Ce fut peut-être pour éviter la gloire qui couronne enfin l'humilité et la patience, que Claude changea de domicile, et se fna à Evreux, où il loua deux petites chambres au faubourg Saint-Gilles. Sa modestie, sa vertu constante, son assiduité à fréquenter les sacrements, son invincible patience dans les cruelles douleurs d'une gravelle, qu'il souffrit sans remède de peur d'être reconnu ; son zèle pour l'instruction de la jeunesse, à qui il iaisait faire des lectures édifiantes ; un air de douceur et de sérénité, que ses infirmités presque continuelles n'altérèrent jamais , le firent bientôt passer dans la ville pour un saint du premier ordre , et on ne lui donna [dus que le nom de frère Claude.

Plusieurs ecclésiastiques, et surtout Messieurs Postel, chanoine de la cathédrale et Le Roi, confesseur des Ursulines, souhaitèrent de l'avoir à leur service : mais de justes égards pour la réputation de ces vertueux prêtres, chez qui la mort aurait pu le surprendre, l'empêchèrent d'y consentir, et, quoiqu'il fit leurs commissions comme il faisait celles d'un grand nombre d'honnêtes gens, il fut toujours ferme à ne vouloir loger, ni même manger chez eux.

Pour ce qui est de M. Boudon , il est vrai que le prétendu Claude entendait et servait volontiers sa messe, parce que ce saint prêtre la disait comme un ange ; mais ce fut le seul rapport qu'il eut avec lui, et si l'archidiacre l'entendit quelquefois en confession, ce ne fut que très- rarement, et au défaut de son directeur ordinaire.

Sa mort fut aussi sainte que l'avait été sa vie. Les derniers sacrements de l'Eglise reçus a\ec une tendresse , une ardeur dont il y a peu d'exemples, lui furent un gage de la récompense qu'allaient recevoir ses travaux et ses combats. Ce fut dans celle occasion que les femmes qui se présentèrent pour l'ensevelir , reconnurent son sexe, et publièrent partout que c'était une fille travestie en homme. Dans un moment ce fut la nouvelle du jour et de toute la ville. Le bruit en passa bientôt dans les lieux circonvoisins , et ce fut à la campagne que Boudon en fut informé.

Une découverte si extraordinaire n'affaiblit point la réputation de celte illustre vierge. Les gens sages jugèrent qu'il y avait làdessous un mystère qui s'éclaircirait avec le temps , et l'on souhaitait qu'il plût à Dieu de le manifester. En attendant son heure, on se racontait à l'envi ce qui avait transpiré des vertus de cette fameuse pénitente , surtout de son horreur pour l'impureté, qu'elle poursuivait partout, ou par el!enrème , ou par l'autorité de ceux qui étaient capables de l'arrêter; de son zèle pour retirer du crime les personnes qui s'y étaient

laissé engager; de son attention à fournir à leur fragile vertu les secours dont elle avait besoin pour se maintenir; de sa générosité, soit à partager avec elles le peu qu'elle avait pour sa subsistance, soit à leur procurer des aumônes qu'elle acheta plus d'une fois par des rebuts humiliants.

Mais en parlant ainsi, on ne connaissait encore qu'une partie de ses mérites. Nous en pourrions détailler d'autres, qui supposent des grâces d'un ordre peu commun. Mais dans un siècle comme celui où nous vivons , on a presque de la peine à écrire ce que Dieu n'a point de peine à opérer. Après tout, le 'peu que nous en avons dit est plus que suffisant pour concilier à sa mémoire une juste vénération , et nous nous croyons en droit de répéter aujourd'hui , et "d'adopter ces paroles qui terminent la relation du curé de Saint-Amand , et qu'il adressait à M. de Maupas. « Je demanderais volontiers, à Monseigneur, si ce Père recteur de la compagnie de Jésus , si docte et si spirituel, n'a pas eu raison de dire de cette âme, que Dieu en voulait faire quelque chose de bien grand ; et si les effets n'ont pas justifié ce sentiment? Car où trouve-t-on rien de médiocre dans le cou-s de cette vie et dans la pratique de ces vertus? Quelle ardeur céleste pour la chasteté 1 Quelles flammes du saint amour, qui a paru visiblement un jour qu'elle entendait la messe à Rouen 1... Quelle patience dans une extrémité de douleur 1 Quei>e libéralité au milieu de la disette! Quelle confiance en la bonté divine, et en la protection de la sainte Vierge 1 Queile force et quelle constance ne persévérer dans toutes les vertus jusqu'à la fin de sa vie, etc ! »

Or, ce que pensait de cette fille si extraordinaire en tout genre le curé de Sainl- Amand, c'est précisément ce que pensa, lors de sa mort, toute la ville d'Evreux. Bien loin de la regarder comme une personne qui eût joué le public et la religion , elle fut universellement estimée, comme elle méritait de l'être. On lui fit des obsèques honorables , et on érigea sur sa fosse une croix <ie pierre (23) , pour en conserver la mémoire ; et nous savons, [tour l'avoir vu, que le nom de frère Claude, car c'est ainsi qu'on a toujours parlé , est encore en bénédiction à Evreux.

Ce fut néanmoins à l'occasion de celte fille, que l'archidiacre fut si indignement traité , non dans Evreux même, où la calomnie aurait sauté aux yeux , mais dans une pai tio du royaume. On y publia, avec nue impudence qui tenait de la fureur , qu'il avait eu pour servante une personne du sexe, déguisée en homme; mais que Dieu, pour confondre l'hypocrisie du scélérat, avait permis qu'elle fût reconnue à la mort. Le fait est au contraire , que, quoiqu'il eût pu y être innocemment trompé, comme l'eussent été ceux qui lui offrirent leur maison, Dieu ne permit pas qu'il le fût, et que jamais

(25) Cette croix, qui aurait dû être conservée, ne subsiste plus.

YIE Ï>E BOUDON. - UV. II.

pendant tout le temps do sa vie , sans en excepter celui de ses plus grandes infirmités, il n'eut ni valet , ni servante (23*).

Ceux qui ne veulent rien approfondir, et moins encore quand il s'agit de justifier un prêtre, saisirent le dernier morceau de la fable , et enflèrent le reste au gré de leur passion. Le grand archidiacre , à qui l'on avait déjà porté de si terribles coups, devint l'abomination de l'homme grave et le jouet <le la canaille. On le chansonnà sur le Pont- Neuf à Paris. Son nom courut les halles avec les vaudevilles; et ce qui touche plus un bon cœur, il se vit abandonné par des personnes , à qui il avait rendu des services signalés. Ainsi de quelque côté qu'il allât, il ne trouvait plus que des croix.

A Evreux, on le prêchait en sa présence, et un religieux qui avait la station du carême le traitait en chaire d'hypocrite, d'imposteur, de faux prophète. A Paris, il trouvait des satires contre lui jusque chez les libraires qui imprimaient ses ouvrages. Un grand nombre de ses amis lui tournèrent le dos. Il n'osait presque voir les autres dans la crainte de les compromettre. Ainsi, comme il ne tirait rien, ou presque rien, de son archidiaconé, et que, pour subsister, il n'avait d'autre fonds que celui de la charité chrétienne, il se voyait dans la plus triste situation, lorsqu'il était obligé de se rendre en cette ville. Il y passa une fois cinq jours de suite avec la fièvre dans Je grenier d'un pauvre tailleur, et il fut alors réduit à une si étrange nécessité, qu'il n'avait pour tout soulagement qu'un peu d'eau et quelques misérables bouillons qui ne valaient guère mieux. Cet extrême besoin eût pu lui coûter a vie, si les Filles de la Providence, qui par hasard en furent informées, ne l'eussent fait prier de prendre une chambre dans le voisinage de leur communauté. 11 l'accepta avec bien de la reconnaissance et avec des sentiments d'une humilité si profonde, qu'en entrant chez elles il baisa le seuil de la porte et s'écria d'une manière infiniment touchante : « Est-il donc vrai, mon Dieu, que votre adorable providence veuille bien encore donner un lieu de retraite à ce misérable pécheur, qui ne mérite que l'enfer, pendant que vous n'aviez pas vous-même, étant dans le monde, une pierre où reposer la tête ! »

Tels furent pendant le cours de celte malheureuse affaire, ou plutôt pendant toute sa vie, les sentiments de ce grand serviteur de Dieu; mais nous manquerions un des plus beaux traits de son portrait, si nous ne les développions avec plus d'étendue. Rien de plus touchant, de plus noble, de plus chrétien, que la manière dont il remplit alors ses devoirs, soit par rapport à Dieu, dont la main semblait vouloir l'écraser, soit par rapport à ceux qui, de bonne ou de mauvaise foi, le persécutaient sans égards et sans miséricorde.

Quant à ce qui regarue ses devoirs envers Dieu, son cœur, qui, malgré la violence de l'orage, fut toujours inondé d'un lleuve de paix, se dévoua au service de ce grand maître avec une fidélité, une ardeur, que le temps des grandes épreuves semble ne pas comporter. Chaque jour il célébrait les divins mystères à Evreux, où l'on n'avait osé les lui interdire. 11 faisait ses visites d'archidiacre avec autant de zèle que jamais. 11 s'y dédommageait, par des discours vifs et enflammés, de l'impuissance où on l'avait mis de prêcher hors le temps de ses fonctions; et, quoique, eu égard aux préjugés des peuples, son auditoire fût aussi désert qu'il avait été nombreux quelques années auparavant, il parlait avec toute la chaleur d'un homme qui est prêt à donner son sang et sa vie pour la conversion d'une seule âme. 11 faisait à l'ordinaire ces pieux et laborieux pèlerinages qui lui ont mérité tant de grâces. Surtout il réclamait, du milieu des Ilots où il était comme enseveli, la protection de celle que l'Eglise nomme l'Etoile de la mer. Dans celte vue, il fit le voyage de Chartres, où cette Vierge mère est si particulièrement honorée; et« ce fut là, dit son principal historien, que nous eûmes le bonheur de le voir pour la première fois, et d'apprendre de lui l'honneur que Dieu lui faisait de souffrir pour sa gloire. »

C'était effectivement en ces termes que Boudon parlait de ses humiliations. Sa croix était pour lui une source intarissable de joie, mais d'une joie si vive, si animée, qu'elle éclatait au dehors malgré qu'il en eût. C'est que, comme il l'avoua une fois, il avait toujours dans l'esprit ces consolantes paroles du Sauveur : « Vous serez heureux quand on vous chargera de malédictions, qu'on vous persécutera, qu'on dira faussement toutes sortes de maux contre vous à cause de moi. Réjouissez-vous alors et tressaillez de joie, parce que la récompense qui vous attend dans le ciel est grande. (Mat th. v, 11, 12.) Heureux donc, » disait-il encore, « et bienheureux ceux qui souffrent, mais plus heureux ceux qui sont crucifiés de toutes parts, et qui ne peuvent ni mettre le pied, ni reposer la tête, ni appuyer leurs mains, ni soutenir leur corps que sur la croix ; qui sont eux-mêmes des croix vivantes, et qui n'ont au corps ou à l'esprit aucune partie qui ne soit crucifiée. »

C'était en partant de ces grands principes, qui, après tout, ne sont que la substance de l'Evangile bien entendu, que Boudon, agréablement flatté de ses souffrances, s'en humiliait devant Dieu, comme une personne naturellement modeste s'humilie à la vue d'une distinction trop marquée. « O mon Seigneur 1 » s'écriait-il souvent, « par où aije mérité que vous me traitiez comme yos plus chers favoris? Pourquoi me donnezvous en partage la pauvreté, les mépris, la douleur? D'où vient cet abandonuement in-

('23") C'est donc par erreur qu'on 'a dit le contraire dans uri Mercure de 1702, quoique l'on excuss M. Boudon sur son ignorance.

ÊEuvr-es compl. de Bouuo\. I, '<*

térieur et extérieur, qui est la portion chérie de vos premiers nés? »

Ce qui le touchait le plus, et ce qui redoublait ses actions de grâces, c'est que Dieu, pour le faire entrer dans ce délicieux sentier de croix et d'opprobres, était plus ou moins sorti des lois ordinaires de sa conduite : comme lorsqu'il avait amené à Evreux cette fille vêtue en garçon, qui devait donner lieu aux calomnies dont il fut noirci ; lorsqu'il avait fermé le cœur à des gens qui lui avaient les dernières obligations; lorsqu'il avait si profondément endormi tous ses parents, qui faisaient à Rouen une figure distinguée, que pas un d'eux n'ouvrit la bouche en sa faveur ; en sorte qu'il pouvait dire avec le Prophète- Roi : Mes frères mont traité comme un inconnu, et les enfants de ma mère comme un étranger. (Psat. lxviii, 9.)

A la vue de ce renversement d'ordre, qui fait éclater en plaintes des chrétiens mal affermis, Boudon éclatait en transports de reconnaissance. Mais cette reconnaissance ne lui suffisait pas. Il s'était allumé dans son cœur un feu à qui les croix seules pouvaient servir d'aliment, et ces croix, il les comptait pour peu de chose lorsque, par leur pesanteur, elles n'approchaient pas de celle de son divin Maître. Point de genre d'épreuves qui ne fussent les bien venues dans ce grand cœur. 11 allait au-devant avec respect ; il les recevait avec honneur. « 11 faut avouer, » disait-il, « que le comble de ma joie serait d'être emprisonné, chargé de fers, faussement accusé des plus grands crimes, condamné à mort, exécuté sur un gibet, au milieu d'une confusion de peuple plus nombreux, s'il était possible, que celle qui, à la mort de Jésus-Christ, se trouva sur le Calvaire. Je sais, » continuait-il, « que peu de personnes goûteront ce genre de mort ; mais je sais que mon maître et mon Dieu l'a goûté, et qu'il ne se trompe point dans le goût des choses. Je sais que ce qu'il trouve bon est bon, quoi qu'en pensent et qu'en puissent dire les créatures dont le goût est dépravé par la corruption du péché. »

Cette ardeur, ou cette espèce de sainte fureur qu'avait l'archidiacre pour les souffrances, était de temps en temps soutenue parties exemples bien propres à le consoler. Un homme de bien, qui revenait d'Angleterre, lui raconta, à Paris, qu'un grand seigneur dece royaume avait été dépouillé de tousses biens parce qu'il était catholique, et que son château avait été- donné à un autre parce qu'il était bon anglican ; que le premier, se voyant sans ressources, avait supplié le second de le loger dans un petit coin de son ancienne maison, ce qu'il lui avait accordé ; que, réduit à n'avoir pour retraite qu'un misérable trou, et pour nourriture que du pain noir, il voyait dans une paix profonde des gens qui ne lui étaient rien

(24) M. de Mnupas , qui aimait à donner de l'émulation à son clergé, venait d'entendre le sermon d'un de ses jeunes ecclésiastiques, lorsque ses che- \aux à une descente prés d'Evreux prirent le mors

faire tous les jours grande chère à ses dépens, et habiter un somptueux palais dont il avait fait tous les frais, pendant qu'il couchait dans l'ordure et qu'il vivait dans la misère. •

« J'ai vu, « disait cet étranger, » j'ai vu ce digne confesseur de la foi. 11 me reçut avec bien de la charité. 11 voulut même me traiter; mais le pain et l'eau furent tous les mets du festin qu'il me fit, et il ne put aller plus loin. Ce qui me ravit, c'est qu'il m'assura que jamais il n'avait été si content. »

Ces sortes d'exemples animaient si puissamment l'homme de Dieu, qu'il ne pouvait plus regarder ses ennemis que comme des bienfaiteurs, a qui il devait toute sa tendresse et toute sa reconnaissance. Aussi fit-il pour eux ce qu'un bon cœur ne fait pas toujours pour des amis éprouvés. 11 tendit la main à ce souple et dangereux calomniateur, qui lui avait porté le dernier et peutêtre le premier coup, ainsi que nous le verrons dans la suite. 11 eut toujours une singulière vénération pour l'ordre de ce déclamateurqui l'avait si indignement traité en chaire ; et, pour ce qui est du prédicateur même, il n'en parla jamais qu'avec estime; et, depuis sa mort : « Je crois, » disait-il, « que Dieu lui aura fait miséricorde, parce qu'il croyait bien faire. »

A l'égard de M. de Maupas, qui assurément lui donna beaucoup d'exercice, on se souvient qu'au fort de ses peines, il voulait qu'on l'honorât et qu'on en dît du bien : mais peut-être qu'on aurait peine à croire, qu'il ait pu s'acquitter de ce double devoir si pleinement et si constamment.

11 était à Paris chez les Dames de la Visitation du faubourg Saint-Jacques, et il ne faisait que sortir de chaire, lorsqu'on vint lui annoncer l'étrange mort de ce prélat, qui avait été à demi brisé (2i) sous les roues de son carrosse. Aprèsles premiers moments, qui se donnent de plein droit à la douleur, ces dames qui n'avaient pas oublié les bons offices que M. de Maupas leur avait rendus à Rome dans l'affaire de la canonisation de saint François de Sales, prièrent le grand archidiacre de leur dire un mot de ses vertus. Il le fit pendant près d'une heure ; mais avec tant de zèle, tant d'effusion de cœur, que toute la communauté en fut enchantée.

Mais les anciennes, et surtout Madame de Lamoignon, qui savaient ce qui s'était passé à Evreux entre ces deux grands hommes, et qui remarquèrent que dans le cours de ce long entretien il n'échappa pas à Boudon un seul iota qui sentît la plainte, en furent si édifiées, que plus de vingt ans après, celles qui restaient encore, n'en parlaient qu'avec admiration.

Mais ce ne fut point parce que la paix était

aux dents. On eut le temps de le transporter à l'é vêché, cl de lui donner les sacrements. 11 y mouru» le lendemain, lundi 12 août 1080.

faite alors, que l'archidiacre louait M. de Maupas. 11 l'avait l'ait dans le temps môme, où une vertu ordinaire croit que le silence et la suppression des murmures sont le seul sacrifice que Dieu puisse exiger d'elle : mais il l'avait fait avec ces traits mâles et nourris, qui de la part d'un autre auraient annoncé un-tableau d'idée, et qui heureusement ne pouvaient annoncer de la sienne qu'un pinceau lidèh; et chrétien. Nous allons présenter ce portrait ; non pour faire contraster l'archidiacre avec l'évêque ; mais pour faire voir aux grands, que la vertu et les bonnes intentions ne les mettent point à l'abri de la surprise, et qu'ils doivent vingt fois revenir à l'examen, quand il s'agit de juger en dernier ressort un ministre de Jé>us-Christ.

Henri de Maupas du Tour, d'une des plus illustres familles du royaume, passa le temps de sa jeunesse avec tant de piélé, qu'il en ménageait tous les moments avec une attention qui allait jusqu'au scrupule.

A l'âge de 13 ou 14 ans, il se dépouilla de son droit d'aînesse pour entrer dans la cléricature. Sa famille fut étonnée d'une démarche si généreuse : le public en fut édifié ; Dieu la récompensa par une de ces victoires que l'homme de chair méprise, et que la religion sait apprécier. Une femme plus belle que vertueuse tendit un piège à son innocence. Ses discours libres et passionnés }a décélèrent. Le jeune Maupas en eut horreur. 11 reçut ses premières avances de manière à la dispenser d'en faire de nouvelles. Engagé par un emploi honorable (25] à suivre la cour, il sut y vivre comme il eût fait dans un cloître. Malgré cela ilfutcruellement déchiré par un libelle qu'on lui mit en main. Il s'en vengea sur l'heure, mais comme se vengent les saints : au moment môme il alla offrir pour son calomniateur la victime de paix et de propitiation.

Nourri du lait et des maximes de saint Vincent de Paul, dont il fit le panégyrique funèbre, sa foi était si pure, qu'il fut toujours l'intrépide défenseur de toutes les vérités catholiques. Si les novateurs réussirent à l'aliéner de son archidiacre, ce ne fut qu'à la faveur d'un masque, sous lequel il était impossible de les reconnaître.

Son amour pour Dieu était si ardent, qu'il était toujours prêt à mourir pour son service ; et sur la fin de ses jours, quoique d'un âge déjà fort avancé, lorsqu'il entendait jurer son saint nom, il faisait arrêter son équipage; et fondant sur le blasphémateur, il le reprenait avec tant de force, et tout à la fois tant de bonté, que chargé de confusion, l'impie se jetait à ses pieds, et le conjurait humblement de lui pardonner sa faute.

Sa tendresse pour la sainte Vierge était aussi vive qu'elle était lumineuse.il avait mis sous sa protection son diocèse, sa famille, sa personne, son salut. 11 se déclarait

publiquement l'ennemi des ennemis de cette reine des anges, Il ne pouvait souffrir ceux qui affaiblissaient son culte. Il parlait dignement de sa gloire et de ses grandeurs; et quoiqu'on ait dit de lui, que de son temps il n'y avait personne qui prêchât d'une façon plus naturelle, plus profonde, plus touchante, il se surpassait, quand il était question de la Mère de Dieu.

Son affection pour les pauvres était si grande, qu'il allait les chercher dans les hôpitaux, dans les cabanes, dans les champs, pour les instruire. 11 se faisait honneur de leur apprendre à'faire le signe de la croix, à réciter leurs prières, à connaître le Seigneur Jésus, et les mystères de sa religion. Dans lesj villages de son diocèse il assemblait au son de la cloche les habitants du lieu. Il interrogeait lui-même les enfants, pour voir si le pasteur faisait son devoir, et s'il avait soin de fournir à la jeunesse le lait dont elle a besoin. En voyage, dès qu'il était descendu en quelque hôtellerie, il se faisait amener et les enfants et les. pauvres pour les catéchiser. Tous les soirs Boudon, devant et après les brouilleries dont nous'avons parlé, faisait par son ordre un discours de piété à ses domestiques.

Une de ses maximes était que l'orgueil n'a jamais fait que des démons. Pour l'éviter il refusa humblement l'archevêché de Toulouse. La reine, qui l'avait toujours regardé comme un sujet fidèle, informée de sou mé-» rite, voulut l'avoir pour père, et le traita comme tel. Ces distinctions ne l'enflèrent point. L'idée de son néant fui fut toujours présente.

Ses voyages n'ôtaient rien ni à sa piété, ni à la piété de ceux qui avaient le bonheur de l'accompagner. Son carrosse était une espèce de temple mobile, où. l'on immolait sans cesse à Dieu des sacrifices de louanges.

Evêque duPuy en Velay, il avait travaillé avec une application infatigable, soit par ses visites et ses synodes, soit par ses missions et ses séminaires, à arracher de la vigne du père de famille les épines qui la défiguraient. Evêque d'Evreux, il travailla avec la même ardeur à défricher un champ d'aulant plus précieux, que le fonds en était admirable. 11 mit la réforme dans les abba-yes : il étabit des missions et des conférences ; il distribua aux petits et aux grands une nourriture proportionnée ; il partagea ses revenus avec l'indigent, et par sa dernière volonté il fit les pauvres ses légataires universels. Ainsi quelque prompte qu'ait été sa mort, on a lieu de croire qu'elle ne fut pas imprévue.

Tel est en raccourci le portrait de M. de Maupas ; et c'est en grande partie à son archidiacre que nous le devons. On a peine à n'y pas voir qu'il ait honoré ce saint prêtre d'une amitié constante : mais tant qu'il y aura des hommes sur la terre, il y aura des méprises ; et jusqu'à la fin des siècles, il se

(25) Il était prem-ier aumônier de la reine Anne d'Autriche,

trouvera des Constantin, qui séduits par la faction Eusébienne, croiront honorer Dieu en persécutant les Athanase. Heureux encore ces persécuteurs forcés, quand à 1 exemple de M. d'Evreux, ils découvrent enfin le piège qu'on leur avait tendu, et qu'ils reviennent entièrement de leurs préventions.

[1675] Après tout, il n'était pas de l'ordre de la Providence, qu'un prélat, d'ailleurs si respectable, ne reconnût jamais la vérité. Il y eut même toujours en lui, après les premiers feux, une sorte d'incertitude, et un fonds d'inclination, qui le disposaient peu à peu à se déclarer en faveur de l'innocence. La vue de l'archidiacre toujours semblable h lui-même ; sa patience invincible, son zèle infatigable, son attention à ne dire que du bien de ses ennemis les plus déclarés, sa modestie, cet air de paix, que les passions ne connaissent pas, et qu'elles donnent encore moins; tout cela faisait sur le cœur de M. de Maupas, une impression qui le mettait aux prises avec lui-même, et qui le forçait de revenir au jugement. « Je ne sais, disait-il quelquefois à M. Boudon, qui s'adressait à lui avec une parfaite confiance, quant les affaires de Dieu le demandaient, je ne sais comment je vous ai fait de -•a peine : car au fonds je vous aime, et vous estime. « Mon archidiacre, disait-il dans une autre occasion, c'est un ange, c'est un archange. »

Cependant comme cet ange avait été proscrit dans un nombreux conseil, où l'évêque d'Evreux ne savait point encore que l'iniquité et l'artifice eussent beaucoup plus présidé, qu'il n'y avait présidé lui-même , il y a toute apparence que les choses n'auraient pas changé de face, si Dieu n'eût fait entendre sa voix. Elle éclat* enfin, et ce fut par l'organe de deux ecclésiastiques aussi différents de mœurs, qu'ils l'étaient de sentiments.

Le premier était un homme d'une probité antique , d'une droiture à toute épreuve. Celui-ci, après avoir examiné à fond l'affaire du grand archidiacre, et l'avoir suivie dans toutes ses branches, démontra au prélat, que de toutes les accusations intentées contre Boudon, il n'y en avait pas une qui ne fût le fruit de J'envie et de l'imposture. M. de Maupas, semblable à un homme qu'un bruit auquel il n'est pas fait, tire tout à coup d'un profond sommeil, mande sur-le-champ ce vertueux persécuté. 11 le force de rompre le silence, que le désir des humiliations, et la malice de ses ennemis lui avaient imposé. 11 l'entend article par article. Chaque circonstance éclaircie devient une preuve de son innocence. Les doutes formés contre lui s'évanouissent. On le plaint moins d'avoir souffert, qu'on ne se plaint soi-même d'avoir été trompé jusqu'à le faire souffrir : et Dieu qui veut fermer jusqu'à l'ombre du retour, permet que son plus violent accusateur devienne son plus sûr apologiste.

Nous avons dit ci-dessus qu'entre tous les ennemis de l'archidiacre, il y en avait un

dont les coups étaient d'autant plus dangereux, qu'ils partaient d'une main plus mesurée. Or il arriva par un de ces terribles jugements de Dieu, que saint Augustin ne laisse pas de regarder comme des traits de miséricorde, que cet homme si grave, si important, si accoutumé à être l'oracle de son évêque, fit une de ces chutes épouvantables qui ne se pardonnent point; et que cette chute lui fut reprochée publiquement par la personne qu'il avait séduite, ou peutêtre par qui il s'était laissé corrompre. Dans le trouble énorme, dans la confusion que cause un coup si assommant, ce malheureux se souvint des maux qu'il avait faits au grand archidiacre. Les bons exemples que lui avait donnés ce saint prêtre, la soumission, la joie même avec laquelle il avait supporté ses peines, lui revinrent dans l'esprit. 11 crut qu'il trouverait dans les entrailles de sa charité de quoi calmer les remords qui le déchiraient. /' alla le trouver, il s'humilia autant devant lui, qu'il avait voulu l'humilier devant les hommes. Il s'offrit de rétracter par un désavœu public les calomnies qu'il avait avancées contre lui. Et sur ce que Boudon, bien éloigné d'accabler un homme qui l'était déjà assez, le lui défendit, il sut le faire sans l'offenser. 11 se mit sous sa conduite. Il lui ouvrit dans le sacré tribunal son cœur et ses plaies. 11 ajouta de nouvelles pénitences à celles qui lui étaient imposées. Emplois, bénéfices, compagnies, il quitta tout , pour vivre presqu'aussi pauvre que l'était son directeur. 11 mourut enfin entre ses bras, plus rempli de tendresse pour lui par la vertu dii Sauveur, qu'il ne l'avait été de fiei et d'aversion par le mouvement de l'ennemi du salut.

C'est ainsi que Dieu justifia son serviteur. Tous les gens de bien prirent part à son triomphe : et ce fut avec un véritable plaisir, que ceux qui aimaient la religion, le virent, comme avant sa disgrâce, exercer son zèle et dans l'administration de la pénitence, et dans toutes les chaires du diocèse. Son évêque ne se contenta pas de lui rendre ses premiers pouvoirs; il crut devoir le dédommager de ses peines , en lui donnant des marques authentiques d'estime et d'affection. Il honora de sa présence plusieurs de ses prédications ; et il voulut que tant qu'il demeurerait à Evreux, il n'eût point d'autre table que la sienne.

Cette réconciliation dans un temps où le grand archidiacre s'y attendait le moins, produisit dans son cœur deux sentiments tout à fait opposés, la joie et la tristesse. Dévoué et très-parfaitement dévoué à son évêque, il se réjouit en Dieu de voir la fin d'une affaire qui faisait tort à ce prélat dans l'esprit de bien d'honnêtes gens. Altéré de la soif de souffrir, il s'affligea de se voir trouvé trop faible pour porter la croix jusqu'à la fin. Cependant il adora la main qui le relevait de l'opprobre , comme il avait adoré celle qui l'écrasait. Dans son premier état il invita ses amis à le féliciter du bonheur qu'il avait de verser des larmes : dans

le second, il les supplia de remercier Dieu de ce qu'il avait daigné en tarir la source : très-disposé à en répandre de nouvelles, si c'était sa sainte volonté.

Cette réconciliation, dont le bruit se répandit peu à peu jusqu'aux extrémités du royaume (20), mit ses ennemis en fureur. Leur dépit augmenta, quand ils virent que la calomnie n'avait plus d'accès auprès du prélat, et que les mesures qu'ils avaient prises pour achever de le perdre, ou du moins pour le dégoûter de son emploi, ne leur laissaient que la confusion d'un projet également odieux et frivole. Malgré leur indigne manœuvre, tout plia sous l'autorité légitime. BouJon dans se? visites fut reçu partout avec le respect qui lui était dû. Et depuis ce temps jusqu'à sa mort, si l'on en excepte quelques-uns de ces vieux pécheurs, dont la conversion se met au nombre des miracles, le serviteur de Dieu n'eut plus qu'à se louer et des brebis, et des pasteurs.

Ce retour inattendu fut un nouveau sujet de chagrin pour ceux qui avaient conjuré sa perte. Mais ce ne fut pas la dernière mortification qu'ils eurent à dévorer. Malgré tous leurs etlbrts, Jacques Potier de Novion , qui succéda à M. de Maupas en 168*2 (27), eut pour l'archidiacre lesjmêmes attentions qu'avait eues pour lui son illustre prédécesseur; et quelque temps après l'Allemagne lui donna une marque d'estime qui les mit au désespoir.

La duchesse de Bavière , qu'il avait autrefois dirigée , lorsque tant encore Mademoiselle de Bouillon , elle faisait son séjour à Evreux, se trouva, dans le sein de la gloire et des grandeurs, éprouvée par quelques-unes de ces peines intérieures, qui livrent une âme affligée au trouble et à la perplexité. Incertaine si elle marchait dans les voies de Dieu , ou dans une route d'illusion, elle eut recours aux plus célèbres directeurs qui fussent dans ses terres. Le succès ne répondit ni à ses désirs , ni à ses espérances. Son état fut une énigme dont les sages du pays ne trouvèrent point la clef. Jl lui fallait un Daniel, ce fut à Evreux et dans la personne de Boudon qu'elle le chercha. Comme deux ou trois entretiens , dont l'un peut suppléer à l'autre, font aisément ce que vingt lettres ne pourraient faire , son Altesse crut que la présence de l'archidiacre lui était absolument nécessaire. Pour l'obtenir à coup sûr, elle lui dépêcha quelques-uns de ses officiers, avec ordre de ne point revenir, qu'ils ne lui eussent l'ait promettre qu'il les suivrait bientôt après. Boudon qui savait que les souverains méritent d'autant plus d'égards que lors-

qu'ils goûtent en paix combien le Seigneur

(26) M. Boudon travailla avec son succès ordinaire à Bordeaux en 1679. Ses lettres d'approbation lui donnent un litre qui ne paraît pas de style : Henricus miseralione divina, etc, Xtuerabili Magisiro Boudon, etc., die 25 junii 1679.

(27) El non pas en 1680, comme le dit li.Rouault, curé de Saint -Pair. Louis- Joscph-Adeviuar de Gri-

V1E DE BOUDON. — L1V. II. Il*

est doux à ceux qui le servent, ils ont une grâce singulière à le faire goûter au nombreux cortège qui les environne : Boudon crut devoir se prêter aux désirs d'une vertueuse princesse qui ne cherchait que Dieu. Mais plus l'affaire était importante, plus il (•rut aussi s'y devoir préparer par des prières extraordinaires. Il la recommanda selon sa coutume, mais sans rien spécifier, à ce petit troupeau de pieux amis, qu'une vertu, constante mettait en état de tout demander ei de tout obtenir. Cependant quelques précautions qu'il eût prises pour dérober aux yeux mal intentionnés le terme et le dessein de son voyage, l'un et l'autre ne tardèrent pas à transpirer. Ce fut un coup terrible pour ceux qui ne pensaient qu'à le dégrader dans tous les esprits et dans tous le.; cœurs. Leur indignation s'exhala en murmures et presque en imprécations. Ils auraient voulu qu'on leur donnât la préférence, et l'on ne s'avisait pas môme de penser à eux.

Pour ce qui est du grand archidiacre, ce n'était ni surses talents, ni sur ses lumières qu'il comptait ; c'était uniquement sur la miséricorde de Dieu, et jamais il ne parla de lui dans des termes plus humbles , que dans ce temps où l'Allemagne lui donnait des preuves si marquées d'estime et de confiance. Ce fut dans ces sentiments qu'il se mit en marche. Nous le suivrons pas à pas dans sa course. Dans les voyages, comme à la maison , l'archidiacre d'Evreux est toujours l'homme de Dieu seul), toujours édifiant.

Les premiers jours de sa route ne furent pas heureux. En sortant de Paris , d'où il devait se rendre à Metz, il lui survint au doigt une espèce de panaris si violent, qu'il n'avait pas un moment de repos. La patience et un remède innocent tirent en trois jours ce que n'avait pu faire un homme du métier, qui avait inutilement tâché d'adoucir son mal.

A Metz il fut reçu avec toutes les marques possibles d'affection, et par un conseiller du parlement de cette ville , et par l'évêque auquel il rendit ses devoirs , comme il avait coutume de faire en semblables occasions. Il n'y eut aucun genre de pouvoirs ecclésiastiques, que ce prélat ne lui confiât très- volontiers. Boudon qui savait parfaitement que les personnes consacrées à Dieu doivent être beaucoup plus cultivées que les autres; et qui ne savait que trop, qu'en fait de direction elles manquent souvent de bien des secours qu'on ne peut regarder comme superflus , visita à Metz, selon sa pratique ordinaire, plusieurs communautés religieuses, et les entretint de la perfection à laquelle elles sont

enan, qui ne prit jamais possession de l'évêché d'Evreux, à cause des brouilleries qui étaient entre la cour de Home et celle de France, fut nommé au siège de Carcassonne en 1682, et Jacques deNovion ne fut nommé qu'après à celui d'Evreux. — Voy. Y Histoire du comté d'Evreux, p. 4U6.

VIE DE BOULON. — L1V. If.

obligées de tendre par Jes engagements fie leur état.

Les filles de Saint-Dominique, à qui la lecture de ses premiers ouvrages avait inspiré une grande vénération pour lui. le trouvèrent dans la conversation tel qu'elles l'avaient trouvé dans ses livres» plein de feu pour les intérêts de Dieu , pour la gloire de sa sainte Mère , pour la pratique littérale des observances régulières.

Mais il faut avouer qu'elles firent avec lui un échange de biens spirituels, où il crut gagner beaucoup. Comme elles savaientjqu'il se nommait Henri , et qu'elles ont le bonheur de posséder dans leur maison le chef de ce saint empereur, aussi bien que celui de son épouse, elles lui firent voir l'un et l'autre. Plus content que s'il eût trouvé tous Jes trésors de l'Inde, Boudon contempla avec une respectueuse avidité ces précieuses reliques. Après les avoir profondément honorées , il prît et tint longtemps entre ses mains le chef de son glorieux patron. Il croyait encore y apercevoir ce prince , si continent, qu'il aima mieux vivre et mourir vierge , que mourir père des empereurs ; si dévoué au culte de la Mère de Dieu, qu'à Rome il passait Jes nuits entières dans l'église de Sainte-Marie-Majeure; si éminemment chrétien , qu'il l'emportait plus sur le reste de ses sujets par l'étendue de ses vertus, que par l'éclat de sa couronne. Ces sentiments eussent mené l'archidiacre bien loin, si la bienséance n'en avait arrêté le cours. Cependant dès lors il augura bien du succès de son voyage; et il crut qu'un prince, qui avait été duc de Bavière avant que d'être empereur, daignerait favoriser un prêtre qui ne parcourait une portion de l'Europe, que pour travailler à la cour d'un de ses successeurs.

Il fit à Nancy, où il passa le saint jour de la Pentecôte , quelque chose de plus qu'il n'avait fait à Metz. Entraîné par l'exemple d'une multitude de fidèles, qui allaient en pèlerinage à quelques lieues de la ville, il les suivit jusqu'à la chapelle de Notre- Dame de Bon-Secours, que la piété de Stanislas, roi de Pologne et duc de Lorraine a de nos jours rendue si magnifique. Il y célébra les saints mystères avec ces sentiments de religion et de ferveur, qui lui conciliaient la vénération de ceux mêmes à qui il était inconnu. Il passa l'après-midi chez les dames du Refuge; et ce qui fut un bonheur que le public a partagé avec elles, il s'y engagea à écrire la vie de leur illustre fondatrice, Marie de Ranfain , si connue dans le monde sous le nom d'Elisabeth de la Croix. Quoique les réflexions qui la coupent sans cesse ne soient pas du goût de ceux qui ne cherchent dans une histoire que

* (28) Strasbourg se rendit au roi le 50 septembre iGSt. Ce prince n'y lit son entrée que le 50 d'octobre. Cela me ferait croire qu'il tant reculer le v yage de M. Boudon jusqu'en 16.^5. Il est vrai r^i'à ce compte il y avait plus d'un an que la ville appartenait à la France; mais il n'y avait tout au I lus^qu'un an que les catholiques y travaillaient.

de quoi s'amuser, on ne peut nier qu'elle n'ait fait des biens considérables. Les premières dames de la cour, les princesses mêmes y trouvèrent des règles de conduite et un grand modèle de perlection. Nous en donnerons un précis dans la suite

A Strasbourg, le grand archidiacre logea chez les RR. PP. Jésuites, qui Je reçurent avec joie. Ce fut charité et justice. Il eût été difficile de trouver un homme plus attaché à leur Compagnie , plus reconnaissant do la sainte éducation qu'il en avait reçue. Comme il n'y avait qu'un an que cette villo était sous la domination du roi (28), et que les erreurs de Luther qui y avaient régné pendant plus d'un siècle, commençaient déjà à s'y affaiblir, Boudon crut devoir informer ses amis de l'état où se trouvaient les choses quand il y arriva.

Sa lettre porte en substance, que la cathédrale, qui est une grande et magnifique église, a été rendue aux catholiques, ses anciens maîtres, par les ordres de Louis le Grand, toujours victorieux, toujours zélé protecteur de la religion; que chaque dimanche on fait dans cette auguste basilique deux sermons, l'un en français', l'autre en allemand. Que les luthériens, à qui l'on avait fait croire que l'Eglise romaine enseigne les plus monstrueuses erreurs, sont surpris d'apprendre combien nous en sommes éloignés ; qu'il s'en convertit tous les jours; que ce n'est pas le peuple seul qui ouvre Jes yeux à la lumière, mais des ministres, des capitaines, des commandants, des villages entiers; et que ce qui est plus frappant encore, « c'est que plusieurs, tant officiers que soldats, changent de mœurs en changeant de religion, et se convertissent en toutes manières. »

Un spectacle si beau, si touchant pour un cœur fait comme celui du grand archidiacre, l'eût occupé plus longtemps, si un carrosse qui l'attendait de la part de leurs Altessesséiénissimes, ne l'avait obligé de précipiter son départ. 11 se mit en marche, après s'être muni du pain des forts. Ce fut une heureuse précaution; bientôt après il se trouva dans un pays tout-hérétique, où il eut la douleur de ne pouvoir plus célébrer ies divins mystères.

11 arriva à Ulm la veille de la Fête-Dieu. Comme cette ville ne lui offrit d'abord que des luthériens, dont en effet la religion y domine, il fut vivement affligé dans la pensée qu'il ne pourrait le lendemain ni dire, ni entendre la messe. Mais on lui apprit bientôt que la Providence, qui a conservé en Angleterre une communauté de filles qui, depuis Henri VIII, font hautement profession de la vraie foi, avait conservé à Ulm un monastère de religieuses, dont l'église est

La cathédrale était depuis cent cinquante-deux ans aux luthériens... Je remarque après coup, que AI. Boudon était à Toul, et qu'il y fut approuvé le 20 mai 4682. Mais les voyages ne lui coûtaient pas. Son approbation porte : tujus crudilio et pielas jjo-. bis jam diu notœ sunl. Jacobu* episçopus et cornet Tullemu.

dédiée à Dieu sous l'invocation de saint Michel et de tous les anges. Une si bonne nouvelle le consola seusiblement. Dès le soir, il rendit visite au supérieur de cette maison, et le pria d'agréer qu'il célébrât le lendemain dans son église. Il le fit de grand matin, et ce même jour il entra dans un pays tout catholique. Enfin il arriva heureusement dans le diocèse d'Ausbourg : leurs Altesse sérénissimcs, qui ont à Dyrkeim un magnifique palais, l'y attendaient avec une sainte impatience.

; On ne peut dire avec quelles marques d'affection et d'honneur il fut reçu du prince, de la princesse et, h- leur exemple, de toute la cour. Le duc Maximilien, qui aimait tendrement son épouse, et qui avait une estime singulière pour les bons ecclésiastiques, ne savait comment reconnaître les peines que le grand archidiacre, naturellement infirme, avait prises de venir des extrémités d'un royaume étranger, pour rendre la paix aune âme affligée, et pour sanctifier sa famille par ses prières, par ses discours et par son exemple.

i Comme Boudon nous a lui-même tracé le portrait de ce prince et de son auguste épouse, ce n'est pas sortir de notre objet, que de dépeindre l'un et l'autre d'après lui. S'il sut bien supprimer les défauts du prochain, il sut aussi bien ne lui point prêter des vertus qu'il n'avait pas. D'ailleurs on est toujours consolé, quand on voit les grands de la terre ne monter sur le trône que pour y faire asseoir la religion à côté d'eux. Voici donc ce que l'archidiacre nous a appris du duc et de la duchesse de Bavière.

Le prince Maximilien, frère de l'électeur de Bavière, était un homme d'un rare mérite, d'un esprit étendu, d'un jugement solide. Il joignait à toutes les qualités qu'on peut souhaiter dans une personne de son rang, une autre qualité qui ne s'y trouve pas toujours, la religion et la piété. Dieu l'en récompensa en lui donnant pour épouse Mauricette-Fébronie de Bouillon, que le grand archidiacre avait formée h la plus sublime vertu dès son enfance. Elle n'avait que seize ans lorsqu'elle épousa Maximilien ; mais dans cet âge, où le luxe et la mollesse en endorment tant d'autres qui ne la valent pas, elle avait déjà toute la maturité d'une heureuse vieillesse. Une des premières actions qu'elle fit en arrivant en Bavière, fut d'aller de Munich à OEting, lieu célèbre par sa dévotion à la très-sainte Vierge, afin de mettre son époux, sa personne, ses vassaux et ses biens sous la protection de la Mère de Dieu. Le voyage est de vingt lieues, et elle le fit à pied.

La cour de Munich était si bien réglée, que Boudon ne l'appellait que la cour sainte. On l'eût prise pour une de ces grandes et vastes communautés, où la prière, la table, le service divin et tout le reste a ses heures réglées. Le prince avait fait bâtir dans l'église paroissiale de Dirkeim une chapelle en l'honneur du saint évêqueBcnnon. patron, et protecteur de la Bavière. La duchesse, à son

retour d'un pèlerinage à Notre-Dame de Lorette, en fit construire une autre assez près du château, sur le modèle de celle qu'elle, venait de visiter. Les Pères Capucins, qui en ce lieu sont chargés du soin de l'instruction du peuple de la campagne, le furent aussi du soin de desservir la nouvelle Lorette, et chaque jour on y récitait les litanies de la Vierge.

L'église paroissiale érigée sous le titre de l'Immaculée Conception, a sept beaux autels où l'on gagne les indulgences des stations de Borne. Cette basilique est magnifiquement ornée. Quand Leurs Altesses sont à Dirkeim, elles assistent régulièrement avec leur nombreuse cour à tout l'office, depuis les premièresjusqu'aux secondes vêpres, qui sont suivies de la récitation du chapelet. Le banc du duc et de la duchesse est dans la nef et hors du chœur, qui de règle n'appartient qu'aux ministres de l'autel. On y chante les dimanches un cantique spirituel en allemand; après quoi l'un des quatre prédicateurs de la cour monte en chaire et fait le sermon. Ce discours est suivi d'une messe chantée en musique : mais cette messe ne suffisait pas à la ferveur de Leurs Altesses, elles en entendaient encore plusieurs autres.

Boudon, qui n'était pas homme à rien perdre d'une matière aussi conforme à son goût ; parle encore et du chapelet, qui se dit avec une dévotion que l'on admire jusque dans les enfants; et du grand nombre de bougies que le peuple fait brûler pendant la messe, par respect pour nos mystères ; et de la piété avec laquelle il s'approche de la sainte table ; piété si touchante qu'il en fut attendri jusqu'aux larmes. Et voilà, dit-il, en réfléchissant sur tant de biens, voilà ce que produit le bon exemple des grands.

Parmi tant de sujets de consolation, le grand archidiacre eut toujours une secrète empreinte de tristesse. Mais quel chagrin pouvait avoir un homme qui était aussi honoré en Allemagne, qu'il avait été indignementtraitéen France?Pointd'autre que celui de ne trouver sur sa route au lieu de ces croix qui lui étaient si chères, que des preuves constantes d'affection et d'estime : car en ce genre chaque jour semblait enchérir sur le jour d'auparavant. Et lorsqu'à la prière de leurs Altesses sérénissimes on l'eut entendu prêcher, ou, comme il disait lui-même, crier au divin amour, il n'y eut ni princes, ni seigneurs, ni aucun de ceux qui savaient assez de français pour le suivre, qui ne le regardât comme un homme extraordinaire.

Et quels biens n'eût-il pas fait en dirigeant une cour vertueuse, lui qui avait gagné à Dieu tant de personnes, qui n'avaient ni penchant, ni goût pour la vertu ?

Mais il fallut se borner à la pieuse duchesse, qui avait été le motifde son voyage. En arrivant en Bavière elle s'était mise sous la conduite d'un religieux très-vertueux et très-éclairé. Mais Dieu, qui la disposait à ce haut degré de perfection, où elle est depuis parvenue, la fit passer par ces voies obscu-

MO

res et nébuleuses, qui ne semblent faites que pour les grandes âmes. Son directeur perdit terre. Ces routes d'épreuves, de délaissements intérieurs, furent pour lui un pays, dont il ne connaissait point assez la carte. Ce que la princesse lui disait de Boudon, et de la manière dont il l'avait conduite dans des états assez semblables, lui donna une juste idée de ce grand serviteur de Dieu : et ne doutant pas qu'il ne dût profiter de sei lumières, aussi bien que son illustre pénitente, il fut le premier à lui conseiller de le faire venir auprès d'elle. Elle le fit, et s'en trouva bien. Nous l'avons dit plus d'une fois, et rien n'est plus vrai, l'archidiacre connaissait si bien les différents états par où Dieu fait passer ses élus, qu'un mot ou deux de leur part lui faisaient comprendre ce qu'ils ne comprenaient pas eux-mêmes.

La duchesse réprouva, comme bien d'autres l'avaient éprouvé. Elle lui développa toutes ses peines, quelquefois en particulier, ot souvent en présence de son confesseur Boudon en discourut en homme qui a des Jamières supérieures. Il fut à la fois et le directeur du directeur même, et de celle qui était sous sa conduite. Il leur donna des règles si sûres, que pour bien faire, chacun de son côté, ils n'avaient l'un et l'autre qu'à Jes suivre.

Il encouragea beaucoup la princcjse à marcher à grands pas, comme elle avait fait jusqu'alors, dans les sentiers de la vérité et de la justice. 11 lui donna tous les avis dont elle avait besoin pour faire un saint usage des épreuves par lesquelles il plaisait à Dieu de l'exercer. Il lui recommanda surtout Ja confiance en la divine bonté, la fidélité aux mouvements de la grâce, l'humilité profonde au milieu de toutes ses grandeurs, le saint exercice de l'oraison, et le fréquent usage des sacrements. Il régla ses pratiques de dévotion, ses devoirs envers le prince son époux, ses obligations à l'égard de ses sujets. 11 l'exhorta à entretenir le bon ordre dans son domestique; à inspirer l'esprit de piété à ses dames d'honneur ; à n'en souffrir point qui ne fussent dans les règles de la plus sévère modestie. En un mot, il n'oublia rien de tout ce qui pouvait contribuer au vrai bonheur de la duchesse et de toute sa cour.

Ces avis furent reçus, comme l'eussent été ceux d'un ange, avec toute la soumission possible. Mais plus ils étaient proportionnés aux besoins de le',, vertueuse princesse, plus elle sentit le vide que devait causer chez elle le | départ du grand archidiacre. Elle trouvait en lui un homme qui entendait parfaitement son état, qui pouvait prévenir ses chutes et l'en relever, éclaircir ses doutes, la soutenir, la fortifier dans ses peines. L'idée de son absence l'effrayait. Pour remédier à ce mal, autant que la distance des lieux le pouvait permettre, elle le pria instamment de vouloir bien continuer à] lui rendre par lettres les mêmes offices de cha-

(28*) Elle mourut sans postérité le 20 juin 1706.

rite, qu'il lui avait rendus de vive voix: on l'assurant que de son côté elle suivrait ses avis comme un enfant docile suit les sages leçons de son père. Rjudon y consentit volontiers ; et depuis ce voyage jusqu'à sa mort, qui ne précéda que de quatre ans celle de la duchesse (28*), il l'aida de ses conseils avec autant d'application que de lumière.

Dans les divers entretiens qu'eut son Altesse avec l'homme de Dieu, elle s'informa avec bien de la bonté de la manière dont il vivait à Evreux. Son extrême pauvreté l'édifia ; mais elle y trouva du trop. Une vie si dénuée des biens temporels lui parut ne cadrer pas tout à fait Lien avec la dignité de grand archidiacre, et les fatigues qui y sont attachées. Elle crut qu'un carrosse modeste n'irait pas mal, surtout à un homme qui commençait à n'être plus jeune, et que ses travaux|joints à la faiblesse de son tempérament, avaient déjà épuisé. Ainsi elle le pria d'accepter un petit équipage, s'engagea, et au delà, à fournir à toute la dépense qu'il faudrait faire pour l'entretenir.

Le saint prêtre la remercia très-humblement de l'offre qu'elle daignait luifaire , et de peur qu'elle ne revînt à la charge, il lui représenta tout simplement, qu'il avait fait vœu de pauvreté; que jusqu'ici il s'était reposé de ses besoins sur la Providence, et qu'elle nHui avait jamais manqué; qu'enfin il ne croyait ni devoir être infidèle à Dieu, ni qu'il lui fût permis de sortir de l'état qu'il avait embrassé.

Il fallut céder à des sentiments si beaux, à des raisons si pressantes. Ainsi la duchesse n'insista plus. Seulement, et peut-être pour avoir plus longtemps lebonheurde posséder l'archidiacre, elle voulut le conduire à Munich. Mais cet homme qui était mort au monde, n'y passa que trois jours: et de ces trois jours il n'y eut pas une minute qui fut donnée à la curiosité. Il ne voulut voir ni les appartements du superbe palais où il était logé, ni les jardins qui n'en sont pas le dernier ornement, ni même la bibliothèque, ni moins encore les raretés qui se trouvent dans la ville. En récompense, il visita une bonne partie des sanctuaires, qui pouvaient nourrir sa piété. De ce nombre furent la chapelle électorale, qui possède quarantesix corps saints, sans parler d'une main du saint précurseur, et d'une autre de saint Jean Chrysostome ; la chapelle du duc, qui se glorifie d'avoir dix-neuf chefs, de celte prodigieuse foule de vierges, qui, à la suite de sainte Ursule, joignirent la couronne du martyre aux palmes de la virginité : et enfin l'Eglise cathédrale, dont les chanoines font tous les samedis libres l'office de l'Immaculée Conception. Notre voyageur remarque au sujet do cet office, que le sentiment qui soustrait au péché d'origine la MèredeDieu, est « fermement cru, et soutenu très-régulièrement par tous les docteurs catholiques d'Allemagne. •»

Boudon suit toujours ici. avec comolai-

Page 1